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Jardinier, gardien de mémoires

Sun, 14/03/2021 - 08:30
Au pied du fort d’Aubervilliers, les Jardins Ouvriers des Vertus défient les immeubles. Depuis 15 ans, Gérard Congé est l’une des sentinelles de cette oasis de 2600m2. Tandis que la moitié va bientôt être détruite pour acceuillir les J.O 2024, Gérard vient, tant qu’il le peut encore, jeter un regard mouillé sur ce qui va bientôt disparaître.

Crédit photo : Pauline Todesco CC BY NC ND

Ici, depuis 85 ans, on se retrouve aprés une journée harrassante, pour bricoler, jardiner, boire un coup, oublier la ville, s’inventer un monde. Les amours se conjuguent au fil du temps, les clans se dessinent pour s’opposer. En mettant le nez chez le voisin, on remarque un trou dans sa cuve. Un naïf croirait à un accident, un habitué à un sabotage. Aujourd’hui pourtant, abrités sous une tonnelle, les yeux rivés autour de grandes cartes scarifiées, dix des 85 jardiniers se dressent ensemble entre le béton et leurs plantations.

En face de cette maigre résistance, quatre membres de Spi Batignolles, le géant français de la construction, et Grand Paris Amenagement (GPA), le propriétaire foncier, sont venus désigner ceux qui seront sacrifiés le mois prochain, pour construire des annexes au centre aquatique olympique. “Je pensais être amputé de la moitié, finalement il me reste trois fois rien” s’exclame l’un des jardiniers. “On aura quand même l’entrée à la piscine gratuite ?”, plaisante un second, le coeur serré. Un dernier murmure : “Est-ce qu’on peut pleurer ? Rigoler ? Décider de quoique ce soit ?”

Le constructeur rappelle à quel point le projet sera éco-responsable, avec l’utilisation de matériaux recyclés et d’origine française. Au milieu du marasme ambiant, un homme de 73 printemps, stoïque depuis le début de la réunion, prend la parole. “La maire de Paris, soit-disant écolo, qui veut des espaces verts ! La faune, la flore que défendent les écologistes, elle est déjà là ! Ici, il y a des arbres centenaires ! Ici, il y a des dizaines d’espèces protégées ! Et vous voulez tout détruire pour couler du béton ? Vous êtes des irresponsables !”    

Si les jardins sont clôturés pour le public, les barrières entre les parcelles sont symboliques.
Photo : Pauline Todesco CC BY NC ND

L’une des représentantes du Grand Paris (GPA) lui répond :“C’est bien que les enfants apprennent à nager, non ?” Lui vocifère : “Il y a le terrain de football en face. Au lieu de la natation, apprenez-leur le foot !” Il est vrai qu’Aubervilliers, sous-équipée en infrastructure aquatique, réclame depuis des années la construction d’un centre. Mais pour une ville dont le niveau de vie est 40% plus bas que le niveau médian des français, injecte-t-on 33,6 millions dans un village finlandais composé de saunas et d’hammams, d’un pentagliss et d’un solarium minéral pour répondre aux besoins de la population ? Le vieil homme murmure plus bas vers ses amis que la manière de faire, on les connait. C’est des requins du béton et de la finance.”  

Gérard trie la roquette qu’il a ramassée pour l’offrir à ses voisins.
Photo : Pauline Todesco CC BY NC ND

Cet homme, c’est Gérard. Il sait que son discours n’a servi qu’à déverser sa tristesse, et à réchauffer les coeurs de ses copains qui n’ont pas son talent pour les mots ou son courage pour les porter. Il poursuit en tendant son bras vers une parcelle à l’Est : “Moi, j’ai cinq ruches. Là où je suis, je peux pas rester, parce qu’il y aura des camions qui seront à même pas cinquante mètres ! Il leur faut du calme, aux abeilles. Alors, je vais où ?” On lui répond que le terrain sur le talus pourra être libre pour lui. Il accepte d’étudier la proposition, conscient qu’il signe peut-être pour un mirage. L’entrepreneur propose aux autres de faire venir un géomètre la semaine suivante pour vérifier si une cabane ou un arbre peut encore être sauvé. Gérard secoue la tête tristement. Ses amis se battent pour des centimètres maintenant. 

D’ici, les jardins ressemblent à une oasis au milieu des immeubles.
Photo : Pauline Todesco CC BY NC ND

S’ils avaient réellement voulu faire les choses bien, ils auraient commencé par nous déménager avant de commencer le chantier. Non, eux, ils font leur chantier, et après, démerdez-vous. Dans trois ans, on vous déménage à Pantin – la commune voisine. C’est cousu de mensonges”, raconte-t’il en traversant les berceaux de primevères, bleuets, jonquilles, narcisses, coquelicots, crocus – les violets servant à faire du safran -, le souvenir enneigé d’un abricotier, d’un mirabellier, d’un pommier, d’un framboisier, d’un jujubier – dont le fruit ressemble à une olive – qui jonchent les 250 m2 de son premier terrain.

Même en hiver, il faut toujours veiller sur la terre.
Photo : Pauline Todesco CC BY NC ND

S’il n’a jamais eu d’enfants, il veille à transmettre la mémoire de ses anciens dans la terre qu’il élève, aux plantes qui la sèment et aux animaux qui l’habitent. Mais en plein hiver, le jardin hiberne. Il pose un linceul sur les salades pour les empêcher de geler, et rentre avant de faire de même. Il a déjà désinfecté les ruches au chalumeau, préparé une mangeoire pour les oiseaux qui naîtront bientôt, et même graissé les outils pour qu’ils ne rouillent pas.

L’un des voisins de Gérard lui a offert une mangeoire, plus décorative qu’autre chose.
Photo : Pauline Todesco CC BY NC ND

Il commence à parler de ses outils, et son rire ne quitte plus la pièce. Ils sont son “musée sentimental”, et lui leur gardien amoureux. Ce marteau pour faire les tonneaux, à son grand père. Ce planteoir en bois, sa mère l’a fabriqué. Ça a de l’importance, toutes ces choses-là.” Il passe la main dans sa barquette d’outils : “Je remue tout ça, et là, je pense à maman. Ou je vois ça, tiens voilà grand-père”. “Des fois, ma femme me dit : ‘Oh mais toi, tu te fous de tout’. Mais non, je me fous pas de tout. Pas de l’essentiel.”

Gérard compare avec nostalgie un plantoir acheté dans le commerce à celui en bois fabriqué par sa mère. Photo : Pauline Todesco CC BY NC ND

L’essentiel pour la maire de Paris, au-delà du prestige inégalable pour la capitale et ses communes alentours, c’est que le centre aquatique fasse partie d’une des promesses phares qui lui ont permis de remporter les municipales de 2020. S’ils sont un succès, les J.O lui permettront de briguer haut la main un second mandat. Dans l’ombre des puissants, Gérard fulmine : “Vous savez ici, c’est le pot de terre contre le pot de fer ! Vous savez contre qui on va se battre ? Contre le Grand Paris ! Qu’est-ce qu’on pèse ? Nous, petits jardiniers, on peut rien faire.”.

Rare moment assis pour Gérard. Derrière lui, les ruches qu’il a fabriquées lui-même.
Photo : Pauline Todesco CC BY NC ND

Moins gardien des Hespérides que gardien désespéré, Gérard ne se sent pas épargné, mais en sursis. “Une fois qu’ils auront commencé, ils ne s’arrêteront pas.” Les plantations mangées par le béton, il y assiste depuis les années 70, quand les jardins courraient encore sur six hectares le long de l’avenue du général Leclerc. “On a pris ces terrains pour faire le métro, puis le parking, et on a dit aux jardiniers qu’on leur donnerait d’autres terrains. Les mêmes jardiniers, aujourd’hui, attendent toujours.”

Un panneau publicitaire encombre l’une des parcelles des jardins. Photo : Pauline Todesco CC BY NC ND

Il ajoute, la gorge serrée : “Mais quand les grues viendront, je ne serai pas là, sinon je le sais, je vais me mettre à pleurer.” En s’éloignant pour rejoindre son vélo ‘elops 250’, il jette au vent les noms de tous les arbres qu’il voie, pour qu’on ne les oublie pas. Il pousse le portail, et soupire en tournant le dos à ses amours. “Ah ! Ce que c’est capable de faire les écologistes !”

Gérard ne se sépare plus de son vélo, sauf pour les grosses courses, où lui et sa femme ont chacun leur voiture. “Elle veut pas que je salisse la sienne avec mes affaires de jardinage !” dit-il. Photo : Pauline Todesco CC BY NC ND

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Ce que la vie doit à la mort

Fri, 12/03/2021 - 18:00
Les habitants de ce lieu sont morts deux fois. D’abord d’une épidémie de choléra en 1879 et, un siècle plus tard, quand le cimetière de Dieweg s’est vu abandonné par les hommes. Si plus aucun cadavre n’a franchi la grille du site depuis 1983, le nombre de résidents au mètre carré a décuplé.

Photos : Milena de Bellefroid

Depuis l’arrêt de tram Dieweg, on aperçoit des maisons mitoyennes, une station-essence et un Carrefour express comme il y en a des centaines à Bruxelles. Pourtant, seulement quelques mètres plus loin, la grisaille de la ville s’éteint dans une explosion de nuances de verts.

Ce nouvel Éden, c’est le cimetière de Dieweg, officiellement désaffecté en 1958 et où l’entropie s’en est donné à coeur joie durant les soixante années qui suivirent. Les tombes patinées ont été recouvertes progressivement par la mousse et le lierre. Certaines stèles ont vu naître en leur sein un arbrisseau, dont les racines feront bientôt craquer le béton aux formes Art Déco. 

La mort des uns a fait le bonheur des aulnes, sorbiers des oiseleurs, érables sycomores, bouleaux et autres jeunes chênes pédonculés qui surplombent les tombes. On dénombre aujourd’hui quelques 91 espèces de plantes sur un peu moins de trois hectares. Une centaine de moins que lors du recensement de 1993, mais tout de même de quoi faire pâlir d’envie le parc Wolvendael, proche voisin. 

L’été, les touristes s’aventurent dans le labyrinthe végétal à la recherche de la tombe d’Hergé. George Rémi a pu bénéficier d’une dérogation, la seule, en 1983 pour être enterré dans son quartier.

L’hiver, les chemins se vident au profit des renards et chats errants. Car la forêt impromptue offre désormais le gîte et le couvert à tout un tas de bestioles qui fuient des campagnes de moins en moins accueillantes. Une espèce d’abeille solitaire rarissime, la Collète du Lierre, a même élu domicile dans le coin.  

Ici, les fantômes de Bruxellois célèbres cohabitent avec des armées de moineaux et de geais. Les oiseaux qui sautillent et piaillent n’ont que faire de la retenue requise en ces lieux. Un écureuil, un spirou comme on dit ici, ne voit en un Jésus crucifié grandeur nature qu’un sympathique perchoir. Preuve que Franquin lui aussi a droit à sa place au Panthéon des auteurs de bande-dessinée belges. 

À Halloween, certains Bruxellois aimaient venir ici pour jouer à se faire peur. Depuis quelques années, les monstres de pacotille sont moins nombreux à se promener le long des tombes le soir du 31 octobre. Peut-être que le potentiel d’épouvante des sépultures végétales et ectoplasmes de vieux monsieurs moustachus semble désormais risible, dans un quotidien où se mêle crises en tout genre et incertitudes toujours plus grandes quant à l’avenir. 

Sur la chaussée attenante au cimetière, un tag orange fluo hurle « Le monde pourrit ». Au bonheur des ogres, la si bien nommée boucherie d’en face, lui répond dans un sourire plein de dents : « Non, il est dévoré. »

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Le cinéma post-#MeToo passe le test de Bechdel

Fri, 12/03/2021 - 08:30
Suite aux différents scandales qui ont éclaté dans le milieu du cinéma depuis la libération mais surtout l’écoute de la parole des femmes, les personnages féminins sont-ils plus nombreux et mieux représentés dans le septième art ?

Chris Marchant

En 2017, lorsque les premiers scandales #MeToo éclatent aux États-Unis, personne ne se doute de l’ampleur du phénomène que ces prises de paroles vont entraîner. Si les actes dénoncés concernent en premier lieu les violences faites aux femmes, ils vont ensuite engendrer un mouvement social global. Ce moment historique dans la lutte des mouvements féministes a-t-il réellement eu un impact sur l’écriture des scénarios par la suite ?

Afin de répondre à cette question, nous avons soumis 200 films au Test de Bechdel, les 50 ayant fait le plus d’entrées en France et en Belgique, en 2009 (avant #MeToo) et en 2019. Ce test analyse la représentation féminine sous le prisme de trois critères qui se cristallisent au travers de trois questions : “Le film comprend-il deux personnages féminins dont on connaît le nom ? Parlent-elles ensemble ? Et parlent-elles d’autre chose que d’un homme ?”

Une lente progression de 2009 à 2019 !function(){"use strict";window.addEventListener("message",(function(a){if(void 0!==a.data["datawrapper-height"])for(var e in a.data["datawrapper-height"]){var t=document.getElementById("datawrapper-chart-"+e)||document.querySelector("iframe[src*='"+e+"']");t&&(t.style.height=a.data["datawrapper-height"][e]+"px")}}))}();

Dans la base de données de 2009, on constate une sous-représentation criante du genre féminin dans les films. Pourtant, entre 2009 et 2019, le nombre de films parmi ceux analysés qui réussissent le test de Bechdel a significativement augmenté, en Belgique comme en France. En 2009, seulement 48% des films du box-office français passaient le test, tels que Harry Potter et le prince de sang-mêlé, 2012 et Twilight II : Tentation. Dix ans plus tard, ce nombre monte à 82%. Parmi les films qui remplissent les trois critères en 2019, on retrouve Le Roi Lion, La Reine des Neiges 2 et Avengers : Endgame.

Du côté belge, l’augmentation est quasi identique puisque ce sont 84% des films du box-office qui réussissent le test en 2019, alors qu’il n’y en avait que la moitié en 2009. Au premier abord, tout le monde se dit que son film préféré passe certainement le test de Bechdel haut la main car il n’est pas très ambitieux et présente des critères plutôt simples à remplir. Malgré ça, même en 2019, seulement 82% et 84% des films y parviennent.

Des critères partiellement remplis !function(){"use strict";window.addEventListener("message",(function(a){if(void 0!==a.data["datawrapper-height"])for(var e in a.data["datawrapper-height"]){var t=document.getElementById("datawrapper-chart-"+e)||document.querySelector("iframe[src*='"+e+"']");t&&(t.style.height=a.data["datawrapper-height"][e]+"px")}}))}();

Les films qui échouent au test remplissent parfois l’un ou l’autre critère. En 2009, environ un tiers ne remplit qu’une seule des conditions, en France comme en Belgique. C’est le cas de Là-Haut et de l’Age de Glace 3 : Le temps des dinosaures. En effet, parfois, on connaît le nom d’au moins deux personnages féminins, pourtant, elles ne se parlent jamais directement.

En revanche, pour l’année 2019, ce n’est qu’un dixième des films environ qui ne répond qu’au premier critère, et ce, des deux côtés de la frontière.

Des productions américaines un peu plus inclusives !function(){"use strict";window.addEventListener("message",(function(a){if(void 0!==a.data["datawrapper-height"])for(var e in a.data["datawrapper-height"]){var t=document.getElementById("datawrapper-chart-"+e)||document.querySelector("iframe[src*='"+e+"']");t&&(t.style.height=a.data["datawrapper-height"][e]+"px")}}))}();

Dans le top 50 des box-offices français et belges, on retrouve principalement des films produits aux États-Unis, parfois en collaboration avec d’autres pays. En 2009, 16 films parmi les 30 films américains ayant fait le plus d’entrées en France étaient recalés au test de Bechdel, à l’image d’Avatar, Volt ou encore X-Men Origins : Wolverine. La même année, la moitié des 18 productions françaises que l’on retrouve au top du box-office français, échouent au test.

Même si le box-office belge compte plus de films américains que son voisin français, la tendance reste semblable. On ne constate pas réellement de différence du taux de réussite au test en fonction des pays d’origine en 2009. Par contre, en 2019, la différence est plus marquée. En France, sur les 34 films américains du top 50, 85% passent le test avec succès. Alors que pour les productions françaises, seulement 69% remplissent les trois conditions, tels que Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? ou Nous finirons ensemble. Aux États-Unis, les boîtes de production auraient-elles enclenché un début de changement en termes d’inclusivité ?

Des femmes qui changent le paysage cinématographique

L’un des critères les plus déterminants pour savoir si un film est plus susceptible de réussir le test de Bechdel qu’un autre, c’est de s’intéresser au genre de la personne qui l’a réalisé. Lorsque c’est une femme réalisatrice, tous les films comportent au moins deux personnages féminins, dont on connaît le nom, qui parlent entre elles, et d’autres choses que d’un homme, même lorsque ces derniers sont co-réalisés avec un homme. Et cela, que ce soit en France ou en Belgique, en 2009 ou en 2019.

La représentation des femmes dans les films est fortement influencée par celle des femmes présentes derrière la caméra. Leur sous-représentation à des postes de réalisation dans le cinéma a des conséquences. Elle continue de renforcer ce que l’on appelle le male gaze, un concept qui désigne le fait que la culture visuelle dominante est empreinte d’une vision masculine.

Un contexte masculin qui se répercute sur le casting

Si, en 2019, plus de films passent le test, certains dérogent à la règle. C’est le cas de Les Misérables de Ladj Ly qui nous plonge dans le quotidien d’une brigade anti-criminalité de la banlieue parisienne. Malgré les nombreux personnages que compte le film, il n’y a pas deux femmes dont on connaît le nom ou deux femmes qui échangent quelques mots. D’ailleurs, une journaliste a interpellé l’équipe du film sur l’absence quasi totale de femmes dans son film, ce à quoi le réalisateur a répondu : “Venez-vous souvent en banlieue, Madame ? Elles sont là, mais ne traînent pas en bas des tours. La rue appartient aux garçons et on critique ce qu’ils en font.”

L’échec du film au test de Bechdel s’explique en partie par son univers. L’immersion dans un milieu masculin, comme celui de la police, de l’armée ou de certains films historiques, influence négativement la réussite du test. Le film J’accuse de Roman Polanski nous ramène dans les années 1890, pendant l’Affaire Dreyfus. Ce film d’époque se déroule dans les rangs de l’armée, un lieu inaccessible pour les femmes à l’époque. Il ne passe qu’un critère sur les trois. Même constat pour Inglorious Basterds, film dans lequel un commando de soldats juifs veut se venger des actes nazis. Malgré une place centrale occupée par le personnage de Mélanie Laurent, le film ne remplit pas les conditions du test.

Le test de Bechdel a des limites

Il existe un site officiel qui répertorie les degrés de réussite au test de Bechdel de plus de 8000 films. Une communauté d’internautes s’est créée et partage ses classements. Une fois la note attribuée, il y a un espace de discussion qui donne souvent lieu à de longs débats en commentaires. Contrairement aux raccourcis qui sont parfois faits, ce n’est pas parce qu’un film passe le test de Bechdel qu’il est féministe. Tout comme ce n’est pas parce qu’il ne remplit pas les trois conditions qu’il est sexiste. Le test entend observer si un film s’inscrit dans un schéma patriarcal global plébiscitant presque uniquement des personnages masculins, et reléguant les personnages féminins à des rôles secondaires, voire inexistants.

Le test de Bechdel permet de se rendre compte de manière incontestable de la sous-représentation du genre féminin dans le cinéma, mais ne se questionne ni sur la place occupée par ces femmes ni sur le contenu du discours. Si certains films présentent deux personnages féminins qui ont une conversation à propos d’autre chose que d’un homme, c’est souvent des sujets triviaux qui sont abordés, voire directement des stéréotypes liés au genre féminin (maquillage, vêtements, tâches ménagères…). C’est le cas notamment du film La Belle Époque réalisé par Nicolas Bedos, qui passe péniblement le test au bout d’1h45 grâce à une scène entre Margot et Lucie qui se résume à : “On peut boire quelque chose ?”, “Oui, bien sûr”. Cet exemple n’est pas un cas isolé. Même si les films qui datent de 2019 sont plus nombreux à réussir le test de Bechdel, les personnages féminins qui répondent aux critères occupent souvent des rôles connotés en terme de genre (secrétaire, femme au foyer…).

Avec certaines limites, ce test de Bechdel montre des chiffres encourageants et a le mérite de rendre visible le manque de diversité dans le milieu artistique. Pour construire une société plus égalitaire, il va falloir renforcer la présence des femmes au cinéma et en modifier les représentations. Cela passe évidemment par la présence des femmes derrière, mais aussi devant la caméra.

Méthodologie

Théorisé par Alison Bechdel, une auteure américaine de bandes dessinées, en 1985, le Test de Bechdel permet d’évaluer la présence de personnages féminins dans les films. Il a par la suite été repris dans de nombreux médias (Polygraph, Les Inrocks, The New Yorker…), pour devenir une grille de lecture pertinente d’analyse de films, qui repose sur trois critères simples :

Critère 1 : Y a-t-il au moins deux personnages féminins dont on connaît le nom ?
Critère 2 : Parlent-elles ensemble ?
Critère 3 : Parlent-elles d’autre chose que d’un homme ?

Entre 2009 (avant #MeToo) et 2019, nous avons comparé les 50 films ayant fait le plus d’entrées au cinéma en France et en Belgique. Afin de compléter cette base de données que vous pouvez consulter ici, nous nous sommes appuyées en partie sur la communauté créée par le site officiel du Test de Bechdel. Ce dernier se veut participatif, nous nous en remettons donc à la bonne foi et à la rigueur des internautes. Lorsque les débats en commentaires étaient trop clivés sur la réussite ou non d’un film au test, nous l’avons visionné. Nous avons fait de même avec tous les films non repris sur le site.

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Marais Wiels : quand la nature reprend ses droits

Mon, 08/03/2021 - 09:05
La nature surgit parfois là où on ne l’attend pas. Le marais Wiels, à deux pas de la gare de Bruxelles-Midi, en est la preuve (sur)vivante. Il y a dix ans, l’eau a jailli comme un geyser de ce qui n’était qu’un terrain en construction, transformant la zone en un marais grouillant de vie.

Photo : Scott Crabbé (CC BY NC ND)

A première vue, les barrières en tôle ondulée qui encadrent l’Avenue Van Volxem, en plein centre de Forest, pourraient parfaitement servir à cacher une scène de crime. Mais les végétaux s’échappant au-dessus de cette sinistre barrière et les trous laissant entre-apercevoir un plan d’eau ne trompent pas : derrière ces murs, ce n’est pas d’un crime dont il est question mais d’une renaissance. Celle de la nature.

Trouver l’entrée de cet océan (de verdure) nécessite un peu de débrouillardise pour celui qui n’y a jamais mis les pieds : il faut passer par le parking du centre d’art voisin et pénétrer par une grille qui nous rappelle que le terrain est longtemps resté privé. Chaque pas laisse un peu plus s’éloigner la ville tout autour et se dévoiler le marais. Cette petite mer intérieure, avec ses flots calmes et ses joncs bien arrimés, coupe brusquement le visiteur des réalités urbaines environnantes : les maisons en arrière-plan et les bruits du trafic sont presque étouffés par la quiétude des lieux.

Le marais est devenu un point de passage lors de la migration de certaines espèces – Photo : Scott Crabbé (CC BY NC ND) Sous les pavés, la plage

A hauteur des berges, surprise : une clôture de protection encercle le plan d’eau. En regardant aux alentours et les dépôts sauvages qui fleurissent, on comprend mieux pourquoi. Mais rassurez-vous : cela n’entrave pas la vue. Au contraire, la végétation qui ondule au gré du vent est toute proche. Ce sont ces petits moments hors du temps qui ont décidé un collectif forestois de s’investir dans la sauvegarde de l’endroit.

Geneviève Kinet, une habitante du quartier est l’une des porte-paroles du mouvement. Il n’est pas rare d’entendre sa voix chantante ou son air déterminé faire campagne pour le marais auprès des médias. Elle est aussi très active sur le groupe Facebook « Marais Wiels » qu’elle alimente inlassablement de photos de ses promenades le long des berges avec son chien Fifi.

Avec ses plus de 23 000 mètres carrés situés à deux pas de la gare du midi, le terrain ne manque pas d’atouts – Photo : Scott Crabbé (CC BY NC ND)

En se prêtant au jeu de s’arrêter et de ne plus faire de bruit, la vie reprend son cours comme si de rien n’était. Les canards se fraient difficilement un chemin dans les roseaux et les cormorans atterrissent sur l’eau comme des pilotes de l’air sur un porte-avion. Derrière la piste, c’est un navire bien plus imposant qui monopolise l’attention.

Avec ses airs de vaisseau fantôme, le bâtiment Métropole, hôtel majestueux dans une autre vie, aujourd’hui complètement délabré avec sa coque de brique taguée et ouverte aux quatre vents, semble pour toujours y avoir jeté l’ancre. Pourtant, voir ce géant les pieds dans l’eau est tout sauf prévu au programme. En 2008, quand le terrain n’était encore qu’une vaste friche constructible, JCX Immo, le propriétaire d’alors, concocte un plan ambitieux pour le rénover et l’entourer d’immeubles de bureaux.

L’hyperactivité du chantier laisse place au calme d’un terrain dont personne ne sait plus que faire

Mais dès les premiers coups de pelleteuse, le projet tourne au fiasco. En creusant dans une nappe phréatique, les ouvriers de JCX creusent en même temps la tombe du complexe immobilier. Toute la zone repose désormais sous près d’un mètre d’eau, laissant encore apercevoir quelques fondations submergées. L’hyperactivité du chantier laisse place au calme d’un terrain dont personne ne sait plus que faire. Comme souvent dans ces cas-là, c’est la nature qui revient à la barre.

Une faune totalement unique dans cette zone de Bruxelles s’est alors développée, attirant de nombreuses espèces animales. Bien à l’abri dans la grande roselière, la nouvelle population peut s’y multiplier tranquillement pour former un écosystème de plus en plus complexe. Aux dernières estimations, ce sont pas moins de 170 espèces, dont certaines protégées comme les grèbes castagneux, qui ont élu résidence dans le marais. En plus d’abriter cette niche écologique, le site remplit également un rôle de régulateur des eaux de pluie. Dans un quartier souvent inondé, il fait office de zone tampon. A côté du point d’eau, un potager collectif a émergé, apportant via la quarantaine de parcelles encore un peu plus de couleurs et de vivre-ensemble au marais.

Autrefois, le terrain était occupé par la brasserie Wielemans-Ceupens – Photo : Scott Crabbé (CC BY NC ND) Quel avenir ?

Conscient du trésor qu’il avait sous la main, le collectif de citoyens, Geneviève Kinet en tête, continue d’organiser des actions de sensibilisation. Ceux qui s’autoproclament les « fées du marais » se regroupent régulièrement dans le marais pour des crades party (des actions de ramassage de déchets), des journées de recensement ou des ateliers photos qui permettent au plus grand nombre de s’approprier le marais et de prendre conscience de l’importance de l’endroit.

Car ce n’est pas parce que JCX apparaît de plus en plus comme un capitaine ayant quitté le navire que la sauvegarde est assurée. De temps à autres, des projets de drainage et de construction de maisons continuent à faire surface, inquiétant le quartier. Les habitants de Forest, à l’image de ceux d’autres communes de la capitale, se sentent de plus en plus impuissants et exclus du processus décisionnel quant à l’évolution de leur environnement. Dans ce quartier populaire, plus qu’à l’échelle du marais, c’est le phénomène de gentrification qui fait son œuvre, voyant l’arrivée de classes sociales plus aisées qui réhabilitent certains espaces.

En cette après-midi bruineuse, peu nombreux sont les promeneurs à sortir, laissant le champ libre aux hôtes de la roselière de s’activer de plus belle

Il y a deux mois, le dossier a connu un tournant décisif lorsque la Région de Bruxelles-Capitale a racheté le terrain à JCX. Le nouveau maître à bord a d’emblée clarifié la situation : la priorité est de conserver le marais. Un projet de logements sociaux est bien arrivé sur la table mais le but est de le faire cohabiter avec le plan d’eau. Parfois accusée de Greenwashing, la Région Bruxelloise a le mérite d’essayer de concilier biodiversité et logements. Dans une capitale aux plus de 5500 Bruxellois par kilomètre carré, cela n’a rien d’évident.

Loin de ces tractations, la croisière continue de s’amuser : en cette après-midi bruineuse, peu nombreux sont les promeneurs à sortir, laissant le champ libre aux hôtes de la roselière de s’activer de plus belle. Du haut du bâtiment Métropole, une bernache prend son élan et descend en piqué à la surface de l’eau. Les autres occupants préfèrent la discrétion de la roselière. Qu’ils se rassurent, l’équipage navigue désormais en eaux calmes.

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Le troisième âge du sexe

Sat, 06/03/2021 - 08:00
Vie intime, amour et sexualité : comment ces notions évoluent-elles avec le temps ?

Illustration : Delphine Mottet (CC BY NC SA)

Si la sexualité est aujourd’hui largement présente dans notre société, la sexualité des vieilles gens, elle, est souvent niée, considérée comme gênante, taboue, voire même déviante. Pourtant, à 60, 70 ou 80 ans, il peut s’en passer des choses. Des histoires d’amour, de complicité, de rapprochements, de coups de cœur. De véritables récits de vie et de fin de vie.

Des débuts du vieillissement jusqu’à la fin de vie, en passant par la prise en charge de la dépendance en maison de repos, pourquoi nos ainés sont-ils si souvent perçus comme des personnes fragiles et non des êtres de chair qui continuent d’entretenir une vie affective et sexuelle, remplie de sensualité et de désir ?

Mammouth · Le troisième âge du sexe – Première partie : L’air de rien Mammouth · Le troisième âge du sexe – Deuxième partie : L’amour au home

“Le troisième âge du sexe” est un documentaire radiophonique réalisé dans le cadre d’un mémoire médiatique présenté en deuxième année de Master en presse et information à l’IHECS. Nous – Sara, Morgane, Jacqueline et Marie-Flore – souhaitons remercier toutes les personnes sans qui ce projet n’aurait pas pu voir le jour.

Martine, Jocelyne, Jacques, Jean, Jacqueline, Sandrine Cesaretti de chez Espace Seniors, Pascale Van Ransbeeck de l’ASBL Aditi Wallonie-Bruxelles, Greta, Delfi, Philippe, la Résidence Lothaire, la Maison de Retraite israélite “Heureux Séjour”, Manon Renard et l’équipe encadrante au Domaine d’Argenteuil, Catherine Jamotte, Martine Laloux, Myriam Leleu, Nathalie Dehard, Christian Nile de l’Aviq, l’association Le Bien Vieillir, Delphine Mottet, Nora de Marneffe, Amandine Degand, Nordine Nabili, Yvan Hanon, Sébastien Schmitz, Gaëtan Gras, Damien Van Achter.

Nos crowdfunders : Driss Brarou, Farida Gueriri, Aline Hyvrier, Thierry Pirmez et Chantal Crasset, Nicolas Dabe, Mélanie Limpens, Ilaria Cubeddu, Stéphane Muret, Alexis Temzeg, Agathe Decleire, Adeline Thollot, Solenne Deineko, Charles Mottet, Martine Libermensz.

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Légumes en self-service

Wed, 03/03/2021 - 08:30
Dans les alentours de Longpré, petit village situé en province de Liège, se trouve un commerce inhabituel. Établi sur un hectare, ouvert de jour comme de nuit, sans commerçant ni caisse, ce qu’on y vend est à prélever directement dans la terre ou sur les plants. Zoom sur ce potager pas comme les autres.

Photos : Milena de Bellefroid

Ici, quand les habitants du coin réalisent qu’il leur manque une courgette ou des œufs bien après la fermeture du Delhaize, ils ne jurent pas. C’est même plutôt gaillardement qu’ils enfilent leurs bottes et enfourchent leur vélo pour suivre les pancartes en bois qui indiquent les fameux Jardins de Longpré

Une fois sur place, il leur suffit de cueillir ce dont ils ont besoin et de calculer le coût du fruit de leur récolte à l’aide d’un tableau de prix. Il arrive que quelques gouttes s’infiltrent dans le magasin les jours de pluie, la faute au toit pas tout à fait étanche de cette ancienne étable. Mais peu importe, ce n’est pas comme si l’intérieur craignait l’humidité ; outre le tableau, on dénombre à peine une antique balance et, vieux nichoir recyclé, une honnesty box. « Avec deux ‘n’, pour que les gens soient deux fois plus honnêtes. » C’est avec cette phrase et un sourire que Guillaume, le maître des lieux, justifie l’erreur et couvre les lacunes anglaises de Valérie, sa femme et collaboratrice. 

Un duo solidaire, c’était la condition sine qua non de l’aboutissement de ce projet.

Des pancartes en bois guident les visiteurs à travers le lieu La Genèse

L’histoire commence en 2014, quand Guillaume, alors gestionnaire de propriété, conseille à sa mère d’acheter le terrain jouxtant la maison familiale. 

Une fois acquise la certitude de ne pas voir apparaître une boîte de nuit se pose la question de la valorisation dudit terrain. Une envie anime la famille : celle d’un projet fédérateur pour ce village où rien ne subsiste, ni église, ni boulangerie, ni supérette. Créer du lien social donc, mais aussi des produits de qualité. L’idée d’un potager pour les locaux l’emporte ainsi sur les gîtes et autres pistes de karting. 

La fratrie part à la recherche d’un maraîcher à qui prêter l’endroit pour qu’il y fasse pousser des miracles. Hélas, aucun ne remplit les critères. Le temps passe et Guillaume finit par se retrousser les manches. Pendant quelques années, en parallèle de son boulot, il planche sur le sujet, rencontre des spécialistes, confronte différentes méthodes. 

Début 2019, il quitte son job pour se consacrer à ses hectares. Valérie, jusque là clerc de notaire, fait de même et leur vie de famille se déplace autour des cultures. 

Célestine [sa fille] m’accompagne tout le temps dans le potager, à 5 ans elle connaît le nom de toutes les plantes, tous les légumes. Cartographie du jardin d’Eden 

Plants biologiques, zéro intrant, culture à la main : la politique du lieu est claire. Le seul impact sur la nature toléré consiste en l’insertion de canards gobeurs de limaces, redoutables ennemis des plantations. Le terrain a été terrassé et divisé en plusieurs plateaux et serres, dans lesquelles poussent toutes sortes de tomates, mais aussi du basilic réglisse ou des concombres mexicains. 

Autour du potager, on croise des poules préparant la terre du futur verger, des chèvres régulant le niveau de l’herbe et quelques vaches. 

En haut, un plan d’eau relié au puit et aux citernes permet un astucieux système d’arrosage automatique, gain de temps considérable. 

Très vite, des restaurants de la région s’intéressent aux légumes produits à Longpré et proposent à Guillaume de se fournir chez lui. Chaque semaine, il cueille et livre les restaurateurs qui, en retour, lui ramènent leur compost composé des restes des légumes de la semaine précédente. Tout se crée, rien ne se jette. La première année, c’est à ces restaurants que le jeune maraîcher doit 95 % de son chiffre d’affaire, un soutien non négligeable pour la jeune entreprise. Les 5 % restants sont dus aux locaux et les quelques surplus vite transformés en conserves ‘maison’ stockées dans la cave. 

Même le trognon de pomme a sa place dans ce circuit cir L’Apocalypse 

Malheureusement, la suite, on la connaît. Covid-19, confinement, fermeture des restaurants. Fin des commandes. Guillaume et Valérie, loin d’être dépités, y voient l’occasion de se recentrer sur leur but initial, inciter les villageois à se fournir chez eux. Ils s’investissent davantage dans la com’ autour de leur projet et très vite, sur les 80 maisons que compte Longpré, une cinquantaine vient faire ses courses au magasin du potager. 

Les serres et le magasin, bâtisse en briques rouges, sont éloignées de quelques mètres seulement. Le paradis ou l’enfer ?

Aujourd’hui, le visage de Guillaume, déjà tanné par le labeur en plein air, affiche des traits fatigués, mais ravis. « On a une qualité de vie incroyable, à être tout le temps dehors. Et pour les enfants, c’est une super éducation. » 

Comment expliquer que le son de cloche soit beaucoup moins rose chez tant d’autres travailleurs de la terre ?

La chance de Guillaume, c’est d’être le premier agriculteur de sa lignée. Ainsi, il n’a pas hérité, en plus de la ferme familiale, des 1 200 000 euros de dettes avec lesquelles se retrouve en moyenne le fermier qui reprend l’exploitation de son père. Pas de dettes et, il faut le dire, une famille aisée et soutenante, qui lui permet de ne pas être enchaîné à l’obligation de rentabilité.

Ceux qui sont déjà noyés sous les rappels de la banque ne peuvent se permettre de prendre des risques, alors ils continuent de pulvériser pour atteindre leurs quotas. Et parfois, trop souvent même, cela ne suffit pas : les agriculteurs restent la catégorie socioprofessionnelle la plus à risque en ce qui concerne le suicide. 

Le paradis a un prix.

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Harcèlement : de la rue aux écrans

Tue, 02/03/2021 - 09:00
Yasmine a été agressée devant son université. Depuis, elle s’est engagée aux côtés de Touche Pas A Ma Pote et se fait un plaisir de tourner en dérision les messages d’insultes envers les femmes.

Image : Capture d’écran de Facebook

Depuis la crise sanitaire et le couvre-feu, le harcèlement de rue a pris de nouvelles formes. Loin de s’essouffler, il se serait développé sur les écrans. Le sentiment d’insécurité des victimes s’est lui aussi amplifié. Ces dernières se sentent coincées, inaudibles.

Il y a quatre ans, Yasmine Sellimi a été agressée devant son université, sous les yeux des passants. Depuis, elle a rejoint l’ASBL Touche Pas A Ma Pote, une organisation qui se bat contre le harcèlement de rue et le sexisme. Très engagée, la jeune femme a accepté de lire quelques tweets et commentaires sexistes dégotés sur la toile. Elle y répond sans tabous.

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Des purs-sangs au “Melting Park”

Fri, 26/02/2021 - 17:00
De la poussière soulevée par les sabots du temps de la gloire de l’hippodrome renaît un nouveau projet : le Drohme melting park. Ce partenariat public-privé nourrit de grandes ambitions pour le site, mais les riverains et associations environnementales se cabrent.

Photo : Noé Zimmer (CC BY NC ND)

Tout Bruxelles s’est rassemblé ce dimanche à l’hippodrome de Boitsfort pour suivre la prestigieuse course hippique du « Grand Prix de Bruxelles ». La foule de badauds occupe la pelouse centrale, entourée par la piste et ses virages serrés, la haute bourgeoisie pavoise dans les tribunes et les bars entourant l’hippodrome. Les paris sont pris dans la cacophonie de la foule sous l’emprise de la fièvre du jeu ; tout le monde espère miser sur le bon pur-sang. Dans le Pesage, on pèse les jockeys en tenue avec leur selle ; les plus légers sont lestés de poids. On place les équipages les plus récalcitrants sur la ligne de départ, et c’est parti ! 2200 mètres de piste à avaler sous les cris de la foule en liesse. Après quelques minutes seulement, Prince Rose, le « plus grand cheval qui n’ait jamais couru en Belgique » emporte la course et les 1.000.000 francs belges de gain. Nous sommes en 1931.

Près d’un siècle plus tard, un dimanche enneigé de février, ce sont des marcheurs, joggeurs, cyclistes et chiens qui parcourent paisiblement l’anneau de sable de l’ancien hippodrome. Sur la pelouse centrale, un parcours de neuf trous recouvert d’un tapis blanc immaculé fait le bonheur des golfeurs, alors que, sur les tribunes, on se prélasse au soleil d’hiver. Le hurlement de la foule et le fracas des sabots sont détrônés par un calme bucolique, où l’on n’entend que des « small-talks » dominicaux sur fond de circulation urbaine. Seul un « Fore ! » -attention balle de golf- jailli de temps en temps du centre de l’anneau.  

Les promeneurs ont remplacé les chevaux sur l’anneau de l’hippodrome. Photo : Noé Zimmer (CC BY NC ND). On se prélasse au soleil d’hiver sur les gradins. Photo : Noé Zimmer (CC BY NC ND).

Les derniers tours de piste

Aménagé sous l’impulsion du Roi bâtisseur Leopold II sur une portion de la Forêt de Soignes à la fin du XIXe siècle, l’hippodrome connait l’âge d’or de l’hippisme jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. Devenant un lieu de mondanité bruxelloise, il accueille défilés de mode, soirées, événements, théâtres… À la fin des Trente Glorieuses, les chevaux sont en bout de course, c’est la chute de l’hippodrome. Le déclin de l’intérêt du public pour les courses mène le site à l’abandon progressif. Les bâtiments se délabrent, ils deviennent le terrain de jeux de graffeurs et squatteurs. L’anneau n’est plus qu’utilisé par les joggeurs et promeneurs. Seule la pelouse centrale fait l’objet d’un aménagement, qui détonne sur ce site redevenu sauvage ; le Brussels Golf Club s’y installe en 1987 en créant un parcours de neuf trous.   

Pas encore rénovés, les boxes attendent leur tour. Photo : Noé Zimmer (CC BY NC ND). Vestiges de l’époque des graffeurs. Photo : Noé Zimmer (CC BY NC ND). Haute surveillance. Photo : Noé Zimmer (CC BY NC ND).

Il faudra attendre 2012 pour que la Région Bruxelloise débute une rénovation ambitieuse des bâtiments principaux via la Société d’Aménagement Urbain (SAU), pour un coût total de 6 millions d’euros. En parallèle, elle lance un appel d’offre pour former un partenariat public-privé avec un concessionnaire qui exploiterait le site sur une durée de 15 ans. Le site appartenant toujours à la Région, et bénéficiant de fonds publics, notamment européens via le fond FEDER, les projets doivent avoir un cahier des charges précis : accessible à tous, respect environnemental, rôle pédagogique, mais aussi équilibré financièrement. C’est le projet DROHME Park de VO Group, une entreprise de communication spécialisée dans l’événementiel, qui remporte le sprint final. Il propose un « melting park », qu’il définit comme un tout nouveau modèle de parc de loisirs, innovant, familial, intergénérationnel et centré sur la nature et l’écologie. Il entend « rendre la nature et la biodiversité au citoyen ».

Un nouveau projet qui gagne la course, mais pas la foule

Drohme débute au trot dès 2014, avec l’introduction de demandes de permis d’urbanisme et d’environnement, qu’il obtiendra rapidement. Dès le départ, il reprend le golf et met en place ses nouvelles activités. Exploitation du restaurant le Pesage, organisations d’événements divers, soirées privées et autres. Mais aussitôt, la tension monte avec des riverains et associations de défense environnementale, comme Natagora, les Amis de la Forêt de Soignes ou inter-environnement Bruxelles. En cause : la localisation du site, 32ha en lisière de la Forêt de Soignes. Cette forêt, qui est classée zone Natura 2000 et bénéficie d’un arrêté de classement qui interdit toute diminution de sa superficie, a été par le passé de nombreuses fois amputée de sa superficie, et fait donc l’objet d’une surveillance et protection accrue de la part de ses défenseurs.

Au fond du site, la barrière de l’hippodrome s’enfonce dans la Forêt de Soignes. Photo : Noé Zimmer (CC BY NC ND).

Marco Ranieri et Karin Stevens, riverains concernés depuis le début du projet, expliquent : « On est pas contre le projet Drohme. Personne ne s’oppose à ce que le site soit restauré et accueille de nouveau un plus large public ». Par contre, ils déplorent le fait que la Région n’a pas demandé l’avis des riverains lors de l’appel à projet, et une fois VO Group en place, ils n’ont pas eu plus voix au chapitre. Certes, des réunions ouvertes étaient organisées par le concessionnaire privé pour ouvrir le dialogue, mais ils dénoncent une communication de façade, les demandes de modification du projet n’ayant pas été prises en compte. Les points de contentieux soulevés par les riverains sont principalement la taille des événements organisés, démesurés par rapport au site, avec une incidence négative sur la biodiversité et le quartier. Le grand parking utilisé par Drohme est également illégal, car non-conforme au PRAS (Plan Régional d’Affectation du Sol). Finalement, la construction de nouveaux bâtiments qui amputent encore plus la zone forestière n’est pas nécessaire, sachant que le site compte déjà de nombreux bâtiments.

De son côté, le CEO de VO GROUP, Michel Culot, défend son projet corps et âme. Citoyen impliqué dans sa ville tombé amoureux du site de l’hippodrome, il veut lui rendre sa beauté d’antan. Il dit avoir toujours ouvert le dialogue avec les riverains, mais le terrain était déjà miné. « Des familles riches voisines à l’hippodrome payaient un certain monsieur Wilhelmi afin qu’il fasse tout son possible pour empêcher le développement du site ». Avec ses « acolytes », ce monsieur Wilhelmi serait le seul opposant au projet, contrairement à la majorité des riverains, qui seraient pour. Michel Culot se dit très concerné par l’aspect naturel du site mais, comme tout concessionnaire privé, il se doit d’être rentable. Mais à cause de la mauvaise presse et des complications de développement qu’a connu le site, dus aux recours légaux déposés par les riverains, il s’est vite avéré compliqué de maintenir un équilibre financier.  

Une étude d’étudiants et chercheurs de l’ULB et l’UCL pointe un autre aspect du projet Drohme qui questionne : le public visé. De par le type d’activités proposées, et le fait qu’elles soient majoritairement payantes, le parc d’activités se tourne résolument vers un public aisé. Ce partenariat public-privé semble détourner le projet de ses objectifs principaux. Le choix de cette formule de financements de projets publics a eu sans nul doute son incidence, comme le démontrent les critiques auxquelles font face d’autres projets du même type en région bruxelloise (la future prison de Haren, le centre commerciale Néo).

Depuis les tribunes, on peut maintenant encourager les joggeurs et golfeurs. Photo : Noé Zimmer (CC BY NC ND).

Cette dernière folle course hippique de l’hippodrome amène à une révision du projet en novembre 2020. Les pouvoirs publics, via Bruxelles Environnement, reprennent la gestion des espaces verts sur le site, espérant rassurer ainsi les associations environnementales et riverains. De plus, la construction d’un espace de bien-être et d’un deuxième restaurant est abandonnée par Drohme. Reste la construction, en zone forestière, de la Maison de la forêt et d’un parcours de cimes. Une diminution et révision du projet obtenus par les riverains et associations environnementales à force de travail et d’obstination, qui ont été acceptées par le concessionnaire privé VO Group. L’hippodrome est il enfin harnaché pour son futur prometteur ?  

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De la terre promise à la terre brûlée

Thu, 25/02/2021 - 17:00
Hier, il y avait une catastrophe humanitaire ici. À Paris, le boulevard Ney était devenu un bidonville pour plus d’un millier de réfugiés. J’avais rencontré certains d’entre eux en 2016. J’avais entendu leur détresse, rit avec eux, retenu mes larmes devant eux. Le 7 novembre 2017, quelques mois après l’investiture d’Emmanuel Macron, le camp a été démantelé. Aujourd’hui, au milieu d’un chantier colossal, restent les vestiges d’un désastre.

Crédit photo : Pauline Todesco CC BY NC ND

Quand je descends du tramway T3b à Porte de la Chapelle et que je tourne la tête vers le boulevard Ney, les premiers mots qui me viennent sont “paysage de mort” et “dystopie”.

Le chantier de la future université du Campus Condorcet.
Photo : Pauline Todesco CC BY NC ND

Il est seulement dix heures, le ciel est dégagé, l’air n’est même pas froid. Plus je m’attarde sur les lieux, plus ils me semblent maudits. J’ai l’impression que toute cette boue et cette terre ne font qu’ensevelir les mémoires de ceux, vivants ou morts aujourd’hui, qui ont eu ce boulevard comme maison. 

Un oreiller sali par les années, abandonné sur le site.
Photo : Pauline Todesco CC BY NC ND

La France. Pays des droits de l’homme. Terre d’asile, terre de promesses, qui germent dans les coeurs de tant d’enfants, de l’Ethiopie au Liban, d’Afghanistan au Tchad. Ils ont franchi la mer pour nous trouver, encore enfants, ou adultes déjà, seuls ou accompagnés. Ils se sont répétés ces mots, dans leur embarcation de fortune, dans les camps en Grèce, en longeant les voies ferrées à la frontière italienne. Promis, là-bas, ce sera mieux. Là-bas, c’est la promesse d’une nouvelle vie, parce que là-bas sera toujours mieux qu’ici. Ici, ils n’ont trouvé que la rue, la gale et le froid. En cinq ans, ils ont dû vivre plusieurs évacuations, tentant de les arracher à leurs tentes, en vain.

Le boulevard Ney, surchargé de tuyaux, tags et grillages.
Photo : Pauline Todesco CC BY NC ND

Il y a quatre ans, le bidonville a été définitivement démantelé. Ce que sont devenus les réfugiés ? Déplacés. À l’époque, les plus chanceux ont pu trouver une place provisoire au centre humanitaire sur le boulevard. Aujourd’hui, il a été remplacé par cinq centres d’accueil et d’examen de situation (CAES) – dont un sur le boulevard – d’une capacité totale de 750 places (contre 450 porte de la Chapelle), répartis dans cinq départements d’Ile de France. Quant aux campements, ils ont laissé place à un grand chantier qui se dresse devant moi dans toute sa laideur.

Devant un chantier désert, des palissades de fortune.
Photo : Pauline Todesco CC BY NC ND

Bientôt, il devrait y avoir une université au lieu du talus. En attendant, l’horizon est plein de sacs de ciment, couverts d’une bâche blanche prête à s’envoler, de boue, tellement de boue, de gravats, de câbles, de grillages, de portails, de cadenas, de chaînes, même quand la porte est condamnée, même quand la porte est ouverte. 

Une pile de parpaings sur une palette de bois, à l’arrière du chantier.
Photo : Pauline Todesco CC BY NC ND

Sur un grillage, des morceaux de scotchs épais de toutes les couleurs m’intriguent. En face, des voitures, roulant vers la droite sur le pont, vers la gauche sous le pont. D’ici, on dirait qu’elles tournent en boucle. 

Les voitures qui tournent sur le périphérique sont les seuls mouvements de ce paysage. Photo : Pauline Todesco CC BY NC ND

Au-dessus de moi, deux jeunes hommes discutent sur le pas de la porte de la chambre de l’un d’entre eux. Le centre d’accueil courre sur deux étages. Il ressemble plus à une prison. D’ailleurs, deux gardiens patrouillent en uniforme rouge.

L’entrée du centre d’acceuil, recadrée de tous les côtés par les grillages.
Photo : Pauline Todesco CC BY NC ND

Un jeune homme à la peau foncée passe le long du grillage, une bouteille d’eau à la main, la démarche lancinante, le regard droit. Je pourrai compter sur mes doigts le nombre d’humains que j’ai croisés autour de l’avenue pendant cette heure. Même les ouvriers semblent avoir déserté les lieux.

Le sol est nu, l’espace bardé de barreaux.
Photo : Pauline Todesco CC BY NC ND

Rien n’inspire la vie ici. Il y en avait une, malheureuse, mais il n’en reste que des ruines. Une paire de bottes, un paquet de cigarettes, une écharpe, un emballage de plat préparé et une bouteille de lait vide. Ou plus perturbant, des toilettes, un oreiller, un matelas, un ballon crevé. 

Un gobelet encore rempli de café au milieu du béton fracassé.
Photo : Pauline Todesco CC BY NC ND

On dirait que même la nature a préféré se laisser mourir. Je croise un oiseau. Un intrus. Je manque d’écraser trois frêles marguerites. Des survivantes. Derrière les grillages, d’autres grillages. Par-dessus les pics, des barbelés. 

Aux abords du chantier, les barbelés surplombent les grillages et les pics de métal.
Photo : Pauline Todesco CC BY NC ND

On se surprend à se souvenir que le ciel fait partie de la nature, parce qu’à part lui, on pourrait croire qu’elle a disparu. Mais même la boue ne veut pas de son reflet. En se penchant par terre, on ne voit toujours que les grillages. Comme s’ils montaient plus haut que le ciel.

En revenant vers le tramway, j’aperçois un jeune homme qui dort sur le terre-plein entre les deux voies. Deux autres aident un automobiliste à pousser sa voiture pour la faire redémarrer. Un homme vocifère, prêche ou chante (personne ne pourrait le dire) des mots incompréhensibles. Certains ont peur, d’autres rient. Derrière les fenêtres du wagon, le paysage défile, disparaît des yeux mais pas de la tête. 


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« Contrôle au faciès » : une loi pour y mettre un terme ?

Sun, 21/02/2021 - 09:50
En Belgique, une proposition de loi relance le douloureux débat autour du contrôle au faciès. Christie et Youna ont été victimes de ces contrôles policiers. Ils témoignent et donnent leur avis sur ce projet de loi. Suffirait-il à endiguer le profilage ethnique ?  
 

Photo : G-R Mottez (Unsplash) (CC BY NC ND)

La proposition de loi co-écrite par le député Ecolo Simon Moutquin sera bientôt débattue au parlement. Celle-ci vise un enregistrement systématique des contrôles de police. Une première victoire selon lui, qui permettra surtout d’amener ce sujet délicat dans l’hémicycle. Pour Christie et Youna, ayant tous deux été victimes de contrôle policier injustifié, la lutte doit s’opérer à plusieurs niveaux. Et le profilage ethnique pratiqué par certains policiers n’est que le reflet d’un racisme ancré dans la société.

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La vie de château d’Henri

Fri, 19/02/2021 - 16:28
Quand il est revenu dans le domaine de son enfance, à Houyet, tout avait disparu. Henri revient sur ses souvenirs d’un patrimoine belge disparu, le Domaine Royal d’Ardenne. 

Photo : Medialem ©

Vivre dans un château est le rêve de beaucoup d’enfants. Pour Henri, ce rêve était une réalité. Il a passé son enfance au sein du Château Royal d’Ardenne à Houyet. Aujourd’hui âgé de 79 ans, il raconte pour Mammouth, ses merveilleux souvenirs de petit garçon, souvenirs d’une vie de château tombée dans l’oubli. 

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Radicalement à contresens

Mon, 15/02/2021 - 10:01
Manifestations non-autorisées, sit-ins, occupations, blocages, tags… trois acteurs de la désobéissance civile témoignent de leur expérience, et l’analysent.

Action de désobéissance civile. Photo : Vital1na (CC BY-NC 2.0)

La désobéissance civile a le vent en poupe. Que ce soit dans le cadre de lutte écologiste, féministe, sociale, antiraciste, on observe une réutilisation massive de ce moyen d’expression et d’action politique citoyen. Mais qu’est-ce réellement la désobéissance civile ? Comment cela se passe ? Quand et pourquoi l’utiliser ?

Dany, Marc et Guigui, trois jeunes dans la vingtaine, en sont adeptes. Avec eux, plongeons au cœur de ces actions et prenons le recul nécessaire pour les analyser.

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Mouvements de jeunesse : sorties sur le web

Sat, 06/02/2021 - 10:00
Face à la pandémie, les mouvements de jeunesse ont décidé de s’adapter pour maintenir leurs activités. Reportage virtuel dans l’Unité Scouts de Boncelles.

Photo : Sasin Tipchai (CC BY NC ND)

Frappés par la crise sanitaire, les mouvements de jeunesse sont obligés de se réinventer pour continuer d’exister. Les jeunes ne se retrouvent plus dans les champs ou dans les bois, mais plutôt derrière leur smartphone ou leur ordinateur. Les activités sont certes différentes, mais les solutions ne manquent pas dans la tête des animateurs et des équipes encadrantes. Logiciels en ligne ou réseaux sociaux sont les plateformes utilisées pour proposer des défis aux jeunes.

Les valeurs souvent chères aux mouvements sont mises en péril avec ces nouveaux systèmes. Comment se passe la cohabitation ? Est-ce que ces nouvelles animations sont réellement bénéfiques pour les enfants et adolescents ?

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Non-essenti-elles ?

Tue, 08/12/2020 - 17:46
Alors qu’une délégation représentant les métiers de contact rencontre le Premier ministre, Mammouth interroge celles que le gouvernement juge toujours comme non-essentielles. Et soulève la dimension genrée des mesures actuelles.

Photo : Candice Bussoli (CC BY NC ND)

Coiffeuses, esthéticiennes, masseuses… Les métiers de contact seraient-ils plutôt exercés par des femmes ? En effet, à l’exception des tatoueurs, ces métiers sont principalement féminins. 81,7% des coiffeurs sont des femmes, 99% des esthéticiennes sont des femmes. Les femmes sont donc particulièrement affectées par les mesures gouvernementales actuelles. Elles qui étaient déjà en première ligne face à la pandémie, étant plus nombreuses dans les métiers du soin. Une situation inquiétante quand on sait que, selon une enquête de Coiffure.org, 74% des coiffeurs considèrent que la crise du Covid, représente une réelle menace pour la poursuite de leurs activités.  

En plus de devoir faire une croix sur leur chiffre d’affaire de la fin d’année, les professionnel.les des métiers de contact ont du consentir à des investissements pour la réouverture qui a suivi le premier confinement. En effet, nombre de salons de coiffure et d’esthétique s’étaient déjà adaptés pour limiter la propagation du virus. L’UCM estime le coût des dépenses supplémentaires entre 1500 et 2000€ par salon.   

Ce mardi matin, une délégation représentant notamment les professionnels des métiers de contacts a rencontré le Premier ministre, Alexander de Croo. La délégation espérait obtenir une réouverture des salons de coiffure, des centres de beauté ou encore de massage pour le 15 décembre. C’est niet. Mais ils ont obtenu que leur sort soit rediscuté pour le prochain comité de concertation, le 18 décembre, et qu’une étude scientifique soit menée pour déterminer s’ils représentent ou non un lieu de contaminations.

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Les dernières heures de John Lennon

Tue, 08/12/2020 - 09:00
Le 8 décembre 1980, à 22h50, John Lennon est assassiné. Alors âgé de 40 ans, il laisse derrière lui sa femme, Yoko Ono, ses fils Sean et Julian, ainsi que des millions de fans endeuillés.

Photo : Unsplash/Nick Fewings (CCO)

Mammouth a retrouvé le carnet de l’ex-Beatles, à la page du jour de sa mort. Nous vous proposons de revivre cette dernière journée, à travers un récit de Marc Ysaye.

Avertissement : L’agenda que vous voyez ci-dessous a été créé pour les besoins du récit. Entièrement basé sur le déroulé des faits, il n’en reste pas moins une création originale.

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Naissances confinées

Mon, 07/12/2020 - 11:40
Accoucher seule et masquée, ça vous dit ? En 2020, c’est la réalité de certaines femmes. Depuis le début de la crise, les mesures sanitaires n’épargnent pas les jeunes parents.

Coralie Lambret

Depuis mars dernier, certains hôpitaux imposent des mesures strictes en salle d’accouchement et à la maternité. Et une fois de retour à la maison, il faut respecter les mesures fédérales. Les protocoles sont parfois très rudes. Heureusement, ce n’est pas aussi violent partout. Dans ce podcast, spécialistes et témoins nous racontent ce que c’est, d’accueillir un bébé en 2020.

Musique : Loik Brédolèse (CC BY 4.0)

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La messe est dite, sur Facebook

Sun, 06/12/2020 - 09:30
Depuis le début du confinement, les messes en public sont interdites. Pourtant, les célébrations religieuses sont considérées comme essentielles par les fidèles. Certaines paroisses ont donc décidé de diffuser des messes en direct sur Youtube ou Facebook.

Photos : Jean Lannoy (CC BY NC ND)

L’église de Louvain-La-Neuve est particulière, elle ne ressemble à aucune autre en Belgique. Bâtie dans un style résolument moderne, les briques sont apparentes, comme sur les bâtiments voisins. Vue de dehors, on ne dirait pas vraiment une église. Pourtant, tous les dimanches, la messe y a lieu. Elle est suivie par des catholiques pratiquants depuis les quatre coins de la Belgique… sur les réseaux sociaux.

Durant le premier confinement, les messes étant déjà interdites, certains croyants de la paroisse étudiante de Louvain-La-Neuve ont proposé aux prêtres de diffuser la messe en ligne. Objectif : garder le lien dominical entre l’assemblée et les célébrants, et faire communion via les moyens actuels.

L’église de Louvain-la-Neuve est de style brutaliste, comme une bonne partie de l’architecture de cette ville. Photo: Jean Lannoy (CC BY NC ND)

Dès 9h15, les premiers fidèles arrivent. Une petite chorale qui répète les chants de la messe prend forme. Un organiste et trois jeunes chanteurs, s’échauffent la voix. Les musiques remplissent l’édifice vide, où psaumes et cantiques ne sont plus chantés par l’assemblée, sur place, mais depuis chez eux.

Quelques minutes plus tard, arrivent deux techniciens, qui vont retransmettre la messe sur Facebook. Ils déchargent de leurs voitures des câbles, des micros, des ordinateurs, etc. Le matériel qu’ils apportent est principalement le leur, la paroisse n’ayant pas les moyens d’investir. Des mètres de câbles investissent l’espace de la chorale et du chœur, où les prêtres célèbrent l’eucharistie. Ils transforment l’église vide de fidèles en vrai studio de captation. Les micros sont branchées à une console, qui envoie le son vers l’ordinateur qui diffusera aussi le flux vidéo. Pour ce dernier, pas de grosses caméras professionnelles, mais un smartphone et une tablette, qui envoient les images directement sur l’ordinateur.

Les techniciens transforment chaque semaine l’église en un studio de captation. Photo : Jean Lannoy (CC BY NC ND) Les techniciens ont dû apprendre à maîtriser les outils pour diffuser la messe en direct. Photo : Jean Lannoy (CC BY NC ND)

Maxime, l’un des techniciens, explique l’origine de cette retransmission : « Au début du confinement, c’était difficile pour les prêtres d’être à distance des fidèles, et de ne pas pouvoir partager avec eux ce rendez-vous spécial. On a donc proposé de diffuser la messe sur la page Facebook de la paroisse étudiante, qui est assez active ». C’est depuis ce jour que ce pilote de ligne, au chômage depuis le début de la crise, aide à diffuser la messe.  

Dix personnes pour une messe

Petit à petit, la diffusion s’est améliorée, apprend-on auprès des paroissiens. Mais l’heure avance, et le moment de la messe approche. Le curé de la paroisse, Damien Desquesnes, compte les personnes dans l’église : trois chantres, un organiste, deux techniciens, un journaliste et les deux prêtres qui célèbrent aujourd’hui. Le compte est à neuf. Parfait donc, puisque le nombre maximal de personnes autorisées sur place est de dix, selon le protocole établi le 29 octobre. C’est une des conditions pour pouvoir organiser la messe connectée.

Le père Sébastien Dehorter, responsable des étudiants de la paroisse, arrive finalement, et les derniers tests micros sont faits. Le temps d’échanger avec les techniciens et la chorale sur les derniers ajustements, il part revêtir son aube. Et son masque !

Le père Sébastien Dehorter, vicaire de la paroisse, et responsable de la pastorale étudiante de Louvain-La-Neuve. Photo : Jean Lannoy (CC BY NC ND) A quelques minutes du direct, les prêtres mettent leurs habits liturgiques. Photo : Jean Lannoy (CC BY NC ND)

La tension monte, comme sur un vrai plateau de télévision. Les cloches sonnent tandis que les portes sont fermées au public. Le direct se lance, et le top départ est donné aux chanteurs. Tout le monde est concentré, chacun est à sa tâche. Autour de ces quelques personnes, l’église est totalement vide.

Malgré une régie de fortune, les techniciens arrivent à retransmettre la messe pour tous convenablement. Photo : Jean Lannoy (CC BY NC ND) Une grande église pour si peu de monde. Photo : Jean Lannoy (CC BY NC ND)

Les techniciens et la chorale ne sont pas que là pour l’aspect technique de cette diffusion, ils y participent aussi. Chacun se lève ou se met à genoux, tout en continuant son travail, au gré de la célébration. « Il est important pour nous que les techniciens participent aussi de façon croyante », estime le père Sébastien.

Une assemblée devenue invisible

D’habitude, c’est plus de 400 fidèles que rassemble la messe dans l’église néo-louvaniste.  Presque autant rejoignent aujourd’hui le direct tous les dimanches. Le religieux n’est pas pour autant satisfait de cette situation : « Techniquement, on se débrouille, mais voir des personnes âgées qui viennent avant la messe et qui ne comprennent pas pourquoi la porte de leur église est fermée, cela fend le cœur ».

La distance n’empêche pas pour autant les fidèles d’écouter la parole de Dieu, et les éclaircissement du prêtre pendant l’homélie. Photo : Jean Lannoy (CC BY NC ND)

« Le fait de célébrer avec les autres sur internet n’est pas gênant pour nous en soi, mais sur les réseaux sociaux, la participation de l’assemblée est devenue invisible », raconte le prêtre.

Il pointe aussi le fait que rien ne prouve que le culte dans l’Église catholique soit une source de contamination, chacun ayant toujours bien respecté les mesures, comme la distanciation. En attendant, il est l’heure de ranger son aube, et de retirer tous les câbles de l’église ; elle retrouve son silence, vidée des quelques chanceux qui ont pu vivre la messe, en vrai.

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Mumu : “L’alcool et moi”

Sat, 05/12/2020 - 10:00
Avec une honnêteté perforante, Mumu raconte l’avant, le pendant et le juste après d’un sevrage qui l’effrayait tant. Récit à cœur ouvert d’une dépendance à l’alcool.

Photo : CC Connor Home on Unsplash

Mumu, équilibriste entre humour et lucidité, évoque comment l’alcool s’est introduit dans son quotidien. Sans qu’elle s’en rende compte au départ. L’alcool qui lui permettait de tenir face à ses soucis, devient le problème. Un problème qu’elle a finalement décidé de voir et de combattre.
Au micro de Mammouth, Muma raconte ses difficultés, ses peurs, le regard de ses enfants, les surprises et les espoirs, ainsi que tous les aspects d’une vie où l’alcool a pris une trop grande place. 

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« Appel aux révoltes !” : ASCEP expose au PointCulture

Fri, 04/12/2020 - 15:07
Jusqu’au 8 décembre, sur les vitrines du PointCulture, les étudiants d’ASCEP exposent les objets de leurs révoltes, révoltes à partir desquelles ils ont créé des dispositifs de sensibilisation dans l’espace public.

Vitrine du PointCulture. Photo : ASCEP

En collaboration avec PointCulture Bruxelles, « les agité.e.s », étudiant.e.s du master 1 en ASCEP (Animation SocioCulturelle et Éducation Permanente) de l’IHECS, ont conçu et développé des actions participatives dans l’espace public, à partir de leurs révoltes.

Souvent perçue comme un élément destructif, la révolte peut être un moteur de changement. Et quel meilleur lieu pour l’exprimer que l’espace public, vu comme un bien commun, comme média pour susciter la réflexion ? L’enjeu de l’atelier proposé aux étudiants d’ASCEP par les enseignants Patricia Bouteiller et François Ernotte était donc d’utiliser cet espace public pour y créer des objets de médiation interpellant et interagissant avec un public.

Du 1e au 8 décembre, sur les vitrines du PointCulture (quartier Botanique), « les agité.e.s » exposent un échantillon de leurs projets, qui se déclinent sur divers supports. Ci-dessous, un avant-goût numérique.


Les sifflées

Tips contre le harcèlement de rue

Les Sifflées, c’est un groupe de jeunes qui a décidé de se mobiliser contre le harcèlement dans les lieux publics. Le harcèlement de rue se produit tous les jours dans les rues de Bruxelles. Il prend des formes diverses : comportements individuels et/ou collectifs adressés dans l’espace public pour interpeller, humilier, menacer des personnes, notamment en raison de leur genre. Inscrit dans un système patriarcal, il touche majoritairement les femmes, et affecte leur santé physique et morale. Selon une étude de l’Institut pour l’égalité des hommes et des femmes, dans 86% des cas de violence dans l’espace public en France, aucun témoin ne réagit. C’est l’objet de la révolte de “Les Sifflées” qui ont décidé d’agir sur TikTok. En s’appropriant les codes du réseau social, Les sifflées interprètent en musique la « méthode des 5 D », proposée dans le programme Stand Up. L’objectif de cette méthode mnémotechnique est de permettre aux citoyens d’identifier une situation de harcèlement et d’intervenir de façon simple et sécurisée. Les 5 D correspondent ainsi à 5 verbes d’action :  1. distraire, 2. déléguer, 3. documenter, 4. dialoguer et 5. diriger. Une invitation à devenir le héros d’une personne en difficulté.

Les Sifflées sur TikTok


La vague rose

Visibiliser le mobiliser urbain anti-SDF

Invisibles, les dispositifs anti-sociaux se sont fondus dans le mobilier urbain. À tel point que dans la réalité des usagers de l’espace public, ils n’existent pas. Le projet “La vague rose” entend visibiliser cette problématique en créant de toutes pièces des dispositifs anti-sociaux. Les « agité.e.s » ont interpellé des passants et les ont conscientisés à l’existence de tels dispositifs. Avec l’appui du collectif Design For Everyone qui mène des actions contre la non-neutralité de l’espace public, ils ont créé une carte qui reprend un bon nombre de dispositifs anti-sociaux dans la ville de Bruxelles, toujours dans cette démarche de visibilisation. En vous rendant à l’exposition, vous aurez la possibilité de visionner les dispositifs mis en place au Botanique, à Flagey, à la Bourse ainsi qu’à Dansaert. De plus, vous y retrouverez, à l’aide d’un QR code, tous les témoignages recueillis sur le sujet.


Au coin de la rue

Sensibiliser au sort de personnes sans-abri

Crée dans le Parc du Botanique, Au coin de la rue est un parcours d’écoute de podcasts. On y découvre des récits de vie de personnes ayant une expérience actuelle ou passée en tant que sans domicile fixe. Sur les bancs du parc se trouvent des panneaux reprenant une citation de Paolo, Jo, Rémi ou Willy, ainsi qu’un QR code envoyant vers un lien Soundcloud, donnant accès à leurs témoignages. Le projet est une invitation à porter un regard différent, bienveillant sur des personnes SDF, en commençant par prendre le temps de les écouter.  


Tramdam

L’espace public comme lieu de rencontre

Tramdam, c’est un projet étudiant qui est né de l’envie de créer du lien. Le projet part d’un constat amère : la société évolue vers davantage d’individualisme, et cet effritement des relations interpersonnelles s’accentue depuis le début de la pandémie et la stabilisation d’un contexte sanitaire angoissant. Tramdam a donc eu l’ambition de provoquer des échanges, d’inciter les gens à se sourire et à partager un moment pour briser, l’espace d’un instant, cette bulle sociale qui les isole. Après avoir investi un tram pour susciter des discussions, les étudiants ont convié les habitants de la place Adolphe Max à leurs fenêtres. Sans les masques et munis des bambous distribués dans leurs boites aux lettres, ils se sont offert une parenthèse musicale qui rappelle les applaudissements pour le personnel soignant. L’occasion de se défouler, et partager un moment collectif convivial.

Tramdam est sur Instagram

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Voitures, laissez place !

Fri, 04/12/2020 - 08:30
À Bruxelles, plus de la moitié de l’espace public est dédié à la voiture. Une proportion énorme, problématique même, surtout comparée aux autres capitales européennes. 

Photo : Igor Beghin (CC BY NC ND).

De nombreuses études montrent que l’offre en parking est un facteur décisif si on veut réduire l’afflux en voitures dans la capitale. Moins de places de parking signifierait un meilleur trafic, tout en libérant de l’espace aux autres modes de transport et à des aménagements publics tels que des parcs ou des terrasses.

La région Bruxelles-Capitale y travaille depuis de nombreuses années, mais sans trop de succès jusqu’ici… Après les échecs d’IRIS 1 et IRIS 2, le nouveau plan régional, Good Move, arrive donc à un moment charnière pour transformer le “garage à ciel ouvert” qu’est Bruxelles.

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