Une rentrée 100% en chair et en os !

16.09.2021
Ces 14 et 15 septembre et après plus de 18 mois de crise sanitaire, l’IHECS accueillait ses étudiants en présentiel.

Après avoir rappelé combien la situation avait pu être compliquée pour beaucoup et manifesté sa joie de retrouver les visages des étudiants, notre nouveau directeur, Frédéric Moens, a insisté sur le fait que l’institution et ses membres feraient tout ce qui est en leur pouvoir pour préserver cette situation et conserver les cours en présentiel.

Lors de son discours auprès des nouveaux arrivants en BLOC 1, le directeur est revenu sur la notion de communication et d'information :

« La communication et l’information : les mots magiques sont lâchés.  Depuis plus de 70 ans, la communication est un phénomène à la mode. Dès 1948, avec son ouvrage La cybernétique, Norber Wiener impose la communication comme une valeur : elle est au centre de nos sociétés et à la base de la démocratie, elle est le nécessaire socle de la transparence et de l’information qui constituent les caractéristiques essentielles de la modernité contemporaine comme de nos sociétés avancées.  De cette manière, la communication devient omniprésente et se prétend omnipotente.  Elle résout les problèmes et pour cela est désirable : faire de la communication est être au centre de l’ensemble de ces processus, le communicant se pose comme un être agissant, comme un nouveau leader, conscient de sa place et de son importance.  Parfois, il se sent comme un pape des temps modernes.

Dans le sillage de la communication, l’information bénéficie des mêmes a priori positifs.  Elle nous donne un accès au monde, en réduit les frontières, fait sauter tout enfermement.  Cette nouvelle panacée assoit la démocratie, rend la société rationnelle et lutte contre tout totalitarisme.

Mais le tableau est-il si idyllique ?  Le versant positif, voire un peu béat, que je viens de brosser de la communication et de l’information ne les épuisent pas.  Une face obscure assombrit ces réalités. L’information peut nous tromper, elle est aussi fake news et bulle informative repliée sur elle-même.  La communication qui nous relie est également endoctrinement ou manipulation.  Comme le montre Noam Chomsky, la propagande ne se limite pas aux temps de guerre ou aux dictatures : elle est le mécanisme le plus efficace de contrôle des populations dans nos univers démocratiques, elle est plus économe pour un pouvoir qu’une surveillance policière ou répressive.

À travers communication et information émergent aussi des dérapages de nos régimes démocratiques.  Ainsi Donald Trump est un produit de la communication, les fake news qu’il a distillé durant quatre années de présidence –et qu’il continue aujourd’hui de diffuser– ont segmenté, fragmenté, transformé les États-Unis.  Les mensonges de Boris Johnson, en Grande-Bretagne, ont été construits et ont abouti au Brexit.  Des partis politiques, en Flandres par exemple, comme le Vlaams Belang, utilisent de mêmes recettes communicationnelles pour créer une réalité correspondant à leur représentation du monde.  Ou encore, la crise sanitaire qui nous poursuit depuis dix-mois est présentée et décryptée, mais simultanément orientée et réinterprétée par la presse et les gouvernements à travers des mécanismes communicationnels moins naïfs qu’ils n’y paraissent.

La force de la communication est là.  Porteuse du pire, le complotisme ou sa version sympathique, la transparence, et productrice du meilleur, l’échange ou le partage, la communication est indiscutablement un incontournable de nos sociétés.  Et il en est de même de l’information qui nous permet de savoir et de comprendre le monde, mais qui parfois nous enferme et nous induit en erreur.

À tout cela s’ajoute son escalade et ses emballements technologiques.  Les outils de communication se sont diversifiés au cours du dernier siècle.  L’accélération technique est dans ce domaine plus impressionnante encore que dans le reste de la société.  Ainsi, la presse du XXIe siècle ne repose plus sur les mêmes outils que celle du début du XXe.  Et pourtant ces différents outils coexistent plus qu’ils ne se chassent l’un l’autre.  Les réseaux sociaux n’ont pas asséché Internet, qui n’a pas fait disparaître la télévision, qui n’a pas tué la radio, qui n’a pas éliminé la presse.  Chacun de ces outils à ses logiques propres, mais aussi des points communs ; tous sont transformés par les nouveautés, et ces dernières restent influencées par leurs prédécesseurs.  Ces générations qui se tissent et s’entremêlent demandent analytiquement à être comprises et demandent pratiquement à être constamment réinventées. 

Au-delà de ces quelques mots, vous le saviez, communication et information supposent donc un intérêt, un travail, un questionnement.  Et vous êtes venus les chercher ici. Votre intérêt pour la communication et l’information vous a amené à choisir un lieu particulier pour les comprendre et les apprendre : vous avez choisi l’IHECS ».

A la suite de cette introduction, Frédéric Moens a rappelé que notre institut se caractérisait avant tout par sa pédagogie et que l’étudiant(e) était  au centre de ses préoccupations.  

« Nous voulons vous faire apprendre par le faire.  Cela ne signifie pas que notre enseignement se limite à la pratique, mais qu’il se base sur celle-ci, qu’à partir de celle-ci les concepts, l’analyse, l’abstraction même sont abordés .

Nous voulons aussi vous former à ne pas être où l’on vous attend.  Si la pratique a de l’importance pour entrer dans les logiques communicationnelles, elle n’est pas seule.  La critique, l’analyse, la prise de responsabilité face à l’usage de la communication et de l’information, face à vos futurs métiers constituent pour nous un élément tout aussi central.  À nos yeux, il ne faut jamais faire sans savoir ce que l’on fait, savoir pourquoi nous le faisons, savoir en amont le contexte dans lequel nous nous trouvons et en aval les conséquences de nos actions.  Et cette responsabilité nous voulons vous la transmettre. »

A la suite choix que vous avez posé en venant à l’IHECS est un choix exigeant qui vous obligera à être créatifs, à avoir de l’appétit et de l’énergie pour faire, mais aussi pour comprendre, pour réfléchir, pour conceptualiser.  La pratique de la communication ou de l’information que nous voulons promouvoir suppose tout à la fois de la pratique et de la mise en œuvre, mais encore un travail d’abstraction et compréhension.  Vous introduire à cette intelligence de médias, vous permettre de maîtriser les outils existants, vous amener à construire les formats de demain constituent autant de nos ambitions, mais suppose également que vous soyez actifs, que vous deveniez moteurs de votre propre formation.  Nous attendons donc beaucoup de vous ! »

Au terme de son discours, Frédéric Moens a déclaré ouverte cette nouvelle année académique avant de céder la parole à ses collègues pour la présentation de l’institution et de son fonctionnement sans oublier de souhaiter une excellente rentrée à tous.

*