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Colis renvoyé, colis jeté ?

Mammouth - il y a 10 heures 34 min

Saviez-vous que les commandes en ligne que vous renvoyez risquent bien d’être détruites plutôt que réutilisées ?
Samuel De Pryck, Thibaut Herpoel, Ines Ramdani et Clément Debruyne vous expliquent ce scandale écologique.

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Travailler ou étudier ?

Mammouth - lun, 11/05/2026 - 17:13

©Cemrecan Yurtman

Aujourd’hui, travailler en plus des études est une réalité grandissante. De nombreux jeunes doivent combiner les deux. Les écoles prennent-elles cela en compte ? Les étudiants sont ils demandeur d’aménagements ?

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À l’ombre du tuyau

Mammouth - ven, 08/05/2026 - 11:08
Rue de Châtelet, le déclin industriel de Charleroi a laissé des traces sur les murs et dans les vies. Au-dessus des maisons un tuyau qui ne mène nulle part. Une cicatrice de fer dans le ciel, comme une fracture dans le paysage. À quel point ce tuyau pèse-t-il sur l’est de Marchienne ?

Photos : Alice Puissant
Texte : Hortense Beguin

À Marchienne-au-Pont, les maisons de la rue de Châtelet ont la mine fatiguée. Sous les pas, quelques pavés des trottoirs vacillent et laissent passer des pousses indisciplinées. Le long des façades, les traces du temps se mêlent aux murs ternis et à la peinture effritée, tantôt noire, grise ou rouille, des petites maisons ouvrières qui jouent les coudes à coudes.

Sans qu’on puisse s’y attendre, le silence est brutalement interrompu par le fracas des tôles d’Arcelor Mittal. Le bruit résonne comme un corps de métal tombé du ciel. L’industrie se trouve de l’autre côté de la route, presque en face des premières habitations, comme un rappel constant de l’origine ouvrière du quartier.

Et puis, on ne voit que lui, avant même les maisons, avant même les visages. Il surplombe la rue sans utilité, mais continue d’imposer sa présence. Lourde, massive, dérangeante. Suspendu au-dessus des toits, il nargue les habitants par son absurdité.

En dessous de lui, Marchienne-au-Pont semble vivre dans son ombre. Sa carcasse raconte un passé prospère, aujourd’hui révolu, et laisse derrière elle un quartier à l’abandon, marqué par les friches et les traces d’une activité qui a déserté les lieux. Lui qui fait de son nez par-dessus les cheminées est silencieux et pourtant semble déranger, bien plus que le vacarme incessant de la rue.

« Regardez vers le ciel, et imaginez vous Paris, ce tuyau c’est un peu comme notre Tour Eiffel », lance l’agent immobilier à Yamina, pour la convaincre d’acquérir la maison au numéro 399. Moins cher qu’à Uccle. Contrainte à revoir ses attentes à la baisse, Yamina finira par acheter la maison pour elle et ses enfants, malgré le monstre de fer qui domine sa terrasse.

Cicatrice de fer

Le tuyau est comme une grande relique des années prospères de la région. Il fut un temps, où ce gazoduc avait une raison d’être. Dans son conduit circulait un gaz chargé de monoxyde de carbone et d’hydrogène. Un chemin lui avait été construit de toutes pièces entre un haut-fourneau du site de Thy-Marcinelle et la centrale électrique de Monceau, afin de produire de l’électricité. Une logique industrielle qui ne s’encombrait pas du paysage des riverains.

La rue de Châtelet tournait alors à plein régime, portée par les usines qui fonctionnaient de jour comme de nuit, les cafés qui accueillaient les ouvriers après leur journée de travail et les commerces de proximité qui s’étaient greffés au quartier. Boulangerie, quincaillerie, cordonnier, tout se trouvait ici, dans une commune qui se suffisait presque à elle-même.

Mais cette époque n’est plus qu’un souvenir. Le déclin progressif des zones industrielles a entrainé celui de la rue. Le tuyau n’alimente plus rien. Le démolir couterait trop cher. Alors il reste là. Figé dans un environnement où il peine à trouver sa place. Les vitrines des commerces sont vides, défraîchies, parfois barrées de rideaux de fer.

Alors comment vivre là ou la vie est partie ?

N°377

Un homme relève son courrier avant de remonter vers la porte de sa maison avec la tranquillité de ses habitudes. Il ouvre sans hésiter, comme on accueille quelqu’un qui passe depuis longtemps déjà. À l’intérieur, une odeur de cigarette saisit les narines. La lumière peine à se frayer un chemin à travers les fenêtres de son rez de chaussé.

Il est onze heures passées et dans peu de temps, les douze coups de midi retentiront depuis le poste de télévision, avec Jean-Luc Reichmann en maître de cérémonie. « Ça, c’est mon petit rituel quotidien », ricane Dominique. Un de ceux qui structurent ses journées depuis qu’il est pensionné.

Dominique 63 ans, a passé 38 ans de sa vie de l’autre côté de la rue chez Arcelor Mittal. L’usine il la connait dans son corps, dans ses nuits et dans ses douleurs. « L’usine ça m’a crevé, crevé ! »

D’abord il commence à la coulée continue, quinze ans dans le fond, là où il fait « crevant t’chaud ». Il grimpe ensuite les échelons, et travaille comme pontier. De sa cabine, il pilote des ponts roulants et des grues pour transporter les matières premières et les produits finis. Vingt années à voir le travail se faire en contrebas, à entendre les bruits sourds, les ordres, les machines et subir la routine qui avale les journées.

Dominique mettait parfois la radio sur le pont, dansait seul quand personne ne le regardait ou grignotait des cacahuètes dont les coquilles valsaient par-dessus sa cabine. Ces moments-là étaient précieux. Moins abrutissants.

Chez ArcelorMittal, il faisait partie d’une lignée. Son père y a travaillé 41 ans, ainsi que son grand-père, ses cousins, ses frères. Toute une généalogie ouvrière ancrée dans ce quartier, dans cette rue, dans cette maison même, que ses grand-parents ont habitée avant lui.

« 6h-14h, 14h-22h, 22h-6h », le corps suit jusqu’au moment de trop. Les changements incessants d’horaires lui ont causé 12 ulcères à l’estomac, les mouvements répétitifs du pont lui ont laissé un problème discal et ses yeux ont été brulés par une poudre trop chaude, faute de lunette de protection. Il raconte cela sans acrimonie, comme on évoque de bêtes accidents de travail.

Il est pensionné depuis janvier 2025, un an plus tôt que prévu. « J’étais sous certificat, mais je ne l’ai jamais dit à mes collègues » dit-il avec une gêne encore palpable. Il y a des lieux qui vous usent et qui pourtant vous définissent. « En face », il n’y retournera jamais, pas pour les visites, pas pour les invitations. Il y est trop allé.

Depuis sa mise au repos, ses journées ont pris une autre forme. Celle de la solitude. Il ne sort presque jamais. Pas quand il fait moche et surtout pas quand il pleut. « Je sortirai quand le beau temps reviendra ». Peut-être. Des paroles flottantes comme une promesse à soi-même qu’on ne sait pas toujours tenir. Il s’en tient à rester dans sa maison, faire de petits travaux, nettoyer, cuisiner et s’occuper de son fils, Fabian.

Une semaine sur deux, Fabian structure ses journées. Il a 34 ans et est atteint de la maladie de Williams, une maladie génétique rare. Il part toute la journée en centre et revient le soir, se faire chouchouter par son papa. Son repas chaud l’attend sur la table, à la sortie du van qui le ramène du centre. Quand Fabian est chez sa mère, la maison se vide, plus qu’elle ne l’est déjà. Et ce sentiment qu’il n’aime pas trop nommer revient le titiller. Il se sent seul. « Fabian, c’est comme mes deux yeux », il est tout ce qu’il lui reste.

« J’en ai plus rien à foutre de la famille », feint Dominique. Il ne voit plus qu’une seule de ses deux filles, Astrid. Jennifer a choisi sa mère quand ses parents se sont séparés. Malgré sa déception, il continue d’espérer une réconciliation et lui renvoie parfois des messages, qui restent sans réponse : « Tu me manques ma chérie hein ». Séparé depuis un an et demi de la mère de ses enfants, il attend le 19 juin 2026, date de signature du divorce, comme une date charnière. « Après ça, je serai bien plus heureux ».

N° 393

Quand la porte blanche s’ouvre, une femme âgée aux cheveux courts et blancs se présente dans l’embrasure. Elle raconte une autre manière d’habiter cette rue, une histoire qui ne commence pas avec l’usine. Maria a 76 ans, cela fait une vingtaine d’années qu’elle est là. Elle achète la maison après des années difficiles, après une vie marquée par les meurtrissures.

Maria a connu la violence, la rue, les centres d’accueil. Elle a ensuite reconstruit sa vie comme elle a pu, travaillé, composé avec les moyens du bord. Les traces de peintures blanches sur son training léopard en disent autant qu’elle. « Quand on n’a pas d’argent, on apprend à tout faire soi-même », dit-elle avant d’ajouter : « Je suis tellement fière de moi ».

Chez elle, tout raconte cette conquête : les vêtements, ses « linges », qu’elle aime par-dessus tout ; les tringles chargées, les objets gardés avec soin. Cette manière de faire de la maison un endroit à elle, après avoir connu tant d’années à ne pas vraiment avoir de toit à soi. Sa maison est chaleureuse. Elle y a installé ses habitudes et ses petits brols. Sur la table du salon, d’énormes bonbonnières attendent ses petits-enfants, qui passent, mais pas assez souvent que pour combler sa solitude.

Maria parle du quartier comme d’un lieu abîmé. C’était mieux avant. Tout le monde se connaissait, se rendait visite, partageait le café et des moments simples. « On prenait des tables, on mettait tout devant et on prenait le goûter ensemble, y a plus, maintenant. C’est devenu un quartier de ploucs ».

Comme son voisin, elle sort peu. Ou du moins jamais seule. Elle a déjà été agressée et préfère attendre son mari pour aller faire les courses ou marcher un peu. Elle reste alors dans sa maison en compagnie de Capsule, son petit chat. Chez Maria, l’intérieur devient une manière de tenir face à l’extérieur.

N°321

À seulement quelques mètres, une large allée bétonnée s’enfonce sur le côté. Elle débouche sur une grande cour où l’air et la lumière semblent enfin prendre leur place. Le décor change. Dans la cour d’Antonio, des nains de jardin colorés s’amusent dans un parterre garni de fleurs, de petits garages sombres laissent apparaître des motos en réparation et les fils de linge pendent au-dessus des têtes.

Antonio fait partie de cette immigration italienne arrivée massivement après la Seconde guerre mondiale, notamment suite aux accords « charbon-bras » de 1946 entre la Belgique et l’Italie. À cette époque des milliers d’italiens viennent travailler dans les mines de charbon de la région.

Lui, arrive à l’âge de 6 ans. Onze ans plus tard, il commence à travailler juste en face de sa maison actuelle, à l’usine Léonard-Giot. Fondée en 1862, spécialisée d’abord dans la chaudronnerie du cuivre avant de se tourner vers la fonte et les aciers spéciaux, elle occupait à elle seule un terrain de plus de six hectares.

Fermée en 1978, la majorité des bâtiments a été rasée dans la foulée. Ce qui reste, ce sont les façades et les toitures des anciens bâtiments donnant sur la rue, classées au patrimoine wallon en 2007, donc intouchables. Derrière, la SPAQuE a déjà réhabilité le site et dépollué les sols. Sur le terrain attenant, on a parlé d’un supermarché, d’un Aldi, d’un Colruyt, même d’un centre commercial. Mais on en parle encore. Rien ne bouge.

« Ils font beaucoup de promesses hein m’feye, puis y’a rien qui se passe. Ils ont voulu commencer à nettoyer la façade classée, un mec est venu il a nettoyé trois briques », dit-il en pointant dix centimètres carré d’un bout de mur passé au karcher.

Antonio parle du passé sans nostalgie excessive, mais avec une précision de ceux qui ont vu les choses se transformer sous leurs yeux. Après de nombreuses années à l’usine, il se décide à monter la sienne. Sa propre entreprise de porte blindée installée plus loin dans la rue de Châtelet.

On sent chez lui la satisfaction de celui qui a tenu bon, qui a bâti quelque chose ici dans ce morceau de rue. Il est heureux de sa réussite. La seule chose qui pourrait encore améliorer son quotidien, c’est qu’on enlève cet « affreux tuyau ». « Ils ont eu de l’argent pour le mettre, reste plus qu’à faire pareil pour l’enlever », s’amuse-t-il.

Les travaux avancent plus lentement que les promesses qu’on annonce. Plus loin dans le quartier de Marchienne-au-pont, conformément à son plan de modernisation, la Sambrienne rénove 48 logements sociaux, pendant que la ville multiplie les chantiers de voirie et les plans de rénovation dans plusieurs quartiers.

Rue de Châtelet, la friche Léonard-Giot, elle, a déjà été prise en charge par la SPAQuE : déconstruction, désamiantage, dépollution des sols. Mais depuis, plus rien ne bouge, sur le terrain rien n’a vraiment pris racine. Cela fait 10 ans que la zone doit accueillir des logements, de petites et moyennes entreprises.

Dominique, lassé de ce sentiment d’abandon, a déjà appelé plusieurs fois les services de la ville pour signaler d’énormes trous dans la chaussée. « Ils sont venus une fois, ou ils ont dit qu’ils viendraient. Je ne sais plus bien ». Et chaque passage laisse un peu plus de traces, sur la route, comme sur sa voiture.

Alors le quartier reste suspendu, dans l’attente qu’on tienne enfin parole. Le tuyau a vu les années fastes et maintenant surplombe une rue qui se vide de ses repères. Lui aussi est coincé, sans l’argent nécessaire pour déménager. Alors il reste là, trop grand pour qu’on l’ignore, trop encombrant pour qu’on l’aime, suspendu au-dessus des toits de la rue de Châtelet comme une question sans réponse, posée depuis des décennies à un quartier qui attend qu’on s’en occupe.

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Jusqu’ici tout va bien

Mammouth - jeu, 07/05/2026 - 16:34
Le manque de financement des crèches inclusives : un handicap en plus

Photo : Gabe Pierce

À Bruxelles, il existe 385 crèches, mais seulement 6 d’entre-elles sont inclusives, accueillant à la fois des enfants valides et en situation de handicap. Mais entre manque de législation et de financement, leur avenir est incertain? Focus sur la crèche des Pilloux qui fait partie de ces établissements.

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Femme à la chaîne

Mammouth - jeu, 07/05/2026 - 16:06

Charlotte Dumont

Être plus de 700 sur la chaîne de production d’un site sidérurgique carolo. Parmi ces gens, seulement quatre femmes, dont Kamille. Comment font-elles pour évoluer dans un milieu si masculin ? Comment tenir ? Quand elles tiennent …

Une journée à côté de ses pompes. Se tromper de salle. Recevoir des informations à propos d’un job qu’elle n’avait jamais envisagé. Finir ouvrière sidérurgique. Une des 4 femmes sur une chaîne de plus de 700 hommes. 

En juin 2023, Kamille, 27 ans et filamarchoise (habitante de Forchies-la-Marche), se rend à la Mission Régionale pour l’Insertion et l’Emploi à Charleroi (MIREC). Elle est alors dans une période de ras-le-bol, travaille à Intermarché en tant que responsable de l’épicerie, 60 à 65 heures par semaine. La période COVID, l’a fatiguée, l’incivisme des gens surtout. Exécrables comme elle dit. La jeune femme perd peu à peu son côté solaire. Elle veut changer d’activité. 

La MIREC oeuvre à l’insertion socio-professionnelle d’un public peu qualifié et fragilisé. Kamille entre dans une salle, où une séance d’information à propos des métiers de la production va être donnée. Mais elle s’est plantée. Ce n’est pas des métiers de la production dont il est question ici mais ceux de l’industrie. La session commence, le temps s’écoule, et Kamille est timide. Tellement timide qu’elle n’ose pas interrompre la formatrice et changer de salle. La séance d’information se termine, l’animatrice annonce à Kamille qu’elle est typiquement le profil qu’Industeel recherche. Son curriculum vitae, composé de 9 ans d’expérience dans la vente, est envoyé illico presto. Le lendemain, Industeel la contacte pour lui proposer de passer les tests permettant de commencer la semaine suivante. Ce qu’elle fera. 

Industeel est une filiale d’ArcelorMittal, grand groupe sidérurgique. Bâtie en 1864, l’usine devient la Fabrique de fer de Charleroi en 1873. Rebaptisée Usinor Industeel en l’an 2000, Arcelor la rachètera en 2002. Le géant indien Mittal a mangé tout cru le groupe Arcelor en 2006. Raison pour laquelle on appelle le groupe ArcelorMittal aujourd’hui. 

Mise en garde 

En 2023, avant d’ouvrir les candidatures à la gente féminine, la direction de l’usine a annoncé aux travailleurs le grand changement qui allait s’opérer. Beaucoup ont protesté. Normal, quand on n’a travaillé qu’entre hommes parfois 40 ans durant ? Pour l’annonce, le service entier est arrêté pour réunir une assemblée. Tous les travailleurs sont réunis. Un powerpoint leur est présenté. Un slide montre une accolade entre deux personnes, femme et homme, pour se dire bonjour. Il est mentionné “ça, tu peux”. Puis le suivant, une photo, toujours avec les deux mêmes gens mais avec la main aux fesses avec noté “ça, tu peux pas”. 

On a trouvé ça un peu loufoque comme truc. Fin, dans mon cas je trouvais ça loufoque parce que c’était de la logique mais après, pour certains c’était peut-être utile, clairement”, déclare Jordan, un ouvrier d’Industeel travaillant là depuis 13 ans. Les vestiaires aussi ont été réaménagés pour recevoir ces dames comme il se doit. Autre problème : 39 était la plus petite pointure en stock concernant les chaussures de sécurité. Il a fallu recommander un lot de godasses allant de 35 à 38 pour les plus petits petons. Une fois que tout est prêt, on peut accueillir les ouvrières. Cette réorganisation s’inscrit dans une mise au pas d’Industeel par ArcelorMittal sur les questions de genre. 

21 août 2023, Kamille arrive devant les grilles de l’usine. Elle est stressée. “Je m’apprêtais limite à partir en guerre”, raconte-t-elle. Peut-être parce que les mots de son entourage résonnent encore. Quand elle a annoncé qu’elle allait travailler chez Industeel, ses proches lui ont demandé ce qu’elle allait faire là-bas, au milieu des “brutes épaisses”. C’est son premier jour. La direction l’avait prévenue, pour ne pas dire mise en garde, lorsqu’elle est venue à son entretien d’embauche quelques jours plus tôt : être une femme dans cet environnement pourrait se révéler compliqué. La première ouvrière d’Industeel, Kamille étant la deuxième, est chargée de lui faire faire le tour des propriétaires. L’objectif de la direction était de les mettre en relation car elles avaient un point commun. Être des femmes. L’espoir qu’une solidarité féminine se crée existait alors.

La jeune femme prend ses marques petit à petit. Ce n’est pas facile. Des remarques désobligeantes lui sont destinées, elle apprend à les recadrer. Elle se fait inviter à boire des cafés par des collègues qui n’ont jamais aimé boire de cafés. Certains sont intrigués simplement par sa présence. C’est bizarre qu’une âme féminine intègre les rangs pour les plus vieux jeux. Et des vieux jeux, il y en a. 


La télécommande que Kamille tient dans les mains permet de guider un pont qui saisit les tôles afin de les positionner sur les rouleaux (à l’arrière de l’image). Une tôle est déjà sur les rouleaux ici. Les traitements thermiques sont alors effectués à cet endroit.  Régime de travail 

Aujourd’hui, Kamille est la plus ancienne femme de la chaîne (sa prédécesseure s’en étant allée depuis à cause de problèmes avec ses collègues masculins) avec presque 3 ans à son actif dans l’entreprise à un régime de 48 heures semaine, 6 jours sur 7. Ce n’est pas rien. Le tout pour un salaire de 2274 euros net par mois. Comptez avec cela une voiture de société grâce à 293 euros retirés de son salaire brut, des chèques-repas, 8 euros par jour presté ou 128 euros par mois au total et toute une série d’autres avantages. La particularité de ce job, c’est, entre autres, le concept des trois pauses ou des trois huit. Cela consiste à prester 6 jours consécutifs, à un certain horaire, avoir un jour de pause, puis recommencer à un autre horaire, etc. 6h-14h. Jour de pause. 22h-6h. Rebelote, un jour de repos. 14h-22h. Jour de pause. Et cela en roulement. Ce régime de travail existe afin d’assurer une activité continue sur 24 heures à la chaîne. 

Le bonus d’Industeel, c’est que l’usine se porte bien. Le site n’a jamais connu de grosses restructurations. L’entreprise produit des tôles laminées à chaud de grande qualité pour des marchés spéciaux et/ou stratégiques, ce qui représente des contrats de niche à haute valeur ajoutée. Le groupe indien a donc tout intérêt à conserver ce site de Charleroi et faire en sorte qu’il se porte bien. Industeel, c’est plus de 1000 emplois assurés. 

Kamille n’a jamais eu trop de problèmes liés à sa condition féminine. Quelques remarques mais “jamais excessif, jamais de réflexions rabaissantes, sexistes”. Des “blagues limites”, tout de même. Un jour, la jeune femme refait son lacet et est donc pliée sur elle-même, les fesses en arrière. Son collègue dit alors (finement) “oh non, ne te penche pas comme ça devant moi, c’est trop dur”. Elle lui fait savoir qu’il est lourd, très lourd. “Je ne vais pas commencer à faire attention à la manière dont je renoue mes lacets quand même ?!” Il n’a plus jamais recommencé. Un autre lui parle de la taille de son organe sexuel gratuitement. Elle lui fait savoir qu’elle n’a ni besoin, ni envie d’obtenir ce genre d’informations. 

Mais le peu de ses collègues féminines ont eu plus de fil à retordre. L’une d’entre elles notamment qui travaille dans un autre secteur : à l’aciérie. Lorsqu’elle est arrivée, certains durs à cuire ont refusé de la former, alors qu’ils en avaient la charge, sous prétexte que c’était une femme. 

Politique d’intransigeance 

La direction d’Industeel est vigilante au bien-être de ses ouvriers en général et particulièrement celui de ses ouvrières. Des réunions pour les quatre humaines de la chaîne sont organisées afin de faire le point. Voir comment elles se sentent. Savoir si elles ne manquent de rien, si tout a bien été pensé pour elles. Kamille n’a souvent rien à redire. Lors de la séance powerpoint avant l’embauche de femmes, les hommes qui étaient farouchement opposés “au tournant” qu’allait prendre l’entreprise ont été placés dans des équipes entièrement masculines. Kamille et ses collègues ne seront donc jamais amenées à travailler à leurs côtés. La direction est intransigeante vis-à-vis de tout débordement. Si une plainte d’une ouvrière arrive à leurs oreilles, ils prennent des mesures, et vite. Pour l’ancienne vendeuse aujourd’hui sur la chaîne, c’est parfois trop. “Une fois que ça touche aux femmes, je trouve même que c’est excessif en fait. Parce que parfois, ils ne prennent pas le pour et le contre directement.” Un ancien de la chaîne (plus de 40 ans d’ancienneté) s’est fait remonter les bretelles il y a peu. Kamille admet qu’il est “tactile mais pas déplacé”. Sa collègue ne l’a pas perçu de la même façon. Elle est allée se plaindre de lui à la direction et au syndicat. L’ouvrier a été immédiatement convoqué au bureau pour s’en expliquer. Dans le même temps, le chef direct de Kamille l’a appelée afin de savoir si elle avait déjà eu des soucis avec cet homme. “Non, jamais”. 

Kamille alterne trois postes. Le four, le planage et la réparation. Elle travaille sur deux fours différents, le 7 et le 8. Au 7, sa cabine est très proche du four. Dès qu’elle ouvre la porte, “c’est ressenti 1200 degrés”. Ce poste-là, il arrange moins Kamille de décembre à mars : “le gros problème, c’est le chaud-froid. En hiver, c’est très très fatigant”. 

Ce poste s’occupe de réaliser des traitements thermiques sur les tôles afin d’en vérifier la solidité. Le planage, comme son nom l’indique, permet d’aplatir les tôles et la réparation a pour mission de repérer et corriger les défauts qui seraient apparus sur les tôles presque finies. 

Gratitude déplacée 

Chez Industeel, les ouvrières ne bénéficient pas de la même reconnaissance que celle que reçoivent leurs collègues masculins. Elles en récoltent plus. Pour une tâche équivalente effectuée, le compagnon de travail de Kamille ne sera pas autant félicité qu’elle. Or, les deux font le même boulot. Est-ce parce que les tâches sont considérées comme plus éprouvantes physiquement pour les femmes ? Mais recevoir plus de félicitations, pour un même travail effectué, simplement parce qu’on représente un genre et pas un autre n’est-il pas synonyme de différence en soi ? Le traitement dont fait preuve la direction peut être qualifié de stratégie d’équité. Kamille, ce qu’elle veut, c’est que ce soit juste car, parfois, le fait qu’on la félicite est perçu comme une injustice chez ses collègues. Elle aimerait l’égalité pour s’éviter ces problèmes-là. La contradiction l’habite tout de même. Cela lui fait plaisir, la rempli de gratitude que d’être félicitée de la sorte par ses supérieurs. 

LORSQU’ELLE EST ARRIVÉE, CERTAINS DURS À CUIRE ONT REFUSÉ DE LA FORMER, ALORS QU’ILS EN AVAIENT LA CHARGE, SOUS PRÉTEXTE QUE C’ÉTAIT UNE FEMME.

Tout le monde dans le même bateau 

Bruyant, salissant, lourd mais enrichissant quand-même”. C’est comme ça que l’habitante de Forchies-La-Marche définit son boulot. Elle aime le partage et la solidarité qui font partie du quotidien entre collègues. Ici, les personnes sont soudées. Chacun.e est dans le même bateau, cela alimente la camaraderie. Dès l’arrivée sur le site pour Kamille, c’est frappant : “Le matin, t’arrives, tu dis bonjour, bah rien qu’à ce moment-là, les gens sont vachement plus sincères, plus engagés.” Son train de vie n’est pas facile, c’est sûr, les 3 pauses, trouver du temps libre, prendre soin de ses proches, tout cela est compliqué. Mais la jeune femme est fière d’elle, de ce qu’elle fournit, d’être arrivée de nulle part et de se débrouiller. Certains travaillent sur la chaîne depuis plus de dix ans et ne travaillent pas aussi bien qu’elle. Cela lui donne confiance, elle qui se décrit comme être une personne qui doute énormément. Cela n’est pas donné à tout le monde, mais Kamille, elle y arrive. Industeel lui a offert autre chose encore, un ami. Il s’appelle Jordan, est ouvrier à la découpe, responsable de la ligne. Il est fan de plongée sous-marine aussi. Le jeune homme travaillait avant que les femmes ne soient introduites sur la chaîne. Une nuit où il bosse, Jordan se déplace vers le poste du four pour aller discuter avec un de ses copains qui l’occupait. Il pousse la porte de la cabine en pensant le trouver mais, surprise ! Ce n’est pas de lui dont il s’agit mais de Kamille, qui a repris son poste. Il entame la discussion avec elle, qui est encore relativement nouvelle. Ils s’entendent assez vite, se comprennent tout de suite, ont la même vision de la vie. Les deux jeunes gens sont “prêts à tout donner, mais hors de question de se faire marcher dessus”. 

Le four 8 et sa cabine. Poste de travail que Kamille occupe le plus souvent. Amitié sur la chaîne 

Au fur et à mesure, leurs discussions deviennent quotidiennes. Jordan aide Kamille lorsqu’elle traverse une période assez difficile de sa vie. À l’inverse, le responsable de ligne a lui aussi eu droit à un évènement douloureux, et la jeune femme s’est révélée être un soutien pour lui à ce moment-là. Leur amitié s’est forgée dans cette usine, sur l’entraide, l’écoute et la bienveillance. Sur le téléphone de Jordan, Kamille a ses propres sonneries. Une pour chaque application. Et elles résonnent souvent. L’ouvrière n’hésite pas à solliciter son ami dès que cela est nécessaire. Les deux se racontent, chaque jour, comment se sont déroulées leurs dernières 24 heures. Que ce soit positif, ou négatif. Aucun.e ne sait ni quantifier, ni qualifier l’amitié qu’il et elle partage. 

Kamille et Jordan sont devenu.e.s si rapidement inséparables que leur n+22 a, à un moment, posé une interdiction à leur égard concernant leurs pauses cafés. Il fallait désormais une troisième personne pour les accompagner prendre un caoua. Pas question de les croiser rien que tous les deux aux alentours de la machine. Ce qui étonne Jordan, c’est qu’il n’y a jamais eu d’interdiction similaire lorsqu’il s’agissait de deux collègues partageant l’attribut masculin. “Sous principe que tu demandes de ne pas faire de différence, tu crées de la différence”, se dit-il. 

Tout l’enjeu pour Jordan est de rester impartial lorsqu’il s’agit de Kamille. Il est parfois face à un dilemme. Défendre son amie, parce que c’est son amie et qu’il la défendra toujours ou être le responsable de ligne exemplaire qui se doit d’être objectif. Il confie devoir prendre sur lui lorsqu’il se passe quelque chose concernant Kamille. De toute façon, ses collègues l’ont bien compris. Ils ne lui parlent même pas quand cela concerne la jeune femme. Ils savent qu’il peut s’énerver. Le fan de plongée prend parfois le rôle de faire comprendre à son amie qu’elle exagère, ce qu’elle n’aime généralement pas entendre. Les deux sont copains comme cochons. Durant une période, Jordan s’assurait chaque matin que Kamille était bien réveillée en faisant sonner son téléphone. Puis, c’était l’inverse, à Kamille de sortir son ami du lit. Jordan les connaissait bien ces sonneries. 

Kamille a bien fait de se tromper de salle il y a presque trois ans. Elle se dit épanouie dans son travail. De la jeune fille timide, elle est passée à l’ouvrière fière d’elle qui parvient à recadrer les gros lourdeaux et à leur faire comprendre que sa place est ici, parmi eux. Elle regarde Jordan, “Tu vois, tout était écrit mon pote”. 

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Nouveau Western

Mammouth - lun, 04/05/2026 - 17:47
Récits longs d’une Belgique fragilisée

Un cabaret fauché en quête de survie, des gens sur les routes de l’exil qui craignent d’être expulsés, le quotidien du personnel trop peu nombreux d’une maison de repos, la conscience des personnes trans, la crise des Restos du Cœur, la fatigue des sage-femmes d’un hôpital, la fin de l’Article 27 et de l’accès à la culture pour les personnes précaires, les itinéraires urbains du service mobile de douches et la dernière valse d’une école de danse sans subvention… Ce que ces sujets ont en commun ? Ils témoignent d’un tissu social fragilisé, qu’ont été invités à mettre en récit des étudiants en journalisme de l’IHECS.

L’atelier Mook offre aux étudiants qui le rejoignent l’opportunité de rompre avec les impératifs de rapidité, voire d’immédiateté, qu’impose désormais l’écosystème médiatique numérique. Ils sont conviés à s’immerger dans un temps journalistique plus long, au cœur d’une thématique propre à l’enquête ou au reportage.

Les consignes sont simples : faire un pas côté pour raconter l’époque et ses contradictions, à travers un récit incarné dans lequel ils donnent à voir des visages, font entendre des voix et s’emparent du réel. L’écriture et la photographie sont leurs grammaires de base pour pratiquer un journalisme narratif, qui n’oublie pas de se conjuguer avec l’exigence de vérité qu’ils doivent aux faits.

Une fois l’histoire racontée, sa mise en valeur tient dans le concept graphique que les étudiants sont libres d’interpréter, en convoquant beaucoup d’imagination et un peu de technique. Pour les accompagner dans ce processus, qui aboutit à la réalisation de leur Mook, trois professeurs invités : Roger Job (photographie), Frédéric Loore (écriture), Marc Dausimont (graphisme).


Mook Nouveau Western

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Pigeons perdus de vue

Mammouth - lun, 04/05/2026 - 14:56
Entre sagesse et nouveau souffle, le portrait d’un passionné qui refuse de clore son pigeonnier.

Photos: Jade Regau

Dans le jardin, les pigeons tournent au-dessus du toit. Jean les écoute. À presque 80 ans, il ne voit presque plus et marche difficilement. Il ne peut plus soigner ses champions seul. Heureusement, Carlos est là.

Jean habite à Charleroi depuis toujours. A l’âge de 14 ans, il a rencontré Pascaline. Il travaillait alors dans une coopérative agricole juste derrière la maison de la jeune fille. Avec son collègue, il aimait la surnommer « fleur de patate » en référence aux plantations de pommes de terre qui bordaient son jardin. Depuis, « fleur de patate » et Jean ne se sont plus jamais lâchés.

En observant ses voisins d’en face jouer aux pigeons, Jean a eu un déclic. Selon Pascaline, devenir colombophile, c’est « devenir sot ». Selon Jean, quand on commence quelque chose comme la colombophilie, « on le fait bien ou alors, il ne faut pas le faire ». Et il le fait bien depuis près de 60 ans.

Un palais pour des athlètes

C’est avec cette exigence qu’en 1990, Jean a transformé son modeste garage en un pigeonnier imposant de la taille d’une maison. Ce palais de deux étages organisé en huit sections peut abriter dix à trente boxes par cloison. L’installation est complétée par un espace réservé au stockage de la nourriture et des cages. Ce temple se trouve juste à côté de leur logis, il abrite aujourd’hui près de 200 pigeons. Dans ce grand pigeonnier, le couple a fait installer une borne spéciale pour neutraliser les ondes. Le bruit électromagnétique perturbe et empêche certains oiseaux migrateurs de s’orienter grâce à leur boussole magnétique.

Pour Jean, un pigeon est un athlète de haut niveau. S’il se casse une patte, sa carrière est finie. Dès lors, il leur fait suivre une hygiène stricte : vitamines, protéines, et passage obligatoire chez le vétérinaire (deux à quatre fois par an) pour les vaccins. Le couple aime les pigeons, et les pigeons le leur rendent bien. Ils regagnent le pigeonnier après les courses ou les entraînements : ils retrouvent leur confort, leur conjoint et leurs petits s’ils en ont. Ils rentrent simplement chez eux. « C’est comme toi, tu reviens toujours chez tes parents » conclut Pascaline.

Toute l’année, Jean pense pigeons, mais surtout à partir du mois de mars/avril, le début de la période de concours. Le reste du temps, ils élèvent les pigeons, organisent les reproductions et les entraînent quand viennent les beaux jours. La colombophilie, ce n’est pas juste un hobby, c’est un mode de vie. La Belgique est considérée comme le berceau de la colombophilie depuis le 19e siècle. Tout le monde venait acheter des pigeons en Belgique. A l’après-guerre, il y a eu 250 000 colombophiles en Belgique, aujourd’hui, on y compte environ 20 000 actifs selon le site spécialisé La Colombophile HO. A Farciennes, dans la rue de Jean, on ne pouvait pas faire deux maisons sans y avoir un colombophile.

Le corps qui lâche

Jean n’a jamais cessé de les regarder, ses pigeons. Lorsqu’il déambule dans la rue, s’appuyant sur sa canne, ses lunettes aux verres jaunes ne passent pas inaperçues. S’il les porte en permanence, ce n’est pas pour se protéger du soleil, mais pour corriger sa vue : ces verres spécifiques aident son cerveau à mieux interpréter ce qu’il voit, en améliorant le contraste et le confort.

Le colombophile n’échappe pas à l’usure du temps. Cela fait 15 ans qu’il ne voit plus très bien. Il a 0/10 à l’œil droit et 3/10 à l’œil gauche. A terme, il ne verra probablement plus ses oiseaux voler. Pourtant, la passion va bien au-delà de la vue. Jean sait deviner la valeur d’un pigeon au simple contact de ses mains. Sous ses doigts, il sent si l’oiseau est trop sec, si son plumage est soyeux ou s’il est en pleine santé.

Un pigeon peut porter à la patte deux types de bagues aux fonctions bien distinctes. La première, véritable carte d’identité fixée dès son dixième jour, indique son origine et sa propriété. La seconde, une bague électronique de constatation, est utilisée lors des concours pour enregistrer avec précision l’heure de son retour au pigeonnier. Pascaline, première alliée

Pendant 20 ans, Jean a été président du local colombophile situé en haut de sa rue. Sa mission consistait à organiser le calendrier des concours, l’enlogement des oiseaux et les banquets de fin de saison. Pour ces dîners de remise de prix, il pouvait compter sur l’aide de quelques membres et, bien sûr, de sa fidèle Pascaline. Tandis que le traiteur s’occupait du menu, Pascaline dressait la vaisselle et les hommes installaient les nappes. Ces festivités rassemblaient les passionnés de toute la région, incluant même des amateurs français. Pour que les épouses profitent également de leur journée, un car les emmenait découvrir les environs. Bien que Jean ait décidé depuis 2 ans de passer le flambeau, les habitués du club continuent de l’appeler lui, ou plutôt Pascaline.

Les colombophiles utilisent des œufs en plâtre pour remplacer les œufs naturels. Ce procédé permet de protéger leurs oiseaux d’un épuisement lié à des pontes trop fréquentes.

Pascaline a toujours occupé une place centrale à ses côtés. Jean confie « Moi, je connais des colombophiles, leurs femmes n’iraient même pas ouvrir le pigeonnier. J’ai de la chance ! J’ai une femme qui m’a toujours aidé ! ». Finalement, Pascaline aussi est devenue sotte. Durant des années, elle montait les marches du pigeonnier pour lâcher les oiseaux pendant que Jean était au travail. Le samedi, elle sacrifiait son brushing pour aller le nettoyer, allant jusqu’à utiliser un petit pinceau pour enlever les crasses dans les moindres coins. Certains pigeons, particulièrement attachés à elle, se posaient sur son épaule. Elle mettait au bout de ses lèvres un grain de maïs et les pigeons volaient pour venir le chercher.

Aujourd’hui, elle se retire. Elle en a marre de ramasser les fientes de pigeons. Elle veut voyager en Italie, dans les Pouilles, dont elle est originaire, et dans l’est de l’Espagne où ils possèdent une maison. Elle passe le relais, elle aussi. Heureusement, il y a Carlos.

Carlos, les yeux et les mains

Ce soudeur de 54 ans est arrivé auprès de Jean, il y a deux ans, au moment où tout aurait pu s’arrêter. Carlos est né au Portugal et travaille depuis 10 ans à Charleroi. Sa femme et son fils, eux, sont restés au Portugal, mais il va régulièrement leur rendre visite. Lui, il a attrapé le virus de la colombophilie très jeune quand il a vu ses oncles jouer aux pigeons. Et à 8 ans, son père lui a offert son premier pigeonnier.

Carlos a beaucoup de patience avec les pigeons et est capable de repérer, lors d’un entraînement, lequel est rentré plus tard que les autres. Il aime acheter de nouveaux volatiles. Le 28 mars dernier, au marché d’Hastière, il a choisi avec l’approbation de Jean, un pigeon voyageur Stichelbaut pour 70 euros. Cette souche est une lignée très recherchée au sein de la colombophilie pour les concours de fond. Les concours de pigeons voyageurs sont classés par distance en trois catégories principales : vitesse (50-250 km), demi-fond (250-500 km) et fond/grand fond (500 km à plus de 1000 km). Les pigeons de longue distance (fond) vivent plus longtemps car ils sont moins « stressés » que les pigeons de vitesse qui volent en plein rythme.

En 2024, la rencontre entre Carlos et Jean au local a donné un nouveau souffle à la passion de Jean. En voyant le pigeonnier de Carlos, Jean a tranché: « C’est impossible de faire des champions là-dedans ». Ils ont alors décidé de réunir leurs forces. Carlos est venu installer ses pigeons dans le pigeonnier de Jean petit à petit pour les habituer à être ensemble.

Carlos vient nettoyer le pigeonnier deux à trois fois par semaine et conduit l’octogénaire jusqu’au lieu des entraînements. Avec un pigeon, il faut toujours aller tout doucement. Jean et Carlos lâchent les jeunes pigeons à 5 km puis de plus en plus loin. Quand ils reviennent bien au pigeonnier, Jean et Carlos les « jouent » sur une distance de minimum 100 km, avant de participer à des concours internationaux. Pour Jean, le sommet de la saison reste l’emblématique concours de Barcelone. C’est une épreuve qu’il connaît bien pour y avoir déjà participé, et elle garde à ses yeux un certain prestige. Les pigeons y partent en camion, huit jours avant le départ et ils sont lâchés à 8 h du matin pour parcourir plus de 1000 km pour revenir au pigeonnier. D’ici deux ans, Carlos et Jean espèrent pouvoir participer à cette compétition. Carlos et Jean, ce n’est pas un remplacement mais un duo. Là où Carlos est les mains et les yeux, Jean est la mémoire. Ensemble, ils forment un binôme indissociable où la passion de la nouvelle génération rencontre la sagesse de l’ancienne.

Arrêter… mais pas encore

Chaque année, Jean dit qu’il va arrêter donc il en élimine, il en élimine, il ne fait pas traîner. Durant son âge d’or, il avait près de 800 oiseaux. Il ne leur donne pas de prénoms mais les désigne par leurs caractéristiques physiques comme « Le Borgne », « Le Noir » ou « La Mosaïque ». Jean et Pascaline en mangent même certains. Jean préfère un pigeon de 50 jours, tandis que Pascaline les préfère plus jeunes, de 25 jours. Il est rare que des colombophiles mangent leurs pigeons. On pourrait y voir un paradoxe, presque un tabou dans le milieu : comment manger ceux qu’ils soignent avec tant d’amour ?

Pour Jean et Pascaline, c’est pourtant une forme ultime de respect. Ils préfèrent manger les leurs que ceux des autres. « Je ne sais pas ce qu’ils leur ont donné comme saloperies à manger, comme piqûres ou n’importe quoi », lance Jean. Il dit qu’il veut arrêter… mais le cœur ne suit pas encore le mouvement. Tant que Carlos sera là pour être ses yeux, Jean pourra continuer d’être l’âme du pigeonnier.  

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Deux galeristes, deux mondes

Mammouth - lun, 04/05/2026 - 14:40
Entre espace intime et scène d’exposition ouverte

Diego Fonteyn, Cécilia Gonet, Maïssa Maataoui

À Ixelles, de nombreuses galeries d’art ont ouvert leurs portes ces dernières années. Mais derrière chacune d’elles, se retrouvent divers inspirations, oeuvres, artistes et galeristes. Kira et Ranji nous ont fait découvrir leurs univers animé par leur passion commune: l’art.

Un reportage de Diego Fonteyn, Cécilia Gonet et Maïssa Maataoui

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La cuisine pour tous

Mammouth - dim, 03/05/2026 - 11:38
A la rencontre des travailleurs de l’Estaminet, restaurant en travail adapté

Simple Line

Au milieu de la Ferme Nos Pilifs, dans le nord de Bruxelles, réside le restaurant l’Estaminet. Allons à la rencontre de Louise, Alessandra, Jerôme et Théo et suivons leur équipe le temps d’un service. 

L’Estaminet est ETA, c’est-à-dire une entreprise de travail adapté. Il s’agit d’une forme d’entreprise qui soutient l’économie sociale. Les ETA emploient une majorité de personnes en situation de handicap. L’objectif est d’intégrer les employés dans le monde du travail tout en offrant des adaptations. À Bruxelles, il existe douze ETA. La Belgique est le seul pays de l’UE à offrir un statut de travailleur complet et la sécurité qui en découle aux personnes en situation de handicap.

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IRSA : un accompagnement pour une vie autonome

Mammouth - ven, 01/05/2026 - 09:51

Crédit photo : Pierre-Adrien Van Wessem

À Uccle, l’Institut Royal pour Sourds et Aveugles (IRSA) accompagne des jeunes en situation de handicap et/ou de déficience intellectuelle vers plus d’autonomie. À travers le regard de trois professionnelles, ce podcast met en lumière un métier patient et un accompagnement sur mesure, qui va bien au-delà de l’apprentissage scolaire : permettre à chacun de construire sa place dans la société.

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L’humain fait que ça tient

Mammouth - mer, 29/04/2026 - 18:12
Le spécialisé : des écoles bruxelloises qui manquent de moyens, pas d’idées. 

Crédit photo : Romane Chaufouraux

Selon la maison de l’autisme, 14 écoles accueillent les enfants autistes de type 2 à Bruxelles. À l’Étincelle, école spécialisée bruxelloise, les budgets sont serrés. Les murs manquent de peinture et le plafond menace de s’effondrer. Pourtant ce type d’enseignement est plus que nécessaire. Derrière les moyens précaires se cache une richesse  : celle de l’humain. Ici, l’autisme n’est pas un obstacle, c’est un langage que l’équipe pédagogique et paramédicale décode chaque jour. Instituteurs, logopèdes, psychomotriciennes… débordent d’initiatives avec un objectif commun, le bien être des enfants. 

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Bruxelles : une ville qu’on finit par quitter ? 

Mammouth - mer, 29/04/2026 - 18:07

Photo (CC) Jan Van der Wolf

La capitale attire… mais tend à repousser. Depuis de nombreuses années, les Bruxellois quittent la capitale pour rejoindre périphéries. Alors que le profil des citoyens concernés évolue, la hausse des loyers ne peut pas expliquer, à elle seule, ce phénomène observable depuis les années soixante. 

Bruxelles se révèle être le lieu idéal pour entamer des études, obtenir un premier emploi et vivre une expérience formatrice en colocation. Toutefois, force est de constater que la ville n’est pas propice à l’ancrage résidentiel et que de nombreux citadins quittent Bruxelles chaque année. Cet exode urbain ne pourrait être qu’une façade derrière laquelle se cacheraient des dynamiques plus profondes, comme la présence de grands espaces, des cadres de vie plus verts ou encore l’influence de la hausse des prix du logement.

Migration péri-urbaine : une fuite ancienne en pleine expansion  

Depuis 2019, Bruxelles enregistre un nombre croissant de personnes qui quittent ses murs. Dans un contexte où la ville fait face à de nombreux défis politiques et institutionnels, la fragilité de son habitabilité se ressent dans la hausse des prix sur le marché locatif. Si le coût et la qualité de vie constituent un facteur de délocalisation des citadins vers d’autres régions, la nuance est de mise, précise Gilles Van Hamme, professeur en géographie économique à l’université libre de Bruxelles (ULB). « Ce phénomène existe depuis, au moins, les années soixante. Il s’agit de la périurbanisation, une tendance selon laquelle les ménages quittent la ville pour s’établir dans des espaces moins denses. À l’époque, ce sont davantage les classes moyennes et supérieures qui sortaient de la ville pour se diriger vers les Brabants, flamand et wallon. Le moteur principal de cet exil était l’accès à la propriété. Depuis les années 2000, ce processus reste très présent au sein des ménages aisés et s’étend également aux classes populaires.»

L’analyste en géographie et en démographie de l’Institut bruxellois de statistiques et d’analyses (IBSA) Jean-Pierre Hermia observe la même évolution du phénomène. Il ajoute que « ces ménages moins favorisés quittent Bruxelles pour s’installer vers les villes de Vilvoorde, Ninove ou Alost, du côté du Brabant flamand. Ils se rendent parfois plus loin, dans les régions de Charleroi ou de La Louvière, où il existe des logements moins chers, que ce soit au niveau locatif ou acquisitif ».

Marché immobilier : les prix repoussent-ils les habitants? 

La hausse continue des prix de l’immobilier dans la capitale est indéniable, et se cristallise dans les données sur les départs de la capitale enregistrés par l’institut de statistiques : l’année 2021 fut celle de tous les records , avec 44 905 sorties de Bruxelles enregistrées. Parallèlement, Federia, la fédération des agents immobiliers francophones de Belgique, a établi un comparatif des prix des loyers à Bruxelles entre 2019 et 2024. Elle rend compte d’une augmentation de 21,08 % pour l’ensemble des logements de la région.

Si les deux phénomènes semblent liés, Jean-Pierre Hermia se veut prudent quand il s’agit d’interpréter une éventuelle causalité. « Les prix de l’immobilier à Bruxelles ont beaucoup augmenté, ce qui peut renforcer la périurbanisation. Mais l’IBSA n’a pas étudié de lien direct de cause à effet avec l’augmentation des sorties. » Gilles Van Hamme abonde dans le même sens, et insiste sur l’existence de dynamiques constantes : « Il faut toujours concevoir la ville, et le centre-ville en particulier, comme un espace où il y a énormément de mouvements, où les gens viennent en fonction de leur parcours de vie, des rencontres qu’ils ont et de leurs projets ».

Au delà des chiffres, ​​des trajectoires de vie 

Au delà des départs enregistrés, les profils des citadins qui quittent la capitale varient. Hugo Périlleux, géographe, économiste et post-doctorant à l’ULB, distinguent deux profils qui bougent différemment dans le pays. « Certains partent de Bruxelles alors qu’ils possèdent déjà un logement, tandis que d’autres quittent la ville pour pouvoir devenir propriétaires. Les plus modestes s’installent principalement dans la périphérie nord, où les loyers sont plus bas. Certains restent locataires, mais beaucoup cherchent avant tout à accéder à la propriété ». La transformation du marché du travail n’est pas non plus étrangère à cet exode, à en croire les propos de Sarah De Laet, géographe et militante pour le Front Anti-Expulsion : « les classes populaires urbaines sont prises en étau. D’un côté, le travail devient plus rare et plus précaire, ce qui fragilise les conditions de vie ; de l’autre, la hausse des prix du logement dans les grandes villes les repousse toujours plus loin des centres ».

De nombreux experts s’accordent à dire que si la hausse des loyers à Bruxelles peut être considérée comme un facteur de périurbanisation, elle doit être abordée avec précaution. Au-delà de la mise sous tension du marché locatif, les départs de la capitale peuvent également s’expliquer à l’aune des trajectoires de vie et des capitaux individuels. Pour autant, l’heure est au constat : la Région de Bruxelles-Capitale peine toujours à retenir ses habitants.

Méthodologie

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La diversité de nationalité en Jupiler Pro League est-elle un facteur de performance ?

Mammouth - mer, 29/04/2026 - 11:36

Bence Balla-Schottner, récupéré sur Unsplash

Depuis l’introduction des playoffs en 2010, les joueurs non belges constituent la majorité des effectifs de la Pro League. Quels sont les facteurs qui expliquent cette diversité de nationalités, et est-elle synonyme de performances ?

Les terrains belges sont assurément multiculturels. Sur les 15 dernières années, plus de 10 000 joueurs étrangers sont passés par la Jupiler Pro League. Depuis, environ 250 joueurs belges et plus de 700 joueurs issus d’autres pays foulent chaque semaine les pelouses de la première division.
 

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Pas tous logés à la même enseigne

La présence de ces joueurs étrangers questionne, au regard des règles restrictives en la matière. L’Union Royale Belge des Sociétés de Football Associées (URBSFA) impose aux clubs belges d’inscrire sur chaque feuille de match au moins 6 joueurs formés en Belgique, c’est-à-dire des joueurs qui ont passé au moins trois saisons dans un club belge avant l’âge de 23 ans. En plus de cette règle, l’Union des Associations Européennes de Football (UEFA) impose à nos clubs d’avoir huit joueurs formés au pays dans leurs rangs.

Ces contraintes, censées garantir une qualité de formation pour les joueurs belges, ne décortiquent pas la nationalité des joueurs, mais bien le temps passé en Belgique. Ce qui provoque inévitablement une logique à deux vitesses tant cette logique n’est pas accessible à toutes les écuries. Selon Issam Rahmani, recruteur à La Louvière (RAAL), certains des plus gros clubs peuvent se permettre de recruter de jeunes joueurs très tôt à l’étranger. Une stratégie qui permet de s’assurer de respecter ces règles, alors que le vivier de jeunes talents belges n’est pas infini, et qui permet aux clubs de recruter ces joueurs à moindre coût, en raison de leur âge. “Comme on est un club avec assez peu de moyens, on mise davantage sur les jeunes joueurs de la région, et leur montée en puissance” , détaille Issam Rahmani.

Quelle intégration au sein de l’effectif ?

Au fil des saisons, le nombre de joueurs belges est resté stable, alors que la transition d’un championnat de 18 équipes à seulement 16 a provoqué une baisse de 20% de joueurs étrangers dès 2023-2024. A en croire les clubs, les nationalités importent peu dans la mesure où la logique de recrutement est centrée sur la capacité d’intégration au sein du groupe. Issam Rahmani indique que plus que la nationalité, son club est attentif “à la ou les langues parlées parce que ce qui les intéresse, c’est la capacité d’adaptation du joueur au sein de l’effectif” .

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La maîtrise des langues importe mais elle n’est pas non plus un critère excluant, confie le recruteur de la RAAL. “Si demain, on a l’occasion de recruter le futur Lionel Messi et qu’il parle mandarin, on ne va pas s’en priver pour autant. Dès leur arrivée, on demande aux joueurs s’ils désirent des cours de langue. Généralement, ils sont volontaires parce que ça fait partie du métier. C’est une question de professionnalisme” .

Des raisons purement économiques peuvent également expliquer cette forte présence de joueurs étrangers dans la Jupiler Pro League. Depuis quelques années, la Belgique s’est imposée comme une plaque tournante dans le monde du ballon rond. Nilson Angulo, ancien ailier d’Anderlecht, en est le parfait exemple : acheté pour moins de 2 millions d’euros en 2022, l’Equatorien a été revendu pour 17 millions d’euros à Sunderland cet hiver. Impliqué dans 13 buts en 22 matchs avec les Mauves cette saison, Angulo a le largement contribué au record historique battu par les clubs de Pro League lors des deux derniers mercato, qui ont enregistré 442 millions d’euros de chiffres d’affaires pour un bénéfice total de plus de 274 millions d’euros.

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Le championnat belge est devenu un véritable tremplin pour de nombreux joueurs étrangers, où le scouting avisé permet d’importantes marges pour les clubs. En janvier 2026 encore, sur les 48 nouvelles recrues qui ont gonflé les rangs de la Jupiler Pro League, 36 étaient étrangères (pour 21 nationalités différentes). Preuve que pour bien vendre, il faut savoir dénicher de jeunes talents.

Les records de transferts observés cette saison ne sont donc pas le fruit du hasard dans un système ou la performance sportive passe peut-être trop souvent après la logique de valorisation. Plus qu’un championnat, la Jupiler Pro League est devenue un marché et sa capacité à maintenir un équilibre entre trading et performances conditionnera largement sa compétitivité dans les années à venir.

Boîte noire

Pour réaliser cet article, nous avons recensé, grâce à Transfermarkt, tous les joueurs passés en division 1 belge depuis la saison 2010-2011. Pour chaque saison, nous avons référencé l’équipe pour laquelle ils jouaient, leur nationalité et le classement final des clubs (après les Playoffs). Une fois le recensement effectué, nous avons analysé ces données, que nous avons mises en perpective aves les chiffres liés l’évolution du marché (dépenses, revenus et bénéfices des mercato de Jupiler Pro League).

Base de données

Source bénéfices mercatos

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Jouer défensif, ça paye ?

Mammouth - mer, 29/04/2026 - 11:28
On a analysé les statistiques de la Pro League pour voir si le nombre de joueurs défensifs influence le résultat.



Peut-être plus que des choix tactiques, les compositions des équipes à l’entame du match engendrent des différences au classement. Au fil des saisons, une tendance s’installe : les équipes qui empilent les défenseurs ne sont pas celles qui encaissent le moins. Ni celles qui gagnent le plus.

Dimanche 14 décembre 2025, Dender accueille le Club de Bruges dans le cadre de la 18e journée du championnat belge. Alors que les hôtes occupent la dernière place du classement, leur coach, Hayk Milkon, adopte une formation défensive. Cinq défenseurs sont alignés pour obtenir un résultat positif contre les Brugeois. Et pourtant, rien n’y fait. La rencontre se solde par une défaite sèche 1-5 à domicile. Un mois plus tard, le 16 janvier, le Club de Bruges reçoit la RAAL (Royale Association Athlétique Louviéroise). Alors que les Louviérois sont 13ème au classement, le coach de La Louvière, Frédéric Taquin, s’est montré joueur : « nous avons mis en place un jeu de position ambitieux et nous avons joué le tout pour le tout » . Seulement trois défenseurs alignés pour les promus et un résultat totalement différent, une victoire 2-3 à Bruges.

Si ces matchs ne sont que des exemples, ils illustrent toutefois une vraie tendance de fond. Plus les équipes alignent de défenseurs, plus leurs chances de perdre augmentent. Les statistiques sont éloquentes : quand une équipe joue à cinq défenseurs, elle a une chance sur deux de perdre.

Défendre à 5 : un choix de mal classé

Si la majorité des matchs se jouent avec une défense à quatre ou à trois joueurs, le dispositif à cinq n’est pas anecdotique. Et paradoxalement, les équipes qui y recourent le plus souvent occupent majoritairement le bas du classement : elles se situent entre la 10e et la dernière place. Ces clubs, pourtant en quête urgente de points, optent pour ce système bien plus fréquemment (plus du double) que celles du haut de tableau alors que les données démontrent une inefficacité probante.


Contrairement aux croyances collectives, mettre le bus devant sa cage ne garantit ni la victoire, ni une meilleure solidité défensive. Une défense à cinq encaisse en moyenne 20% plus de buts que les défenses à trois ou quatre. Et n’allez pas croire que ces équipes se montrent alors plus prolifiques devant le but adverse puisqu’elles plantent en moyenne 25% de buts en moins.

Selon le coach de la RAAL Frédéric Taquin, les mauvaises performances des équipes à cinq défenseurs peuvent s’expliquer par le système de jeu observé dans le championnat belge. « Il y a 40% des buts encaissés qui proviennent des phases arrêtées en Jupiler Pro League. Une défense à cinq, c’est inévitablement plus de fautes concédées dans son dernier tiers, ce qui amène plus de danger devant son but » .

La fin des latéraux défensifs

L’évolution du football a parfois provoqué des changements radicaux de composition d’équipe. Les joueurs aux extrémités des défenses, appelés « latéraux », ont par exemple vu leur rôle évoluer au fil du temps. « Dans les années 2000, les quatre de derrière étaient des joueurs uniquement à vocation défensive » , se souvient Ali Lukunku, ancien de joueur du Standard de Liège. Désormais, ces latéraux sont devenus des pistons, capables d’assurer un rôle offensif au besoin. Les grands gabarits ont laissé place aux joueurs plus petits, plus explosifs, capables de multiplier les allers-retours sur le côté. Et tout naturellement, les formations en 4-4-2 et en 4-3-3 ont connu des variantes avec des pistons : les 3-5-2 et le 3-4-3.

Toutefois, au delà des choix opérés sur la composition à l’entament des matches, les entraineurs doivent garder en tête une variable d’ajustement essentielle : l’adversaire. « Durant ma carrière, on s’est tout le temps adapté aux équipes meilleures que nous, et quand on était la meilleure des deux, c’était l’adversaire qui s’adaptait à nous » , souligne Lukunku.

Frédéric Taquin ne partage pas cette vision du football, même s’il la comprend. Tout dépend, selon lui, de la qualité disponible dans chaque effectif. Le tacticien illustre cette problématique par une métaphore automobile. « Dans un même championnat, certains roulent en Ferrari, d’autres en Golf ou en BMW. Dès lors, vouloir jouer à armes égales peut s’avérer suicidaire » . Taquin et son équipe font le choix d’être sans complexe : défense agressive, en avançant, et en gardant à l’esprit qu’ils n’ont rien à perdre. 

L’ensemble de nos données a été collectées sur Transfermarkt, à partir des pages de chacun des 27 clubs ayant évolué en Jupiler Pro League de la saison 2012-2013 à la saison 2025-2026. Tous les matches des phases classiques du championnat belge du 1er juillet 2012 au 1er février 2026 ont été analysés. Les informations ont ensuite été structurées selon l’ordre suivant : la journée, la date, le classement du club, le lieu, l’adversaire, le classement de l’adversaire, la composition de l’équipe au coup d’envoi, le coach et le score. Sur l’ensemble des formations recensées, certaines ont été regroupées lorsqu’elles ne représentaient que des variantes d’un même système, afin d’obtenir des résultats plus représentatifs.

Notre base de donnée utilisée pour réaliser cette enquête.

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La Belgique importe toujours des espèces exotiques protégées 

Mammouth - mer, 29/04/2026 - 11:19

Image: Pexels

Le commerce d’espèces exotiques protégées en Belgique suit une tendance de fond : il est soumis à un cadre légal de plus en plus restrictif mais les autorités manquent de moyens pour l’éradiquer complètement. Des mammifères aux coraux, en passant par des vêtements en cuir ou des squelettes, notre pays a importé des millions d’espèces depuis 1980. Analyse d’un phénomène polymorphe.

Entouré d’animaux dès son plus jeune âge, Alexis se découvre très vite une passion pour les espèces exotiques. “J’ai une tortue d’Hermann et j’avais un chirurgien d’eau de mer, un Zebrasoma Flavescens”, explique cet habitant de Kraainem âgé de 23 ans. “Le Zebrasoma flavescens, je l’ai payé 350 euros, ce qui est relativement peu cher pour un poisson de cette espèce. C’est un peu le Graal en aquariophilie marine. »

L’accès à ces espèces est parfois anormalement simple. Alexis a pu se procurer ce poisson, unique à ses yeux, via un commerce d’aquarium qui fermait boutique et qui n’avait pas les permis nécessaires. Quant à la tortue d’Hermann, il l’a obtenue via un éleveur particulier « en règles ». Pour finaliser l’achat, il a dû suivre plusieurs démarches et notamment acquérir un certificat de détention. “Lorsque j’ai reçu la tortue, elle était déjà pucée. Il y a vraiment eu un suivi. Et si un jour je dois m’en séparer ou que je dois la revendre, je dois transférer le dossier à la personne.”

 Tortue d’Herman Zebrasoma Flavenscens  Moins de contrôles car moins de moyens

La détention de certaines espèces exotiques est soumise à l’obtention de permis et de certificats délivrés dans le cadre de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES). En Belgique, l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA ) encadre la légalité de ces importations, en étroite collaboration avec la douane, l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) et le service CITES du SPF Santé publique. Des contrôles sont notamment effectués dans les ports et les aéroports, environ tous les deux mois, afin de vérifier le respect des réglementations en matière d’importation de viande, de plantes, de produits végétaux et d’animaux. “Pour que le commerce soit légal, il faut que le pays exportateur délivre un permis d’exportation, et le pays importateur, un permis d’importation”, tranche Anne Vanden Bloock, membre de l’organe de gestion CITES.

De 2020 à 2024, les procès-verbaux pour infraction, des procès-verbaux avec saisie et des procès-verbaux d’avertissement n’ont pas fortement variés. En revanche, le nombre de contrôles CITES a diminué en quatre ans, aussi bien chez les éleveurs que sur les plateformes en ligne en raison d’un déficit de ressources humaines, financières et technologiques.

Les infractions observées concernent majoritairement la détention de ces espèces sans certificat ou leur commerce non documenté. Selon les données accessibles publiées par l’AFSCA en 2024, 854 passagers ont commis une infraction en rapportant des produits non conformes en Belgique. En presque dix ans, le nombre de passagers en infraction a presque doublé : seuls 468 passagers non-conformes été recensés en 2015.

Le corail toujours dans le viseur

Entre 1984 et 2024, la Belgique a importé d’importantes quantités d’espèces exotiques menacées d’extinction provenant des quatre coins du monde. Animaux vivants, corail, caviar, vêtements ou chaussures en cuir, squelettes,… Rien que pour le Zimbabwé, la cellule CITES a enregistrés plus de 9 millions d’espèces et produits importés. L’Afrique du Sud, avec 6 millions d’espèces importées, puis la Chine, avec plus de 5 millions d’importations, complète ce sombre tableau.


Cliquez sur l’onglet pour voir quel pays exporte le plus d’animaux et/ou produits d’origine animale.

Au fil des ans, les législations et les règles sanitaires se sont durcies et les restrictions ont été élargies. « Dans le passé, la Belgique était un plus grand importateur d’animaux, mais ce n’est plus le cas depuis le début des années 2000. Concernant l’importation d’oiseaux, les contrôles sont beaucoup plus stricts en raison de la grippe aviaire. Les chiffres de l’importation de reptiles ont aussi diminué au cours des années. Maintenant, on s’intéresse davantage aux coraux », précise Anne Vanden Bloock.

En 2024, plus de 2700 importations d’espèces et produits exotiques ont été enregistrées en Belgique. Le corail représentait de loin l’élément le plus prisé, avec plus de 2 000 spécimens introduits, principalement pour l’aquariophilie. Suivaient les poissons (630), les mammifères (7), les oiseaux (4) et les reptiles (1). Si ces données ne sont pas anecdotiques, elles témoignent d’une réduction drastique de ces pratiques. À titre de comparaison, la Belgique importait plus de 10 600 animaux exotiques en 1984, année lors de laquelle les oiseaux trustaient la première place de ce commerce (10 100), talonnés par les mammifères (430) et les reptiles (56). 

Des trous dans la raquette

Alors que les contrôles diminuent aux frontières en raison du manque de personnel, les autorités sont soumises à une pression croissante : la quantité de cargaisons qui arrivent chaque jour dans les ports et les aéroports augmente, et des pays ne déclarent pas certains échanges ou exportations. “Il faut une impulsion politique et des moyens financiers”, insiste Justine Guiny, senior policy manager de l’organisation Traffic. « Notre organisation collabore avec les gouvernements. Nous réalisons des collectes de données qui permettent de travailler avec les douanes afin d’intercepter les marchandises aux différents points d’entrée des pays. Ces interceptions nécessitent de nombreux moyens technologiques, humains et des formations pour les agents sur place, qui sont aujourd’hui insuffisants. »

Depuis 1984, l’importation d’animaux exotiques menacés d’extinction a essentiellement des objectifs commerciaux. Des animaleries ou des particuliers en raffolent pour l’aquariophilie ou le marché des animaux de compagnie. Une infirme partie de ces exportations ont des visées scientifiques ou éducatives. Désormais, les autorités font face à de nouveaux défis : le trafic illégal explore de nouvelles voies pour contourner les règles en vigueur.

Méthodologie

Nous avons extrait les données à partir du site CITES, et nos données sont disponibles ici

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Enseignement à domicile : une scolarité bientôt réformée

Mammouth - mar, 28/04/2026 - 12:14

CC Pexels

En passant de 1 230 élèves inscrits à près de 3 600 en l’espace de dix ans, l’enseignement à domicile n’a jamais autant séduit. Pourtant, en octobre 2025, Valérie Glatigny a exprimé vouloir réduire de 50 % le nombre d’enfants concernés d’ici 2028. Que prévoit ce modèle qui attire de plus en plus de parents, et est-il viable ?

La pandémie de Covid-19 qui a eu lieu en 2020-2021 apparaît comme un déclencheur pour de nombreuses familles qui ont opté pour un enseignement à domicile de leurs enfants. Cette période de confinement a permis à certains parents de tester ce type de scolarité, et ils ont parfois souhaité la prolonger.

Louis Cassart, gestionnaire de dossiers de l’enseignement à domicile à la Fédération Wallonie-Bruxelles, insiste sur le droit constitutionnel des parents. « En Fédération Wallonie-Bruxelles, l’enseignement obligatoire concerne tous les enfants de 5 à 18 ans. À partir du moment où les parents déclarent leur choix d’enseignement, ils exercent leur plein droit. Ils n’ont pas l’obligation d’en indiquer le motif ». Si toutes les déclarations ne mentionnent pas de raisons, pour l’année scolaire 2024-2025, ce sont les raisons pédagogiques qui ont le plus souvent justifié un enseignement à domicile.

Un enseignement non subsidié

Chaque année, environ 4 000 enfants sont déclarés au service de l’enseignement à domicile, comprenant deux tiers d’élèves instruits à domicile et un tiers dans des «écoles privées». Ces dernières sont des structures qui regroupent un nombre restreint d’étudiants dans lesquelles l’enseignement peut être individualisé.

A l’image de l’Alpha School, que Florence d’Oultremont a créé en 2021. Elle accueille aujourd’hui une soixantaine d’enfants âgés de deux ans et demi à treize ans. Avec en moyenne un enseignant pour sept élèves, elle entend mettre en place une pédagogie alternative et remédier aux difficultés de chacun. « Plus de 80 % de nos enfants de primaires sont des enfants avec des difficultés scolaires : des dys, de l’autisme, des troubles de l’attention, etc. », précise la fondatrice.

Que ce soit en école privée ou à domicile, ce type d’enseignement non subsidié représente un coût, selon Leen Deckers, travailleuse au sein de l’ASBL Enseignement À Domicile. Alors que des établissements privés peuvent demander jusqu’à 1 000 euros par mois, les dépenses peuvent vite s’accumuler dans l’enseignement à domicile, entre l’achat des manuels et du matériel. Sans compter que ce modèle mobilise le temps d’un parent qu’il ne consacre pas à un emploi rémunérateur.

Leen Deckers souligne aussi qu’au fur et à mesure que les matières se complexifient, les dépenses augmentent parce que certains parents font appel à des professeurs particuliers pour compléter leurs enseignements. De plus, nombreux sont ceux qui allouent une part de leur budget aux activités extra-scolaires, un moyen de socialisation majeur pour leurs enfants. 

Un modèle à plusieurs vitesses

Ce modèle de scolarité séduit inégalement les différents niveaux d’enseignement. Les examens apparaissent comme une difficulté supplémentaire dans le parcours à domicile, « une épée de Damoclès au-dessus de la tête des élèves du secondaire », puisque tout échec signifie un retour à l’école dans l’année qui suit le dernier diplôme que l’élève a obtenu. L’accumulation de ces difficultés peut expliquer pourquoi beaucoup d’enfants quittent ce modèle au moment du secondaire.

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La plupart des élèves n’attendent pas ce changement de niveau pour quitter l’enseignement à domicile. Les chiffres sont formels : peu d’élèves enchainent les années scolaires dans ce modèle. A chaque rentrée académique, près de 40% des inscrits sont des nouveaux arrivants.

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L’enseignement à domicile ne signifie pas une liberté pédagogie totale. « Il y a quand même des garde-fous, des contrôles qui sont effectués pour voir si tout se passe bien », précise Louis Cassart. En effet, pour les années primaires, des inspecteurs vérifient le niveau des élèves à la maison environ tous les deux ans. « La loi impose un contrôle l’année des 8 ans et un contrôle l’année des 10 ans. »

Ainsi, 1100 contrôles ont été réalisés durant l’année académique 2024/2025 en Fédération Wallonie-Bruxelles. En cas de premier contrôle raté, un second survient dans les six mois pour vérifier si le retard a été résorbé. Si l’inspecteur émet à nouveau un avis négatif, l’élève doit rejoindre l’enseignement traditionnel. Lors de l’année précédente, 131 élèves ont été renvoyés à l’école. 

Un nouveau programme pour la rentrée 2026

Dans la déclaration de politique communautaire, Valérie Glatiny, Ministre francophone de l’Education projette de « réduire de 50 % le nombre de jeunes en enseignement à domicile d’ici 2028 ». Son cabinet est convaincu qu’un « cadre scolaire est structurant et bénéfique aux apprentissages et à la socialisation des jeunes ».

Dans ce cadre, la réforme prévoit qu’un plan de formation serait demandé aux parents lorsqu’ils déclarent opter pour ce type d’enseignement à domicile. Et si le projet est jugé insuffisant, la déclaration pourrait être refusée et l’enfant réinscrit dans une école. Une autre nouveauté envisage un retour à l’école dès le premier contrôle (contre deux actuellement), si l’encadrement apparaît comme insatisfaisant. Tous les deux ans, ces contrôles devraient statuer de la bonne socialisation de l’enfant en plus de ses capacités scolaires.

La mise en œuvre de ce nouveau schéma de suivi des élèves en situation d’absentéisme ou de décrochage est « désormais programmée dans l’enseignement fondamental […] à partir de 2026-2027 », précise le cabinet. L’enseignement secondaire disposera, lui, d’une année supplémentaire.

Depuis septembre, une forme d’enseignement synchrone permet déjà aux élèves (sur avis médical) de s’inscrire dans une école sans être tenus de suivre l’ensemble des cours en présentiel. 

Méthodologie :
Vous pouvez retrouvez toutes nos sources dans les liens ci-dessous :

  • Identification de phénomènes : il y a une augmentation du taux d’élèves qui suivent l’enseignement à domicile en Fédération Wallonie-Bruxelles.
  • Toutes nos données sont disponibles à ce lien.
  • Récupération de données partagées via mail par le Service de L’Enseignement à Domicile. Ces données proviennent de leur base de données interne à laquelle ils n’ont pas souhaité nous donner accès pour des raisons de protection de la vie privée.
  • Répartition du nombre d’élève en fondamental/secondaire
  • Nombre d’élèves en école privée : information présente dans le dossier de presse de la rentrée 2025-2026 (+Nombre de contrôles effectués pour l’année 2024-2025).
  • Consultation des questions parlementaires. 1000000020de039 1000000020da046 
  • Constat: Une réforme de l’enseignement à domicile est menée par la ministre Valérie Glatigny. Dans des réponses à des questions parlementaires, elle avance certains chiffres : 

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Davignon sur le banc des accusés

Mammouth - mar, 28/04/2026 - 12:04
Comprendre l’implication de l’ancien commissaire européen dans l’assassinat de Lumumba

Longtemps, les responsabilités sont restées floues et difficilement établies dans l’affaire de l’assassinat de l’ancien Premier ministre congolais Patrice Lumumba. Mais aujourd’hui, le dossier refait surface devant la justice.
Au centre de l’attention figure Étienne Davignon, ancien commissaire européen et homme d’affaires influent. Il est appelé à s’expliquer sur son rôle de jeune diplomate lors du transfert du leader congolais vers les autorités katangaises.
La procédure doit permettre de mettre en lumière les zones d’ombre des violences et des crimes liés à la fin de la colonisation belge au Congo.

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Festivals belges : la diversité des genres pas au programme

Mammouth - mar, 28/04/2026 - 11:57
Les hommes sont surreprésentés dans les 10 plus gros festivals belges

source : Wikimedia Commons

En 2025, des centaines de milliers de festivaliers se sont pressés sur les plaines des différents festivals belges pour admirer de près leurs artistes favoris. Des scènes qui mettent essentiellement des hommes en avant.

Minuit 25. Scène principale, Les Ardentes. Le public liégeois est survolté à l’entame de la dernière performance du jour. Des enceintes jaillissent les premières paroles. “I’m good, yeah, I’m feelin’ alright. Baby, I’ma have the best f***ing life of my life”. David Guetta lance son set en clôture de cette première journée de festival avec son morceau I’m good. Le DJ français est une des têtes d’affiche de la journée d’ouverture, en compagnie des rappeurs Damso, Vald, Kaaris, Laylow et Soolking. Le point commun entre tous ces artistes ? Ce sont des hommes. En 2025, l’écrasante majorité des artistes qui se sont produits dans le festival liégeois sont masculins. Et le cas des Ardentes n’est pas isolé. 

La parité des genres attendra dans les festivals

Les dix plus gros festivals de musique en Belgique affichent la même tendance, sans exception. Les artistes masculins trustent le haut de l’affiche, ne laissant qu’une petite part aux autres genres. À Tomorrowland et aux Ardentes, 8 artistes sur 10 sont des hommes, sans compter les groupes mixtes. “C’était catastrophique les Ardentes l’an passé, il n’y avait que 3 meufs sur l’affiche…”, déplore Charles, chanteuse belge. Autre festival belge, mais même problème : les artistes féminines sont quasiment inexistantes dans la programmation du Graspop Metal Meeting.

Le ‘meilleur élève’ de la classe se trouve du côté de Namur. L’année passée, 14 artistes féminines se sont produites aux Solidarités. Pas de quoi s’exclamer non plus puisque celles-ci ne représentent que 30% de la programmation du festival namurois. 

Pour Mathieu Fonsny, programmateur du Dour Festival, il n’est pas toujours aisé d’atteindre une parité genrée. “Nous avons la volonté de programmer plus d’artistes non-masculins, mais nous dépendons aussi de leur disponibilité. À Dour, nous proposons une programmation reggae, rock et métal. Ces genres musicaux souffrent d’une sous-représentation féminine. » Marc Radelet, attaché de presse du festival des Francofolies de Spa, le rejoint : “nous dépendons de l’actualité musicale et des styles de musiques recherchés. Cette année, nous aurons une journée plus urbaine. Ce jour-là, nous aurons moins d’artistes féminines même si ce genre se féminise de plus en plus”. Le festival spadois reste néanmoins attentif à la question, mais précise : « nous ne nous mettons pas de pression pour arriver à 50-50 en terme de parité, car nous n’y arriverons pas”.

Ce constat ne se limite pas aux gros festivals belges. Le rapport de Scivias, la plateforme pour l’égalité dans la musique en Fédération Wallonie-Bruxelles, partage cette réalité de terrain largement en défaveur des femmes cisgenres, des personnes non-binaires et transgenres. Publié en 2024, le rapport porte sur les 32 festivals de musique qui se tiennent en Fédération Wallonie-Bruxelles et fait le constat amer que ces artistes ne sont représentées que dans 35% de la programmation totale. 

Dans les différentes aides apportées au secteur, il y a des obligations en termes diversité des genres”, rappelle Diane Dernouchamps, du service des musiques de l’Administration générale de la Culture en Fédération Wallonie-Bruxelles. “Il n’y a pas de quota contraignant, mais le critère est pris en compte par la Commission des Musiques”. 

Une Belgique très électro

A défaut de proposer une parité de genres, les festivals belges exposent une diversité de genres musicaux, électro en tête. Depuis quelques années, l’électro est particulièrement en vue sur la scène belge, portée par Tomorrowland. Le festival draine chaque année 400 000 personnes venues du monde entier pour écouter les performances de Charlotte de Witte ou Martin Garrix. Et tous festivals confondus, plus de 800 artistes électro ont performé l’été passé en Belgique.  

Le monde festivalier belge ne se résume pas à Tomorrowland et à l’électro. Les Ardentes offrent un terrain de jeu particulier à la scène hip-pop et rap, quand les métalleux se rendent au Graspop Metal Meeting de Dessel, ou que les fans de rock et de pop prennent la direction du Brabant Flamand pour profiter du Rock Werchter. L’été musical en Belgique est éclectique, et séduit aux quatre coins du pays. Mais ces festivals belges offrent-ils une vitrine aux artistes locaux ?

Les artistes belges pas toujours au-devant de la scène  

Le succès des festivals repose principalement sur une programmation internationale. Pour certains d’entre eux, la présence d’artistes belges s’avère anecdotique. Au Graspop Metal Meeting par exemple, près de la moitié des artistes sont américains, et les Belges n’ont presque pas voix au chapitre.

Seuls trois festivals se démarquent avec une affiche majoritairement belge : les Francofolies, les Lokerse Feesten et les Solidarités. “C’est l’un des premiers critères de programmation pour les Francofolies de Spa”, explique Marc Radelet. “Le festival est avant tout centré sur des artistes issus de l’espace francophone. Cela dit, ce n’est pas un critère d’exclusion. La scène belge est assez riche et nous avons accueilli quelques interprètes flamands aussi, même s’ils chantent en anglais.”

Ce type d’événements constitue un vrai tremplin pour les artistes belges. À Dour, “on souhaite que les gens ne viennent pas uniquement que pour les têtes d’affiches”, affirme Mathieu Fonsny. “Si les festivaliers rentrent chez eux le soir avec peut-être 4 ou 5 nouveaux groupes en tête, dont des Belges, cela nous rend fiers”. 

Fin juin, Couleur Café et le Graspop ouvriront à nouveau l’été festivalier en Belgique. Un été musical chargé, déjà prêt à faire vibrer un public diversifié. Un été coloré, qui aurait tout à gagner avec encore plus de diversité.

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Trottinettes électriques : entre succès et failles sécuritaires

Mammouth - mar, 28/04/2026 - 11:48
Derrière le succès grandissant de la trottinette électrique en Belgique, les chiffres révèlent une hausse préoccupante des accidents et des blessures graves.

Adobe Stock

Au fil des années, la trottinette électrique a conquis le paysage urbain belge et s’est imposée comme le moyen de transport idéal pour se déplacer en ville. Mais derrière ses atouts, les accidents augmentent chaque année et les enjeux autour de la sécurité font souvent débat au sein du secteur de la mobilité.

Le succès de la trottinette est paradoxal : dans son dernier baromètre de la sécurité routière, l’Institut Vias constate que plus les années défilent, plus le nombre d’accidents mortels augmente en Belgique. Jusqu’en 2024, pas plus de deux victimes n’étaient enregistrées dans les neuf premiers mois de l’année. En 2025, le bilan a triplé, avec sept morts sur la route. 

Si l’augmentation du nombre d’accidents de trottinettes est indéniable, la cause ne réside pas uniquement dans la démocratisation de ce mode de déplacement : “Certaines règles ne sont toujours pas respectées, notamment le fait de rouler à deux sur les trottinettes électriques (…) le fait que des enfants de moins de 16 ans continuent de rouler sur ces engins alors que c’est interdit ou bien le fait de continuer à rouler sur le trottoir. Tout ça, ça ne joue pas dans le bon sens”, avance Benoît Godart, porte-parole de VIAS.

Camille Thiry, chargée de communication à Bruxelles Mobilité, abonde dans le même sens : “En matière de sécurité routière, la trottinette électrique reste un moyen de transport peu sécurisé. Avec leur centre de gravité bas, ces engins entraînent plus de chutes, souvent plus violentes.”

Trottinette ou vélo : attention au mirage des chiffres

A première vue, les statistiques semblent sans appel : 5 697 accidents à vélo contre
1 849 à trottinette sur les 9 premiers mois de 2025
. Le vélo paraît donc plus dangereux. Mais à y regarder de plus près, cette conclusion est trompeuse.

Une fois rapportés au nombre d’usagers, les chiffres racontent une toute autre histoire. La Belgique compte environ vingt fois plus de cyclistes que d’utilisateurs de trottinettes. À proportion égale, les trottinettes électriques s’avèrent donc bien plus accidentogènes : pour un trottinettiste, le risque d’être impliqué dans un accident est 650 % supérieur à celui d’un cycliste.

Le bilan humain confirme cette fragilité. Sur les neuf premiers mois de 2025, Vias a recensé 25 décès à vélo et 7 à trottinette en Belgique. A nouveau, au delà des chiffres bruts, le ratio par utilisateur révèle une insécurité flagrante des trottinettes : 1 décès pour 21 400 pratiquants de trottinette, contre 1 décès pour 140 000 pratiquants de vélo (estimation basée sur des chiffres du SPF Mobilité et Transports).

Les utilisateurs de trottinettes sont non seulement plus souvent impliqués dans des accidents, mais ceux-ci sont aussi plus graves. La conception même de l’engin accroît la vulnérabilité des conducteurs, avance Camille Thiry. Résultat ? Lorsqu’un accident survient, la probabilité de blessures graves est deux fois plus élevée en trottinette qu’à vélo. De plus, six blessés sur dix pris en charge par les urgences après un accident de trottinette souffrent d’un traumatisme crânien, contre quatre sur dix chez les cyclistes. 

Aux côtés des chiffres qui objectivent les accidents liés à l’usage des trottinettes, Benoît Godart insiste aussi sur plusieurs dispositions légales, toujours ignorées par la population. « En 2024, un accident sur dix à trottinette impliquait un jeune de moins de 16 ans. Cette étude de Vias démontre aussi que la sensibilisation doit être renforcée. Quatre Belges sur dix ignorent toujours que l’âge minimum pour conduire une trottinette est de 16 ans, quand un Belge sur trois ignore qu’il est interdit de rouler à deux sur ce type de véhicule. » L’institut belge sur la sécurité routière estime que les parents doivent participer à cette sensibilisation et cette prévention. 

Bruxelles : épicentre de la micromobilité

Bruxelles domine largement le paysage de la micromobilité belge, loin devant la Wallonie et la Flandre. La trottinette électrique s’est imposée comme un moyen de déplacement précieux dans la capitale.

En Belgique, un tiers des accidents impliquant des trottinettes, avec des blessés, se produit à Bruxelles. Un chiffre qu’il faut interpréter avec précaution : la capitale compte à elle seule 15 000 trottinettes électriques, selon les derniers chiffres de Bruxelles Mobilité. Le service public nuance : “L’offre est considérable, et le nombre d’utilisateurs augmente de façon exponentielle. Il est donc logique que le nombre d’accidents progresse également”. En d’autres termes, si les chiffres absolus sont en hausse, ils doivent être relativisés au regard de l’usage croissant. Bruxelles concentrait d’ailleurs plus de la moitié des trottinettes partagées en Belgique en 2024.

Des mesures à la hauteur ?

Depuis le 1er juillet 2022, la législation belge a précisé certaines règles encadrant l’usage des trottinettes électriques. Parmi celles-ci, on retiendra que l’âge minimum est fixé à 16 ans, que le transport de passagers est interdit, que les usagers doivent emprunter les pistes cyclables ou la chaussée comme les cyclistes ou encore que la vitesse a été réglementée, limitant l’allure à 20 km/h maximum.

Ces mesures ont eu un effet notable immédiat sur la réduction du nombre de blessés à Bruxelles entre 2022 et 2024, selon les chiffres de Bruxelles Mobilité. Si la tendance est à la baisse à Bruxelles, elle augmente sur l’ensemble de la Belgique. Raison pour laquelle VIAS plaide pour des mesures plus drastiques : “À un moment ou un autre, il va certainement falloir plus de contrôles. Les mesures ne sont pas suffisantes, puisque le nombre d’accidents augmente”, commente Benoît Godart. L’institut demande l’obligation du port du casque, de la veste fluo, et elle demande l’homologation du curvomètre, un appareil capable de contrôler la vitesse des trottinettes, ainsi que la possibilité de saisir et détruire les trottinettes qui ne seraient pas en ordre.

Depuis l’implantation des sociétés de trottinettes partagées en Belgique, le nombre d’utilisateurs ne cesse d’augmenter. A Bruxelles, les deux opérateurs Bolt et Dott ont maintenant obligé leurs utilisateurs à partager leur carte d’identité. Ces mesures sont censées décourager les abus, l’utilisation des trottinettes par des mineurs et par conséquent, le nombre d’accidents dans la capitale.

Méthode : Notre base de travail se compose de données fournies par VIAS, dans le baromètre de la sécurité routière, et par Bruxelles Mobilité. Nos données, ainsi que nos calculs sont consultables via notre tableur, disponible via ce lien.

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Portugal : la jeunesse regarde ailleurs

Mammouth - ven, 24/04/2026 - 16:41
Pour la nouvelle génération bruxello-portugaise, vivre au Portugal n’apparaît plus comme une option 

Crédit photo : Marie Henrotte

« Au Portugal, les jeunes souffrent encore du passé de leur pays. » Depuis Bruxelles, l’étudiante Héléna Jill Karelsen Dos Santos constate une réalité qui se produit à 2 500 km de chez elle. Les conditions économiques poussent la jeunesse à s’expatrier. Entre augmentation du coût de la vie et un monde de l’emploi écrasant, la nouvelle génération portugaise bruxelloise témoigne des raisons pour lesquelles un retour sur ses terres natales reste compromis.

Coups de klaxon sur le boulevard de la Couronne, une Renault Clio II fait son entrée dans la foule. La voiture noire se faufile entre les centaines de piétons qui se sont donné rendez-vous. L’artère routière, fermée par la police, grouille. Une adolescente en jogging taille basse à bandes blanches sort son buste du véhicule. Elle prend appui sur la portière pour s’y asseoir et entreprend de déplier un carré de tissu. En un instant, un linge rouge et vert se déploie vers le ciel. « Força Portugal !« , scande-t-elle fièrement. Son cri s’entremêle avec ceux des autres supporters qui partagent sa ferveur. Ce soir, la demoiselle se rend au Portugal. Le restaurant de spécialités, baptisé comme le pays par son patron Albano Figueiredo, s’est équipé d’un projecteur. Au-dessus du bar, il est écrit 2004 en grosses lettres dorées. Les écharpes du Futebol Clube do Porto cohabitent au plafond avec celles du SL Benfica, club fétiche des patrons. Pour la finale de l’Euro 2004, les 23 000 Portugais de Bruxelles parlent d’une seule voix. Elle résonne dans la capitale.

« À l’époque, le trottoir était plus long, mon père, Albano, y avait installé une carriole et les gens venaient se servir de Super Bock », se souvient Rafael Figueiredo. Il regarde le plafond où un poster de la tribune du club de foot de Lisbonne recouvre toute la surface. Ses yeux se portent maintenant sur un écusson. « C’est notre terre natale, Viseu, un district au nord du Portugal. Mon père vient de là. » Le père de Rafael avait autrefois combattu dans les flammes. En 1998, il s’était rendu à l’évidence : il ne pouvait pas rester dans un pays où « ça rapportait plus d’aller à la mine que d’être pompier ». Alors, il est parti. Il a planté son drapeau à Bruxelles en ouvrant Le Portugal. Depuis, chaque midi – sauf le lundi -, il assure le service avec son fils. Dans leur langue natale, le duo s’adresse à sa clientèle mi-portugaise, mi un peu de tout. Avec le temps, certains ont gagné un cliché avec le tenancier, affiché sur le mur qui fait l’angle du bar. Au rythme de la pimba, les tables en pin verni de l’établissement voient circuler francesinha — un édifice de viandes, de pain et d’œuf, scellé au fromage fondu — et bacalhau le jour, et quelques semelles collantes lors des soirs de match. Le tout, dans une odeur enveloppante d’ail et d’oignons grillés.

C’est dans cette reconstitution que Rafael a grandi. Arrivé en Belgique à 2 ans, la majorité de ses souvenirs appartiennent au pays pluvieux. À 31 ans, il connaît le Portugal à travers ses nombreux voyages et les récits d’Albano. Mais plus les années passent, plus ses racines lui manquent. Loin des forêts de pinheiros-bravos qui peuplent sa région, il use d’astuces pour éloigner la nostalgie. L’été : « Il n’y a pas d’autre destination possible que la côte lusitanienne. » L’année : « J’ai pris des cours de langue tous les samedis. M’exercer au restaurant n’est plus suffisant. »Son objectif est clair, il rêve de retourner là-bas. Il y serait déjà si « les conditions n’étaient pas déplorables ».

— Déplorables ? 

Rafael marque un silence et fixe l’extérieur, comme si la réponse à notre interrogation s’y trouvait. 

De l’autre côté de la rue, une jeune fille aux longs cheveux bruns attend le bus en pinçant de ses deux doigts un petit paquet luisant. On devine à travers les taches de graisse un pastel de nata. Helena Jill Karelsen Dos Santos est arrière-petite-fille d’immigrés. Son grand-père s’était installé à Ixelles en tant que domestique. Souvent, il allait chercher sa petite-fille après l’école. Une occasion de lui léguer sa culture, qu’elle ne peut s’empêcher de transmettre à son tour.  

— Vous connaissez l’histoire du Portugal ? Sans attendre de réponse, elle déroule : la domination à travers les mers, l’empire colonial. Puis, l’apnée du peuple sous Salazar, et la première vague de migration. Jusqu’à la Révolution des Œillets, où la fin de la dictature n’a tenu qu’à une fleur. Sans reprendre son souffle, elle enchaîne avec l’accession à l’UE en 1986 marquée par les opportunités de travail qui ont lancé la seconde génération d’exilés. L’entrain avec lequel Héléna s’exprime nous fait penser qu’elle a été piquée par un amour similaire à celui de Rafael pour ce Sud.

Au Portugal, elle a passé nombre de ses congés scolaires. Pourtant, y vivre n’a jamais été une option. « J’ai grandi entourée de personnes qui m’expliquaient les bons et les moins bons aspects du pays. » Ses aînés ne lui ont jamais caché la réalité économique de la nation et de sa famille. À vrai dire, elle l’avait vu de ses propres yeux. « Quand j’allais en vacances, je voyais bien que la chambre de ma cousine était plus petite que la mienne. Il y avait à peine de la place pour circuler entre son lit et la commode. Parfois ça me titille. Je me dis que si mes grands-parents n’étaient pas partis, je serais à sa place. »

 En 2024, le marché immobilier portugais figurait comme le moins abordable de l’UE par rapport aux revenus de sa population.

Pour chaque membre de sa cousinade, la jeune Bruxelloise a un récit. « Récemment, une autre de mes cousines et son copain ont voulu acheter un appartement. Ils ont dû faire un prêt sur 25 ans. Ce que ça représente sur une vie, c’est inimaginable. » Elle suppose : « S’ils ont pu se lancer dans un tel investissement, c’est peut-être aussi parce qu’ils étaient deux. Certains adultes restent chez leurs parents jusqu’à 27 ou 30 ans. Ils attendent de se mettre en couple, car acheter un logement seul, c’est trop coûteux. » De 2015 à 2024, le prix de l’immobilier par rapport aux revenus a augmenté de 44%. Le marché immobilier portugais figurait ainsi comme le moins abordable de l’UE par rapport aux revenus de sa population.

Depuis quelques années maintenant, le Portugal séduit. Un flux d’une toute nouvelle catégorie élit domicile dans la République. Ensemble, les retraités et les digital nomades américains et du nord de l’Europe forment une migration dorée. Avec des revenus plus élevés que ceux de leurs nouveaux voisins, ils profitent d’un niveau des prix plus faible.  En 2025, le coût de la vie au Portugal était de 26 % inférieur à celui en Belgique. En revanche, les salaires y sont deux fois moins élevés. Les investisseurs étrangers ont suivi la tendance. Ils se sont implantés dans le pays et proposent une offre calquée sur le portefeuille de ces nouveaux habitants. En parallèle, les opportunités de jobs stables et correctement rémunérés s’amoindrissent.

Alors que la plaque horaire indique qu’Hélèna va bientôt partir, on se pose une question. Pourquoi, dans sa famille, les jeunes n’ont pas fait ce choix-là, de partir ?

L’étudiante nous ramène à la réalité.

— Tu sais, les Portugais ne sont pas les meilleurs en langues. Ma famille vient de la campagne et là-bas, on leur apprend peu l’anglais, le français. Pourtant, c’est nécessaire pour trouver un travail ailleurs. Alors, non, de là où ils sont, les gens ne bougent pas trop. Dans les villes, c’est peut-être différent.

L’arrivée du 95 direction Wiener conclut notre échange. Notre interlocutrice monte dans le bus et agite le petit sachet qu’elle tient en main pour nous faire signe.

Son pochon blanc avait dégagé une délicieuse odeur de kermesse – du sucre tout juste grillé – tout au long de notre discussion. À tel point que, dans les premiers instants, il avait été compliqué de se concentrer. On avait à présent bien envie de se rendre chez son expéditeur.

O que vai querer? Um italiano. Claro!
On vient de pousser la porte de la pâtisserie Garcia, une institution qu’on ne présente plus. Au fil des discussions, on rencontre Manuel Luis De Sousa. Le trentenaire à la buzzcut porte une polaire Patagonia, en parfait Ixellois. Il boit une infusion aux écorces de citron et passe un call. Il détonne un peu dans le décor algarvien du tea-room. On l’aurait bien vu dans un espace de coworking pour passer son appel, mais non. Son collaborateur le verra entouré de façades blanches aux châssis bleus surplombées de tuiles rouges. Et il devinera juste derrière lui une petite fontaine dans laquelle, jadis, les superstitieux de passage jetaient des pièces pour faire un vœu. (Pourvu qu’il ne floute pas le fond.) Le jeune travailleur contraste un brin avec l’endroit, mais compte parmi les habitués. Il a travaillé pendant deux ans en salle.

Le Portugal, il le connaît parce qu’il y a vécu. Pendant 30 ans. Pourtant, il avait envie de partir et « la première chance, il l’a saisie ». Sa fortune, il l’a trouvée dans un petit cours de programmation. « On bossait sur un projet et un Belge dans mon groupe a aimé ce que je faisais, alors il m’a invité à venir travailler ici. » Il a alterné un temps avec son job dans la pastelaria, puis cinq années se sont écoulées. « Actuellement, je suis marié à une Belge, je vais avoir un enfant, je suis devenu Belge aussi. »

En 2025, un jeune Portugais sur trois (15 à 39 ans) avait déjà quitté le territoire.

Le Lisbonnais s’est éloigné de son État d’origine car il n’avait plus confiance en ce dernier. « Quand je suis venu ici, j’ai senti que je pouvais développer un sentiment de sécurité vis-à-vis du système. Dans un pays comme le Portugal, cela manque. On paie des impôts, mais ensuite on ne peut pas se fier pleinement aux services de santé, aux écoles ou encore aux transports. L’État ne fait pas toujours ce qu’il promet, et cela crée des problèmes sociaux. Et puis, les conditions économiques affectent la mentalité des gens. » 

Sans savoir que près d’un jeune Portugais sur trois (15 à 39 ans) avait quitté le territoire en 2025, Manuel nous fait part de ses observations sur l’exode en cours. « La direction que suit la population locale, c’est plutôt de sortir du pays que d’y retourner. »

 La torrada : du pain grillé et du beurre salé.

Au fur et à mesure que son thé descend, le café se remplit. Filippo, le serveur, fait trembler le sol lorsqu’il accourt pour déposer les commandes. Il doit avoir déposé sa 50e torrada de la matinée à Juliette assise à la table voisine. La septuagénaire brushingée, en quête d’exotisme, avait découvert l’Algarve en tant que touriste. Frappée par la beauté de la région, elle désire à présent y poursuivre sa retraite.

On demande à Manuel ce qu’il en pense.

— Je comprends que ce soit attirant, mais ça crée des différences. C’est un peu comme s’il y avait trois mondes en un : les locaux, les digital nomades et les expatriés. Pour une partie des locaux, la vie devient chère, mais pour eux, ça reste abordable. Ce sont souvent des gens qui cherchent une bonne qualité de vie, mais qui ont déjà une certaine sécurité financière. Alors oui, il fait beau, on mange bien, la vie est agréable, mais il y a une facette de l’expérience que ces gens ne connaîtront peut-être pas, sauf peut-être après y avoir vécu longtemps. 

Le Portugais n’a pas besoin de grand-chose, alors on va faire des économies sur les salaires.

Il y aurait donc une autre dimension que seul un regard dans le temps permettrait de comprendre ? Ne pouvant l’expérimenter nous-mêmes, Isabel nous en offre un aperçu.  Arrivée en Belgique à ses 16 ans, la sexagénaire, plutôt discrète (elle préfère ne pas donner son nom de famille), s’était formée à l’architecture. Dans sa recherche d’un premier emploi, elle avait, selon elle, joui d’une chance dont tous les Portugais ne bénéficient pas : « Mes patrons belges avaient une très grande éthique, ce qui n’est pas forcément le cas, là d’où je viens. Encore aujourd’hui, les supérieurs considèrent que leurs recrues doivent montrer ce qu’elles valent. Du coup, ils travaillent jusqu’à douze heures par jour, pour des salaires qui ne leur permettent aucune indépendance. » Elle déplore : « Une chose qui est assez choquante, c’est que même les compagnies étrangères installées au Portugal arrivent avec cette mentalité. »

— Quelle mentalité ?

— « Le Portugais n’a pas besoin de grand-chose, alors on va faire des économies sur les salaires. » C’est quelque chose que les sociétés s’autorisent à l’étranger, mais qui n’est pas permis chez elles. 

La retraitée prend une gorgée de son café comme pour faire passer la pilule. Son visage affiche un air qui devait être aussi amer que ce qu’elle avale. Pour cause, ce constat, elle le tire d’un de ses récits : « J’ai hébergé chez moi un jeune travailleur, embauché par la Fortis, au Portugal. Il était payé 1 000 euros mensuellement par la banque belge. Il travaillait sans arrêt. Ses supérieurs lui disaient : “Excellent, à la fin de l’année tu seras augmenté.” Quand il a demandé son dû, il n’a rien obtenu. Il s’est senti exploité, il est venu à la maison. » Au Portugal, ce jeune homme y vit, il y travaille. Pourtant, “il a eu besoin de prendre l’air”. 

Par la suite, il a repris sa vie là-bas, avec l’espoir que les choses évoluent. L’État portugais mesure l’ampleur du défi. Il sait qu’il ne peut fonctionner sans ses jeunes citoyens. Ces dernières années, les dispositifs de soutien financier se sont multipliés. Depuis 2024, plusieurs mesures visent à alléger l’impôt sur le revenu ou à faciliter l’accès à la propriété et à la location. L’IRS Jovem, qui réduit la charge fiscale, et le renforcement du Porta 65 Jovem, qui octroie une aide directe au loyer, s’inscrivent dans cette logique de soutien aux 18-35 ans.

Le salon de dégustation se trouve maintenant bondé. On regagne la devanture de la Pastisseria. Dehors, le trottoir grouille. Certains boivent un café accoudés à la rambarde, d’autres font la queue pour rentrer. On regarde l’avenue, les jeunes qui y festoyaient il y a 20 ans sont peut-être devenus parents. Du trottoir, une maman regagne sa voiture avec son fils. Elle tient dans ses mains un coffret à gâteaux. Avant d’installer son enfant sur le siège arrière, elle lui propose de goûter ce que la boîte renferme.

— C’est un pastel de nata. On devine un accent lusitanien.

Le garçon, aux yeux noisette, doit avoir 3 ans. Puisque sa maman lui propose, il se prête à la découverte. Il croque dans le dessert qui s’émiette au sol. La sucrerie plaît. Le Portugal, il le connaît désormais à travers cette petite crème aux œufs. Et si c’était le début d’un lien avec ce pays ? Peut-être fait-il partie d’une génération qui le découvrira autrement.

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