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Entre foi et politique verte : regards croisés sur l’engagement écologique de l’Église et de l’Union européenne

mer, 24/01/2024 - 12:00
C’est une première depuis l’existence de la Conférence des Parties. Le pape François devait assister à la 28ème édition de la COP, à Dubaï. Une initiative qui n’a pas pu être honorée pour cause de maladie, mais qui soulève néanmoins une question : comment l’Église se positionne-t-elle dans la lutte contre le réchauffement climatique ?

Pexels – Robin Erino

La COP28, qui a débuté le 30 novembre dernier à Dubaï, est un forum majeur pour les discussions mondiales concernant le changement climatique. Un événement significatif a marqué cette édition 2023 avant même qu’elle ne commence : la participation annoncée du pape François. Bien que sa santé ne lui ait finalement pas permis d’y assister, sa volonté initiale reflète l’importance croissante que les représentants religieux accordent à la crise climatique. En associant sa voix à cet évènement international, le pape exprime l’engagement de l’Église pour la protection de l’environnement. Sa présence à la COP28 aurait constitué un moment symbolique. Bien qu’il soit le plus petit pays au monde, l’influence du Vatican s’étend bien au-delà de ses frontières géographiques. Il représente avant tout une religion, celle de l’Église catholique romaine, et plus de 1,3 milliard de croyants de par le monde.

Ce n’est pas la première fois que l’Église se positionne sur la protection de l’environnement. On y trouve trace dans l’Ancien Testament, avant même qu’il n’y ait une Église chrétienne. Avec ce qu’elle nomme « la Création », l’Église appelle tous les êtres humains à tendre vers « cette communion avec Dieu ». Des figures majeures de l’Église catholique ont fait référence au bien commun et à l’union, tel Saint-François d’Assise, qui parlait de “notre mère la Terre” ou du “frère Soleil”.

Pourtant, l’Église n’a pas toujours eu bonne presse sur la question environnementale. Dans Les racines historiques de notre crise écologique (1966), l’historien américain Lynn Townsend White accusait la culture judéo-chrétienne d’être complice – voire responsable – de la logique moderne d’exploitation de la Terre, du nouveau dualisme matière-esprit et de leurs effets écologiques désastreux. Sa théorie se basait sur l’interprétation de la Genèse 1.28 : « Dieu les bénit et leur dit : « Reproduisez-vous, devenez nombreux, remplissez la terre et soumettez-la ! Dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tout animal qui se déplace sur la terre ! ” ».

Vers la fin du XVIIème et le début du XVIIIème siècle, l’Église s’est concentrée sur le salut de l’âme, accordant davantage d’importance à l’être humain et considérant alors que « la Création » était un “décor” ou un “réservoir” qu’on pouvait exploiter et dominer », selon les mots de Thérèse Vercouillie, coréférente à l’écologie intégrale du diocèse de Namur. L’Église n’a pas mis en garde contre les dangers de cette vision exploitatrice, qui s’est développée avec l’avènement des sciences. « Elle n’a pas vu l’Homme peu à peu se séparer du reste de la Création, et perdre cette logique de fraternité universelle » déclare Christophe Renders, référent à l’écologie intégrale du vicariat du Brabant wallon. « Elle n’a pas eu l’intuition qu’un basculement était en train de se produire, pouvant causer de potentielles graves conséquences. »

Dans les années 70, lorsque la société a commencé à prendre conscience des dangers de sa manière de vivre et à intégrer la notion d’environnement dans son vocabulaire, l’Église s’est elle aussi réveillée. Les papes ont commencé à interpeller les fidèles quant au bien commun, notamment le pape Jean-Paul II. Certes, tout comme dans la société, ces voix étaient minoritaires.

Avec le temps, le mouvement a pris plus d’ampleur, au sein de la société comme de l’Église. En 2015, l’encyclique Laudato Si’ du pape François marque un moment clé dans le positionnement de l’Église contre le réchauffement climatique. Cette lettre publique adressée par le pape met l’accent sur “la sauvegarde de la maison commune” et développe le concept d’écologie intégrale, qui intègre les aspects environnementaux, économiques et sociaux, trois piliers du développement durable, ainsi que les aspects culturels et les aspects de la vie quotidienne. Autrement dit, tout est étroitement lié. Laudato Si’ institutionnalise le souci du bien commun de l’Église, d’ailleurs réitéré en 2023 avec Laudate Deum. Le pape François, dont l’inquiétude s’accroît devant la tournure que prend le réchauffement climatique, adresse cette nouvelle exhortation apostolique aux fidèles et “à toutes les personnes de bonne volonté sur la crise climatique”, insistant alors sur l’urgence et l’importance de la situation dans laquelle nous nous trouvons.

Les approches de l’Église et de l’Union européenne face au réchauffement climatique reflètent des visions distinctes, mêlant éthique, politique et pragmatisme. Pour les référents de l’Église à l’écologie intégrale de Bruxelles et du Brabant wallon, Julien Sébert, Christophe Renders et Thérèse Vercouillie, l’Église agit telle “une boussole”, soulignant l’importance de la question de sens et de la responsabilité humaine vis-à-vis de la « Création », incitant les individus à s’interroger sur leur mode de vie et leur impact sur l’environnement. L’Union européenne, quant à elle, intervient avec des lois et des régulations concrètes afin de mettre en œuvre des solutions tangibles.

Le Pacte vert, notamment, représente une initiative ambitieuse pour rendre l’Europe neutre en carbone d’ici 2050, avec des objectifs spécifiques en matière de réduction des émissions et de promotion des énergies renouvelables. Ce dernier vise également l’établissement d’une croissance économique dissociée de l’utilisation des ressources. Il est aussi question d’implanter trois milliards d’arbres supplémentaires d’ici 2030 sur le sol de l’Union européenne. Cependant, certains croyants, comme Thérèse, restent critiques quant à l’efficacité de ces mesures. Selon la jeune femme, les bases seraient à revoir, et l’importance nécessite d’être orientée sur des objectifs qui méritent plus d’attention, tels que l’aide aux plus pauvres. Une transformation systémique est suggérée, dépassant les limites du capitalisme et intégrant des principes plus inclusifs et responsables.

“Personnellement je ne suis pas satisfaite des propositions de l’UE. Je vois qu’il y a du bon, mais je vois qu’il y a aussi beaucoup d’hypocrisie”, souligne Thérèse, relevant ainsi des dynamiques inchangées où les pays riches exploitent encore les populations vulnérables. Des exemples concrets, comme la production d’éoliennes importées depuis la Chine utilisant du charbon, illustrent une réalité où les changements ne sont pas aussi profonds qu’ils devraient l’être.

En fin de compte, la lutte contre le changement climatique soulève des questions essentielles sur la manière dont la société devrait aborder ce défi mondial, en combinant efficacité pragmatique et réflexion profonde sur le sens et la justice.

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Aïssatou Cissé : entre l’hôtel de ville et l’université

mar, 23/01/2024 - 16:00
À 21 ans, Aïssatou Cissé est devenue la plus jeune échevine de Flandre, la première d’origine sénégalaise à Borgerhout.

Photo : Océane Vermeiren

Aïssatou Cissé n’est pas une jeune femme comme les autres. À 16 ans, elle s’est engagée dans le Parti socialiste Vooruit en Flandre et depuis, elle ne cesse de gravir les échelons dans le monde politique.

Aujourd’hui, elle a 24 ans et est échevine à Borgerhout, district de la commune d’Anvers. Aïssatou sera tête de liste de sa commune lors des prochaines élections communales d’octobre.

Un portrait réalisé par Océane Vermeiren, Lilian Lefebvre et Uma Kaiser

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Julie Vandenbossche, militante Jong N-VA

lun, 22/01/2024 - 16:00
Entre ses études à Gand et son engagement politique au sein de la Jong N-VA, les journées de Julie Vandenbossche, 22 ans, sont bien chargées. Mais grâce à ces deux activités, Julie souhaite surtout préparer son avenir, comme celui du pays.

Julie Vandenbossche, portant sa banderole du Jong N-VA UGent et son chapeau de diplômée de son premier master. Photo : Océane Vermeiren

Un examen sur les théories de l’intégration européenne et régionale lundi soir, le lendemain trois heures de cours, puis deux réunions de la section de l’université de Gand de la Jong N-VA et en soirée, un teambuilding du parti. Mercredi, une rencontre avec Anneleen Van Bossuyt, conseillère communale N-VA à Gand et députée fédérale. Le jeudi, une réunion à propos de la possible formation d’une section Jong N-VA à Huldenberg, sa commune, et de la campagne électorale de 2024. C’est à cela que ressemble l’agenda de Julie Vandenbossche.

C’est dans son kot au centre de Gand que Julie évoque avec nous son parcours. Un parcours dont elle est fière. Après un master en administration et gestion publique, elle a entamé cette année un deuxième master en études européennes. « Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours aimé débattre et jouer à l’avocate », raconte-t-elle. « Chaque année, pour mon anniversaire, mon père m’écrit une lettre dans laquelle il fait un bilan de ma vie. Dans celle de mes 12 ans, il écrivait déjà que j’aimais débattre à propos du bien- être des animaux ». Cet intérêt pour le débat et les problèmes de société la poursuivra avec l’âge.

En sixième secondaire, Julie est convaincue qu’elle a trouvé sa voie. C’est à ce moment qu’elle participe à un parlement jeunesse, activité pour initier les élèves de la région de Louvain à la politique. Elle décrit cette expérience comme « une libération ». « En participant, j’ai rencontré des personnes qui me comprenaient, partageaient cette volonté de débattre, même si elles n’avaient pas les mêmes idées que moi ». Cette expérience confirme son choix : Julie entamera des études liées à la politique, au droit et à l’économie l’année suivante.

« J’étais vraiment une intello ! J’aimais tellement aller en cours et étudier. Je ne connaissais pas encore énormément de choses en politique. J’en apprenais tous les jours », se souvient-elle.

Le choix du nationalisme

Grâce à ses études et à une participation au parlement jeunesse en Flandre (Vlaams Jeugdparlement), elle a pu faire coller un parti politique à ses idées. « J’ai étudié le modèle fédéral belge pendant quatre ans. Selon moi, ce modèle ne fonctionne pas : il doit être réformé. J’ai retrouvé ce constat et ces idées à la N-VA », affirme l’étudiante. Depuis 2021, Julie est membre de la section étudiante de la Jong N-VA à l’Université de Gand, et depuis cette année, elle en est même la vice-présidente. Mais son engagement ne s’arrête pas là. En 2024, elle se présentera aux élections régionales et figurera sur la liste du N-VA dans sa commune, Huldenberg (Brabant Flamand). « C’est à peine croyable. Je n’ai encore jamais voté et là, je pourrai voter pour moi-même ! », plaisante-t-elle.

Avant d’ajouter : « La politique me donne de l’énergie, me rend heureuse. Je crois que ces sentiments sont importants, car la politique est une profession difficile et souvent ingrate. »

Depuis son engagement dans un parti, Julie a parfois été surprise des réactions du grand public. « Ma famille et mes amis m’ont toujours soutenue. Ils connaissaient mes idées depuis longtemps. Par contre, j’ai déjà reçu des insultes et subi des attaques de la part de personnes que je ne connaissais même pas. C’est dommage. Je trouve qu’il vaut mieux débattre quand on n’est pas d’accord, plutôt que de manquer de respect ».

Julie estime que la N-VA n’a rien à voir avec un parti d’extrême droite comme le Vlaams Belang. « Je crois qu’il existe une fausse perception de la N-VA, comme il n’y a pas de parti nationaliste du côté francophone. Si un jour, nous entrons dans un système confédéral tel que le prône mon parti, avec deux communautés de plus en plus autonomes, je suis certaine qu’un parti de droite tel que la N-VA peut voir le jour en Wallonie ».

Une journée « calme »

Combiner les études avec la politique, cela signifie avoir un programme très chargé, quitte à devoir négliger l’un par rapport à l’autre.  « Je dois souvent rater des cours parce que j’ai des obligations politiques. Ça veut dire que le week-end, je passe parfois des journées entières à étudier, mais heureusement, j’arrive à bien m’organiser ».

Ce mardi, Julie a une journée chargée, même si sa semaine est plutôt “calme”, selon elle. Elle part étudier deux heures dans un café, puis, à treize heures, elle enchaîne avec un cours sur les relations internationales. Une fois terminé, elle doit se dépêcher d’aller à son rendez-vous. Il s’agit de ‘We Care’, une formation à propos de la santé mentale dans les universités, à laquelle elle doit assister, en tant que membre d’une association étudiante politique. Après, l’étudiante doit se rendre à un autre rassemblement avec toutes les associations politico-philosophiques de l’université.

Julie assiste à la formation ‘We Care’, à propos de la santé mentale des étudiants de l’université de Gand

Après ces divers rendez-vous, la journée de Julie est loin d’être finie. A travers les rues de Gand, la jeune fille se dépêche de rejoindre son groupe du Jong N-VA dans le kot d’une amie. Ce soir, au programme, c’est frites, karaoké et bowling. Un programme plutôt consensuel. « La politique, ce n’est pas uniquement de longues réunions. Ce soir, on est là pour s’amuser et décompresser ».

La Jong N-VA UGent est en activité de teambuilding. Ils font un karaoké ensemble et chantent une chanson flamande classique

Même si entre deux frites, les jeunes nationalistes flamands évoquent leurs prochains événements avec la députée fédérale Anneleen Van Bossuyt ou avec le ministre flamand des Finances Matthias Diependaele, ils abandonnent très vite les sujets politiques pour pousser la chansonnette au karaoké. Des chansons pop et des classiques flamands sont chantés énergiquement. Le karaoké se clôture sur l’hymne flamand, le ‘Vlaamse Leeuw’, que les jeunes chantent fièrement avec la main sur le cœur en rigolant.

Place au bowling ensuite, où la bonne humeur reste au rendez-vous. L’équipe remplit la salle de quilles de rires et de discussions, tout en jouant le jeu à fond. Ils sont tous investis dans la compétition et n’hésitent pas à se charrier quand quand quelqu’un rate son coup. Lars, le président du groupe politique, en profite pour donner son avis sur Julie et son parcours : « Julie est un très bon atout pour les Jong N-VA. Elle complète parfaitement l’équipe ».

Après quelques strikes, la soirée touche à sa fin. « Demain, j’ai cours à dix heures et nous allons recevoir les consignes pour un examen », précise Julie, épuisée par cette journée “calme”. « La politique, c’est génial, mais tant que je suis étudiante, mes études passent en premier. »

Malgré sa détermination pour ses études, Julie, espère que son engagement paiera un jour et qu’elle trouvera son bonheur dans la politique. Une étudiante dont on entendra peut-être encore parler à l’approche des élections.

Julie étudie dans son café préféré de Gand. Elle prépare son cours de l’après-midi

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Informer n’est pas un crime

lun, 22/01/2024 - 12:00
Le combat du comité Free Assange continue

Photos : M’Mah Bangoura

Cela fait quatre ans et demi que le Comité Free Assange se donne rendez-vous chaque lundi à la Place de la Monnaie à Bruxelles. Son but : faire libérer Julian Assange.

Lundi 23 octobre, 16h50. La Place de la Monnaie est vide. Pour cause, il pleut. Pour l’instant, un seul bénévole du Comité Assange répond à l’appel : Thierry Delforge, instituteur retraité. Il est à l’avance. Vêtu d’un K-Way jaune complètement trempé, il brandit deux pancartes. Sur la première, on peut lire “#FreeSpeech”, “#Liberté d’Expression” et « Hands Off Assange », « Ne touchez pas à Assange ». Celle qu’il tient sous son bras laisse entrevoir : “UK Don’t Extradite”, “Royaume-Uni, ne l’extradez pas”.

Depuis son arrestation en 2019 par les autorités britanniques pour n’avoir pas respecté les conditions de sa liberté provisoire, le lanceur d’alerte australien Julian Assange est détenu à la prison de haute sécurité de Belmarsh au Royaume-Uni dans des conditions telles qu’il ne serait plus que l’ombre de lui-même, selon Amnesty International. Les États-Unis ont émis une demande d’extradition à l’encontre du fondateur de Wikileaks pour un ensemble de chefs d’accusation dont, notamment, le piratage informatique et l’espionnage. En effet, Wikileaks est responsable d’avoir divulgué des centaines de milliers de documents confidentiels de l’armée américaine, mettant en exergue les vices de l’une des plus vieilles démocraties au monde. Si le Royaume-Uni venait à livrer Assange aux États-Unis, ce dernier écoperait d’une peine d’au moins 180 ans de prison.

Dire la vérité c’est pas un crime !

17h04. On aperçoit une dizaine de bénévoles au loin, à l’abri de la pluie. Ils viennent et partent au compte de goutte. “Il y en a qui n’ont pas encore fini le boulot. C’est pour ça qu’on n’est pas encore tous là”, réplique un des bénévoles. Ils sont une majorité de femmes, pour la plupart des retraité.e.s, un ancien professeur d’histoire, une ancienne infirmière, etc. Certains sont encore dans la vie active, parmi lesquels un sociologue, une traductrice et une infirmière.

Aujourd’hui, en raison des intempéries, ils ont choisi la bouche de métro De Brouckère pour leur rassemblement. C’est l’heure de pointe et celle-ci est bondée. Ils se passent les pancartes, portent leur K-WAY jaune et c’est parti : “Free Julian Assange. Liberté pour Julian Assange. Dire la vérité c’est pas un crime. Dire la vérité c’est pas un crime”, crie Enrique, le sociologue. Pendant ce temps, entre les rapides va-et-vient des passants, ses compères se placent devant les escalators et tendent des tracts aux usagés. Certains sont interpellés pour une brève discussion sur la situation d’Assange, d’autres prennent le temps de signer la pétition. D’autres encore, trop pressés ou simplement par manque d’intérêt, choisissent d’esquiver les bénévoles.

Une bénévole est à terre sur ses genoux. Entourée de ses confrères, elle brandit trois pancartes. Une accrochée au cou qui dit : “Drop the charges”, “Abandonnez les charges” et une autre : “Bring Assange Home”, “Ramenez Assange à la maison”. À de multiples reprises, elle scande : “Free, Free, Free Assange ; Libérez, libérez, Libérez Assange”. Les bénévoles répètent après elle, en chœur.

Pourquoi la situation d’Assange inquiète ?

Quand on leur demande pourquoi ils s’insurgent contre la potentielle extradition d’Assange vers les États-Unis et en quoi cette cause leur tient autant à cœur, les bénévoles répondent : “La situation d’Assange est une menace pour la liberté d’informer et une menace pour notre droit à nous, citoyens, d’être informés correctement.”

Cela fait maintenant quatre ans et demi que le Comité Free Assange Belgium se donne rendez-vous tous les lundis à 17 heures, à la Place de la Monnaie et tous les premiers lundis du mois devant l’ambassade du Royaume-Uni.

Leur initiative commence un 10 janvier 2019, lors de la projection du reportage ARTE, “Les Vérités de Julian Assange” pendant le festival du Cinéma d’ATTAC. Les rassemblements ont d’abord lieu devant l’ambassade du Royaume-Uni, ensuite devant celle des États-Unis puis finalement à la Place de la Monnaie, jugée plus propice à la sensibilisation à la cause car plus fréquentée. “Je ne pense pas que ça leur fait vraiment quelque chose aux gens de l’ambassade de voir quelques personnes devant leur bâtiment, mais à la Place de la Monnaie, à 20 personnes, on distribue entre 600 à 1000 tracts chaque lundi et on discute avec des personnes qui ne connaissaient pas l’histoire d’Assange”, détaille Marie-France Deprez, porte-parole du comité.

L’information doit être dérangeante

Sur les tracts distribués aux passants, on peut lire les phrases suivantes : “Julian Assange ne doit pas être extradé !”, “Julian Assange doit être libéré !”. Ces propos sont accompagnés de plusieurs hyperliens qui permettent de signer les pétitions en ligne. “L’information doit être dérangeante, c’est comme ça que les gens peuvent comprendre et réfléchir par eux-même. Assange a fait ce travail, explique Annie, ancienne réalisatrice à la RTBF. Les bénévoles insistent : Assange n’a rien fait de mal. Il ne devrait pas être détenu.

19h20, les passants se font de plus en plus rares devant la bouche de métro et les exclamations diminuent. Petit à petit, les bénévoles remballent leurs installations. Bilan de la soirée : 500 tracts distribués et 33 signatures pour les pétitions. C’est un peu moins que la moyenne, mais une victoire malgré tout, au vu du mauvais temps.

Lundi prochain, quelle que soit la météo, ils seront là. Même heure, même place, mêmes revendications.

Enrique, sociologue et bénévole pour le Comité Free Assange.

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Tennis de table : la naissance d’un jeune talent

dim, 21/01/2024 - 10:00
Chloé, 12 ans, constitue un sérieux espoir belge en tennis de table. Elle jongle entre ses entrainements, ses compétitions, les trajets et l’école. Une vie peu banale pour une enfant de son âge. Le tennis de table est plus qu’un sport, c’est une passion et parfois de grosses concessions. 

Crédit photo : Delphine Grote

En décembre 2023, nous avons rencontré une jeune athlète, Chloé et l’avons suivie dans son quotidien. Depuis, la jeune pongiste a ajouté des médailles à son palmarès. En effet, les 6 et 7 janvier 2024, Chloé a gagné trois titres lors des championnats du Hainaut (médaillée d’or en double mixte et double dame et médaillée de bronze en simple). Ces nouvelles distinctions lui permettent d’être qualifiée pour les championnats de Belgique qui auront lieu le 2 mars 2024.

Un reportage réalisé par Delphine GROTE, Charlotte Lhoir et Jovial Kuete.

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Les coulisses du ciel

sam, 20/01/2024 - 09:00
Contrôleur aérien, un métier de l’ombre

Photo : Ben Koorengevel

Si prendre l’avion n’est pas toujours facile, en faire voler un l’est encore moins. Pour faire aller un avion d’un point A à un point B, toute une armée de métiers différents est nécessaire. Parmi ces métiers, beaucoup sont méconnus. C’est le cas du contrôleur aérien, sans qui le trafic au-dessus de nos têtes ne pourrait pas fonctionner. 

À travers ce podcast, Johan, 57 ans nous explique son quotidien de contrôleur aérien. Il travaille pour EUROCONTROL au centre de contrôle de l’espace aérien supérieur de Maastricht, l’organisation qui gère le trafic aérien au-dessus de 7,5 km dans le ciel du Bénélux et du nord-ouest de l’Allemagne. Parler aux avions n’est pas tous les jours facile, mais c’est un métier-passion que Johan exerce maintenant depuis plus de 30 ans.

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Les mineurs demandeurs d’asile : entre défis juridiques et quête d’identité

ven, 19/01/2024 - 12:00
Interrogatoires à répétitions, tests médicaux poussés, criminalisation et remise en question de la véracité de leur histoire, autant de difficultés auxquelles les mineurs étrangers non accompagnés (MENA) vont se heurter lors de leur arrivée en Belgique. Si la route a déjà été sinueuse pour ces jeunes, la demande d’asile va les déposséder du peu d’innocence qu’il leur reste.

Illustrations: Freepik (cc) et Alekseev sur Pinterest (cc)

1,2 milliard d’enfants dans le monde sont menacés par la guerre, la grande pauvreté ou les discriminations de genre selon un rapport de l’ONG Save The Children. Cela signifie qu’un enfant sur deux est privé d’enfance à cause de situations de conflits, du mariage forcé, de la malnutrition, du manque d’accès à l’éducation, etc. Autant de causes qui mettent en péril le respect des droits de l’enfant à l’échelle mondiale. De nombreuses voix se sont fait entendre quant au non-respect de ceux-ci, à l’occasion de la Journée Internationale des droits de l’enfant. En effet, des représentants du monde politique occidental interpellent régulièrement les pays en situation de conflits ou sous-développés sur le respect sans condition des droits de l’enfant comme inscrit dans la Convention des droits de l’enfant adoptée par l’Assemblée des Nations Unies.

Dans l’impossibilité de vivre dans des conditions décentes ou même de survivre, des millions d’enfants prennent le chemin de l’exil. Certains entament le voyage accompagnés de leurs parents ou des derniers membres de leurs familles encore en vie, mais trop souvent, des mineurs prennent la route seuls. Fin 2022, l’UNICEF dénombrait 43,3 millions d’enfants déplacés dans le monde. Souvent, ils quittent le pays pour se protéger dans le pays frontalier le plus proche et le plus accueillant. Cependant, certains vont décider d’aller plus loin chercher des conditions de vie meilleures et une protection qu’ils ne peuvent pas trouver dans leur pays d’origine.

Pour les populations subsahariennes, du Moyen-Orient ainsi qu’eurasiatiques, l’Union européenne représente l’objectif à atteindre. Après avoir traversé déserts et mers et parcouru des milliers de kilomètres, souvent à pied, ils espèrent reconstruire leur vie en Europe en attendant de pouvoir rentrer chez eux. Toutes les histoires sont différentes, mais leurs trajets sont souvent semés des mêmes embûches. La Belgique reçoit plus que jamais des jeunes mineurs non accompagnés, environ 6 400 mineurs signalés en 2022 soit une augmentation de 30 % par rapport à 2021, principalement issus de zones d’instabilité politique comme l’Afghanistan ou la Corne de l’Afrique (Somalie, Éthiopie ou Erythrée).

Promis, je ne suis pas majeur

80 % des mineurs non accompagnés qui arrivent en Belgique sont afghans et 90 % sont des garçons. Leurs trajets se ressemblent, longs, épuisants, organisés par des passeurs grassement payés qui souvent leur mentent, les malmènent ou les maltraitent. Avoir un passeur, c’est endetter sa famille, c’est avoir une dette qu’ils doivent rembourser très vite à leur arrivée en Belgique. Les passeurs, c’est la première angoisse. La première d’une longue liste. Ces jeunes commencent par traverser l’Iran qui, selon Julie Demarez, la co-fondatrice de la Maison Babel, est la partie la plus “facile” du périple. Puis ils arrivent en Turquie où tout se complique. Beaucoup se font arrêter et emprisonner. Quand ces mineurs arrivent en Belgique, ils sont abîmés. Abîmés par le trajet à pied, abîmés par les adultes, abîmés par le déracinement.

5 h du matin, petit château : Ali vient d’Afghanistan, comme quasiment tous les jeunes autour de lui, et va être pris en charge par les services de FEDASIL (l’Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile) il ne le sait pas encore, mais il va passer plus d’un an à prouver qu’il est mineur. Ali est grand et a déjà de la barbe. Ce qu’il ne peut pas contrôler va déterminer la tournure de ses prochaines années. Pourtant, il n’a que 16 ans, mais seule sa famille en Afghanistan le sait et ici, personne ne va le croire.

 8 h du matin : on annonce à Ali qu’il va être transféré dans un Centre d’Orientation et d’Observation (COO). Il a de la chance, une place vient de se libérer. Parfois, les jeunes peuvent attendre plusieurs semaines au petit château.

9 h : on lui donne un thé chaud. Il n’en a pas bu depuis 1 an. La boisson chaude au citron le fait pleurer. La dernière fois qu’il a bu du thé, c’était celui préparé par sa mère.

10 h : il prend le bus avec d’autres enfants qui ont l’air encore plus tristes que lui et arrive au COO. Le centre est immense, bruyant et si plein qu’on dirait qu’il va exploser. Il y a beaucoup d’Afghans et ça le rassure, mais les groupes sont déjà faits, certains sont là depuis 4 mois. Il va falloir s’intégrer pour avoir les bonnes places au dortoir, pour ne pas se faire embêter, pour partager des repas, pour ne pas se sentir trop seul, pour ne pas sombrer.

Un mois plus tard : on lui a trouvé une tutrice. Elle s’appelle Inès, elle est jeune et gentille avec lui, ça lui fait du bien. Elle lui a dit qu’elle allait l’aider pour tout. Pour lui expliquer les entretiens dans les moindres détails, pour signer tous les papiers, pour le rassurer. Elle a presque les mêmes yeux que sa grande sœur, ça le rassure. Grâce à elle, il va pouvoir commencer les entretiens.

Trois mois plus tard : on accorde enfin un rendez-vous à Ali. C’est une interview, et tous les jeunes qui sont au centre lui ont dit que s’il la « ratait », c’était foutu pour lui, que ça dépendait sur qui il tombait. Ce sont les officiers de protection du Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA) qui font passer les entretiens. On lui a expliqué que ces officiers vont vérifier la crédibilité et la véracité de ce qu’il raconte, sa famille, son trajet, son histoire, et que ça va durer des heures. Ce sont eux qui vont reconnaître sa qualité de réfugié ou bien la refuser, alors il ne faut pas rater. Ne pas se tromper, ne pas oublier un détail, ne pas confondre, ne pas paniquer, fouiller dans ses souvenirs. Combien mesurait sa mère ? Il ne sait pas, ses parents sont paysans et personne ne se mesure chez lui. Comment s’appellent les villages à côté de chez lui ? Il ne sait pas, il n’appelle jamais les villages par leurs vrais noms. Décris-nous la gare routière à Bucarest ? Il ne sait plus, il a voyagé pendant un an. Les agents lui ont posé des questions pendant des heures pour s’assurer qu’il ne mentait pas.

Un mois plus tard : il doit faire des tests médicaux maintenant. Sa tutrice l’avait prévenu que ce serait long, mais il ne s’attendait pas à ça. Elle lui a dit que c’était pour déterminer avec la plus grande précision son âge. C’est un test osseux, il va passer des radios du corps et de la mâchoire et on va mesurer tous les os pour déterminer s’il est bien mineur. Inès lui dit que ce n’est pas juste, que les recherches ont été effectuées sur des blancs dans les années 30. Son avocate, elle aussi, a l’air irritée. Les deux femmes lui disent de bien expliquer qu’il aide ses parents tous les jours dans les montagnes depuis qu’il est petit, qu’il passe ses journées dehors, qu’il n’a pas toujours mangé à sa faim. Il ne sait pas pourquoi il doit dire ça, mais il fait comme on lui dit. Mais ça fait beaucoup de choses à dire, beaucoup de choses à retenir et c’est de plus en plus dur. De toute façon, il n’a pas le choix, son avocate lui a dit que l’âge sera déterminé à deux ans près et que l’administration prendra en considération le nombre le plus élevé. Il a 16 ans, mais si le test dit autre chose, alors il est majeur et s’il est majeur, c’est fini pour lui.

Six mois plus tard : Ali est régularisé, on l’a cru, il est bien mineur. Ça a été tellement long, il s’est senti tellement seul. Maintenant, il a trois mois pour demander un regroupement familial. Ça fait deux ans qu’il n’a pas vu sa famille et tout le monde compte sur lui, ça, il ne l’a jamais oublié. C’est « des années d’économie » pour ses parents ce voyage, il entend encore son père lui dire. Il ne veut pas les décevoir. Ce regroupement, c’est lui qui va devoir le financer, avec ou sans contrat, avec ou sans formation, qu’importe, il doit trouver cet argent. Mais le plus dur est fait, il ne vit plus dans ces centres immenses où il doit tout partager avec des dizaines voire des centaines de jeunes, il a enfin son espace. Il a été placé dans une initiative locale d’accueil (ILA) où il bénéficie enfin d’indépendance et de liberté tout en profitant du soutien des services sociaux. Mais bientôt, il devra quitter le centre d’accueil dans lequel il vit. Bientôt, il n’aura plus Inès pour l’aider. Bientôt, il sera livré à lui-même. Bientôt, il sera majeur.

Un régime d’asile européen qui patine

Ces parcours chaotiques s’enracinent dans une politique migratoire qui, jusqu’à présent, n’a pas fait ses preuves. En septembre 2020, quelques jours après l’incendie du plus grand camp de réfugiés d’Europe à Moria, sur l’île grecque de Lesbos, Ursula von der Leyen, la Présidente de la Commission européenne avait annoncé vouloir “abolir le règlement de Dublin”, qui détermine que le premier pays où des réfugiés arrivent, doit traiter les procédures relatives à la demande d’asile. La Commission entendait réformer un système considéré comme inefficace et qui polarise au sein de l’Union européenne, surtout depuis l’année 2015, le climax de la crise de l’accueil. Dès lors, la machine européenne s’est mise en route. Des réformes ont été entamées pour mieux faire face aux défis migratoires que ces femmes, ces hommes et ces enfants traversent aussi sur la route de l’exil.

Les députés européens ont pris la parole lors d’une session plénière au Parlement de Strasbourg le 20 novembre dernier, pour rappeler l’importance de renforcer le bien-être et la protection des enfants en Europe. Des ambitions qui ont été actées en 2021 dans le cadre de la garantie pour l’enfance qui invite tous les États membres à adopter des leviers d’action plus efficaces, notamment pour briser le cercle de la violence et de la pauvreté. Avec le regain du conflit au Proche-Orient entre Israël et le Hamas, Saskia Bricmont (Verts/Ale) n’a pas manqué de rappeler que “les enfants n’ont ni à faire la guerre, ni à la subir”. À l’image de ces paroles, plusieurs eurodéputés se sont exprimés pour dénoncer les conditions précaires des enfants qui vivent la guerre, qui sont contraints de quitter leur pays, parfois sans leur famille.

En 2020, l’Agence européenne de garde-frontière et de garde-côtes Frontex recensait environ 125 000 franchissements irréguliers, dont 15 000 enfants au total. Un nombre qui est la conséquence directe de conflits armés qui ne cessent d’émerger aux quatre coins du globe, de l’Afghanistan à la Somalie et au cœur de l’Europe de l’Est, en Ukraine.

Déjà trois ans que l’épais dossier du “Pacte sur la migration et l’asile” est en cours de révision sur la table européenne. Toujours en discussion, le Pacte propose des réformes qui se veulent significatives pour remédier aux lacunes de la politique d’asile. Les deux gros objectifs : le renforcement des contrôles aux frontières pour dissuader les volontaires et la facilitation des accords de réadmission dans le pays d’origine. Plus globalement, l’UE a la volonté de garantir un “mécanisme de solidarité” en cas de pression migratoire et des règles plus homogènes pour l’ensemble des États membres. L’objectif est de faire en sorte que tous les demandeurs d’asile soient traités de la même manière partout en Europe. D’une part en leur donnant accès à des droits et d’autre part, en établissant des critères communs aux pays membres pour identifier les personnes prioritaires à la protection internationale.

Pour les ONG et associations qui luttent pour la protection des MENA, certains points de révision du Pacte bafouent des droits fondamentaux. Ils dénoncent la criminalisation des mineurs, essentiellement au travers du projet de réforme Eurodac, une base de données européenne regroupant les empreintes digitales, des images faciales et autres informations personnelles des demandeurs d’asile. Le champ d’application serait étendu aux personnes migrantes n’ayant pas demandé l’asile, et ce, dès l’âge de 6 ans.

Bien que le Pacte ait franchi plusieurs étapes d’approbation, des défis subsistent. Comme de coutume, entre le vote des textes et leur application, la route est encore longue. Les États membres peinent à se prononcer de manière unanime, mais devront pourtant trouver un terrain d ‘entente pour garantir une mise en œuvre réussie du Pacte. Cela dit, le succès de ce dernier ne doit pas uniquement dépendre de leur bon vouloir, il doit aussi résulter d’un élan d’humanité de la part de tous les acteurs du processus d’accueil des migrants. Dans les circonstances de l’exil, les mineurs sont traités comme des criminels. Ils devraient pourtant avoir le droit de jouir de leur statut d’enfant et de la protection par les adultes qui en découle.

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La colonisation de Mars

jeu, 18/01/2024 - 10:00
Habiter sur la planète rouge : entre rêve et réalité ?

Crédit photo : BolliviaInteligente sur Unsplash

Alors que l’urgence climatique est au cœur des conversations, certains envisagent une vie future sur Mars. La planète rouge suscite les convoitises depuis des années et est sujette à un vif intérêt. À l’heure actuelle, la possibilité de la coloniser soulève de nombreux défis. Entre la pression atmosphérique, les températures extrêmes et la question de l’eau, s’installer sur Mars s’annonce plus complexe que prévu…

Crédit photo : NASA (Unsplash)

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L’Europe est-elle en « échec scolaire » ?

mer, 17/01/2024 - 12:00
Les 27 prennent quelques remarques disciplinaires pour leurs systèmes scolaires. Mais l’Europe peut-elle vraiment améliorer l’éducation des jeunes européen·nes ? Comment cette réalité est-elle perçue dans nos écoles bruxelloises ? 

Si on connait bien les programmes Erasmus, permettant aux étudiant·es européen·nes de partir étudier dans tous les coins de l’Europe, on peut s’interroger sur la présence des drapeaux bleus étoilés accrochés à nos écoles. En matière d’enseignement, l’Union européenne n’a que peu, ou pas de compétence, celle-ci étant gardée au niveau national ou régional. À l’occasion de la journée des droits de l’enfant, les quelques courageux·ses député·es présent·es dans l’hémicycle de Strasbourg souhaitaient toutefois rappeler l’importance d’une meilleure inclusion et d’une réduction des inégalités dans nos systèmes éducatifs.

Car à en croire le dernier rapport PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves), sorti début décembre 2023, les 27 sont loin de montrer l’exemple. Celui-ci révèle en effet « qu’un·e jeune sur quatre âgé·e de 15 ans est peu performant·e en mathématiques, en compréhension de l’écrit et en sciences, en moyenne dans les pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).” Des pays européens traditionnellement performants et réputés pour leur stabilité, comme les Pays-Bas, la Finlande ou l’Islande, ont vu leur score chuter de manière drastique. La Belgique est elle aussi concernée : depuis le rapport 2018, on compte 5% d’élèves considéré·es « faibles » en plus, c’est autant d’élèves considéré·es « fort·es » qui ont diminué dans le même temps.

Ce chiffre est loin de choquer Serge Milinkovitch, directeur de l’École fondamentale de Messidor à Uccle. Car même si l’UE tente de promouvoir ses systèmes éducatifs, son Fond Social (FSE) ne suffit pas à combler les échecs de cette compétence qu’elle ne maîtrise pas. C’est non seulement un manque de moyens financiers dont il est question mais surtout d’un manque de moyens humains.

Les écoles ne disposent pas des bras nécessaires pour offrir à tous·tes un enseignement de qualité : pénurie des professeur·es, surcharge des classes, infrastructures insuffisantes… Ces lacunes influencent directement la qualité de l’enseignement fourni, et les personnes présentent au premier rang : les élèves.

Celles et ceux-ci peuvent éprouver des difficultés d’apprentissage dans différentes matières et les causes en sont multiples. L’enfant peut présenter un trouble psychologique ou comportemental : un handicap, un trouble « Dys », c’est-à-dire un trouble spécifique durable lié à un dysfonctionnement cognitif du cerveau, tels que la dyslexie, la dysorthographie, la dyscalculie, un trouble de l’attention, un trouble mnésique…

Le milieu culturel dans lequel il a évolué et sa situation socio-économique sont également à prendre en compte. Le rapport PISA souligne en effet que “dans les pays de l’OCDE, les élèves issus de milieux défavorisés ont, en moyenne, sept fois plus de chances de ne pas maîtriser les bases des mathématiques que les élèves issus de milieux favorisés”. In fine, les résultats sont moins bons, l’accès aux études supérieures est compliqué, et le futur professionnel, donc économique, est plus limité. À cet avenir tracé par les critères d’un système scolaire valorisant une certaine « intelligence », s’ajoute des failles matérielles qui ne font qu’augmenter les difficultés chez l’enfant. 

Le corps professoral est fatigué et démuni. Les enseignant·es tentent au mieux d’offrir une éducation suffisante et qualitative à leurs élèves, mais cela reste parfois compliqué. Pour Manon Leloux, professeure de primaire aux Écoles Libres de Saint-Roch à Bruxelles, et Pauline Mersh, logopède, la réalité et les possibles ne sont pas les mêmes selon la commune et l’école dans lesquelles on exerce.

Certain·es se demandent alors si notre système scolaire n’entretient pas une forme de conformisme et d’élitisme reléguant toujours les mêmes au fond de la classe ? L’enseignement général est promu à la grande défaveur des filières dites « techniques » ou « manuelles », mais pour quels résultats en fin d’année ? Les particularités et l’individualité de chaque élève ne sont que rarement prises en compte, et ce, pas toujours par manque de volonté, mais surtout par manque de moyens de toutes parts.

Quand la cloche sonnera la fin de la leçon, on ne retiendra qu’un pourcentage ou une cote sur 10 sur chaque copie. Mais derrière celle-ci, existe un·e élève qui peut être victime de troubles du langage et de l’apprentissage comme la dyslexie, la dysorthographie ou la dyscalculie. Cet·te enfant peut aussi être la cible du harcèlement et du rejet des autres entraînant un manque de confiance en ses capacités. Tant de facteurs extérieurs qui font varier la côte finale sur les copies. 

Les parents ramènent aussi à domicile leur lot de devoirs. La charge que la société impose aux parents quant à la réussite de leurs enfants est une démonstration claire des inégalités socio-économiques. Elisabeth Heniqui est maman d’un enfant de seize ans et avec son mari, il et elle ont tenté rendez-vous après rendez-vous d’aider leur fils dans son parcours scolaire.

« En général, dans les systèmes d’éducation dans lesquels on observe une tendance au renforcement de la participation des parents dans l’apprentissage des élèves entre 2018 et 2022, le niveau en mathématiques s’est davantage stabilisé ou a progressé. »

Rapport PISA 2022

Si leur fils est aujourd’hui déscolarisé, signe d’un refus de communiquer de la part des institutions éducatives et d’un traumatisme de “l’échec scolaire” pour l’élève, Elisabeth souligne l’inégalité flagrante pour les parents : “Il faut un quart-temps pour s’investir dans la scolarité de son enfant. Pour une femme seule, qui doit travailler, et qui a plusieurs enfants, c’est impossible.”

Les parents ne sont pas professeur·es, les professeur·es ne sont pas parents, les logopèdes ne sont pas psychologues et les psychologues ne sont pas assez nombreux·ses. À qui revient donc le devoir d’assurer l’éducation de nos enfants si elle n’incombe pas à tous·tes ?

· Le service d’action en milieu ouvert (AMO), une aide sociale, juridique et éducative pour tous les jeunes âgé·es de 0 à 22 ans : https://amobxl.be

· L’association d’« Aide à la réussite scolaire », une école des devoirs qui fournit un soutien scolaire et un suivi quotidien des leçons que l’élève doit apprendre.

· L’ASBL “enseignons.be”, une association offrant un appui scolaire toute l’année et des cours en mathématiques, en langues et en cours de sciences : https://soutien-scolaire.enseignons.be/

Toutes ces possibilités peuvent être des moyens d’accompagner au mieux les élèves afin de, peut être, transformer l’éducation de nos états européens en des systèmes performants, inclusifs et encourageants.

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