Mammouth
Luc Hennart: « Le pouvoir judiciaire est mort »
Dans les salles d’audience bruxelloises, les remises se multiplient et les dossiers s’empilent. Entre manque de moyens et audiences saturées, les retards s’enchaînent. Jusqu’où un système surchargé peut-il tenir sans s’effondrer ? L’ancien président du Tribunal de première instance, Luc Hennart, ne mâche pas ses mots.
Dans la salle 01.4 du Tribunal correctionnel de Bruxelles, l’audience de l’après-midi commence dans un léger flottement. Plusieurs dossiers sont inscrits au rôle, mais le premier est immédiatement reporté : le prévenu et ses parents sont absents, renvoi à mi-décembre. Le dossier suivant connaît le même sort ; il réapparaîtra fin décembre. Quelques minutes plus tard, le juge constate, presque résigné, qu’il devra justifier une « audience blanche ».
Enfin, un dossier peut être traité. À la barre, une affaire enregistrée en 2017 : celle d’un jeune garçon, mineur au moment des faits, impliqué dans une agression sexuelle reconnue comme accident de travail. La victime, indemnisée par sa compagnie d’assurance, a été écartée du monde professionnel pendant plus d’un an. L’assureur, désormais partie civile, tente de récupérer les 24.000 euros versés. « Ce n’est pas l’affaire la plus simple« , glisse l’avocate de la compagnie.
Selon elle, le passage obligatoire par le tribunal de la jeunesse a déjà rallongé les délais : « le tribunal de la jeunesse a renvoyé le dossier par jugement de juin 2019 ». Puis ont suivi les remises successives, pour une raison simple : « le tribunal a trop d’affaires à traiter et donc, il doit faire des choix« . Et ces choix se font souvent en défaveur des dossiers où le prévenu est en liberté. « Les personnes qui sont détenues ont toujours priorité pour passer en audience », explique-t-elle. Ce jour-là, la scène se répète : renvois, contraintes d’agenda, dossiers repoussés à une date ultérieure. Un fonctionnement devenu quotidien.
Une justice qui prend l’eauPour Me Thomas Puccini, avocat pénaliste, ces retards en cascade ne sont plus des anomalies: ils sont structurels. « Il y a de plus en plus de dossiers fixés devant les tribunaux et on ne donne pas les moyens aux juges« , déplore-t-il. Dans une audience de trois heures et demie, les magistrats doivent traiter les introductions, les dossiers fixés et les prononcés, une équation qu’il juge « ingérable ».
« Si on ne donne pas les moyens, on bricole« , poursuit-il. Alors, les dossiers pénaux s’étirent ; deux, trois, dix ans parfois. Les victimes s’épuisent. Les parties civiles renoncent.
Dans les couloirs du tribunal, les avocats partagent le même constat : une justice ralentie, saturée, qui accumule les retards à chaque imprévu. Une avocate malade, un prévenu absent, un autre détenu qui passe en priorité… et c’est toute l’audience qui se déséquilibre. « C’est 3 heures qui doivent être remises à une autre audience. Donc ça veut dire que d’autres dossiers ne pourront pas être pris« , résume l’avocate de la compagnie d’assurance.
La méthode HennartAu cœur de ce système à bout de souffle, un homme assure pourtant qu’une autre organisation est possible. Durant douze ans, Luc Hennart a dirigé le Tribunal de première instance de Bruxelles. Son mot d’ordre : éliminer les pertes de temps. « Plus vous donnez du temps pour faire les choses, plus les choses prennent du temps« , résume-t-il. À l’époque, tout ce qui pouvait être tranché dès l’introduction l’était, évitant des mois d’attente pour des litiges mineurs.
Au pénal, il défendait des procédures accélérées : une personne interpellée comparaissait 15 jours après et recevait un jugement quelques jours plus tard. « En un mois et demi, c’est fini », dit-il. Cette rapidité permettait de juger les faits alors qu’ils étaient encore frais. Le résultat ? Un taux de récidive de 2 à 3 %, contre 60 % dans les procédures traditionnelles. Et Luc Hennart revendique clairement cette efficacité : « Quand j’ai quitté le poste de président, il n’y avait plus d’arriéré judiciaire dans quelque domaine que ce soit au tribunal de première instance francophone.«
Pour absorber l’afflux de dossiers économiques et financiers – des affaires longues, volumineuses, souvent “mammouths”, dit-il – il avait décidé d’augmenter le nombre de chambres spécialisées. « Si j’avais deux chambres financières, je les ai, à un moment, portées à cinq« , résume-t-il. L’idée était simple : plus de juges affectés à ces matières, c’est une meilleure capacité d’absorption.
Mais il pointe un autre problème, plus structurel : la dérive des dossiers eux-mêmes. « Aujourd’hui, vous avez une forte tendance à en faire des dossiers colossaux, des milliers de pages, des dizaines de fardes… et les trois quarts sont totalement inutiles. » Selon lui, le système produit lui-même son propre engorgement en multipliant procès-verbaux et ramifications inutiles. « Les juges n’agissent jamais d’initiative. Ils ne font que traiter ce pour quoi ils sont saisis. Et quand on multiplie les PV, on multiplie mécaniquement les dossiers.«
Il faut arrêter de vouloir régler un phénomène de société
Luc HennartSon avis sur la situation actuelle est tranché : « Pour moi, le pouvoir judiciaire est mort aujourd’hui« . Lorsqu’on lui demande comment sortir de l’impasse actuelle, sa réponse est sans détour : « Il suffit de gérer ». Pour lui, la solution n’a jamais été hors de portée. Il défend une justice qui se concentre sur sa mission essentielle : juger. « Il faut arrêter de vouloir régler un phénomène de société. Le rôle du juge n’est pas de résoudre le trafic de stupéfiants dans son ensemble. Notre rôle, c’est de juger Luc Hennart qui a vendu des stupéfiants », plaisante-t-il. Une justice qui pourrait, selon lui, retrouver son efficacité si elle réadoptait une organisation « exigeante, structurée et assumée ».
Paul Dhaeyer nuanceL’actuel président du tribunal de première instance francophone de Bruxelles, Paul Dhaeyer, nuance le diagnostic de son prédécesseur. Selon lui, « l’allongement des délais judiciaires et l’arriéré judiciaire sont deux notions différentes ». Et l’essentiel du retard ne se situe pas dans le fonctionnement interne du tribunal. « Au tribunal, en tant que tel, il n’y a plus d’arriéré judiciaire (…) Moi, je n’ai pas de liste d’attente. » Pour lui, ce qui prend du temps, c’est avant tout la mise en état des dossiers par les parties, un mécanisme sur lequel les juges n’ont aucune prise : « Les parties (…) sont parfaitement libres d’échanger leurs conclusions pendant quatre ans. »
Il rejoint néanmoins l’analyse de Luc Hennart sur un point : les remises sont parfois trop faciles. Il dit avoir modifié les pratiques : « On accorde une remise que s’il y a vraiment besoin de faire un acte supplémentaire.(…) En principe, le juge doit refuser les remises.«
Quant à la formule choc de son prédécesseur — « le pouvoir judiciaire est mort » — Paul Dhaeyer la nuance, sans l’infirmer totalement : « Non. Mais par contre, il est moribond. » Pour lui, la fragilité du système découle d’un contexte plus large, celui d’un État et d’une démocratie en crise : « Le pouvoir politique ne sait pas où il va (…) Et en ça, effectivement, il y a un danger. » Il va jusqu’à estimer que si rien ne change, « la justice aura perdu 80% de sa substance » dans dix ans.
Retour au tribunal correctionnel. À la fin de l’audience, alors que chacun range ses dossiers, l’avocate de la compagnie d’assurance résume ce que tous semblent penser : « En fait, c’est un retard en cascade qui s’enchaîne » .
Les chiffres lui donnent raison : d’après le Barreau de Bruxelles, la cour d’appel a accumulé 15.000 dossiers non résolus. Certains justiciables attendent plus de sept ans pour une décision finale. Pendant ce temps, victimes, familles et prévenus attendent. Encore. Toujours.
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« No antibiotics »: l’étiquetage qui interpelle
© Emma Verralewyck
Avez-vous déjà acheté un produit étiqueté « no antibiotics »?
La mention “élevé sans traitement antibiotique” apparaît sur des produits boucherie en supermarché. Elle rassure, elle attire l’œil mais que signifie-t-elle réellement ? Derrière cette étiquette, il y a des pratiques d’élevage, une réglementation européenne stricte, un soupçon de marketing et surtout un enjeu majeur de santé publique : l’antibiorésistance.
Mammouth revient sur le rôle des antibiotiques en élevage et sur les risques liés à leur utilisation abusive. Une directive européenne datant de 2006 interdit l’ajout d’antibiotiques dans la nourriture comme promoteurs de croissance et réduit son utilisation à un usage thérapeutique. Ces mesures ont été mise en place pour éviter l’augmentation de l’antibiorésistance.
L’AMCRA (Centre de connaissances concernant l’utilisation des antibiotiques et l’antibiorésistance chez les animaux) indique observer une baisse de 60% de l’utilisation des antibiotiques chez les animaux depuis 2011 grâce à ces mesures et à la surveillance instaurée.
Mammouth questionne également pourquoi certains labels choisissent d’aller encore plus loin dans leurs démarches contre l’’utilisation d’antibiotiques puisqu’il n’est pas possible d’en retrouver des traces dans la viande commercialisée.
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IPM – Rossel : Comment garantir le pluralisme ?
Depuis l’annonce du rachat d’IPM par Rossel, les journalistes et experts du secteur mettent en garde sur l’atteinte au pluralisme et présentent des perspectives à envisager.
C’était un projet dans l’air depuis quelques mois déjà mais son annonce a eu l’effet d’une bombe dans le paysage médiatique francophone. Le 25 juin dernier, le groupe Rossel affirme sa volonté de détenir l’éditeur concurrent IPM. Concrètement, en échange de la cession de ses titres l’Avenir, La DH les sports + et La Libre, La famille Le Hodey, qui détient IPM, rentrera dans le capital de Rossel à hauteur de 10%. Si certains journalistes ont été surpris par le projet, d’autres s’y attendaient depuis quelques mois. « C’est un mariage de raison », avance Ricardo Gutiérrez, le secrétaire général de la Fédération Européenne des Journalistes (FEJ). « L’élément déclencheur, c’est la fin de l’aide à la distribution de la presse. Cette dernière décision prise sous le gouvernement De Croo a accéléré la crise financière qui était déjà présente. Alors entre un risque de faillite et un mariage sans amour, le choix est évident. Même si on ne s’aime pas, on se met ensemble pour notre survie », poursuit-il. « Il y a aussi la réduction de la visibilité des contenus journalistiques sur Meta (Facebook). Ça n’aide pas la presse écrite et on peut aussi citer la perte de confiance dans les médias », ajoute Martine Simonis, la secrétaire générale de l’AJP, l’Association des Journalistes Professionnels.
Je n’ai pas connaissance d’un autre exemple de monopole en Europe
Ricardo Gutiérrez – secrétaire général de la FEJDans l’histoire de la presse écrite belge francophone les titres de presse n’ont cessé de se regrouper. Alors qu’en 2004, les 7 titres de presse quotidienne francophone sont répartis en 4 groupes distincts (Rossel, IPM, Mediafin et Corélio), prochainement, ils seront réunis en un seul groupe. L’entreprise Rossel élargie avec les possessions d’IPM détiendra 94% du marché de la presse écrite francophone. Une situation inédite à l’échelle du vieux continent. « Je n’ai pas connaissance d’un autre exemple de monopole en Europe. C’est une situation très préoccupante pour le pluralisme. La Belgique n’est déjà pas une bonne élève puisqu’elle figure déjà parmi les 8 pays européens où la concentration des médias est la plus importante. Mais avec cette nouvelle annonce, cela va s’aggraver », complète Ricardo Gutiérrez. Pourtant, le pluralisme des médias est une obligation démocratique. Et depuis le 8 d’août 2025, une nouvelle règle européenne est venue renforcer l’importance de l’indépendance et du pluralisme dans les médias. « Il s’agit du European Media Freedom Act (EMFA). De nouvelles règles s’appliquent dans l’Union Européenne pour garantir cette indépendance des médias. Pourtant, on remarque une dichotomie quand on regarde les nouvelles lois des gouvernements envers les médias », développe Martine Simonis.
Nous voulons des garanties fortes sur le pluralisme de l’information, le maintien des titres, des lignes éditoriales, des équipes et des sociétés des journalistes
Martine Simonis- Secrétaire générale de l’AJPÀ l’aube de l’été, la fusion entre IPM et Rossel prévoyait dû être bouclée pour 2026, mais l’AJP affirme que l’Autorité Belge de la Concurrence n’a pas encore été officiellement saisie du dossier. « Non, pas Officiellement. Mais de nombreuses consultations ont déjà été entreprises. Nous avons été écoutés. Nous avons transmis nos inquiétudes sur le pluralisme et sur l’emploi », indique Martine Simonis. « Dès que nous avons appris l’annonce de cette fusion on s’est rassemblé avec les différentes SDR (la Société Des Rédacteurs, les représentants des journalistes) et les experts du secteur. Et nous avons préparé une position commune à tous les titres que nous avons défendue devant l’ABC. Nous n’allons pas nous opposer à cette fusion mais nous voulons des garanties fortes qui concernent les matières de pluralisme de l’information, le maintien des titres, des lignes éditoriales, des équipes et des sociétés des journalistes ».
Lors de leurs entrevues avec l’Autorité Belge de la Concurrence, l’AJP et la FEJ ont aussi partagé des solutions ou des gardes-fous à mettre en place. Entre garanties et exemples tirés d’autres pays, deux mécanismes ont été évoqués. De son côté Ricardo Gutiérrez attire l’attention sur le système des fondations créées aux Pays-Bas après le rachat de RTL Pays-Bas par DPG. « Ces fondations seraient indépendantes et propres à chaque titre du grand groupe. Grâce à ces fondations, les titres auraient une autonomie par rapport au conseil d’administration du groupe ». De son côté, l’Association des Journalistes Professionnels avance une autre piste, plus théorique, dénommée « Golden Chair ». « Cela demanderait de créer une structure commune aux différentes sociétés des journalistes. Par le biais de ce qu’on appelle un golden chair, la structure aurait un droit de véto. Elle pourrait par exemple l’utiliser pour s’opposer à une prochaine décision de fusion du groupe avec un autre ». Des solutions sont donc sur la table mais il reste à voir si ces pistes seront suivies par le rapport de l’ABC.
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Les secrets du Palais de Justice de Bruxelles
Le Palais de Justice de Bruxelles regorge d’éléments invisibles au premier regard, ainsi que de détails que l’on croit connaître, mais dont l’histoire s’avère bien plus profonde. Peu de personnes en maîtrisent les secrets aussi bien que Stéphane Van Reeth, gardien du vestiaire des avocats et véritable mémoire vivante des lieux. Fin connaisseur des secrets du Palais, il est l’auteur d’un livre à paraître à ce sujet(*). Il nous emmène à la rencontre de quelques-unes de ses trouvailles.
La fresque qui dérangeAprès les incendies de 1944, l’arrière du Palais de Justice a dû être reconstruit. Lors de ces travaux, le conservateur, un architecte chargé de la restauration du bâtiment, a demandé à trois artistes, Louis Deltour, Edmond Dubrunfaut et Roger Somville, de réaliser une fresque dans le couloir du tribunal du commerce. L’œuvre volontairement non signée est aujourd’hui appelé « Le Port », mais son titre original était « Prolétaire de tous les pays, unissez-vous ». Elle représente une prostituée qui récupère le poisson auprès des femmes, tandis que les trois pêcheurs figurés, qui sont en réalité les trois peintres eux-mêmes, apportent leur pêche.
Dans les années 50, la fresque a provoqué un véritable scandale. Le président du tribunal du commerce la détestait et, chaque fois qu’il traversait le couloir, il donnait des coups de canne, et même de couteau dans la peinture, traces que l’on peut encore voir aujourd’hui.
La Régie des Bâtiments a reproché aux trois peintres de ne pas avoir obtenu d’autorisation pour réaliser l’œuvre. Mais une fresque, intégrée au mur, n’était pas interdite par le règlement. Des analyses ont donc été menées pour prouver qu’il s’agissait bien d’une fresque au sens technique du terme.
Ironie du sort : dans les années 1970-1980, faute de place pour aménager des salles d’audience, ce couloir a été transformé en salle… où l’on jugeait les affaires commerciales. « Cette fresque, qui dénonçait le capitalisme et les dérives du commerce, s’est donc retrouvée à orner une salle du tribunal du commerce lui-même », sourit Stéphane Van Reeth.
la peinture Coups de canne dans
la peinture Quand une statue obligea le Palais à tirer le rideau
Après les peintures qui font débat, ce sont aussi les statues qui ont suscité des remous à l’époque. La statue de la Charmeuse de serpent, qui se trouvait initialement à côté de la fresque, a été déplacée vers le grand couloir qui était l’entrée principale du Palais. En entrant, les magistrats se retrouvaient face au grand escalier, et apercevaient la statue… de dos. La vue donnait directement sur les fesses de la Charmeuse, ce qui a rapidement été jugée inacceptable. Pour éviter cela, une barre a été installée au-dessus de l’œuvre afin d’y suspendre un rideau. Stéphane Van Reeth explique : « Un petit jeu s’est alors instauré : certains s’amusaient à ouvrir le rideau, et quelques heures après quelqu’un le refermait déjà ». Le rideau était encore présent en 2015. On disait souvent à l’époque que le Palais récupérait tous les « brouillons » du musée des Beaux-Arts. En effet, le bâtiment abrite de nombreux brouillons des sculptures. La Charmeuse de serpent en fait partie : c’est un modèle qui n’a jamais été réalisé en marbres au final, ce qui en fait une pièce unique, conservée uniquement dans sa version d’étude.
L’avant de la statuela Charmeuse de
Serpent L’arrière de la statue
avec la barre du rideau
encore présente Des ombres chinoises sauvées in extremis
Dans le vestiaire des avocats, le principal lieu de travail de Stéphane, on trouve plusieurs silhouettes en fer. Il y a quelques années, des responsables du Palais de Justice ont voulu s’en débarrasser estimant qu’il s’agissait des vieilleries et souhaitant libérer les murs. Stéphane est immédiatement intervenu : lui savait ce que ces silhouettes représentaient.
Ces silhouettes avaient été utilisées lors d’un spectacle réalisé par des avocats, qui y avaient créé des ombres chinoises, à la manière du cabaret du Chat Noir à Paris. On y reconnaît des ministres, des avocats, ainsi que le gardien du vestiaire, identifiable à sa casquette. Stéphane, qui avait retrouvé le texte d’origine du spectacle, a pu authentifier ces silhouettes conservées dans le vestiaire des avocats.
Heureusement, Stéphane avait demandé leur préservation, car quelques années plus tard, un conservateur du Musée des Beaux-Arts lui a déclaré : « Vous possédez dans cette pièce, la plus grande collection intacte de silhouettes en zinc ». Car ces œuvres étaient fragiles et destinées à être temporaires, il n’en reste que très peu de traces : quelques photos et quelques pièces conservées. Le Musée des Beaux-Arts eux n’en conserve peut-être que trois ou quatre, tandis qu’une dizaine sont encore présentes dans le vestiaire des avocats au Palais de justice.
(*) « Joseph Poelaert et les aventures très-illustrées du Palais de Justice de Bruxelles » de Stéphane Van Reeth paraîtra en 2026
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Libye : le prix de la politique migratoire de l’UE
©Pixabay
En 2024, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 21 700 migrants ont été interceptés en mer Méditerranée et renvoyés en Libye. Dans ce pays, nombre d’entre eux ont été victimes d’enlèvements, de torture, d’esclavage ou encore de violences sexuelles, selon Amnesty International. Ces violations se produisent-elles avec le consentement de l’UE ?
Depuis la chute du chef d’état libyen Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye traverse une période d’instabilité politique. Deux autorités principales s’y opposent :
• À l’ouest, le Gouvernement d’union nationale (GNA), reconnu par l’ONU.
• À l’est, l’Armée nationale libyenne (LNA).
Autour de ces deux autorités gravitent une multitude de milices et de groupes armés, dont l’influence dépasse souvent celle des institutions officielles. Cette fragmentation du pouvoir empêche l’État d’exercer un contrôle réel sur le territoire et ouvre la voie à de nombreuses violations des droits humains. Cette instabilité libyenne sert de cadre à la politique européenne d’externalisation des frontières.
Le principe est simple : l’Europe ne protège plus seulement ses frontières… elle les déplace. Elle délègue le contrôle migratoire à des pays tiers comme la Turquie, le Maroc et la Libye qui deviennent en quelque sorte les nouveaux garde-frontières de l’UE. Or, La Libye est un pays central sur la route migratoire de la Méditerranée
Depuis 2016, l’Union européenne a versé une aide de 465 millions d’euros pour la gestion des migrations et des frontières à la Libye. La Commission refuse de divulguer l’utilisation exacte de ces fonds et a même été reconnue coupable, par le médiateur de l’UE, de mauvaise administration pour ce manque de transparence.
Mais pourquoi cette coopération avec la Libye pose-t-elle problème ?
L’ONG Sea-Watch a recensé au moins 54 incidents violents commis par la « garde côtière libyenne » : tirs, poursuites de bateaux en détresse, entrave aux sauvetages, menaces, violences physiques, abandons de corps en mer, détournements de navires humanitaires. Des enquêteurs mandatés par l’ONU estiment que la coopération de l’UE avec la Libye a aidé et encouragé des violations du droit international – jusqu’à des crimes contre l’humanité. Amnesty International parle d’une coopération « dépourvue de moralité », et dénonce la complicité de l’UE dans les violences infligées aux personnes.
Cette politique d’externalisation maintient donc des dizaines de milliers de personnes dans un pays qui n’est pas sûr pour eux.
« La coopération migratoire de l’UE avec les autorités libyennes revient à se rendre complice d’horribles violations des droits humains. »
Eve Geddie, directrice du Bureau européen d’Amnesty International
En octobre 2025, 38 députés européens ont appelé la Commission à mettre fin à tout soutien aux forces de sécurité libyennes. Ils dénoncent les violences et abus perpétrés contre les migrants par la Garde-côtière et la Direction de lutte contre la migration illégale, l’autorité responsable des centres de détention. Ils demandent que l’Union européenne cesse immédiatement de financer ces pratiques.
Peter Stano, porte-parole du SEAE (Service européen pour l’action extérieure), affirme que l’UE ne finance aucune entité libyenne.
L’Union explique que tout l’argent passe par des organisations internationales comme l’OIM (l’Organisation internationale pour les migrations) ou le HCR (Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés), et non par les autorités libyennes accusées d’abus. Elle rejette les accusations selon lesquelles son argent contribuerait aux abus en Libye, et affirme au contraire que les fonds servent à protéger les migrants.
Face à ces critiques, l’Europe pourrait-elle changer son approche ? Elle dit prendre « au sérieux » les critiques de l’ONU et considère “ces alertes comme un stimulant pour travailler davantage avec ses partenaires afin d’améliorer la situation”, selon Peter Stano.
Mais dans les faits, aucune mesure n’est annoncée. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a ainsi réaffirmé dans une lettre adressée aux 27 États membres de l’UE la volonté de l’Union de collaborer avec la Libye afin de limiter les départs depuis les côtes sud de la Méditerranée. L’UE prévoit un budget de référence de 52 millions pour cette coopération, couvrant la période du 1er juillet 2025 au 30 juin 2027.
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«C’est pas la note qui va définir qui tu es »
Cette scène que beaucoup d’élèves connaissent par cœur : la veille de recevoir un bulletin, les mains tremblent un peu, le cœur s’emballe, les parents attendent. Et ce chiffre qui prétend résumer des mois d’efforts, d’erreurs, et d’apprentissage. Mais aujourd’hui, un vent de changement souffle sur des écoles. En Belgique, plusieurs établissements expérimentent un monde… sans bulletin. Un monde où la progression compte plus que le classement. Une révolution pédagogique fragile, ambitieuse et profondément humaine.
Ce n’est pas la note qui va définir qui tu es
Tristan Nottet (enseignant à l’Athénée Léonie de Waha de Liège)Le bulletin : rassurant pour certains, stressant pour d’autres
À l’origine simple outil de suivi, le bulletin scolaire est une sorte de boussole pédagogique : notes, compétences, appréciations. Pour certains élèves et parents, il reste rassurant voir même un repère clair. Mais pour d’autres, il est synonyme d’angoisse, de comparaison et de sentiment d’échec. Il illustre ce que Thomas Michiels, professeur à l’UCL et Chargé d’études à Changement pour l’égalité, décrit comme les effets destructeurs du classement et de l’humiliation liés aux notes. L’enseignant évoque « des classifications humiliantes » et « le stress des épreuves » imposés par la logique de compétition scolaire. « Si l’évaluation stimule certains élèves, elle en démotive beaucoup d’autres et cause de l’anxiété ». Thomas Michiels (UCL, CGé)
Facile à dire, pas facile à faireEn Belgique, certaines écoles ont sauté le pas : Saint-Dominique (Schaerbeek), Frangelico (Evere) ou encore l’athénée Léonie de Waha et la Cité École Vivante (Liège).
Certaines de ces institutions n’ont pas encore assez de recul pour porter un regard critique sur cette nouvelle approche mais une idée commune les relie : arrêter de réduire les élèves à des points.
Sur le terrain, la mise en place n’est pas si simple. Pour les enseignants, cela implique une autre manière d’évaluer. Et pour certaines familles, la suppression de notes n’est pas compréhensible. Habitués au modèle traditionnel, beaucoup de parents sont encore attachés aux moyennes et aux pourcentages.
Les écoles repensent entièrement leurs approches afin de les accompagner dans cette nouvelle dynamique, moins centrée sur la « mise en case » et davantage sur les progrès individuels. La communication école-famille doit donc être repensée : expliquer, rassurer, accompagner.
Les parents sont habitués à se raccrocher à une note, ça peut donc être frustrant pour eux
Tristan NottetComment les professeurs présentent ce système aux élèves? Le passage d’une notation traditionnelle vers une pédagogie active est plus facilement compréhensible pour certains élèves.
C’est ce que nous dit Tristan Nottet : « Les points n’existent plus, mais à la place on met un commentaire écrit pour chaque exercice qu’il a fait »
Enseignant, Alain, s’intéresse à cette nouvelle approche. Il est membre du CEMÉA (Centre d’Entraînement aux Méthodes d’Éducation Active) qui promeut une pédagogie misant sur la participation active et l’autonomie des élèves. Il nous confie qu’aujourd’hui, les bilans ne servent presque plus aux élèves ou aux parents. Ils sont principalement un outil permettant aux enseignants de situer le niveau et vérifier les apprentissages. » Ces bilans servaient à 70% pour moi, 20% pour l’élève et à 10% pour les parents. » Alain
Qu’est-ce que ça veut dire avoir 51 % ? Le CEMÉA le rappelle, le système éducatif traditionnel a formaté les élèves à se demander : « Est-ce que ça compte ? », « Ça vaut combien ?». Supprimer les notes sans repenser l’approche pédagogique comporte plusieurs risques. Parmi eux, le manque de motivation, la comparaison et la triche.
En effet, les attributions de couleurs sont des chiffres déguisés, si on supprime les notes mais qu’on garde la même manière d’enseigner, l’élève est en perpétuelle comparaison avec ses camarades. « La preuve c’est qu’on a des élèves qui veulent tricher. » Tristan Nottet
Humaniser l’enseignementSupprimer les bulletins fait partie d’un mouvement international appelé l’ungrading. L’idée est de remettre l’apprentissage au centre. L’élève progresse sans objectif chiffré, ce qui renforce la motivation intrinsèque. Ainsi, le feedback individualisé est pensé pour cela : commenter, expliquer, guider l’élève.
Tanguy Wéra enseignant à l’Athénée Léonie de Waha de Liège est conscient que l’auto évaluation est un bon moyen car elle permet à l’élève d’apprendre à s’évaluer lui-même. «Pour certains c’est un bon outil et on voit que ça les fait progresser. Pour d’autres c’est naturel mais c’est même une charge. »
Si les notes disparaissent, comment les enseignants valident-ils alors les acquis des élèves ?
Tristan Nottet est co-auteur d’un projet de décret sur l’évaluation pendant ces études de sciences de l’éducation. La transition vers un système sans notes n’est pas évidente, le problème n’est pas le bulletin mais la manière dont on évalue.
L’objectif ? L’abandon des notes chiffrées au profit d’un feedback informatif, rédigé de manière constructive et individualisée. « Á la place d’un 8/10, les élèves doivent ramener un acquis : ce n’est pas une solution»
Le bulletin ne devrait être qu’une feuille de route pour guider l’élève vers un apprentissage plus long
Tanguy Wéra Japon : le prix de l’excellenceAu Japon, la course aux notes est telle qu’elle alimente des phénomènes dramatiques : ijime (harcèlement), hikikomori (isolement), anxiété chronique…
En 2023, plus de 513 collégiens et lycéens se sont suicidés, d’après l’étude de Nippon. Même là où des bulletins ont été supprimés, la pression sociale, omniprésente, continue d’écraser les élèves. Un miroir extrême, mais révélateur puisque même sans bulletin il y a toujours une pression sociale culturelle.
D’après l’Unicef, le taux de suicide des jeunes japonais figure comme la quatrième plus élevé du monde étant classé 32ᵉ sur 43 pays par rapport au bien-être.
« Ça ne changera pas grand-chose»La transition vers un système sans bulletin est prometteuse, mais elle reste complexe : enseignants, élèves et parents doivent désapprendre des réflexes profondément installés. Le bien-être scolaire dépend de l’accompagnement, pas de l’absence de notes. Les bulletins peuvent évoluer : notes, couleurs, feedback, auto-évaluation… La question centrale n’est pas de supprimer ou de garder, mais de donner du sens à l’apprentissage.
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Avocats en devenir : la charge émotionnelle d’un métier exigeant
Crédit photo : libre de droit – Pexels
Derrière la toge et l’image d’un métier prestigieux, les futurs avocats affrontent une réalité moins visible : dossiers lourds, pression constante et charge émotionnelle. Une avocate-stagiaire, un étudiant en droit et une avocate expérimentée, dessinent un fil rouge révélateur : la formation prépare au droit, mais peu à l’humain. Malgré l’existence de dispositifs d’aide, le malaise reste souvent silencieux.
Pour Léa*, avocate-stagiaire au Barreau de Bruxelles, la première immersion dans le métier remonte à la rhéto, lors de trois jours d’observation chez un juge d’instruction. Chez Noé Henryon, étudiant en bac 2 à l’UCLouvain, la passion pour le droit vient de sa famille. Quant à Maître Catherine Marreau*, avocate en droit immobilier, droit civil et droit d’entreprise forte de 36 années de pratique, elle a grandi dans un environnement où le droit était omniprésent.
Trois générations, trois époques, mais un constat commun : l’entrée dans le métier est un choc. Léa découvre l’intensité du quotidien et la responsabilité directe sur chaque dossier. Noé anticipe déjà la pression qui accompagne la moindre décision. Maître Marreau se rappelle lors de ses débuts de son sentiment d’impréparation après ses études. Un rythme qui peut rapidement les submerger. Comme résume Léa : « On fait du 50 heures semaine, c’est un rythme soutenu. On a de vraies responsabilités, de vrais clients, de vraies vies entre les mains. »
Quand la théorie rencontre la réalitéPour Léa, le choc est immédiat : les dossiers sont concrets, les responsabilités directes, et chaque décision a un impact réel. Il faut apprendre à gérer le stress, à prendre du recul face à la gravité des affaires et à dissocier l’humain de l’acte. Noé, encore étudiant, constate que le droit universitaire reste très théorique et loin de la dimension humaine. Il se prépare à intégrer cette dimension émotionnelle en étudiant l’être humain autant que le droit.
Pour Maître Marreau, le constat est identique, mais avec le recul de l’expérience. Après ses études à l’ULB, elle se sentait « nulle part », incapable de maîtriser tous les aspects du métier d’avocat. Il lui a fallu du temps pour trouver sa zone de confort et gérer fatigue, syndrome de l’imposteur et pression constante. « Comme un médecin doit s’habituer à la vue d’un cadavre, l’avocat doit apprivoiser la charge émotionnelle. La toge, on l’enfile vite. L’équilibre, c’est plus long. »
Elle apporte également un éclairage sur la « violence » des dossiers : « La violence, il y en a partout dans les affaires, pas seulement dans le pénal, où il y a plus de “violence de sang”. Il n’y a pas vraiment de distinction. Par exemple, lors d’une faillite d’entreprise, il y a des retombées et des conséquences qui dépassent le simple cadre financier. La distinction se fait plutôt dans la complexité de certains dossiers, que ce soit au niveau des faits, du juridique, de l’émotion ou autre. »
Le fossé entre théorie et pratique impose un apprentissage intense : maîtriser les textes n’est qu’une partie de l’équation ; la gestion de l’humain et du stress s’acquiert avec l’expérience.
Des dispositifs d’aide limitésLe Barreau a mis en place des dispositifs pour soutenir ses membres : cellule d’écoute, commissions et services d’aide psychosociale, boîtes à outils anti-stress, et cellules spécialisées contre le harcèlement. Mais ces initiatives restent souvent limitées dans le temps et perçues comme ciblant seulement les situations extrêmes. La cellule d’écoute d’Avocats.be, l’ordre des barreaux francophone et germanophone, le rappelle elle-même dans une tribune : « Il ne s’agit pas d’une prise en charge thérapeutique de long terme. »
Mais Maître Marreau nuance : « Les jeunes ne sont pas livrés à eux-mêmes. Un maître de stage les encadre, et les chefs de colonne les assistent : une structure existe.» Pour autant, beaucoup restent incertains sur la manière de gérer leur santé mentale. Léa avoue ne pas avoir fait appel à ces aides et prend sur elle.
Noé ajoute : « On nous parle beaucoup du fait qu’il faut savoir encaisser la pression, qu’il faut savoir avancer sans reculer et ne pas laisser tomber, mais je trouve que la santé mentale et le fait qu’on reste avant tout des êtres humains, dotés d’émotions, ayant nos propres failles et nos propres difficultés, c’est quelque chose qui n’est pas assez mis en avant, et j’aimerais que cette sensibilité soit plus mise en avant dans la fac de droit. »
Trouver sa distance, un apprentissage longTous s’accordent sur un point : apprendre à gérer la dimension émotionnelle prend des années. Maître Marreau compare : « La toge s’enfile rapidement, mais trouver un équilibre face à la charge émotionnelle demande du temps. »
Même après 36 ans, certaines injustices la touchent encore, mais elle a appris à gérer ses émotions en se concentrant sur l’action : répondre, réparer, avancer. Pour Léa, ce travail avait commencé dès les premières visites en prison pour son stage. Du côté de Noé, l’expérience reste encore théorique, mais la conscience de la pression est déjà présente.
Devenir avocat ne se limite pas à maîtriser le droit : c’est un apprentissage de l’humain, qui se construit avec le recul, l’entourage, la pratique quotidienne et une capacité à se protéger émotionnellement.
Comme le résume Maître Marreau : « Je conseille surtout aux jeunes avocats de bien s’entourer et, s’ils ont la chance de tomber dans un bon cabinet, d’y trouver soutien et accompagnement. »
Le droit s’apprend dans les livres, mais devenir avocat s’apprend dans la vie, et jamais seul.
*Le nom a été modifié pour protéger la confidentialité de la personne.
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