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Alcool : scouts à la dérive ?

jeu, 15/02/2024 - 12:30
Les mouvements de jeunesse sont souvent l’occasion pour les jeunes d’un premier contact avec l’alcool. La consommation en est parfois encouragée. Les jeunes animés et animateurs gèrent-ils la pression ?

Image : Kindel Media (CC BY NC SA)

Beaucoup d’incidents liés à l’alcool sont rapportés dans les unités scoutes et les autres mouvements de jeunesse. Une réalité qui inquiète les parents et qui est régulièrement discutées au sein des unités et des fédérations. Les jeunes, qu’ils soient animés ou responsables de groupes, se retrouvent souvent dans des situations où l’alcool est omniprésent

Mammouth s’est entretenu avec des chefs et des jeunes qui sont dans la section pionnier (16-18 ans). Ressentent-ils une incitation à la consommation d’alcool ? Certains reconnaissent que des activités tournent autour de la boisson.

La question d’interdire l’alcool dans les camps a déjà été abordée plus d’une fois, et elle fait polémique. Certaines communes (Florenville, Chiny, Bouillon et Andenne) ont ainsi décidé à l’été 2022 d’interdire les boissons alcoolisées dans les camps situés sur leur territoire. Cette mesure a été jugée « démagogique » par le ministre président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Pierre-Yves Jeholet, et « disproportionnée » par le ministre flamand de la Jeunesse, Benjamin Dalle (CD&V).

La Fédération des Scouts quant à elle juge la mesure « contre-productive » et rappelle que les incidents problématiques sont rares. La Fédération a adopté une position officielle indiquant qu’elle n’interdit pas l’alcool, mais elle tente de conscientiser les chefs en leur donnant des formations et en les sensibilisant aux effets néfastes de l’alcool.

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Stéphane Vanhandenhoven : « Tu finiras troubadour ou aux puces »

dim, 11/02/2024 - 10:00
Stéphane Vanhandenhoven est antiquaire à la rue Haute. Depuis 2018, il est surtout connu pour sa participation à l’émission « Affaire Conclue ». Il revient sur quelques moments charnières de sa vie pour Mammouth Media.

Photo : Hippolyte Waiengnier

Comment êtes-vous entré dans ce monde singulier ? Vos parents travaillaient dans le domaine ?

Je suis entré par la toute petite porte. J’ai d’abord essayé de faire Sciences Po à l’ULB, j’ai fait mes deux premières années. Je ne les ai pas mal réussies, mais j’ai arrêté car j’avais besoin de bosser. Avec un copain, on a créé une entreprise de livraison, un peu comme DHL aujourd’hui. On s’est planté pour plusieurs raisons, je me suis notamment fâché avec mon associé. J’ai dû me relever de cet échec qui m’avait coûté un peu de sous. Je n’avais pas le moral non plus. C’est là que deux trois potes qui étaient dans le métier m’ont dit : « Viens avec nous, on va te changer les idées ». Ça m’a tout de suite botté.

J’ai commencé sur le marché aux puces… c’est un métier extrêmement dur. Quand il y a -10°C à 6h du mat’, c’est pas la joie. En général, on fait ça trois ou quatre ans, puis on se cherche une boutique, ne fût-ce que pour mettre la marchandise à l’abri.

« Cette boutique, c’est l’anti-IKEA. Les objets vivent une deuxième fois grâce à nous. »

Quel était votre métier de rêve ?

Quand j’étais jeune, je voulais faire du théâtre. Ce que mon père a toujours refusé. Il me disait : « Tu finiras troubadour ou aux puces à Bruxelles ». Grâce à la télé, j’ai pu faire les deux ! (rires) Je pense que j’ai fait les puces un peu pour l’emmerder. On ne s’entendait pas à l’époque. Heureusement, à la fin de sa vie, on s’est réconciliés. C’est quelque chose d’important pour moi, de dire aux gens qu’on aime… qu’on les aime. Je le répète souvent à mes enfants.

Où avez-vous passé votre enfance ?

Dans les Marolles, avec mon grand-père qui s’occupait de ma sœur et moi. C’est certainement lui qui m’a donné le goût des choses anciennes. J’habitais à Anderlecht, mais je venais souvent ici le dimanche. J’ai toujours aimé ce quartier, bien qu’il ait évolué. Autrefois, c’était un lieu populaire. Aujourd’hui, ça s’est fort gentrifié.

Qu’est-ce qui vous maintient dans ce métier ?

Déjà, je ne pourrais plus rien faire d’autre (rires). En réalité, je me suis souvent remis en question, notamment suite à l’apparition d’Internet dans le métier. Ça m’échappe un peu. C’est devenu plus compliqué pour moi. Heureusement que j’ai mon fils qui m’aide à ce niveau-là.

Sinon, je me suis dit pourquoi ne pas ouvrir un resto un jour… Cela dit, ce n’est pas parce que je cuisine bien pour mes copains que je serais un bon chef en cuisine pour quarante-cinq couverts.

Vous avez eu de graves problèmes de santé. Ça vous a changé ?

J’ai eu deux infarctus. Le premier à Beyrouth, le lendemain de l’explosion dans le port. C’était en plein mois d’août et il faisait très chaud. Le second c’était il y a trois mois, mais c’était chez moi, et mon fils était là pour m’aider.

Pendant mes infarctus, c’était blackout. Je ne me souviens de rien. J’aurais bien voulu voir Dieu mais tout ce que je voyais, c’était un écran noir, plus sombre que quand vous vous endormez. Depuis lors, je suis beaucoup plus calme. On ne dirait pas à la télé, mais je suis un grand nerveux. Désormais, je me prends moins la tête sur certaines difficultés. Je me focalise sur l’essentiel, chaque heure qui passe est une heure de gagnée pour moi.

Stéphane tient la boutique Haute Antiques depuis 20 ans avec plusieurs autres marchands

Vous êtes connu pour votre participation à l’émission Affaire Conclue, diffusée sur France 2 et La Une. Comment avez-vous démarré l’aventure ?

La Warner, qui produit l’émission, a exigé qu’il y ait un certain nombre d’acheteurs belges sur le plateau. Ils ont fait des castings et m’ont appelé. Mon profil collait avec ce qu’ils recherchaient. J’ai appris plus tard que la boîte de casting avait contacté trois autres acheteurs. Tous ont refusé et tous leur ont donné mon numéro en disant « C’est lui qu’il vous faut ».

Au début, je ne voulais pas le faire. Puis mes fils m’ont dit : « Papa, si tu ne prends pas cette opportunité, t’es vraiment un con ». Je me suis dit qu’ils devaient avoir raison, je me suis lancé et je ne le regrette pas.

Qu’est-ce que vous aimez dans cette émission ?

J’adore, c’est du théâtre au fond. C’est une émission télé dans laquelle je suis payé pour vivre de ma passion, c’est le pied. On reçoit 1.300€ par jour de tournage. En général, je tourne deux jours par mois. Vous voyez, c’est pas mal, quand même. Dans ce pays, y’a des gens qui vivent avec 1300€ pour un temps plein. Moi, c’est pour un jour de travail… c’est limite scandaleux.

Aussi, elle met en avant des métiers manuels méconnus. Il y a 20 ans, quand un môme disait à ses parents qu’il voulait devenir ébéniste, ils lui répondaient : « Quoi ? Tu vas mettre tes mains dans la cire ?! Pas question, tu seras avocat ou journaliste », ce qui est encore pire. L’émission contribue à changer le point de vue des gens là-dessus.

Et surtout, j’y ai rencontré des gens qui sont devenus des amis. Je peux mettre en avant l’image de la Belgique et de Bruxelles. C’est un honneur. Les Belges sont enfin reconnus pour autre chose que les frites ou le fait d’être dépensiers quand ils vont en vacances dans le Var.

Ça vous fait quoi d’être reconnu dans la rue ?

La première fois, je n’ai pas compris ce qu’il m’arrivait. C’était en face de la boutique, sur la terrasse du Petit Lion. Deux gamins au look inquiétant passent devant moi. Ils étaient habillés en noir et portaient des capuches. Ils s’approchent et me lancent : « Depuis qu’on vous regarde à la télé, on est fiers d’être belges ». J’en étais ému et fier. Forcément, ça flatte l’égo ; ce n’est pas désagréable. Les gens sont bienveillants et ont l’impression de vous connaître. On passe régulièrement dans leur salon, après tout.

Propos recueillis par Hippolyte Waiengnier

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DéBORDER

sam, 10/02/2024 - 09:00
Non, ce n’est pas une phase. C’est une maladie mentale.

FreePik

Être toujours à la limite, à la limite de ses émotions, de la dépression, de l’euphorie, des addictions… Être au bord, et toujours à la frontière du débordement. Le trouble de la personnalité borderline touche près de deux pourcents des jeunes. Un déséquilibre qui chamboule le quotidien des personnes qui l’endurent et qui provoque beaucoup de souffrance.

Clarisse fait partie des personnes atteintes par ce trouble de la personnalité que notre société connaît mal. Dans ce podcast, elle nous raconte son histoire, éclairée de l’expertise de Kassyopée Gilbert, psychologue clinicienne et psychothérapeute systémique. 

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Puberté à la cour de récré

jeu, 08/02/2024 - 16:00
Quand une enfant montre des signes de puberté précoce, elle doit apprivoiser ces changements de son corps. Ce cheminement n’est pas évident, surtout quand les autres enfants s’en mêlent.

IA Canva

Un mot, une remarque, un sous-entendu ou un regard sur leur corps. Ou plutôt, sur cet attrait de leur corps. Et c’en est trop. Chez les jeunes femmes que nous avons rencontrées, ces comportements ont suffi à les blesser, à marquer les esprits des jeunes filles qu’elles étaient. À l’époque de la cour de récré, l’heure n’était pas toujours au jeu.

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Dans les coulisses du futur métro 3

mer, 07/02/2024 - 16:30
Il y en a peu, des chantiers qui font couler autant d’encre. Le projet du métro 3 coûterait selon la ministre de la Mobilité près de 4,4 milliards d’euros. Et il dure ! Comment avance ce projet faramineux ? Je suis parti creuser le sujet.

Photo : Hippolyte Waiengnier

Sur le chantier sont placés de grands baraquements jaunes. Ce sont les bureaux temporaires des ingénieurs du projet. Christophe Rubbens est leur manager. Avant de descendre, il tient à me donner du contexte. Sur un large panneau blanc, il enchaîne les schémas. Tout ce qu’il me décrit semble complexe ; la moindre action menée sur ce chantier semble relever du défi. « Bon, on y va » me lance Christophe Rubbens en me tendant une paire de bottes crottées. J’enserre ma tête d’un casque, enfile une chasuble orange fluo. De quoi me fondre dans le décor.

L’esplanade de l’Europe encombrée d’un chantier qui n’en finit pas

Pour arriver à l’une des brèches menant aux futures galeries, nous devons traverser le reste du chantier. Le chemin est accidenté et sale, il y a de la terre partout. L’endroit est vivant, ça grouille de monde. Christophe salue ses collègues, parfois en hochant la tête uniquement, le vacarme rend la parole superflue. Les titillements des chaînes, le bruit des moteurs, de la ferraille qui se fracasse. Ce capharnaüm est pourtant très organisé.

Avenue Stalingrad, le trou béant est devant moi. Je descends les marches d’un escalier métallique monté sur des échafaudages et m’engouffre dans les tréfonds de Bruxelles. « Ici, dans sept ans, rouleront les métros », m’explique Christophe.

L’accès piéton à la station sera creusé après la destruction du palais du midi

Dans le trou où il m’a emmené, on distingue deux étages. Au-1, tout est déjà bétonné et illuminé, c’est là que seront posés les portes sésames et les escalators. En dessous, il y aura les futurs quais. Là, c’est encore boueux, sombre… et venteux. Les feuilles de mon calepin tremblent. De larges souffleuses amènent de l’air frais pour les ouvriers.

Un chantier délicat et complexe

S’ils sont une trentaine sur la totalité du chantier, dans le trou, ils ne sont que trois. Avec leurs monstrueuses machines, ils avalent jusqu’à 600m3 de terre par jour. « Les citoyens se plaignent souvent qu’on n’avance pas. C’est dur à entendre pour les équipes car c’est faux », relate Christophe. Un projet comme celui-là prend du temps, surtout sur le sillon Stalingrad. Dans ce quartier marchand, le métro ne sera pas très profond, les gros tunneliers ne sont donc pas employés. Des techniques un peu plus chronophages sont alors mises en place. On coule d’abord une première structure en béton puis on creuse sous le plancher.

« Vous voyez les deux murs de béton armé qui bordent la station, ils ont été coulés directement dans le sol, c’est pour ça qu’ils ont des aspérités », m’indique Christophe. « Une fois placés, ces murs étanches nous permettent de drainer l’eau de la Senne. Elle coule d’ailleurs de part et d’autre du tunnel, dans des canalisations enterrées. Autrefois, elle coulait à ciel ouvert ici ». En creusant, les équipes ont même retrouvé des trésors datant Moyen Âge. Des sabots, des cornes d’animaux, des vêtements ou des déchets de tannage tous récupérés par l’Académie Royale d’Archéologie. Ces vestiges ne nous apprennent rien de nouveau, mais ils confortent des hypothèses. Il y a longtemps, pas loin du quartier, on tannait les peaux.

À faible profondeur, les techniques utilisées pour creuser sont plus chronophages Un palais dans le chemin

En 1871, la Senne est voûtée pour cause de débordements et d’insalubrité. On profite des travaux pour bouleverser la ville en maints endroits. C’est précisément à cette époque que l’on construit un imposant complexe commercial sur le boulevard Lemonnier, le Palais du Midi.

Ce vieux bâtiment éclectique est encore très utilisé de nos jours. Quelque trente-deux commerçants, mille deux cents élèves et plusieurs clubs de sport occupent les lieux. Le problème : il est prévu que le métro passe en dessous des caves. Comment placer les murs en béton étanche sans accès par le dessus ? Comment parvenir à creuser sans que tout s’écroule ? « Les possibilités sont multiples, elles ont toutes été étudiées », signale Christophe. Il ne semble d’ailleurs pas y avoir de solution miracle. Toutes font débat. Celle qui a été retenue, c’est la destruction de l’intérieur du Palais du Midi. On garde son enveloppe charnelle mais son contenu est évidé. Après les travaux du métro, l’intérieur du bâtiment sera reconstruit, modernisé.

« Avant, le quartier était très vivant mais maintenant il n’y a plus grand monde qui vient par ici. »

Hassan tient un salon de thé dans le Palais du Midi depuis dix ans : « C’est une catastrophe pour moi ». Comme les autres commerçants, il devra quitter les lieux fin 2024. Malgré la compensation prévue, il vit difficilement ce congédiement par la Ville de Bruxelles. « Il y avait déjà moins de clients à cause des travaux juste devant la boutique, mais maintenant je sais que c’est la fin », m’explique-t-il avec une mine déconfite. Le permis de déconstruction est attendu pour l’automne de l’année prochaine. Les solutions pour indemniser les commerçants et relocaliser leurs activités sont encore discutées.

En attendant, les ouvriers creusent dans l’autre sens. La galerie s’arrête pour l’instant en dessous du palais. Selon les plans de la STIB, il va falloir attendre au mieux jusqu’à 2030, avant de pouvoir emprunter le métro 3.

« Le lit de la Senne se trouve sous nos pieds. Ce fut un défi technique à surmonter pour nos équipes. » Personne ne rentre sur le chantier sans vêtements de sécurité Une fois creusées, les galeries sont maintenues avec de larges tubes de métal pour éviter les affaissements Le dénivelé doit être pris en compte dans la construction des souterrains À plusieurs mètres sous terre, le chantier bat son plein

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Mutilations Génitales Féminines : un problème au masculin?

lun, 05/02/2024 - 20:33
Pourquoi et comment impliquer les hommes dans une lutte féminine ?

illustration Graziella Bordignon CCBYND

Ce 6 février a lieu la journée internationale de tolérance zéro envers les mutilations génitales féminines (MGF). Celles-ci comprennent la clitoridectomie, l’excision ou encore l’infibulation. Bien que ces mutilations ne semblent concerner que les femmes, les associations spécialisées estiment que l’implication des hommes est essentielle pour abolir ces pratiques.

En quoi les MGF concernent-elles les hommes? Comment et pourquoi le système patriarcal contribue-t-il à les entretenir? Malgré les tabous et les traditions, les hommes peuvent-ils devenir des alliés dans la lutte contre les MGF ?

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Pegasus : un espion de poche

jeu, 01/02/2024 - 12:00

Le logiciel Pegasus a été développé par l’entreprise israélienne NSO Group pour être utilisé comme outil de surveillance à des fins de renseignement par les gouvernements et les agences de sécurité. Ces dernières années, le programme a été au centre de nombreux scandales en raison de son utilisation présumée pour des activités d’espionnage et de surveillance illégales. Il aurait notamment été utilisé à l’insu d’Emmanuel Macron ou de Mohammed VI. Il demeure cependant largement méconnu du grand public.

Créé pour surveiller les téléphones mobiles, Pegasus est souvent qualifié de « logiciel espion » en raison de sa capacité à accéder à diverses fonctionnalités des appareils, y compris les appels, les messages, les contacts, les photos, la caméra, le son et même la localisation géographique.

L’espion est généralement installé sur un téléphone ciblé à l’insu de son propriétaire. En effet, cette installation ne nécessite aucun clic de la part de l’utilisateur, pas de lien, pas de message. Comme une fuite de monoxyde de carbone, inodore et incolore, il est quasiment indétectable, ce qui en a fait le « must have » des logiciels espions. Thomas Balthazar, programmeur informatique, insiste sur la complexité de le déceler.

Ce logiciel, dans sa version dévoyée, est principalement utilisé pour cibler des militants des droits de l’homme, des journalistes, des opposants politiques et d’autres personnalités d’intérêt pour les gouvernements ou les agences de renseignement, dans le but de mettre à mal la liberté de la presse, d’expression et d’opinion.

Le journaliste d’investigation Joël Matriche (Le Soir) a enquêté sur plusieurs logiciels espions en collaboration avec 16 médias et Forbidden Stories, notamment sur Pegasus. Il met en garde contre ses utilisations abusives par certains États. 

Face à ces abus, les gouvernements, les entreprises et les organisations internationales se sont fait entendre. D’une part, en tentant de réglementer l’utilisation de tels logiciels et d’autre part, en tenant les développeurs pour responsables de leurs actions même lorsque le logiciel est entre les mains d’un tiers. D’ailleurs, le jeudi 23 novembre 2023, à Strasbourg, le Parlement a lancé un rappel ferme aux Etats membres et à la Commission européenne, qui n’ont toujours pas donné suite aux pistes concrètes d’actions proposées par les eurodéputés le 15 juin dernier.

Mais Pegasus n’est pas le seul logiciel espion, même si les autres sont moins médiatisés. Le logiciel commercial FinFisher, développé par la société allemande Gamma et connu sous le nom de FinSpy, est conçu pour surveiller les ordinateurs et les appareils mobiles. Ses anciens dirigeants sont soupçonnés d’avoir enfreint la législation européenne de 2015 restreignant la commercialisation de technologie de surveillance auprès des pays tiers, en vendant FinSpy aux services de renseignement turcs. L’affaire est en cours au parquet de Munich. Selon le magazine allemand, Netzpolitik, les sociétés distribuant et développant ce logiciel ont fait faillite en 2022. D’autres logiciels tels que mSpy, FlexiSpy et Spyware XNSPY sont plus familiers car utilisés sur des smartphones pour de la surveillance parentale ou par des couples pour intercepter les appels, les e-mails et localiser l’appareil.

Les journalistes sont des cibles privilégiées des utilisations illégitimes de ces technologies de surveillance, en particulier du logiciel Pegasus. Joël Matriche fait part de ses inquiétudes. 

Face à ces enjeux démocratiques, une question se pose : pourquoi les citoyens ne sont pas suffisamment informés sur ces programmes ? 

En 2021, les enquêtes de Joël Matriche révèlent notamment l’espionnage de la citoyenne belge Carine Kanimba, survivante du génocide rwandais et fille de Paul Rusesabagina, l’opposant politique du Président Paul Kagame qui a inspiré le film « Hotel Rwanda ».

Initialement conçu pour lutter contre le terrorisme et le crime organisé, Pegasus a principalement servi à des fins d’espionnage et est considéré comme une véritable arme de guerre. Comment les personnes visées peuvent-elle s’en protéger ? Il semble qu’il soit presque impossible de détecter Pegasus tout comme il est presque impossible de s’en défaire. Thomas Balthazar :

Il serait plus judicieux de l’interdire, mais l’UE a un champs de pouvoir restreint.

Business is business. Alors combien ça coûte de s’offrir les services de Pegasus ? L’Etat israélien, détenteur du logiciel, facture son utilisateur 500 000 euros pour obtenir le droit de l’utiliser. S’en suivent des frais pouvant monter jusqu’à 65 000 par téléphone infecté. Une affaire qui roule en toute impunité.

Vous êtes espionnés, mais le saviez vous ?

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La peinture sur céramique a la cote

dim, 28/01/2024 - 09:00
La peinture sur céramique est une activité popularisée par les réseaux sociaux. Elle correspond à un besoin de revenir aux activités manuelles.

Crédit photo : Delphine GROTE

En Belgique, la peinture sur céramique est une activité qui plaît. Qualifiée comme « moment de détente », elle permet pour certain.es d’approcher une activité manuelle, voire un « retour en enfance ». Ce loisir est popularisé par des réseaux tels qu’Instagram, mais il existe pourtant depuis des années à Bruxelles. Nous nous sommes rendu au C.ramique café, premier établissement belge qui a ouvert ses portes il y a près de 21 ans.  

Delphine Grote, Charlotte Lhoir et Joviale Kuete

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Cafés à chats : une vie de roi

sam, 27/01/2024 - 12:00
C’est dans un endroit atypique qui mêle chats et restauration que le concept de ronron thérapie prend tout son sens. Profiter d’une présence féline autour d’une boisson, voici le concept du Merlix cat café.

Crédits : freepik

Ce café à chats situé dans centre ville de Liège est le premier à avoir ouvert ses portes en Belgique. Tout droit inspiré des « neko café » japonais, il existe six établissements de ce type dans le pays. C’est dans une liberté totale que les douze chats du Merlix ont pris possession des lieux. Toute la force de ce concept est de pouvoir profiter des animaux sans en avoir les contraintes. Mais certains en veulent plus. Tombés amoureux d’un chat du café, à certaines conditions, ils peuvent en demander l’adoption.

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Ensemble pour la Liberté : Diaspora et ONG, solidaires envers les Iraniennes et les Européen·nes en détention arbitraire.

ven, 26/01/2024 - 12:00
Les femmes sont les premières victimes de la répression violente organisée par le régime iranien.

Honneur aux femmes iraniennes : Reconnaissance internationale au Parlement européen pour le Prix Sakharov 

Des dizaines de milliers d’arrestations, des milliers de blessé·s et au moins 500 iranien·nes tué·es lors des manifestations en Iran qui ont eu lieu suite à la mort de Mahsa Amini, Kurde Iranienne morte en détention le 16 septembre 2022. Ces chiffres rapportés par Amnesty International montrent l’ampleur du phénomène. C’est pour cela que, cette année, le Parlement européen a décidé de mettre les Iraniennes à l’honneur en remettant le Prix Sakharov à Mahsa Amini, ainsi qu’au mouvement iranien de protestation Femme, Vie, Liberté. Ce prix permet d’honorer les individus et les organisations qui défendent les droits humains et les libertés fondamentales. Ce n’est d’ailleurs pas la seule remise de prix importante qui met en avant une Iranienne, puisque le prix Nobel de la paix a été décerné le 6 octobre dernier à Narges Mohammadi, une militante et journaliste iranienne emprisonnée pour s’être battue pour le droit des femmes. 

« Aujourd’hui, pourtant, les femmes osent sortir sans voile. Elles ne flanchent pas. Elles submergent la police des mœurs par leur détermination et par leur nombre. Et l’Europe doit dire qu’elle est à leurs côtés.»

Emmanuel Maurel, président de la Gauche Républicaine et Socialiste en France, au nom du groupe de la gauche au Parlement européen. 

Dans une résolution adoptée le 23 novembre par 516 eurodéputées, le Parlement européen condamne fermement la détérioration continue de la situation des droits de l’homme en Iran ainsi que les assassinats brutaux de femmes par les autorités iraniennes. L’assemblée condamne également le harcèlement judiciaire subi par Nasrin Sotoudeh, avocate et défenseuse des droits humains. De plus, les eurodéputé·es prient les autorités iraniennes de mettre immédiatement fin à toute discrimination à l’égard des femmes et des filles, y compris aux lois imposant le port du voile. Enfin, c’est un appel à la « libération immédiate de toutes les victimes de détention arbitraire et des défenseurs des droits humains », notamment de Narges Mohammadi ou encore de Nasrin Javadi, qui est lancé. 

Un cri de colère contre l’oppression en Iran

Le 13 octobre 2022, Mahsa Amini, une étudiante kurde de 22 ans, marche dans les rues de Téhéran quand elle est arrêtée pour « port de voile inapproprié » par la police des mœurs iranienne. Trois jours plus tard, elle décède à l’hôpital après être tombée dans le coma pendant sa garde à vue. Alors que le gouvernement iranien nie toujours son implication dans son décès, des témoins attestent de la violence de sa détention et assurent qu’elle est décédée d’une blessure à la tête. L’événement émeut la communauté internationale et provoque de nombreuses manifestations contre la politique iranienne.

Dans les mois qui suivent, en Iran, des vidéos de femmes se coupant les cheveux et brûlant leur Hidjab font surface sur les réseaux sociaux. Beaucoup d’entre elles sortent dans la rue, sans voile, pour montrer leur colère vis-à-vis de la politique iranienne. Le monde est émerveillé par le courage de ces femmes qui risquent leurs vies. Leurs revendications sont claires : les manifestant·es demandent l’abolition de l’obligation du port du voile, mais dénoncent surtout une politique qui donne l’essentiel du pouvoir à la religion. Les chiffres sont effrayants : au moins 500 manifestant·es sont décédé·es en Iran durant les révoltes iraniennes depuis septembre 2023.

Alors de Téhéran à Bruxelles, la population se soulève avec un slogan : Femme, Vie, Liberté.

Soutien depuis Bruxelles : la diaspora belge se mobilise pour la liberté des femmes en Iran

Depuis les rues de Bruxelles, la diaspora se mobilise pour montrer sa solidarité. Si les Iraniennes ne peuvent pas s’exprimer librement sur ce qu’il se passe en Iran, ce sera à la diaspora de prendre le relai, ici, en Belgique, grâce aux associations, aux manifestations, aux conférences et à toutes les prises de parole publique. Si les collectifs portent ce combat, c’est notamment grâce à cette femme, Ava Basiri, jeune militante belgo-iranienne. C’est au sein de son collectif Yallah Laïcité, que nous l’avons rencontré. 

Ava Basiri, militante belgo-iranienne devant le portrait de Mahsa Amini.

En Belgique, les soutiens ont commencé doucement, avec une vingtaine de personnes se rassemblant devant l’ambassade de l’Iran le 24 septembre 2022, à l’initiative du Collectif Laicité Yallah. 10 jours plus tard, 2000 personnes ont défilé dans les rues de Bruxelles pour protester contre le régime iranien. 

À l’initiative de plusieurs représentants politiques, des rues et des places sont renommées pour mettre en avant Mahsa Amini. Maryam Matin Far (MR), 6e échevine d’Etterbeek, elle-même iranienne, renomme en effet l’esplanade devant la Maison communale d’Etterbeek au nom de la jeune femme. Le 15 septembre 2023, un autre hommage lui est rendu avec l’inauguration d’une statue à son effigie par le Collectif Laïcité Yallah, en face de l’administration communale de Woluwe-Saint-Pierre.

Statue de Mahsa Amini devant la maison communale de Woluwe-Saint-Pierre. Défiance des lois, remise en question du patriarcat

Tous les jours, les activistes continuent à se révolter pour toutes ces femmes en Iran, assassinées ou emprisonnées. Les actions de soutien ne s’arrêtent pas.

Les Iraniennes, elles aussi, continuent à se battre au quotidien contre toutes les formes d’oppression dont elles sont victimes depuis trop longtemps. Désormais, les choses sont tout de même différentes. D’après Ava Basiri, à l’ère des réseaux sociaux, les jeunes iraniennes se rendent d’autant plus compte des inégalités : « Elles ne sont pas d’accord car elles ont Tik Tok, elles ont Instagram, elles voient les vies que les jeunes peuvent mener ici et elles n’ont pas droit à tout ça« . Elles prennent alors des décisions à contre-courant. Selon un diplomate occidental en poste à Téhéran, dans l’ensemble du pays, environ 20% des femmes en moyenne enfreignent désormais les lois de la République islamique en sortant dans la rue sans porter le voile. C’est l’ensemble du système qui est remis en question : sa politique, son économie, ainsi que sa structure patriarcale.

Détention arbitraire des citoyen·nes européen·nes en Iran et les dessous d’une tension diplomatique

Par ailleurs, au cours de ces débats parlementaires, une autre problématique a été soulevée : la détention arbitraire de citoyen·nes européen·es.  En effet, lors des manifestations en Iran, plusieurs milliers de personnes se sont faites arrêtées pour être ensuite détenues arbitrairement par le régime dans des conditions inhumaines. Certain·es de ces citoyen·nes sont enfermé·es depuis plusieurs années, comme ça a été le cas pour Olivier Vandecasteele. Le travailleur humanitaire a passé 455 jours enfermé en Iran, il explique qu’il a été torturé à plusieurs reprises et qu’il a été placé en cellule d’isolement pendant de longues périodes.

Nous avons contacté l’ancien directeur d’Amnesty International Belgique, Philippe Hensmans, pour nous éclairer. C’est dans un café de Louvain-La-Neuve que nous avons rencontré le jeune retraité.

Philippe Hensmans, ancien directeur d’Amnesty francophone.

D’après lui, l’Iran utilise la détention de citoyen·nes étranger·es comme moyen de pression sur leur pays d’origine. En effet, l’Iran fait face à énormément de sanctions de la part de la communauté internationale. Des sanctions, entre autres, dues aux violations des droits humains.Sans réel moyen de pression « direct » sur l’Europe, l’Iran utilise la détention de ses citoyen·nes pour essayer d’obtenir des changements ou des allègements des pressions qu’elle subit. 

L’enquête des Nations Unies demandée par le Parlement européen implique une collaboration 100% transparente de la part des autorités iraniennes. Ceci implique que l’Iran accepte que des enquêtes soient réalisées sur son territoire, ce qui est compliqué vu le fonctionnement de la politique iranienne. 

Les Gardiens de la Révolution : Entre qualification terroriste et complexités juridiques en Europe

En Iran, les Gardiens de la Révolution, aussi appelés Pasdaran, sont une force paramilitaire qui vise à maintenir le régime islamique et à exercer une influence étendue sur le pays, aux plans politique, économique et militaire. Dans la résolution du Parlement européen, on retrouve la proposition de catégoriser le Corps des Gardiens de la Révolution comme une organisation terroriste. Mais concrètement, qualifier cette organisation de terroriste ne garantit pas l’arrestation de ses membres s’ils parviennent à se rendre sur le sol européen. Les ONG qui défendent les droits humains s’accordent en effet pour dire que le terme “terrorisme” ne signifie rien. En Belgique, le terrorisme est interdit, mais pourtant, il n’est pas clairement défini. L’intérêt de désigner les Gardiens de la Révolution de terroristes est dans ce cas-ci, à condition qu’ils soient identifiés, d’empêcher ces groupes de voyager ou de se procurer un visa. 

Mais au final, d’après Philippe Hensmans, la communauté internationale ne peut pas vraiment aller plus loin dans ses sanctions. Tous les moyens à notre disposition pour faire pression sur les autorités iraniennes sont déjà utilisés, et ce, depuis plusieurs années. L’Iran s’est quasiment “habitué” à vivre comme cela. Aujourd’hui, l’Union européenne et les autres pays du monde se trouvent dans une impasse, une intervention militaire aurait des répercussions désastreuses sur la diplomatie mondiale. Dès lors, l’hypothèse n’est même pas envisageable. 

Au même moment, sur place, des femmes et des hommes continuent de se battre courageusement pour leurs droits fondamentaux et malgré le manque de ressources de la communauté internationale pour sanctionner l’Iran dans ses actions brutales, ces citoyen·nes espèrent obtenir le soutien de l’Europe dans leur lutte pour un avenir meilleur.

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Le sort des enfants métis des colonies belges

jeu, 25/01/2024 - 12:00
Il aura fallu attendre près de 60 ans pour que la parole des métis des colonies belges se libère. 60 ans pour que la Belgique entame un processus de reconnaissance envers ces enfants arrachés à leurs mères africaines avant d’être envoyés en Belgique.

Photos et entretien : Marie-Eugène Cifende

François Milliex a 14 ans lorsque avec d’autres « mulâtres », il découvre la Belgique pour la première fois. Aujourd’hui, il est le président de l’association des métis de Belgique à l’origine des excuses officielles émises par le gouvernement et de la résolution Métis qui leur donne accès à leurs archives. Pour Mammouth media, il revient sur son parcours, depuis les rues du Burundi où il a grandi jusqu’à celles de Bruxelles.  

Dans quel genre de famille êtes-vous né ?

Je suis né à Bukavu au Congo d’un papa français. Ma maman était rwandaise et quand je suis né, elle devait n’avoir que 16 ans. On est une fratrie de 7 enfants connus. Nous, on a eu la chance d’avoir été gardés à la maison. Chaque métis a une histoire différente, mais 85 % n’ont pas été reconnus par leurs géniteurs blancs. 

Jusque quel âge avez-vous vécu avec votre famille ? 

La politique coloniale était de prendre les enfants métis à partir de deux ans. À l’âge de six ans, mon père a voulu nous inscrire à l’institut Saint-Jean, une école primaire belge. La mère supérieure a répondu qu’elle n’acceptait ni les noirs, ni les mulâtres et qu’il y avait une école réservée aux mulâtres à Save. Finalement, mon père a été contraint de nous y inscrire. 

Comment était justifiée cette ségrégation ?

L’état colonial avait une vision simple : il y avait les « civilisés », les blancs, et il y avait les noirs, vus comme des « sauvages ». Et puis, il y a eu les métis. Il ne fallait pas se mélanger à eux, mais il ne fallait pas non plus laisser ces enfants avec du sang blanc se mélanger à des « nègres » et « retourner à la sauvagerie ». D’où les internats de métis.

Comment l’état s’organisait pour prendre ces enfants ? 

Ça se savait quand il y avait un enfant métis dans le village. L’administrateur de territoire envoyait la police rechercher l’enfant. Il y a eu des femmes qui ont caché leurs enfants, mais on faisait venir les forces publiques. Il y a eu d’autres stratagèmes pour éloigner les mamans. Souvent, au bout de 2-3 ans dans les colonies, les épouses belges de ces hommes mariés en Belgique arrivaient. Il fallait éjecter la femme indigène. Certains arrivaient à les chasser, d’autres les accusaient de vol pour les renvoyer. Quand elles revenaient sur les lieux, les enfants n’étaient plus là. 

Comment s’organisait la vie dans ces internats ? 

Les trois quart des métis sont passés par ces institutions. Quand on est arrivé, on s’est rendu compte que les métis ne parlaient presque pas le français mais le kinyarwanda, kirundi ou swahili. C’était un internat de bonnes sœurs, avec la messe obligatoire tous les matins. Nous, on appelait ça « orphelinat » parce qu’on avait plus le droit de voir nos parents.  Les nonnettes nous mettaient à genoux et nous donnaient la fessé avec des morceaux de fil de fer et des orties.

Et qu’est-ce qu’on disait aux enfants ? 

Que leurs mamans les avaient abandonnés ou qu’elles étaient décédées.

C’est avec son frère jumeau ( sur la photo de gauche) qu’il sera placé à Save, l’un des plus importants internats catholiques regroupant les métis du Rwanda, du Burundi et de l’est de la République Démocratique du Congo. Début des années 60, les actuelles République Démocratique du Congo, Rwanda et Burundi obtiennent leurs indépendances. Qu’est-ce que cela signifie pour les métis ? 

Avec les indépendances, des émeutes assez sévères ont commencé. Les nonnettes ont pris peur pour les métis et ont réussi à faire croire à l’État belge qu’ils étaient en danger s’ils restaient en Afrique. Le gouvernement a organisé une évacuation. Ils ont fait signer des documents à des mamans qui ne parlaient que rarement français et ne comprenaient pas ce qu’elles signaient.            

Dans quel état d’esprit étiez-vous ? 

Comme beaucoup de métis quand on nous a annoncé qu’on allait parti, on n’imaginait pas qu’on ne reviendrait plus. On pensait partir pour continuer nos études. Ça nous excitait. L’Europe, c’était les calendriers avec les belles images de la Suisse sous la neige. On n’avait aucune notion du froid lorsqu’on a débarqué à Melsbroek en décembre à 5h du matin avec une chemise, un petit pull, un short. Les filles avaient une petite mallette avec une poupée ou un ourson. Le voyage était pénible. Il y avait énormément d’enfants qui pleuraient et appelaient leurs mamans.

Comment s’organisait l’accueil en Belgique ? 

À l’aéroport, il y avait les familles belges qui avaient adopté des enfants (qui n’étaient même pas orphelins !) et les personnes qui dirigeaient les homes. Une dame est venue nous chercher et a séparé notre fratrie en deux. On nous a emmenés dans le home de l’abbé Froidure avec des enfants délinquants.

À votre arrivée, quelle était votre nationalité ? 

Pour le voyage, on reçoit un passeport belge. Un an après, un ministre de l’Intérieur demande aux bourgmestres de nous la retirer. Du jour au lendemain, on est apatride. Sur ma carte, il était écrit : Apatride, ressortissant du Ruanda, signe particulier : Mulâtre. Mais avec ça, tu ne sortais pas de la Belgique. Il fallait racheter sa nationalité pour l’équivalent d’un mois de salaire de l’époque.

Comment la vie reprend-elle son cours après ça ? 

Tout dépend des enfants. Il y’en a qui ont fini par accepter qu’ils étaient orphelins. Et ceux, comme Évariste, qui ont trainé de home en home car ils étaient assez caractériels du fait de leur mal-être. Déjà en Afrique, il avait réussi à s’évader pour aller rechercher sa mère dans les rues de Bujumbura. En Belgique, il est placé dans un home en Flandre sans connaitre un mot de néerlandais. On le pousse vers des études qu’il n’a pas envie de faire. Il n’est pas aidé, pas adopté ; il est seul. À un moment, il tombe dans la délinquance et se retrouve à la rue. Pour les filles, c’était pire. Il y avait des histoires d’attouchements et de violences. 

Grâce à l’ouverture des archives stockées au musée de Tervuren, il retrouve, entre autres, les lettres écrites à sa mère, ouvertes mais jamais transmises. Comment avez-vous fini par vous organiser en association ?

Personne ne parlait de son passé. L’idée était de se fondre dans la population. C’est parce que les petits enfants ont commencé à poser des questions que les recherches ont commencé. C’est comme ça qu’en 2015, on a créé l’association des métis de Belgique.

Pensez-vous que la reconnaissance de la ségrégation des métis est un pas vers une plus grande reconnaissance du passé colonial ? 

Non. La Belgique a encore beaucoup à reconnaitre de son passé colonial. Une commission avait été mise en place, mais elle a fini en fiasco total. Les partis de gauche réclamant des excuses là où les partis de droite ne veulent exprimer que des regrets. C’est aussi une question d’argent. Ils craignent les compensations et les réparations qui pourraient suivre.

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Entre foi et politique verte : regards croisés sur l’engagement écologique de l’Église et de l’Union européenne

mer, 24/01/2024 - 12:00
C’est une première depuis l’existence de la Conférence des Parties. Le pape François devait assister à la 28ème édition de la COP, à Dubaï. Une initiative qui n’a pas pu être honorée pour cause de maladie, mais qui soulève néanmoins une question : comment l’Église se positionne-t-elle dans la lutte contre le réchauffement climatique ?

Pexels – Robin Erino

La COP28, qui a débuté le 30 novembre dernier à Dubaï, est un forum majeur pour les discussions mondiales concernant le changement climatique. Un événement significatif a marqué cette édition 2023 avant même qu’elle ne commence : la participation annoncée du pape François. Bien que sa santé ne lui ait finalement pas permis d’y assister, sa volonté initiale reflète l’importance croissante que les représentants religieux accordent à la crise climatique. En associant sa voix à cet évènement international, le pape exprime l’engagement de l’Église pour la protection de l’environnement. Sa présence à la COP28 aurait constitué un moment symbolique. Bien qu’il soit le plus petit pays au monde, l’influence du Vatican s’étend bien au-delà de ses frontières géographiques. Il représente avant tout une religion, celle de l’Église catholique romaine, et plus de 1,3 milliard de croyants de par le monde.

Ce n’est pas la première fois que l’Église se positionne sur la protection de l’environnement. On y trouve trace dans l’Ancien Testament, avant même qu’il n’y ait une Église chrétienne. Avec ce qu’elle nomme « la Création », l’Église appelle tous les êtres humains à tendre vers « cette communion avec Dieu ». Des figures majeures de l’Église catholique ont fait référence au bien commun et à l’union, tel Saint-François d’Assise, qui parlait de “notre mère la Terre” ou du “frère Soleil”.

Pourtant, l’Église n’a pas toujours eu bonne presse sur la question environnementale. Dans Les racines historiques de notre crise écologique (1966), l’historien américain Lynn Townsend White accusait la culture judéo-chrétienne d’être complice – voire responsable – de la logique moderne d’exploitation de la Terre, du nouveau dualisme matière-esprit et de leurs effets écologiques désastreux. Sa théorie se basait sur l’interprétation de la Genèse 1.28 : « Dieu les bénit et leur dit : « Reproduisez-vous, devenez nombreux, remplissez la terre et soumettez-la ! Dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tout animal qui se déplace sur la terre ! ” ».

Vers la fin du XVIIème et le début du XVIIIème siècle, l’Église s’est concentrée sur le salut de l’âme, accordant davantage d’importance à l’être humain et considérant alors que « la Création » était un “décor” ou un “réservoir” qu’on pouvait exploiter et dominer », selon les mots de Thérèse Vercouillie, coréférente à l’écologie intégrale du diocèse de Namur. L’Église n’a pas mis en garde contre les dangers de cette vision exploitatrice, qui s’est développée avec l’avènement des sciences. « Elle n’a pas vu l’Homme peu à peu se séparer du reste de la Création, et perdre cette logique de fraternité universelle » déclare Christophe Renders, référent à l’écologie intégrale du vicariat du Brabant wallon. « Elle n’a pas eu l’intuition qu’un basculement était en train de se produire, pouvant causer de potentielles graves conséquences. »

Dans les années 70, lorsque la société a commencé à prendre conscience des dangers de sa manière de vivre et à intégrer la notion d’environnement dans son vocabulaire, l’Église s’est elle aussi réveillée. Les papes ont commencé à interpeller les fidèles quant au bien commun, notamment le pape Jean-Paul II. Certes, tout comme dans la société, ces voix étaient minoritaires.

Avec le temps, le mouvement a pris plus d’ampleur, au sein de la société comme de l’Église. En 2015, l’encyclique Laudato Si’ du pape François marque un moment clé dans le positionnement de l’Église contre le réchauffement climatique. Cette lettre publique adressée par le pape met l’accent sur “la sauvegarde de la maison commune” et développe le concept d’écologie intégrale, qui intègre les aspects environnementaux, économiques et sociaux, trois piliers du développement durable, ainsi que les aspects culturels et les aspects de la vie quotidienne. Autrement dit, tout est étroitement lié. Laudato Si’ institutionnalise le souci du bien commun de l’Église, d’ailleurs réitéré en 2023 avec Laudate Deum. Le pape François, dont l’inquiétude s’accroît devant la tournure que prend le réchauffement climatique, adresse cette nouvelle exhortation apostolique aux fidèles et “à toutes les personnes de bonne volonté sur la crise climatique”, insistant alors sur l’urgence et l’importance de la situation dans laquelle nous nous trouvons.

Les approches de l’Église et de l’Union européenne face au réchauffement climatique reflètent des visions distinctes, mêlant éthique, politique et pragmatisme. Pour les référents de l’Église à l’écologie intégrale de Bruxelles et du Brabant wallon, Julien Sébert, Christophe Renders et Thérèse Vercouillie, l’Église agit telle “une boussole”, soulignant l’importance de la question de sens et de la responsabilité humaine vis-à-vis de la « Création », incitant les individus à s’interroger sur leur mode de vie et leur impact sur l’environnement. L’Union européenne, quant à elle, intervient avec des lois et des régulations concrètes afin de mettre en œuvre des solutions tangibles.

Le Pacte vert, notamment, représente une initiative ambitieuse pour rendre l’Europe neutre en carbone d’ici 2050, avec des objectifs spécifiques en matière de réduction des émissions et de promotion des énergies renouvelables. Ce dernier vise également l’établissement d’une croissance économique dissociée de l’utilisation des ressources. Il est aussi question d’implanter trois milliards d’arbres supplémentaires d’ici 2030 sur le sol de l’Union européenne. Cependant, certains croyants, comme Thérèse, restent critiques quant à l’efficacité de ces mesures. Selon la jeune femme, les bases seraient à revoir, et l’importance nécessite d’être orientée sur des objectifs qui méritent plus d’attention, tels que l’aide aux plus pauvres. Une transformation systémique est suggérée, dépassant les limites du capitalisme et intégrant des principes plus inclusifs et responsables.

“Personnellement je ne suis pas satisfaite des propositions de l’UE. Je vois qu’il y a du bon, mais je vois qu’il y a aussi beaucoup d’hypocrisie”, souligne Thérèse, relevant ainsi des dynamiques inchangées où les pays riches exploitent encore les populations vulnérables. Des exemples concrets, comme la production d’éoliennes importées depuis la Chine utilisant du charbon, illustrent une réalité où les changements ne sont pas aussi profonds qu’ils devraient l’être.

En fin de compte, la lutte contre le changement climatique soulève des questions essentielles sur la manière dont la société devrait aborder ce défi mondial, en combinant efficacité pragmatique et réflexion profonde sur le sens et la justice.

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Aïssatou Cissé : entre l’hôtel de ville et l’université

mar, 23/01/2024 - 16:00
À 21 ans, Aïssatou Cissé est devenue la plus jeune échevine de Flandre, la première d’origine sénégalaise à Borgerhout.

Photo : Océane Vermeiren

Aïssatou Cissé n’est pas une jeune femme comme les autres. À 16 ans, elle s’est engagée dans le Parti socialiste Vooruit en Flandre et depuis, elle ne cesse de gravir les échelons dans le monde politique.

Aujourd’hui, elle a 24 ans et est échevine à Borgerhout, district de la commune d’Anvers. Aïssatou sera tête de liste de sa commune lors des prochaines élections communales d’octobre.

Un portrait réalisé par Océane Vermeiren, Lilian Lefebvre et Uma Kaiser

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Julie Vandenbossche, militante Jong N-VA

lun, 22/01/2024 - 16:00
Entre ses études à Gand et son engagement politique au sein de la Jong N-VA, les journées de Julie Vandenbossche, 22 ans, sont bien chargées. Mais grâce à ces deux activités, Julie souhaite surtout préparer son avenir, comme celui du pays.

Julie Vandenbossche, portant sa banderole du Jong N-VA UGent et son chapeau de diplômée de son premier master. Photo : Océane Vermeiren

Un examen sur les théories de l’intégration européenne et régionale lundi soir, le lendemain trois heures de cours, puis deux réunions de la section de l’université de Gand de la Jong N-VA et en soirée, un teambuilding du parti. Mercredi, une rencontre avec Anneleen Van Bossuyt, conseillère communale N-VA à Gand et députée fédérale. Le jeudi, une réunion à propos de la possible formation d’une section Jong N-VA à Huldenberg, sa commune, et de la campagne électorale de 2024. C’est à cela que ressemble l’agenda de Julie Vandenbossche.

C’est dans son kot au centre de Gand que Julie évoque avec nous son parcours. Un parcours dont elle est fière. Après un master en administration et gestion publique, elle a entamé cette année un deuxième master en études européennes. « Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours aimé débattre et jouer à l’avocate », raconte-t-elle. « Chaque année, pour mon anniversaire, mon père m’écrit une lettre dans laquelle il fait un bilan de ma vie. Dans celle de mes 12 ans, il écrivait déjà que j’aimais débattre à propos du bien- être des animaux ». Cet intérêt pour le débat et les problèmes de société la poursuivra avec l’âge.

En sixième secondaire, Julie est convaincue qu’elle a trouvé sa voie. C’est à ce moment qu’elle participe à un parlement jeunesse, activité pour initier les élèves de la région de Louvain à la politique. Elle décrit cette expérience comme « une libération ». « En participant, j’ai rencontré des personnes qui me comprenaient, partageaient cette volonté de débattre, même si elles n’avaient pas les mêmes idées que moi ». Cette expérience confirme son choix : Julie entamera des études liées à la politique, au droit et à l’économie l’année suivante.

« J’étais vraiment une intello ! J’aimais tellement aller en cours et étudier. Je ne connaissais pas encore énormément de choses en politique. J’en apprenais tous les jours », se souvient-elle.

Le choix du nationalisme

Grâce à ses études et à une participation au parlement jeunesse en Flandre (Vlaams Jeugdparlement), elle a pu faire coller un parti politique à ses idées. « J’ai étudié le modèle fédéral belge pendant quatre ans. Selon moi, ce modèle ne fonctionne pas : il doit être réformé. J’ai retrouvé ce constat et ces idées à la N-VA », affirme l’étudiante. Depuis 2021, Julie est membre de la section étudiante de la Jong N-VA à l’Université de Gand, et depuis cette année, elle en est même la vice-présidente. Mais son engagement ne s’arrête pas là. En 2024, elle se présentera aux élections régionales et figurera sur la liste du N-VA dans sa commune, Huldenberg (Brabant Flamand). « C’est à peine croyable. Je n’ai encore jamais voté et là, je pourrai voter pour moi-même ! », plaisante-t-elle.

Avant d’ajouter : « La politique me donne de l’énergie, me rend heureuse. Je crois que ces sentiments sont importants, car la politique est une profession difficile et souvent ingrate. »

Depuis son engagement dans un parti, Julie a parfois été surprise des réactions du grand public. « Ma famille et mes amis m’ont toujours soutenue. Ils connaissaient mes idées depuis longtemps. Par contre, j’ai déjà reçu des insultes et subi des attaques de la part de personnes que je ne connaissais même pas. C’est dommage. Je trouve qu’il vaut mieux débattre quand on n’est pas d’accord, plutôt que de manquer de respect ».

Julie estime que la N-VA n’a rien à voir avec un parti d’extrême droite comme le Vlaams Belang. « Je crois qu’il existe une fausse perception de la N-VA, comme il n’y a pas de parti nationaliste du côté francophone. Si un jour, nous entrons dans un système confédéral tel que le prône mon parti, avec deux communautés de plus en plus autonomes, je suis certaine qu’un parti de droite tel que la N-VA peut voir le jour en Wallonie ».

Une journée « calme »

Combiner les études avec la politique, cela signifie avoir un programme très chargé, quitte à devoir négliger l’un par rapport à l’autre.  « Je dois souvent rater des cours parce que j’ai des obligations politiques. Ça veut dire que le week-end, je passe parfois des journées entières à étudier, mais heureusement, j’arrive à bien m’organiser ».

Ce mardi, Julie a une journée chargée, même si sa semaine est plutôt “calme”, selon elle. Elle part étudier deux heures dans un café, puis, à treize heures, elle enchaîne avec un cours sur les relations internationales. Une fois terminé, elle doit se dépêcher d’aller à son rendez-vous. Il s’agit de ‘We Care’, une formation à propos de la santé mentale dans les universités, à laquelle elle doit assister, en tant que membre d’une association étudiante politique. Après, l’étudiante doit se rendre à un autre rassemblement avec toutes les associations politico-philosophiques de l’université.

Julie assiste à la formation ‘We Care’, à propos de la santé mentale des étudiants de l’université de Gand

Après ces divers rendez-vous, la journée de Julie est loin d’être finie. A travers les rues de Gand, la jeune fille se dépêche de rejoindre son groupe du Jong N-VA dans le kot d’une amie. Ce soir, au programme, c’est frites, karaoké et bowling. Un programme plutôt consensuel. « La politique, ce n’est pas uniquement de longues réunions. Ce soir, on est là pour s’amuser et décompresser ».

La Jong N-VA UGent est en activité de teambuilding. Ils font un karaoké ensemble et chantent une chanson flamande classique

Même si entre deux frites, les jeunes nationalistes flamands évoquent leurs prochains événements avec la députée fédérale Anneleen Van Bossuyt ou avec le ministre flamand des Finances Matthias Diependaele, ils abandonnent très vite les sujets politiques pour pousser la chansonnette au karaoké. Des chansons pop et des classiques flamands sont chantés énergiquement. Le karaoké se clôture sur l’hymne flamand, le ‘Vlaamse Leeuw’, que les jeunes chantent fièrement avec la main sur le cœur en rigolant.

Place au bowling ensuite, où la bonne humeur reste au rendez-vous. L’équipe remplit la salle de quilles de rires et de discussions, tout en jouant le jeu à fond. Ils sont tous investis dans la compétition et n’hésitent pas à se charrier quand quand quelqu’un rate son coup. Lars, le président du groupe politique, en profite pour donner son avis sur Julie et son parcours : « Julie est un très bon atout pour les Jong N-VA. Elle complète parfaitement l’équipe ».

Après quelques strikes, la soirée touche à sa fin. « Demain, j’ai cours à dix heures et nous allons recevoir les consignes pour un examen », précise Julie, épuisée par cette journée “calme”. « La politique, c’est génial, mais tant que je suis étudiante, mes études passent en premier. »

Malgré sa détermination pour ses études, Julie, espère que son engagement paiera un jour et qu’elle trouvera son bonheur dans la politique. Une étudiante dont on entendra peut-être encore parler à l’approche des élections.

Julie étudie dans son café préféré de Gand. Elle prépare son cours de l’après-midi

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Informer n’est pas un crime

lun, 22/01/2024 - 12:00
Le combat du comité Free Assange continue

Photos : M’Mah Bangoura

Cela fait quatre ans et demi que le Comité Free Assange se donne rendez-vous chaque lundi à la Place de la Monnaie à Bruxelles. Son but : faire libérer Julian Assange.

Lundi 23 octobre, 16h50. La Place de la Monnaie est vide. Pour cause, il pleut. Pour l’instant, un seul bénévole du Comité Assange répond à l’appel : Thierry Delforge, instituteur retraité. Il est à l’avance. Vêtu d’un K-Way jaune complètement trempé, il brandit deux pancartes. Sur la première, on peut lire “#FreeSpeech”, “#Liberté d’Expression” et « Hands Off Assange », « Ne touchez pas à Assange ». Celle qu’il tient sous son bras laisse entrevoir : “UK Don’t Extradite”, “Royaume-Uni, ne l’extradez pas”.

Depuis son arrestation en 2019 par les autorités britanniques pour n’avoir pas respecté les conditions de sa liberté provisoire, le lanceur d’alerte australien Julian Assange est détenu à la prison de haute sécurité de Belmarsh au Royaume-Uni dans des conditions telles qu’il ne serait plus que l’ombre de lui-même, selon Amnesty International. Les États-Unis ont émis une demande d’extradition à l’encontre du fondateur de Wikileaks pour un ensemble de chefs d’accusation dont, notamment, le piratage informatique et l’espionnage. En effet, Wikileaks est responsable d’avoir divulgué des centaines de milliers de documents confidentiels de l’armée américaine, mettant en exergue les vices de l’une des plus vieilles démocraties au monde. Si le Royaume-Uni venait à livrer Assange aux États-Unis, ce dernier écoperait d’une peine d’au moins 180 ans de prison.

Dire la vérité c’est pas un crime !

17h04. On aperçoit une dizaine de bénévoles au loin, à l’abri de la pluie. Ils viennent et partent au compte de goutte. “Il y en a qui n’ont pas encore fini le boulot. C’est pour ça qu’on n’est pas encore tous là”, réplique un des bénévoles. Ils sont une majorité de femmes, pour la plupart des retraité.e.s, un ancien professeur d’histoire, une ancienne infirmière, etc. Certains sont encore dans la vie active, parmi lesquels un sociologue, une traductrice et une infirmière.

Aujourd’hui, en raison des intempéries, ils ont choisi la bouche de métro De Brouckère pour leur rassemblement. C’est l’heure de pointe et celle-ci est bondée. Ils se passent les pancartes, portent leur K-WAY jaune et c’est parti : “Free Julian Assange. Liberté pour Julian Assange. Dire la vérité c’est pas un crime. Dire la vérité c’est pas un crime”, crie Enrique, le sociologue. Pendant ce temps, entre les rapides va-et-vient des passants, ses compères se placent devant les escalators et tendent des tracts aux usagés. Certains sont interpellés pour une brève discussion sur la situation d’Assange, d’autres prennent le temps de signer la pétition. D’autres encore, trop pressés ou simplement par manque d’intérêt, choisissent d’esquiver les bénévoles.

Une bénévole est à terre sur ses genoux. Entourée de ses confrères, elle brandit trois pancartes. Une accrochée au cou qui dit : “Drop the charges”, “Abandonnez les charges” et une autre : “Bring Assange Home”, “Ramenez Assange à la maison”. À de multiples reprises, elle scande : “Free, Free, Free Assange ; Libérez, libérez, Libérez Assange”. Les bénévoles répètent après elle, en chœur.

Pourquoi la situation d’Assange inquiète ?

Quand on leur demande pourquoi ils s’insurgent contre la potentielle extradition d’Assange vers les États-Unis et en quoi cette cause leur tient autant à cœur, les bénévoles répondent : “La situation d’Assange est une menace pour la liberté d’informer et une menace pour notre droit à nous, citoyens, d’être informés correctement.”

Cela fait maintenant quatre ans et demi que le Comité Free Assange Belgium se donne rendez-vous tous les lundis à 17 heures, à la Place de la Monnaie et tous les premiers lundis du mois devant l’ambassade du Royaume-Uni.

Leur initiative commence un 10 janvier 2019, lors de la projection du reportage ARTE, “Les Vérités de Julian Assange” pendant le festival du Cinéma d’ATTAC. Les rassemblements ont d’abord lieu devant l’ambassade du Royaume-Uni, ensuite devant celle des États-Unis puis finalement à la Place de la Monnaie, jugée plus propice à la sensibilisation à la cause car plus fréquentée. “Je ne pense pas que ça leur fait vraiment quelque chose aux gens de l’ambassade de voir quelques personnes devant leur bâtiment, mais à la Place de la Monnaie, à 20 personnes, on distribue entre 600 à 1000 tracts chaque lundi et on discute avec des personnes qui ne connaissaient pas l’histoire d’Assange”, détaille Marie-France Deprez, porte-parole du comité.

L’information doit être dérangeante

Sur les tracts distribués aux passants, on peut lire les phrases suivantes : “Julian Assange ne doit pas être extradé !”, “Julian Assange doit être libéré !”. Ces propos sont accompagnés de plusieurs hyperliens qui permettent de signer les pétitions en ligne. “L’information doit être dérangeante, c’est comme ça que les gens peuvent comprendre et réfléchir par eux-même. Assange a fait ce travail, explique Annie, ancienne réalisatrice à la RTBF. Les bénévoles insistent : Assange n’a rien fait de mal. Il ne devrait pas être détenu.

19h20, les passants se font de plus en plus rares devant la bouche de métro et les exclamations diminuent. Petit à petit, les bénévoles remballent leurs installations. Bilan de la soirée : 500 tracts distribués et 33 signatures pour les pétitions. C’est un peu moins que la moyenne, mais une victoire malgré tout, au vu du mauvais temps.

Lundi prochain, quelle que soit la météo, ils seront là. Même heure, même place, mêmes revendications.

Enrique, sociologue et bénévole pour le Comité Free Assange.

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Tennis de table : la naissance d’un jeune talent

dim, 21/01/2024 - 10:00
Chloé, 12 ans, constitue un sérieux espoir belge en tennis de table. Elle jongle entre ses entrainements, ses compétitions, les trajets et l’école. Une vie peu banale pour une enfant de son âge. Le tennis de table est plus qu’un sport, c’est une passion et parfois de grosses concessions. 

Crédit photo : Delphine Grote

En décembre 2023, nous avons rencontré une jeune athlète, Chloé et l’avons suivie dans son quotidien. Depuis, la jeune pongiste a ajouté des médailles à son palmarès. En effet, les 6 et 7 janvier 2024, Chloé a gagné trois titres lors des championnats du Hainaut (médaillée d’or en double mixte et double dame et médaillée de bronze en simple). Ces nouvelles distinctions lui permettent d’être qualifiée pour les championnats de Belgique qui auront lieu le 2 mars 2024.

Un reportage réalisé par Delphine GROTE, Charlotte Lhoir et Jovial Kuete.

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Les coulisses du ciel

sam, 20/01/2024 - 09:00
Contrôleur aérien, un métier de l’ombre

Photo : Ben Koorengevel

Si prendre l’avion n’est pas toujours facile, en faire voler un l’est encore moins. Pour faire aller un avion d’un point A à un point B, toute une armée de métiers différents est nécessaire. Parmi ces métiers, beaucoup sont méconnus. C’est le cas du contrôleur aérien, sans qui le trafic au-dessus de nos têtes ne pourrait pas fonctionner. 

À travers ce podcast, Johan, 57 ans nous explique son quotidien de contrôleur aérien. Il travaille pour EUROCONTROL au centre de contrôle de l’espace aérien supérieur de Maastricht, l’organisation qui gère le trafic aérien au-dessus de 7,5 km dans le ciel du Bénélux et du nord-ouest de l’Allemagne. Parler aux avions n’est pas tous les jours facile, mais c’est un métier-passion que Johan exerce maintenant depuis plus de 30 ans.

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Les mineurs demandeurs d’asile : entre défis juridiques et quête d’identité

ven, 19/01/2024 - 12:00
Interrogatoires à répétitions, tests médicaux poussés, criminalisation et remise en question de la véracité de leur histoire, autant de difficultés auxquelles les mineurs étrangers non accompagnés (MENA) vont se heurter lors de leur arrivée en Belgique. Si la route a déjà été sinueuse pour ces jeunes, la demande d’asile va les déposséder du peu d’innocence qu’il leur reste.

Illustrations: Freepik (cc) et Alekseev sur Pinterest (cc)

1,2 milliard d’enfants dans le monde sont menacés par la guerre, la grande pauvreté ou les discriminations de genre selon un rapport de l’ONG Save The Children. Cela signifie qu’un enfant sur deux est privé d’enfance à cause de situations de conflits, du mariage forcé, de la malnutrition, du manque d’accès à l’éducation, etc. Autant de causes qui mettent en péril le respect des droits de l’enfant à l’échelle mondiale. De nombreuses voix se sont fait entendre quant au non-respect de ceux-ci, à l’occasion de la Journée Internationale des droits de l’enfant. En effet, des représentants du monde politique occidental interpellent régulièrement les pays en situation de conflits ou sous-développés sur le respect sans condition des droits de l’enfant comme inscrit dans la Convention des droits de l’enfant adoptée par l’Assemblée des Nations Unies.

Dans l’impossibilité de vivre dans des conditions décentes ou même de survivre, des millions d’enfants prennent le chemin de l’exil. Certains entament le voyage accompagnés de leurs parents ou des derniers membres de leurs familles encore en vie, mais trop souvent, des mineurs prennent la route seuls. Fin 2022, l’UNICEF dénombrait 43,3 millions d’enfants déplacés dans le monde. Souvent, ils quittent le pays pour se protéger dans le pays frontalier le plus proche et le plus accueillant. Cependant, certains vont décider d’aller plus loin chercher des conditions de vie meilleures et une protection qu’ils ne peuvent pas trouver dans leur pays d’origine.

Pour les populations subsahariennes, du Moyen-Orient ainsi qu’eurasiatiques, l’Union européenne représente l’objectif à atteindre. Après avoir traversé déserts et mers et parcouru des milliers de kilomètres, souvent à pied, ils espèrent reconstruire leur vie en Europe en attendant de pouvoir rentrer chez eux. Toutes les histoires sont différentes, mais leurs trajets sont souvent semés des mêmes embûches. La Belgique reçoit plus que jamais des jeunes mineurs non accompagnés, environ 6 400 mineurs signalés en 2022 soit une augmentation de 30 % par rapport à 2021, principalement issus de zones d’instabilité politique comme l’Afghanistan ou la Corne de l’Afrique (Somalie, Éthiopie ou Erythrée).

Promis, je ne suis pas majeur

80 % des mineurs non accompagnés qui arrivent en Belgique sont afghans et 90 % sont des garçons. Leurs trajets se ressemblent, longs, épuisants, organisés par des passeurs grassement payés qui souvent leur mentent, les malmènent ou les maltraitent. Avoir un passeur, c’est endetter sa famille, c’est avoir une dette qu’ils doivent rembourser très vite à leur arrivée en Belgique. Les passeurs, c’est la première angoisse. La première d’une longue liste. Ces jeunes commencent par traverser l’Iran qui, selon Julie Demarez, la co-fondatrice de la Maison Babel, est la partie la plus “facile” du périple. Puis ils arrivent en Turquie où tout se complique. Beaucoup se font arrêter et emprisonner. Quand ces mineurs arrivent en Belgique, ils sont abîmés. Abîmés par le trajet à pied, abîmés par les adultes, abîmés par le déracinement.

5 h du matin, petit château : Ali vient d’Afghanistan, comme quasiment tous les jeunes autour de lui, et va être pris en charge par les services de FEDASIL (l’Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile) il ne le sait pas encore, mais il va passer plus d’un an à prouver qu’il est mineur. Ali est grand et a déjà de la barbe. Ce qu’il ne peut pas contrôler va déterminer la tournure de ses prochaines années. Pourtant, il n’a que 16 ans, mais seule sa famille en Afghanistan le sait et ici, personne ne va le croire.

 8 h du matin : on annonce à Ali qu’il va être transféré dans un Centre d’Orientation et d’Observation (COO). Il a de la chance, une place vient de se libérer. Parfois, les jeunes peuvent attendre plusieurs semaines au petit château.

9 h : on lui donne un thé chaud. Il n’en a pas bu depuis 1 an. La boisson chaude au citron le fait pleurer. La dernière fois qu’il a bu du thé, c’était celui préparé par sa mère.

10 h : il prend le bus avec d’autres enfants qui ont l’air encore plus tristes que lui et arrive au COO. Le centre est immense, bruyant et si plein qu’on dirait qu’il va exploser. Il y a beaucoup d’Afghans et ça le rassure, mais les groupes sont déjà faits, certains sont là depuis 4 mois. Il va falloir s’intégrer pour avoir les bonnes places au dortoir, pour ne pas se faire embêter, pour partager des repas, pour ne pas se sentir trop seul, pour ne pas sombrer.

Un mois plus tard : on lui a trouvé une tutrice. Elle s’appelle Inès, elle est jeune et gentille avec lui, ça lui fait du bien. Elle lui a dit qu’elle allait l’aider pour tout. Pour lui expliquer les entretiens dans les moindres détails, pour signer tous les papiers, pour le rassurer. Elle a presque les mêmes yeux que sa grande sœur, ça le rassure. Grâce à elle, il va pouvoir commencer les entretiens.

Trois mois plus tard : on accorde enfin un rendez-vous à Ali. C’est une interview, et tous les jeunes qui sont au centre lui ont dit que s’il la « ratait », c’était foutu pour lui, que ça dépendait sur qui il tombait. Ce sont les officiers de protection du Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA) qui font passer les entretiens. On lui a expliqué que ces officiers vont vérifier la crédibilité et la véracité de ce qu’il raconte, sa famille, son trajet, son histoire, et que ça va durer des heures. Ce sont eux qui vont reconnaître sa qualité de réfugié ou bien la refuser, alors il ne faut pas rater. Ne pas se tromper, ne pas oublier un détail, ne pas confondre, ne pas paniquer, fouiller dans ses souvenirs. Combien mesurait sa mère ? Il ne sait pas, ses parents sont paysans et personne ne se mesure chez lui. Comment s’appellent les villages à côté de chez lui ? Il ne sait pas, il n’appelle jamais les villages par leurs vrais noms. Décris-nous la gare routière à Bucarest ? Il ne sait plus, il a voyagé pendant un an. Les agents lui ont posé des questions pendant des heures pour s’assurer qu’il ne mentait pas.

Un mois plus tard : il doit faire des tests médicaux maintenant. Sa tutrice l’avait prévenu que ce serait long, mais il ne s’attendait pas à ça. Elle lui a dit que c’était pour déterminer avec la plus grande précision son âge. C’est un test osseux, il va passer des radios du corps et de la mâchoire et on va mesurer tous les os pour déterminer s’il est bien mineur. Inès lui dit que ce n’est pas juste, que les recherches ont été effectuées sur des blancs dans les années 30. Son avocate, elle aussi, a l’air irritée. Les deux femmes lui disent de bien expliquer qu’il aide ses parents tous les jours dans les montagnes depuis qu’il est petit, qu’il passe ses journées dehors, qu’il n’a pas toujours mangé à sa faim. Il ne sait pas pourquoi il doit dire ça, mais il fait comme on lui dit. Mais ça fait beaucoup de choses à dire, beaucoup de choses à retenir et c’est de plus en plus dur. De toute façon, il n’a pas le choix, son avocate lui a dit que l’âge sera déterminé à deux ans près et que l’administration prendra en considération le nombre le plus élevé. Il a 16 ans, mais si le test dit autre chose, alors il est majeur et s’il est majeur, c’est fini pour lui.

Six mois plus tard : Ali est régularisé, on l’a cru, il est bien mineur. Ça a été tellement long, il s’est senti tellement seul. Maintenant, il a trois mois pour demander un regroupement familial. Ça fait deux ans qu’il n’a pas vu sa famille et tout le monde compte sur lui, ça, il ne l’a jamais oublié. C’est « des années d’économie » pour ses parents ce voyage, il entend encore son père lui dire. Il ne veut pas les décevoir. Ce regroupement, c’est lui qui va devoir le financer, avec ou sans contrat, avec ou sans formation, qu’importe, il doit trouver cet argent. Mais le plus dur est fait, il ne vit plus dans ces centres immenses où il doit tout partager avec des dizaines voire des centaines de jeunes, il a enfin son espace. Il a été placé dans une initiative locale d’accueil (ILA) où il bénéficie enfin d’indépendance et de liberté tout en profitant du soutien des services sociaux. Mais bientôt, il devra quitter le centre d’accueil dans lequel il vit. Bientôt, il n’aura plus Inès pour l’aider. Bientôt, il sera livré à lui-même. Bientôt, il sera majeur.

Un régime d’asile européen qui patine

Ces parcours chaotiques s’enracinent dans une politique migratoire qui, jusqu’à présent, n’a pas fait ses preuves. En septembre 2020, quelques jours après l’incendie du plus grand camp de réfugiés d’Europe à Moria, sur l’île grecque de Lesbos, Ursula von der Leyen, la Présidente de la Commission européenne avait annoncé vouloir “abolir le règlement de Dublin”, qui détermine que le premier pays où des réfugiés arrivent, doit traiter les procédures relatives à la demande d’asile. La Commission entendait réformer un système considéré comme inefficace et qui polarise au sein de l’Union européenne, surtout depuis l’année 2015, le climax de la crise de l’accueil. Dès lors, la machine européenne s’est mise en route. Des réformes ont été entamées pour mieux faire face aux défis migratoires que ces femmes, ces hommes et ces enfants traversent aussi sur la route de l’exil.

Les députés européens ont pris la parole lors d’une session plénière au Parlement de Strasbourg le 20 novembre dernier, pour rappeler l’importance de renforcer le bien-être et la protection des enfants en Europe. Des ambitions qui ont été actées en 2021 dans le cadre de la garantie pour l’enfance qui invite tous les États membres à adopter des leviers d’action plus efficaces, notamment pour briser le cercle de la violence et de la pauvreté. Avec le regain du conflit au Proche-Orient entre Israël et le Hamas, Saskia Bricmont (Verts/Ale) n’a pas manqué de rappeler que “les enfants n’ont ni à faire la guerre, ni à la subir”. À l’image de ces paroles, plusieurs eurodéputés se sont exprimés pour dénoncer les conditions précaires des enfants qui vivent la guerre, qui sont contraints de quitter leur pays, parfois sans leur famille.

En 2020, l’Agence européenne de garde-frontière et de garde-côtes Frontex recensait environ 125 000 franchissements irréguliers, dont 15 000 enfants au total. Un nombre qui est la conséquence directe de conflits armés qui ne cessent d’émerger aux quatre coins du globe, de l’Afghanistan à la Somalie et au cœur de l’Europe de l’Est, en Ukraine.

Déjà trois ans que l’épais dossier du “Pacte sur la migration et l’asile” est en cours de révision sur la table européenne. Toujours en discussion, le Pacte propose des réformes qui se veulent significatives pour remédier aux lacunes de la politique d’asile. Les deux gros objectifs : le renforcement des contrôles aux frontières pour dissuader les volontaires et la facilitation des accords de réadmission dans le pays d’origine. Plus globalement, l’UE a la volonté de garantir un “mécanisme de solidarité” en cas de pression migratoire et des règles plus homogènes pour l’ensemble des États membres. L’objectif est de faire en sorte que tous les demandeurs d’asile soient traités de la même manière partout en Europe. D’une part en leur donnant accès à des droits et d’autre part, en établissant des critères communs aux pays membres pour identifier les personnes prioritaires à la protection internationale.

Pour les ONG et associations qui luttent pour la protection des MENA, certains points de révision du Pacte bafouent des droits fondamentaux. Ils dénoncent la criminalisation des mineurs, essentiellement au travers du projet de réforme Eurodac, une base de données européenne regroupant les empreintes digitales, des images faciales et autres informations personnelles des demandeurs d’asile. Le champ d’application serait étendu aux personnes migrantes n’ayant pas demandé l’asile, et ce, dès l’âge de 6 ans.

Bien que le Pacte ait franchi plusieurs étapes d’approbation, des défis subsistent. Comme de coutume, entre le vote des textes et leur application, la route est encore longue. Les États membres peinent à se prononcer de manière unanime, mais devront pourtant trouver un terrain d ‘entente pour garantir une mise en œuvre réussie du Pacte. Cela dit, le succès de ce dernier ne doit pas uniquement dépendre de leur bon vouloir, il doit aussi résulter d’un élan d’humanité de la part de tous les acteurs du processus d’accueil des migrants. Dans les circonstances de l’exil, les mineurs sont traités comme des criminels. Ils devraient pourtant avoir le droit de jouir de leur statut d’enfant et de la protection par les adultes qui en découle.

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La colonisation de Mars

jeu, 18/01/2024 - 10:00
Habiter sur la planète rouge : entre rêve et réalité ?

Crédit photo : BolliviaInteligente sur Unsplash

Alors que l’urgence climatique est au cœur des conversations, certains envisagent une vie future sur Mars. La planète rouge suscite les convoitises depuis des années et est sujette à un vif intérêt. À l’heure actuelle, la possibilité de la coloniser soulève de nombreux défis. Entre la pression atmosphérique, les températures extrêmes et la question de l’eau, s’installer sur Mars s’annonce plus complexe que prévu…

Crédit photo : NASA (Unsplash)

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L’Europe est-elle en « échec scolaire » ?

mer, 17/01/2024 - 12:00
Les 27 prennent quelques remarques disciplinaires pour leurs systèmes scolaires. Mais l’Europe peut-elle vraiment améliorer l’éducation des jeunes européen·nes ? Comment cette réalité est-elle perçue dans nos écoles bruxelloises ? 

Si on connait bien les programmes Erasmus, permettant aux étudiant·es européen·nes de partir étudier dans tous les coins de l’Europe, on peut s’interroger sur la présence des drapeaux bleus étoilés accrochés à nos écoles. En matière d’enseignement, l’Union européenne n’a que peu, ou pas de compétence, celle-ci étant gardée au niveau national ou régional. À l’occasion de la journée des droits de l’enfant, les quelques courageux·ses député·es présent·es dans l’hémicycle de Strasbourg souhaitaient toutefois rappeler l’importance d’une meilleure inclusion et d’une réduction des inégalités dans nos systèmes éducatifs.

Car à en croire le dernier rapport PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves), sorti début décembre 2023, les 27 sont loin de montrer l’exemple. Celui-ci révèle en effet « qu’un·e jeune sur quatre âgé·e de 15 ans est peu performant·e en mathématiques, en compréhension de l’écrit et en sciences, en moyenne dans les pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).” Des pays européens traditionnellement performants et réputés pour leur stabilité, comme les Pays-Bas, la Finlande ou l’Islande, ont vu leur score chuter de manière drastique. La Belgique est elle aussi concernée : depuis le rapport 2018, on compte 5% d’élèves considéré·es « faibles » en plus, c’est autant d’élèves considéré·es « fort·es » qui ont diminué dans le même temps.

Ce chiffre est loin de choquer Serge Milinkovitch, directeur de l’École fondamentale de Messidor à Uccle. Car même si l’UE tente de promouvoir ses systèmes éducatifs, son Fond Social (FSE) ne suffit pas à combler les échecs de cette compétence qu’elle ne maîtrise pas. C’est non seulement un manque de moyens financiers dont il est question mais surtout d’un manque de moyens humains.

Les écoles ne disposent pas des bras nécessaires pour offrir à tous·tes un enseignement de qualité : pénurie des professeur·es, surcharge des classes, infrastructures insuffisantes… Ces lacunes influencent directement la qualité de l’enseignement fourni, et les personnes présentent au premier rang : les élèves.

Celles et ceux-ci peuvent éprouver des difficultés d’apprentissage dans différentes matières et les causes en sont multiples. L’enfant peut présenter un trouble psychologique ou comportemental : un handicap, un trouble « Dys », c’est-à-dire un trouble spécifique durable lié à un dysfonctionnement cognitif du cerveau, tels que la dyslexie, la dysorthographie, la dyscalculie, un trouble de l’attention, un trouble mnésique…

Le milieu culturel dans lequel il a évolué et sa situation socio-économique sont également à prendre en compte. Le rapport PISA souligne en effet que “dans les pays de l’OCDE, les élèves issus de milieux défavorisés ont, en moyenne, sept fois plus de chances de ne pas maîtriser les bases des mathématiques que les élèves issus de milieux favorisés”. In fine, les résultats sont moins bons, l’accès aux études supérieures est compliqué, et le futur professionnel, donc économique, est plus limité. À cet avenir tracé par les critères d’un système scolaire valorisant une certaine « intelligence », s’ajoute des failles matérielles qui ne font qu’augmenter les difficultés chez l’enfant. 

Le corps professoral est fatigué et démuni. Les enseignant·es tentent au mieux d’offrir une éducation suffisante et qualitative à leurs élèves, mais cela reste parfois compliqué. Pour Manon Leloux, professeure de primaire aux Écoles Libres de Saint-Roch à Bruxelles, et Pauline Mersh, logopède, la réalité et les possibles ne sont pas les mêmes selon la commune et l’école dans lesquelles on exerce.

Certain·es se demandent alors si notre système scolaire n’entretient pas une forme de conformisme et d’élitisme reléguant toujours les mêmes au fond de la classe ? L’enseignement général est promu à la grande défaveur des filières dites « techniques » ou « manuelles », mais pour quels résultats en fin d’année ? Les particularités et l’individualité de chaque élève ne sont que rarement prises en compte, et ce, pas toujours par manque de volonté, mais surtout par manque de moyens de toutes parts.

Quand la cloche sonnera la fin de la leçon, on ne retiendra qu’un pourcentage ou une cote sur 10 sur chaque copie. Mais derrière celle-ci, existe un·e élève qui peut être victime de troubles du langage et de l’apprentissage comme la dyslexie, la dysorthographie ou la dyscalculie. Cet·te enfant peut aussi être la cible du harcèlement et du rejet des autres entraînant un manque de confiance en ses capacités. Tant de facteurs extérieurs qui font varier la côte finale sur les copies. 

Les parents ramènent aussi à domicile leur lot de devoirs. La charge que la société impose aux parents quant à la réussite de leurs enfants est une démonstration claire des inégalités socio-économiques. Elisabeth Heniqui est maman d’un enfant de seize ans et avec son mari, il et elle ont tenté rendez-vous après rendez-vous d’aider leur fils dans son parcours scolaire.

« En général, dans les systèmes d’éducation dans lesquels on observe une tendance au renforcement de la participation des parents dans l’apprentissage des élèves entre 2018 et 2022, le niveau en mathématiques s’est davantage stabilisé ou a progressé. »

Rapport PISA 2022

Si leur fils est aujourd’hui déscolarisé, signe d’un refus de communiquer de la part des institutions éducatives et d’un traumatisme de “l’échec scolaire” pour l’élève, Elisabeth souligne l’inégalité flagrante pour les parents : “Il faut un quart-temps pour s’investir dans la scolarité de son enfant. Pour une femme seule, qui doit travailler, et qui a plusieurs enfants, c’est impossible.”

Les parents ne sont pas professeur·es, les professeur·es ne sont pas parents, les logopèdes ne sont pas psychologues et les psychologues ne sont pas assez nombreux·ses. À qui revient donc le devoir d’assurer l’éducation de nos enfants si elle n’incombe pas à tous·tes ?

· Le service d’action en milieu ouvert (AMO), une aide sociale, juridique et éducative pour tous les jeunes âgé·es de 0 à 22 ans : https://amobxl.be

· L’association d’« Aide à la réussite scolaire », une école des devoirs qui fournit un soutien scolaire et un suivi quotidien des leçons que l’élève doit apprendre.

· L’ASBL “enseignons.be”, une association offrant un appui scolaire toute l’année et des cours en mathématiques, en langues et en cours de sciences : https://soutien-scolaire.enseignons.be/

Toutes ces possibilités peuvent être des moyens d’accompagner au mieux les élèves afin de, peut être, transformer l’éducation de nos états européens en des systèmes performants, inclusifs et encourageants.

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