Mammouth
Le palais de justice de Verviers en sursis ?
Alexandre Capart
Emprisonné par des étançons depuis l’été 2014, le bâtiment principal du palais de justice de Verviers n’accueille plus aucune audience. Ce qui devait être une mesure temporaire, perdure et aucune solution ne semble voir le jour. Ce qui a obligé la justice verviétoise à s’adapter et à prendre son mal en patience.
Il est neuf heures pétantes ce mercredi matin, le Tribunal Correctionnel de Verviers s’éveille déjà dans un va-et-vient incessant. Les dossiers s’enchaînent et les visages défilent. Fraude, port illégal de cannabis, vols de voitures, les prévenus se succèdent dans la petite salle de droite rue du Tribunal 4. Dans ce ballet incessant, Luc Brunclair, un irréductible chroniqueur judiciaire est assis dans le fond de la salle. Il assiste scrupuleusement aux échanges entre avocats et le ministère public tout en griffonnant quelques informations sur son carnet. « Il n’y a vraiment rien d’intéressant aujourd’hui », souffle-t-il à l’issue des séances du matin. « Des vols de voitures, des petites affaires de cannabis, … Je ne peux rien faire avec ça », grimace-t-il. Il faut dire que l’homme de 75 ans à la voix rauque, visiblement fatiguée par le temps, en a vu d’autres. « Ça fait 42 ans que je viens tous les jours au palais de justice. J’ai connu la grande et belle époque où Verviers avait un palais de justice digne de ce nom », indique le journaliste indépendant qui a travaillé pour La Meuse, l’Avenir, le PAN, ou encore Radiolène (l’ancienne radio verviétoise de la RTBF) qui rédige encore quelques compte rendus pour la télévision locale verviétoise, Vedia.
La nostalgie finit par l’emporter, Luc Brunclair se remémore ses souvenirs, le regard ailleurs. Et au fur et à mesure que sa cigarette se consume, il regrette la grandeur du palais de justice, perdue depuis plus de 10 ans. « Tu veux qu’on y fasse un tour ? Je te préviens, il y a beaucoup de choses à raconter ». Le chroniqueur s’aventure dans l’ancienne partie du palais de justice de Verviers. Le chemin est simple. Il suffit d’emprunter une porte barrée par un symbole « interdit au public », en jaune fluo. « C’est quand même très mal indiqué. Je m’y perds aussi à chaque fois ».
Une toiture « sabotée par les soldats allemands »Derrière cette porte, se présente un tunnel de cloisons en bois. « Ils l’ont construit pour protéger en cas de chutes de pierres de l’ancien palais de justice. On en est arrivé là … ». Pourtant, la salle des pas perdus de l’ancien tribunal de Verviers rayonne par ses vitraux. Imaginé par l’architecte bruxellois, l’édifice a été construit entre 1830 et 1850. « C’est un lieu splendide avec une belle mezzanine et des superbes vitraux. On voit vraiment l’influence néo-classique de l’époque. Ici, toute la société se réunissait. Ce palais me tient particulièrement à cœur ». Mais c’est pendant la Seconde Guerre mondiale que son état s’est dégradé, notamment au niveau de la toiture. « Ce sont les soldats allemands qui ont saboté la toiture. Ils ont coulé du béton dans la toiture pour faire en sorte qu’elle soit trop lourde et s’effondre », raconte Luc Brunclair.
« C’est un véritable gâchis pour bâtiment si important dans le patrimoine verviétois »
Yves Wynants, Bâtonnier de l’ordre du Barreau de VerviersMais la beauté de cette grande salle est rapidement éclipsée par un mur d’étançons qui barre l’ancienne entrée du bâtiment. Ces structures métalliques sont devenues obligatoires pour soutenir l’aile ouest qui menace de s’effondrer. Une situation jugée déplorable par le Bâtonnier de l’ordre des avocats du Barreau de Verviers, Maître Yves Wynants. « Ces barres sont là depuis l’été 2014 et l’aile Janson (NDLR : l’aile ouest) est totalement fermée au public. Même les greffiers et les magistrats n’y ont plus accès. Il n’y a plus de toit. Les oiseaux viennent. Il y a des fientes de pigeons et du beau mobilier abandonné. C’est terrible », précise-t-il. « Il n’y a plus de toit. La pluie s’infiltre dans le bâtiment. C’est un véritable gâchis pour un bâtiment si important dans le patrimoine verviétois ».
Depuis lors, c’est dans la nouvelle aile, baptisée « Nord », que l’essentiel de l’activité judiciaire verviétoise se concentre. Inauguré en 1995, le bâtiment rouge, bardé de branches métalliques, tranche avec l’élégance de l’ancien palais. Un bâtiment froid qui regroupe le tribunal correctionnel et la chambre du conseil montre déjà ses limites. Luc Brunclair observe le lieu avec un regard critique. « C’est une solution de dépannage », lâche-t-il. « Cette annexe n’est plus à jour. C’est assez préoccupant. Et ça pose question ». Le chroniqueur, habitué au confort de l’ancien palais a eu du mal à s’y habituer, tout comme le Bâtonnier. « Forcément, la justice verviétoise a perdu en qualité et en efficacité. Toute la justice a été concentrée dans un nouveau bâtiment, tout ce qu’on avait dans un nouveau bâtiment, très exigu. On se marche sur les pieds. Ça crée de l’inconfort pour les juges, pour les greffiers, les avocats et même pour le public. La salle des pas perdus n’a rien à voir avec celle du grand palais », glisse Yves Wynants.
Du « Bricolage » organisationnelMultiplication des audiences, changements de salles, reports et même transferts de détenus en pleine salle des pas perdus, le palais de justice s’organise dans des conditions compliquées. « Quand la salle d’audience du tribunal correctionnel est occupée, les détenus doivent traverser le palais de justice. Donc il y a des policiers qui doivent installer des barrières Nadar pour écarter les gens du passage. C’est assez atypique. C’est clairement du bricolage », raconte Yves Wynants.
Comme aucune décision n’est prise pour améliorer les conditions, j’ai changé de spécialisation pour éviter les soucis d’infrastructure
Un avocat verviétois qui préfère rester anonymeUne situation difficile qui pousse à bout des avocats. À Verviers, un avocat qui préfère rester anonyme raconte qu’il a préféré se réorienter pour avoir de meilleures conditions de travail. « Les affaires de famille sont traitées dans le vestiaire des magistrats. C’est une pièce trop petite. Et parfois, il y a cinquante personnes dedans. C’est devenu invivable », lâche-t-il après avoir abandonné les affaires de famille à cause de ces problèmes d’infrastructures. « Cet endroit n’est plus du tout légitime pour la justice. Par exemple dans une affaire de divorce, l’homme et la femme doivent emprunter le même couloir très exigu. Et c’est déstabilisant. Il y a un manque de distance qui entrave le bon fonctionnement de la justice. Comme aucune décision n’est prise pour améliorer les conditions, j’ai changé de spécialisation. Je suis dans le correctionnel et dans les affaires de roulage. Ça me permets d’éviter les soucis d’infrastructures ».
Si en interne, le même constat est limpide, l’extérieur du bâtiment laisse, lui aussi, entrevoir les faiblesses de la structure. Les étançons et les structures métalliques oranges de la façade ouest font partie du paysage verviétois depuis plus de 10 ans. « C’est au point mort pour le moment ! C’est incompréhensible », poursuit Luc Brunclair qui ne se fait pas d’illusion. « Il y a des promesses qui sont faites, mais je pense que je ne verrai jamais le bâtiment à 100% opérationnel ».
La balle est dans le camp de la Régie des BâtimentsGestionnaire de l’immobilier de l’état, c’est la Régie des Bâtiments qui est responsable du dossier. En 2021, l’instance fédérale a obtenu un permis pour déconstruire le toit de l’aile Janson en prévoyant d’y installer un parapluie afin de protéger l’édifice. Mais ce parapluie n’a jamais été installé. En juin dernier, la ville de Verviers a tiré la sonnette d’alarme. « Nous avons saisi Conseil d’Etat parce que le toit-parapluie était la condition sine qua non pour maintenir le palais dans un bon état. Le palais de justice est essentiel pour l’activité économique dans la ville et pour garantir des services proches pour les justiciables de l’arrondissement », relate Maxime Degey, le bourgmestre de la cité lainière, qui a eu gain de cause de la part du Conseil d’Etat. Dos au mur, la Régie des Bâtiments a alors introduit un nouveau permis, sans le parapluie-toit, qui a été refusé par la région wallonne. « Depuis, la régie nous a assuré qu’ils allaient trouver une solution pour stabiliser le bâtiment. Mais on ne veut pas que l’inaction ne retarde trop les choses et que le palais deviennent entièrement insalubre ». À l’heure actuelle, aucune échéance n’a été officiellement annoncée par la régie des bâtiments. Mais celle-ci s’est déjà activée sur le dossier de la construction de la nouvelle prison, qui devrait commencer en 2030. En attendant, le palais de justice, reste lui, soutenu par ses étançons.
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L’écologie en lumière dans les salles obscures
Image tirée de « Avatar : la voie de l’eau » réalisé par James Cameron (2022)
Au fil des années, une certaine « éco-anxiété » s’est installée dans nos sociétés. Incendies de forêts, réchauffement climatique ou encore fonte des glaces, nombreuses sont les catastrophes climatiques qui peuvent susciter une prise de conscience quant aux enjeux environnementaux. La thématique écologique devient centrale dans les médias. Le cinéma de fiction ne fait pas figure à part ; il met lui aussi en avant, et ce depuis de nombreuses années, les enjeux écologiques sur les grands écrans. Mais avec quels freins et quelles difficultés ? Pierre Bussaer et Louis Dixon ont fait le tour de la question dans un long format, à découvrir ci-dessous.
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Soigner sous le feu
En Ukraine, les infrastructures de santé croulent sous les missiles russes. Une situation qui se produit encore trop souvent dans les conflits armés malgré leur interdiction par le droit international.
Le 24 juin 2025, un missile s’abat sur un hôpital pédiatrique à Dnipro, dans l’oblast de Dnipropetrovsk, une ville située à plus de 140 km de la ligne de front. Le bâtiment est gravement endommagé, les vitres explosent, des salles d’opération sont détruites. Hommes, femmes et enfants sont évacués dans l’urgence, certains encore perfusés, d’autres transportés sur des brancards improvisés. Dans la cour, parents, médecins et secouristes fouillent les gravats à mains nues. Il s’agit du dernier bombardement d’un hôpital recensé par The Humanitarian Data Exchange, qui établit des rapports semestriels sur les attaques visant des établissements de santé.
Depuis le début de la guerre le 24 février 2022, les structures de santé ukrainiennes sont devenues des cibles régulières, qu’il s’agisse d’hôpitaux, de cliniques ou d’ambulances. Selon un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), au moins 2881 attaques visant les services de santé ukrainiens ont été recensées. En 2025, l’OMS a constaté une augmentation de 20 % du nombre d’attaques contre le système de santé par rapport à 2024. Pour les travailleurs humanitaires présents sur le terrain, ces attaques ont profondément transformé leur manière de travailler et de survivre. Yuliia Trofimova, que nous avons interviewé lors d’un entretient en ligne, travaille en Ukraine pour Médecins Sans Frontières (MSF). Elle décrit une situation extrêmement compliquée : « Les hôpitaux proches de la ligne de front manquent de tout : personnel, électricité, eau, chauffage, etc. C’est presque impossible de travailler dans ces conditions ».
Si le manque de besoins de première nécessité pose beaucoup de problèmes, c’est plutôt le risque de bombardement qui rend la situation encore plus difficile. Selon Scott Hamilton, qui s’est rendu plusieurs fois en Ukraine pour MSF, le vrai problème c’est que personne n’est en sécurité nulle part, un missile peut vous tomber sur la tête à n’importe quel moment. Le fait que des bombardements aient eu lieu à Lviv en est le parfait exemple, puisque cette ville se situe à l’opposé total de la frontière russe.
Face au risque de bombardement, les hôpitaux ukrainiens prennent des mesures de sécurité : « Nous travaillons avec des casques et des gilets pare-balles », explique Yuliia, « ça nous protège de certains débris si nous ne sommes pas trop proches d’une explosion, mais ça ne change rien au fait que nous ne pouvons pas savoir quand le prochain hôpital sera pris pour cible ».
Les hôpitaux installent aussi des abris souterrains, comme à Kherson, une ville située en pleine zone de combat. « Mes collègues à Kherson ne peuvent même pas sortir de l’hôpital. Ils travaillent le jour et passent les nuits dans les souterrains de l’hôpital pour être à l’abri en cas d’attaque nocturne ».
La stratégie du « double tap »Qu’il s’agisse de Yuliia ou de Scott, les secouristes de MSF ont tous les deux subi une attaque russe différente à Pokrovsk. Si ces attaques sont distinctes l’une de l’autre, elles ont comme point commun d’avoir été lancées en deux parties : « 10 ou 15 minutes après la première frappe, il y en a eu une deuxième », explique Yuliia Trofimova. Une stratégie couramment utilisée par l’armée russe qui vise à accroître le nombre de victimes.
Selon Aude Merlin, professeure de science politique à l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et spécialiste de la Russie et du Caucase, cette stratégie ne date pas d’hier : « En 1999 déjà lors du conflit en Tchétchénie, les Russes avaient bombardé la maternité de Grozny en double tap ». « C’est devenu un véritable modus operandi russe post-soviétique qui vise à envoyer une deuxième frappe avec un temps de décalage pour toucher les secours aussi », explique Aude Merlin, « cette stratégie extrêmement violente vise à intimider et à terroriser la population civile afin de démoraliser et décourager les gens qui se battent pour leur identité nationale ».
Attaquer des civils et notamment des hôpitaux fait donc partie des stratégies russes. Ajouter à cela que Poutine n’hésite pas à utiliser le « double tap », c’est « la preuve d’une absence totale d’égard à la vie humaine », selon la spécialiste du monde russe.
« Je ne peux pas croire que ces attaques soient des erreurs »Face à la multiplication des attaques contre des hôpitaux, le droit international humanitaire établit pourtant des règles très claires. Comme l’explique Pierre Klein, professeur de droit international à l’ULB, il existe un principe fondamental que toutes les armées sont censées respecter : « Le droit des conflits armés impose aux états qui sont impliqués dans un conflit armé de toujours faire une distinction entre les objectifs militaires et tout ce qui relève des infrastructures civiles de façon générale ».
Ce principe, appelé principe de distinction, impose aux belligérants de différencier en permanence les objectifs militaires des infrastructures civiles. Les armées ne peuvent légalement viser que des cibles militaires, comme des bases, des équipements ou des positions stratégiques. Un principe qui, selon Aude Merlin, n’est pas respecté par la Russie : « A l’heure actuelle, la technologie permet très facilement de distinguer une maternité d’une base militaire, je ne peux pas croire qu’en 2026 ces attaques ciblées soient des erreurs ».
Quant à Pierre Klein, il rappelle que bombarder délibérément des civils est un crime de guerre : « Une fois la guerre terminée, si les soldats qui ont commis ces actes, ou les commandants qui les ont ordonnés sont arrêtés, ils pourront être traduits devant la justice ukrainienne pour crimes de guerre ». Mais de telles procédures sont longues et complexes. « Il faut prouver que l’hôpital bombardé n’était pas utilisé comme base ou comme refuge par des soldats ukrainiens. Sinon, la frappe devient légitime puisqu’elle vise un objectif militaire ».
En dépit de leur durée, ces procédures constituent un élément essentiel du droit international, en permettant d’établir des responsabilités individuelles et reconnaître les violations commises. Et d’ouvrir ainsi la voie à la Justice et aux réparations.
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Farmer case: totalement recevable
Photos: Adrien Goffin
Pour la première fois en Belgique, un tribunal reconnaît qu’un citoyen peut poursuivre une multinationale fossile pour sa responsabilité dans le dérèglement climatique. Ce 18 mars, le tribunal de l’entreprise de Tournai a jugé recevable l’action intentée par l’agriculteur Hugues Falys contre TotalEnergies, premier raffineur et distributeur de produits en Belgique. Mais sur le fond, la justice belge a choisi de suspendre sa décision, dans l’attente d’un autre procès en cours en France.
Il est 12h35 lorsque les premiers soutiens arrivent devant le tribunal de l’entreprise de Tournai. Sous un soleil tapant pour un mois de mars, presque ironique au vu du fond du procès, l’ambiance est légère. On se salue, on s’embrasse, on rit. Rien, à première vue, ne laisse présager qu’un procès inédit en Belgique se joue ici. Comme si, déjà, quelque chose avait été gagné.
Sous un micro-perche, Hugues Falys et Pierre-Arnaud Perrouty, directeur de la ligue des droits humains, échangent à voix basse, quelques minutes avant le verdictÀ 13h, les prises de parole commencent. On parle de justice climatique, de monde agricole, de responsabilité. Hugues Falys est là, entouré de ses avocates et des ONG qui le soutiennent. Depuis deux ans, cet agriculteur du Hainaut est devenu, presque malgré lui, le visage d’une bataille judiciaire inédite en Belgique.
Agriculteur à Bois-de-Lessines depuis les années 1990, il explique avoir vu son exploitation fragilisée par la multiplication des événements climatiques extrêmes : sécheresses, pluies intenses, chaleur, imprévisibilité. Tous ces évènements, liés au changement climatique, lui auraient causé des pertes économiques, du stress, et une inquiétude constante.
Alignées derrière les messages de soutien, les quatre avocates accompagnent Hugues Falys lors de sa prise de parole, juste avant l’annonce du verdictPuis vers 13h30, la foule s’amasse à l’entrée du tribunal, bloquée par la police. Avoir accès au bâtiment se transforme en parcours du combattant. Contrôles d’identité, fouilles, détecteurs de métaux, chiens policiers. Le contraste est saisissant avec la taille modeste des lieux. Les citoyens sont invités à entrer par petits groupes, pour laisser le temps aux agents à l’intérieur de procéder à tous les contrôles.
Les personnes souhaitant assister à l’audience doivent s’inscrire à l’avance, présenter leur carte d’identité et se voir attribuer une place Plusieurs chiens policiers étaient présents dans l’enceinte du tribunalLa salle est petite, trop petite. Les places sont limitées à une trentaine. Beaucoup resteront dehors. C’est donc à coup de bras et d’épaule que les principaux intéressés devront se faufiler dans la salle, suivis de la presse et des collaborateurs du dossier.
Un moment presque cinématographique se joue alors devant l’entrée du tribunal. Alors qu’une trentaine de personnes attendent encore derrière les barrières, retenues par le dispositif policier, les avocats et communicants de TotalEnergies arrivent. Costume sombre, démarche rapide. Ils se frayent un chemin au milieu de la foule. Les conversations s’arrêtent, les regards se figent. Personne ne dit rien mais tout le monde regarde. Le contraste est saisissant. D’un côté, une poignée d’agriculteurs, de militants, de citoyens venus soutenir Hugues Falys. De l’autre, les représentants d’un des plus grands groupes pétroliers au monde, avançant sans s’arrêter, presque hors de la scène.
Sortie des avocats et communicants du groupe TotalEnergiesUne fois à l’intérieur, nouvelle consigne pour la presse. Elle a jusqu’à 14 heures pour faire ses prises de vue, après quoi le matériel de captation devra être sorti de la salle pendant l’audience. Mais personne ne se chargera de le surveiller. Une injonction absurde, presque surréaliste.
À 14 heures précises, la salle est saturée de journalistes et de photographes, chacun tentant de capter les derniers instants avant le verdict — une poignée de main, un échange à voix basse, un regard tendu. L’agitation est à son comble lorsque les juges font leur entrée. Très vite, le ton change. Ils demandent l’évacuation de la presse. La police intervient alors pour faire sortir reporters et photographes, mettant fin à l’effervescence qui régnait quelques secondes plus tôt. Le calme retombe brusquement.
Deux agents resteront dans la salle pendant toute la lecture du jugement, veillant à ce qu’aucun enregistrement ne soit réalisé.
Le tribunal valide… mais suspendLe silence s’installe. La lecture du jugement commence. Elle est longue, technique, par moments presque opaque pour les non-juristes. Les mots s’enchaînent, précis, froids, méthodiques. Dans la salle, personne ne bouge. Les regards oscillent entre le juge, les avocats, et Hugues Falys. Et au fil des phrases, quelque chose se dessine. Le tribunal valide les arguments du Farmer Case, un à un. Mais vers 14h30, le tribunal rend sa décision.
« Le tribunal décide de surseoir à statuer dans l’attente de la décision du tribunal judiciaire de Paris. La procédure parisienne devrait aboutir dans un délai raisonnable, le 25 juin 2026. Le tribunal exercera au moment opportun, en toute indépendance. »
En effet, la multinationale est déjà poursuivie à Paris, accusée par Sherpa, Notre Affaire à Tous, France Nature Environnement et la ville de Paris d’avoir manqué à son devoir de vigilance sur les risques environnementaux. Depuis 2017 en France, les grandes entreprises doivent prévenir les atteintes aux droits humains et à l’environnement liées à leurs activités. Les ONG accusent TotalEnergies de ne pas respecter cette obligation, notamment dans sa stratégie climatique.
Pas de décision sur le fond, donc ce 18 mars. Le cœur du procès — la responsabilité climatique de TotalEnergies — est mis en pause. Mais dans le même mouvement, le tribunal tranche ailleurs. Il se déclare compétent, juge l’action recevable et reconnaît que la société-mère peut être mise en cause pour la stratégie du groupe.
Trois points que TotalEnergies contestait fermement. Trois points qui changent déjà la suite du procès.
Une première historique en Belgique
Derrière cette journée, il y a une procédure sans précédent. En mars 2024, Hugues Falys, soutenu par Greenpeace, FIAN Belgique et la Ligue des droits humains, a assigné TotalEnergies en justice pour sa responsabilité dans le dérèglement climatique.
Dans son action, il accuse TotalEnergies de contribuer à cette situation par sa production d’énergies fossiles, sa stratégie climatique jugée insuffisante, et ses pratiques de greenwashing. Avec les ONG, il demande à la justice non seulement une réparation du préjudice, évalué à 130.000 euros, mais aussi des mesures contraignantes : arrêt des nouveaux projets fossiles, réduction des émissions, et plan de transition aligné avec l’Accord de Paris. Une demande ambitieuse et juridiquement explosive.
Derrière cette affaire, il y a aussi un chiffre, souvent répété par les ONG et les avocates du dossier. TotalEnergies fait partie de ces trente multinationales fossiles qui sont à elles seules responsables d’un tiers des émissions historiques de gaz à effet de serre. Des entreprises qui, depuis des décennies, exploitent, produisent et commercialisent pétrole et gaz, tout en ayant connaissance de leur impact sur le climat.
« Les lignes sont en train de bouger »À la sortie, Hugues Falys ne se précipite pas vers les micros. Avec son équipe, il s’isole quelques minutes, à l’écart. On discute, on analyse, on ajuste les discours.
Hugues Falys semble pensif à la sortie de la salle d’audience L’équipe du Farmer Case s’entretient dans un coin du tribunal avant leur prise de paroleDix minutes plus tard, l’agriculteur revient vers les dizaines de soutiens encore présents, puis il prend la parole.
« Le tribunal reconnaît aujourd’hui que l’agriculture est directement touchée par la crise climatique. Il reconnaît que les agriculteurs en sont des victimes, et que la justice a un rôle à jouer pour contraindre les responsables à rendre des comptes. C’est un premier pas. Mais c’est un pas important. Les lignes sont en train de bouger. »
Dans l’assistance, les réactions sont mesurées. On est loin de l’euphorie, mais personne ne parle de défaite.
Hugues Falys tient en main un discours préparé en amont, adapté aux différents scénarios possibles du jugementÀ ses côtés, son avocate Marie Doutrepont insiste sur la portée juridique de la décision.
« C’est un signal d’espoir important. Aujourd’hui, le tribunal reconnaît que les victimes de la crise climatique peuvent assigner une multinationale dans leur propre pays, même si ce n’est pas celui où elle a son siège. C’est une avancée majeure. Et très clairement, c’est une jurisprudence qui fera date. »
Après une première vague d’applaudissement, elle poursuit :
« Le tribunal a rejeté plusieurs arguments centraux de TotalEnergies. Il reconnaît notre intérêt à agir, il reconnaît sa compétence, et surtout il reconnaît que la société-mère peut être tenue responsable de la stratégie du groupe. Ce sont des éléments fondamentaux pour la suite du procès. »
Prise de parole de Marie Doutrepont, avocate de Hugues Falys et des ONGToujours acclamée, elle tempère enfin :
« Évidemment, nous aurions préféré une décision sur le fond aujourd’hui. Mais le tribunal montre qu’il traite cette affaire avec sérieux. Et la procédure continue. »
Pendant ce temps, du côté de TotalEnergies, aucune réaction.
À la sortie de l’audience, une porte-parole indique qu’un communiqué sera envoyé dans la journée. Quelques heures plus tard, changement de version : il n’y aura finalement pas de communication. Silence radio.
Un procès loin d’être terminéSur le fond, rien n’est encore tranché. Le cœur du dossier — la responsabilité climatique de TotalEnergies — reste entier. Le tribunal attend désormais la décision du 25 juin 2026 à Paris. Une audience est déjà fixée au 9 septembre pour décider de la suite du procès à Tournai. Mais une étape a été franchie.
Pour la première fois, la justice belge reconnaît qu’un citoyen peut attaquer une multinationale fossile dans son propre pays pour des dommages liés au climat. Pas encore une condamnation, mais plus qu’un symbole : une brèche juridique. Une de celles qui, à terme, pourraient redéfinir la responsabilité des multinationales face à la crise climatique.
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Jonathan Salomon : portrait d’un pâtissier
Révélation 2026 de la pâtisserie chez Tartines et Boterham, Jonathan Salomon incarne la rigueur, la précision et l’amour du travail bien fait. Entre gestes maîtrisés et quête de perfection, il nous ouvre les portes de sa passion et de son univers gourmand.
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Le café de spécialité, un café de solutions
Le café : certains d’entre nous en boivent tous les jours au réveil, au travail ou en fin de repas. Mais beaucoup ignorent que ces grains sont exposés à des dynamiques de marché, différentes échelles de qualité et manières d’être préparés. Regardons ça de plus près.
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La vinaigrerie Sainte-Odile: portrait d’une artisane passionnée à Anderlecht
Quand on pense au vinaigre, on s’imagine un liquide avec une odeur qui pique le nez, un goût vif, prononcé voire aigre. Heureusement, une poignée de personnes dans le monde perpétue la tradition d’un vinaigre de qualité, loin des adjectifs précédemment cités. C’est le cas de Daphné, une bruxelloise passionnée qui a décidé d’en faire son métier.
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Rien ne vaut la maison
Photos par Paul Dorthu
Le port d’Anvers est le deuxième plus grand port européen. Chaque année, des milliers de marins, hommes et femmes, y posent pied pour quelques heures. À l’Internationaal Zeemanshuis Antwerpen (IZA), ils s’arrêtent pour souffler le temps d’une soirée. Une pause entre deux voyages loin du large, où l’on oublie durant quelques heures la vie sur les vagues.
L’Antwerp Harbour Hotel est situé au bout d’une longue rue grise, au coin d’un gigantesque carrefour où trams et voitures s’entremêlent. Au loin, les grues du port se dressent, surplombent les centaines d’allées bardées de containers bien alignés. C’est ici que se trouvent les bureaux de l’IZA, une organisation financée par la ville d’Anvers qui vise à s’occuper des marins. En journée, tout est calme, seuls quelques bénévoles s’affairent. Mais lorsque la nuit tombe, le lieu se réveille.
Muhammad est marin. Il a vingt-neuf ans, le regard confiant, les gestes vifs. Il travaille pour une entreprise navale italienne, “la meilleure du monde”. Pour 1500 euros par mois, soit une dizaine de fois le salaire moyen de son Pakistan natal, il vit sur l’eau. Île Maurice, Cape Town, Séoul. Sur son téléphone dernier cri, les photos de voyage défilent. Pour lui, la vie de marin est une chance. Il tient ça de son père. Muhammad ne compte pas rester pour toujours sur les flots. Il a une famille qui l’attend à la maison. Son père a déjà acheté de grandes langues de terre, où il rêve de s’implanter, et de construire une ferme. Il s’entend bien avec l’équipage, et ne trouve pas le travail trop éprouvant. À bord, il est bien nourri, il dispose d’une salle de gym, et de barbecues sur le pont lorsque la météo le permet. Sa femme et ses enfants lui manquent. C’est ça le plus dur. Pas les tempêtes, ni la solitude. Pour Muhammad, la mer est une opportunité. Une histoire qui n’est pas la norme.
Le vide à l’horizonDans la famille de José Oliveira, l’eau salée coule dans les veines depuis des générations. Fils d’un marin portugais qui a fui la dictature de Salazar lorsque des agents de celui-ci s’en sont pris à sa famille, il connait les réalités de la vie en mer : les longs mois passés loin des siens, l’absence, l’attente. Il décide donc de dédier sa carrière aux gens comme son père, ceux qui portent du bout des bras l’économie globalisée. Il travaille pour l’Internationaal Zeemanshuis Antwerpen (IZA) où il s’efforce d’apporter un soutien à ces travailleurs trop souvent mis sur le côté.
Parmi les 1,9 million de marins dans le monde, un tiers sont philippins. La raison est simple : « Ils maîtrisent l’anglais, et ils sont cheap », explique José. Pour les patrons de l’industrie, c’est ce dernier élément qui les retient. « Dans la majorité des cas, les conditions de vie des marins se rapprochent de l’esclavage moderne ». Les passeports sont confisqués par le capitaine afin d’éviter les fugues et de faciliter les contrôles des services d’immigration.
À bord, les mois sont longs. Le grand démon des équipages, c’est la solitude. Pour un bateau cargo moderne, certains pouvant aller jusqu’à 400 mètres de long, 8 à 24 membres d’équipage suffisent. Mark est aumônier au port et travaille auprès de José depuis des années. L’Église s’est implantée dans les ports bien avant l’état, préoccupée par le peu d’attention qu’ils suscitaient et avides de nouvelles âmes à évangéliser. Les bras derrière le dos, debout dans un couloir de l’IZA, il confirme la rudesse de la vie en mer. Ses paroles sont mues d’un investissement réel, ses yeux ne semblent plus surpris par rien. L’année passée, il a pris en charge deux cas de suicide. À chaque fois, il doit bénir la cabine du défunt. Dans le cas contraire, les autres marins n’y entreraient plus.
Le spectre du suicide s’est intensifié depuis quelque temps, et est même devenu une cause majeure de mortalité du secteur, dépassant le nombre de morts accidentelles. La cause ? José tapote l’écran de son portable, l’air désapprobateur. Lorsque son père partait en mer, il ne savait rien de ce qui se passait sur la terre. Aujourd’hui, les marins assistent à la vie de leurs proches sans pouvoir y participer, ce qui ne fait qu’accentuer cette solitude. Beaucoup vivent des décès de loin, des divorces et surtout des pressions financières. Souvent, le salaire d’un marin permet de faire vivre une quinzaine de personnes. Certains craquent. La charge est trop grande. Au-delà d’être seul, le problème réside dans le huis clos du bateau : les marins ne peuvent pas parler de leurs états d’âme avec leurs proches qui sont à des milliers de kilomètres. Seul le reste de l’équipage subsiste. C’est pour cela que José les écoute. Pour eux, c’est une bouffée d’air frais au milieu de longs mois d’entre-soi.
D’autres problèmes perdurent depuis trop longtemps : notamment celle de l’accès aux soins. Mark raconte la fois où un homme fit une crise cardiaque en pleine mer. Incapables de le sauver, le reste de l’équipage dut le mettre dans la chambre froide, jusqu’à leur arrivée au port d’Anvers. Ces histoires ne sont pas rares ; José se souvient d’un homme qui était arrivé au port livide, souffrant de chaleurs excessives, le front trempé de sueur. Sa boîte de médicaments était vide. « Hypertension artérielle. Si le bateau était arrivé un jour plus tard, l’homme serait mort », souffle-t-il.
« Hypertension artérielle. Si le bateau était arrivé un jour plus tard, l’homme serait mort »
Dans les couloirs, au bar, ou dans les canapés, un dénominateur commun : il n’y a aucune femme. Au niveau mondial, elles ne représentent que 2% des effectifs. Une sous-représentation qui change, doucement. Les défis sont nombreux : manque d’infrastructure adaptée, une culture patriarcale bien ancrée et parfois, des situations dangereuses. Sanjay* est ingénieur sur un navire italien. Il confirme. “Ces hommes passent des semaines sans voir de femmes. Tu peux donc imaginer…” lance-t-il à demi-mots.
La mer malgré toutL’IZA parcourt le port en camionnette pour y vendre de la nourriture, des souvenirs et des vêtements à prix réduits. C’est le capitaine de chaque bateau qui décide si l’IZA peut distribuer ces objets. « Si celui-ci est un homme sage, il accepte », confirme José. Mais cela représente aussi un risque. Lorsque ces hommes et ces femmes touchent la terre et sociabilisent avec des gens de l’extérieur, ils se sentent revigorés, libres. Car au-delà du confort matériel, l’organisation apporte un soutien psychologique. Il faut faire vite. Les hommes ne quittent le navire que rarement, et lorsqu’ils se rendent à l’IZA, ce n’est pas pour longtemps. En journée, ils travaillent sur le bateau. Et la nuit, ils y dorment. Les seuls moments où ils peuvent s’échapper sont entre 19h et 23h environ. Une fenêtre de quatre heures loin des vagues, pour s’assurer que le monde existe encore. À peine le temps de prendre l’air, faire quelques emplettes, et boire un verre au bar. Les chambres de l’Antwerp Harbour Hotel, pensées pour un monde d’avant où les marins restaient plusieurs jours à quai, se sont vidées. Il a fallu se résoudre à ouvrir l’hôtel au public pour rester à flot.
L’organisation compte 22 bénévoles. L’une d’entre elles est ici, touchée par les histoires de son époux qui a travaillé auprès des marins pour une mission religieuse : une fois, lors d’un voyage, l’équipage avait découvert un passager clandestin qui s’était caché à bord. Le risque est grand. Si à l’arrivée, les services d’inspection du port le découvrent, l’entreprise sera contrainte de verser une lourde amende, et la responsabilité retombera sur les épaules du capitaine. Ce dernier avait voulu le jeter vivant par-dessus bord, mais le missionnaire l’en avait dissuadé. Si ce genre d’histoire arrive souvent ? « Ma zeker (mais bien sûr) », chuchote la dame, surprise par la question.
Tony travaille sur des bateaux depuis 15 ans. Il montre la voie à son collègue et ami, Dhruva, qui a à peine 24 ans.
Dhruva a grandi à Diu, “Beautiful Diu”. C’est dans ces eaux claires qu’il a appris à pêcher.
« Il n’y a pas que des moches histoires, il y en a aussi des belles. Beaucoup. » Arjun* et Sanjay sirotent une bière, accoudés à une table haute d’une station-service du quartier. Ils en profitent : sur le bateau, la consommation d’alcool est très contrôlée, voire prescrite. “On est payé pour voyager autour du monde”, rigolent-ils. Ils évoquent les vagues d’une dizaine de mètres dans la Manche, les nuits éternelles dans le Pacifique Nord couvert de glace, la peur que leur invoque le triangle des Bermudes. Sanjay vient du nord de Mumbai, mais adore la côte australienne. Cependant, s’il devait voter pour le plus beau pays du monde, il n’hésiterait pas une seule seconde. Il sourit. « L’Inde, bien sûr. »
Rien ne vaut la maison.
*Noms d’emprunt
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La réalité nuancée des Chrétiens d’Orient en Israël et Cisjordanie
@AFP
Un extrait de l’ancien député français Meyer Habib affirmant que les chrétiens seraient persécutés par les musulmans en Israël et en Cisjordanie circule sur les réseaux sociaux et alimente certains débats sur la situation des minorités religieuses dans la région.
Mais que disent réellement les chiffres et les recherches académiques sur le déclin relatif de la population chrétienne ? S’agit-il d’une persécution religieuse, comme l’affirme l’ancien député, ou d’un phénomène plus complexe ?
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Mons: coupure de gaz et friture sur la ligne
Wikimedia commons
En février 2026, la ville de Mons a été confrontée à une importante coupure de gaz qui a privé des milliers de foyers de chauffage. Alors que le gestionnaire de réseau Ores est intervenu pour rétablir la situation, une polémique a éclaté entre le bourgmestre de Mons, Nicolas Martin, et le gouvernement wallon.
Le bourgmestre a dénoncé un manque de soutien des autorités régionales, tandis que le ministre-président Adrien Dolimont a assuré que toutes les procédures avaient été respectées. Qui dit vrai ? Pour le comprendre, nous avons vérifié ce que prévoit réellement la procédure officielle de gestion de crise en Wallonie.
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Enfants d’Ukraine, nés trop tard pour être protégés
Crédits photo : Anna Guay (CC BY-ND)
En Belgique, les familles ukrainiennes sont confrontées à un mur administratif. Les enfants nés après le 24 février 2022 n’avaient déjà pas accès à la protection temporaire, contrairement au reste de leur famille. Mais depuis juillet 2025, les conditions concernant le regroupement familial se sont durcies. Des enfants se retrouvent ainsi sans statut légal.
Maryna est assise dans un canapé marron situé au septième étage d’un immeuble de la rue de la Loi. Le soleil de fin d’après-midi illumine les murs blancs des bureaux de l’Ukrainian Voice Refugee Committee. Armoires vides, tables éparpillées, poufs verts criards posés aléatoirement sur la moquette et câbles apparents : l’organisation ne semble pas avoir pris pleine possession de ses locaux. La pièce où se trouvent Maryna et sa fille fait aussi office de salle de classe, comme en témoignent les mots écrits en français sur le tableau blanc. Dans le bureau adjacent, une équipe de cinq travailleuses s’affairent sur leurs ordinateurs portables.
La jeune maman pose un regard tendre sur Arina, 3 ans, son bras enroulé autour d’elle. Sa fille a les yeux scotchés sur le téléphone. Maryna réfléchit un moment. Puis, elle se lance, hésitante: “Je suis effrayée, car Arina n’a pas de statut légal. Je ne sais pas quoi faire, nous ne pouvons ni bouger, ni revenir en arrière. Je suis inquiète pour le futur”. Comme 93 000 autres Ukrainiens, la jeune maman a trouvé refuge en Belgique pour fuir la guerre. “La Belgique était une évidence car, chez moi, j’ai eu quelques cours de néerlandais et de roumain, une langue qui se rapproche un peu du français”.
Maryna est arrivée seule avec sa fille à BruxellesSur sa vie d’avant et son départ, Maryna reste évasive. Elle se contente d’évoquer sa ville natale, Tchernivtsi, dans l’ouest de l’Ukraine. “Même si nous n’étions pas directement sur la ligne de front, cela restait dangereux. Il n’y avait ni électricité, ni travail.” Partir a été un arrachement, mais rester aurait été pire.
Grandir en Belgique sans existence légaleElles sont arrivées par avion, en juin. Fin août, Maryna s’est rendue à l’Office des Étrangers, rue Belliard. Là-bas, elle a demandé la protection temporaire, pour elle et sa fille. Une demande accordée… uniquement pour Maryna. “Elle s’est alors dirigée vers notre association pour demander une aide administrative”, souligne Alyna Melnychuk, cheffe du département ‘mobile’ dans l’association venant en aide aux expatriés pour tout type de démarches. Elle se tient droite, au côté de la jeune maman, sur une chaise en plastique, et se charge de traduire ses propos.
Alyna et l’association Ukrainian Voice Refugee Committee apportent une aide aux familles ukrainiennesLes enfants ukrainiens nés après le 24 février 2022 – premier jour de l’invasion russe – ne peuvent pas prétendre à la protection temporaire. Créée par l’Union européenne, elle permet aux personnes fuyant la guerre de bénéficier d’une protection immédiate. Une fois dans le pays d’accueil, elles peuvent accéder rapidement au logement, aux soins et au travail sans passer par la procédure classique d’asile. Christine Flamand, juriste et chargée de cours en droit des réfugiés à l’Université Catholique de Louvain, complète : “Les enfants nés après le début du conflit, ou nés hors d’Ukraine, ne sont pas considérés comme ayant fui cette situation et sont exclus des critères pour en bénéficier.”
Née après le début de la guerre, Arina n’y a donc pas droit. “Sans statut légal, elle ne peut pas bénéficier d’une assurance, c’est dangereux pour sa santé”, regrette Maryna. La petite fille ne possède pas non plus de visa, sésame obligatoire pour séjourner en Belgique. Elle dispose donc de 90 jours sur le territoire de l’Union européenne avant d’être rapatriée en Ukraine. Aujourd’hui, le délai est dépassé : Arina est désormais en situation irrégulière. Pourtant, un retour dans le pays natal rebute la famille. “J’aimerais rester en Belgique, pour m’y installer et trouver un travail”, espère Maryna. “Je me sens en sécurité dans ce pays, c’est un bon endroit pour voir mon enfant grandir. Arina a même été acceptée dans une école !”
Le regroupement familial, une porte qui se refermePour poursuivre son rêve d’intégration, Maryna s’est alors tournée vers le regroupement familial. Jusqu’à récemment, les conditions étaient spécialement allégées pour les réfugiés ukrainiens. Mais un changement de loi intervenu en juillet 2025 a durci les conditions d’accès. “Je lui ai dit qu’elle s’y était prise tard, qu’elle aurait dû s’y rendre plus tôt”, se désole la coordinatrice Alyna.
Désormais, les familles doivent remplir des conditions plus strictes, notamment sur les revenus. Alyna s’explique : “Pour pouvoir prétendre à la réunification familiale, le revenu du parent doit atteindre une somme aux alentours de 2 300 euros. Or, Maryna touche un CPAS à hauteur de 1 700 euros, ce qui n’est pas suffisant.” La maman acquiesce. “Je devrais utiliser mon temps libre pour travailler, mais je passe la plupart de mon temps à remplir des papiers administratifs”.
Comme preuve matérielle de ces complications, Maryna sort de son sac des papiers de la commune de Jette. Le 11 février, elle a reçu un nouveau refus pour une demande de regroupement familial. Motif invoqué : vide juridique.
Un appel à l’aide d’onze mères ukrainiennesSon cas s’inscrit dans une réalité plus large. Mi-janvier, un collectif de onze mères ukrainiennes expatriées en Belgique a écrit une lettre ouverte, publiée par Promote Ukraine. Destinée à la ministre de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, et au commissaire européen chargé des Affaires intérieures et de la Migration, Magnus Brunner, cette lettre interpelle les responsables politiques face à cette réalité préoccupante.
Ces mères sont aussi confrontées aux difficultés imposées par le vide juridique. “Elles n’ont pas les vaccins et ne peuvent pas obtenir les assurances nécessaires pour leurs enfants. Les visites chez le médecin leur coûtent en plus très cher”, relate Anastasiia Sheremok, interne au service juridique de Promote Ukraine.
Pour Promote Ukraine comme pour Ukrainian Voice, l’aide aux familles réfugiées est un combat quotidien. “Nous recevons chaque jour des familles ayant reçu un refus de protection temporaire. Une famille originaire de Kiev s’est pointée ce matin dans nos bureaux. Seuls la mère, le père et l’aînée vont recevoir la protection temporaire. Les deux petites, Sarah et Olena, sont nées trop tard pour en bénéficier”, narre Alyna, d’Ukrainian Voice.
Cette absence de protection se révèle être une catastrophe pour la famille. “Olena a de graves problèmes de santé, qui nécessitent une prise en charge hebdomadaire. L’absence de statut légal pose un grave problème pour la santé de l’enfant”, s’inquiète la coordinatrice. “La famille est complètement désemparée face à la situation”.
Une dernière option pourrait être envisagée : un visa humanitaire. Un processus long qui ne porte pas toujours ses fruits. Mais Alyna l’avoue, Ukrainian Voice ne maîtrise pas ce cas spécifique. “Nous basons notre expérience sur les dossiers envoyés par les familles. Nous n’en avons reçu aucune pour ce type de visa.” Le cas de Maryna, par exemple, n’entrerait pas en compte d’après elle. “Elle vient de l’Ouest de l’Ukraine, une région moins exposée. Je ne suis pas certaine qu’elle puisse dès lors postuler pour un visa humanitaire.”
En 2027, cela fera 5 ans que l’invasion russe en Ukraine aura débuté. Les ressortissants ukrainiens sur le territoire belge depuis 2022 pourront alors bénéficier d’un droit de séjour illimité selon le droit des étrangers. “Il faudra réfléchir à ce qui va se passer au bout des 5 ans, la Commission va devoir prendre des décisions, mais elles sont pour l’instant inconnues”, instille Christine Flamand.
Pour la petite famille, il ne reste qu’à attendre et espérerA la fin de la discussion, Maryna relâche ses épaules et esquisse un léger sourire. Elle prend sa fille dans ses bras et s’approche de la fenêtre. Ensemble, elles contemplent le paysage d’immeubles de verre et d’acier du Quartier Européen. Depuis quelques mois, Bruxelles est leur nouveau chez soi. Une nouvelle maison, qui tarde cependant à leur donner les clés.
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Quand la STIB réoriente les personnes en errance
La STIB a suivi 300 personnes en errance sur son réseau en un an. Le service Includo réoriente ces personnes vers des structures adéquates à leurs besoins. Mais pourquoi une service de transport public prend-t-il une telle initiative ?
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Nuits Saturées
Le podcast de Fairlight traite du monde de la nuit à Bruxelles, en explorant l’univers des soirées techno. Ces dernières années, la scène techno s’est démocratisée, commercialisée, et « re-popularisée ».
Pourtant, paradoxalement, le monde de la nuit souffre d’un manque de moyens et de soutien public. Rien qu’en 2025, quatre clubs ont fermé leurs portes. En parallèle, si la “re-popularisation” de la techno à certes offert de la visibilité aux DJ, le public s’est transformé et gentrifié. Il ne partage pas toujours les mêmes codes fondateurs du mouvement.
Pour répondre à ces nouvelles problématiques, des alternatives se mettent en place. Des lieux s’émancipent des modèles économiques traditionnels, tandis que des collectifs inventent d’autres manières de faire la fête : plus inclusives, plus sûres, et plus fidèles à l’essence de la culture techno.
Pour plonger véritablement au cœur d’une nuit techno, le podcast adopte une forme semi-fictionnelle. Il suit, de A à Z, deux amies se rendant à une soirée organisée par un petit collectif au B21, club indépendant bruxellois. À travers leur parcours, c’est toute une nuit, ses codes et ses enjeux, qui se racontent.
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Faute de mots
Au-delà des lettres
Sur le téléphone, les panneaux routiers, dans les rayons du supermarché… En Belgique, l’écriture est partout. Et avec elle, une idée largement partagée : tout le monde sait lire et écrire. L’analphabétisme et l’illettrisme sont souvent perçus comme des problématiques d’un autre temps… Et pourtant. Selon les estimations les plus récentes, un adulte sur cinq en Belgique francophone éprouve des difficultés face à la lecture et l’écriture. Qui sont ces gens ? Où sont-ils ? Comment vivent-ils ? Nous avons décidé de lever le voile sur cette réalité si peu connue. Un quotidien que partagent Natacha, Romain et Yves. « Faute de mots », c’est une partie de leur histoire. Un documentaire pour lequel ils ont accepté d’ouvrir les portes de leur vie sans alphabet.
Objectif et choix de réalisation, par l’équipe de « Faute de mots »Notre volonté première est de donner la parole aux principaux concernés, celles et ceux qu’on entend le moins : les personnes analphabètes et illettrées. Notre but était de réaliser leur portrait croisé, s’immergeant dans leurs défis quotidiens.
La réalisation des portraits croisés explique également notre choix de ne pas intégrer de voix off à notre documentaire. Le défi pour y arriver consistait à ce que les images et les propos de nos différents intervenants se suffisent à eux-mêmes. Le public n’a pas besoin d’être pris par la main, chacun interprète ce qu’il voit avec sa sensibilité.
Nous avons aussi réalisé des interviews « posées » avec nos trois intervenants, afin de leur laisser la place pour s’exprimer dans un cadre neutre et réfléchi. Cela leur a permis de prendre du recul par rapport à d’autres séquences filmées en amont ou à des situations de leur vie en général.
Nous cherchions dès le départ à diversifier au maximum les profils de nos différents personnages, pour montrer différentes réalités et différents enjeux. C’est ainsi que nous avons poursuivi le projet avec Natacha, Romain et Yves : trois niveaux d’alphabétisation différents, trois tranches d’âge différentes, trois enjeux bien distincts et trois parcours singuliers, mais qui se rejoignent en un point : les difficultés face à la lecture et l’écriture.
Nous avons ouvert un compte sur les principaux réseaux sociaux, à savoir Instagram et Facebook. Là-dessus, nous postions régulièrement les avancées de notre travail. Nous avons également décliné tous nos contenus par messages vocaux dans un canal WhatsApp, pour les rendre accessibles à des personnes en difficulté face à la lecture et l’écriture. Vous retrouverez nos publications via le QR code ci-contre.
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Angèle, coupable de fraude fiscale ?
Angèle est accusée par le fisc français de fraude fiscale après qu’elle a affirmé passer la moitié de l’année à Paris.
Mais ce critère est-il en fait suffisant pour être incriminé·e pour fraude fiscale et donc devoir payer ses impôts dans un autre État que son pays d’origine ?
Réponse dans le décryptage de Clémence Dechaux, Tom Pierret et Clarisse Rasquinet
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Dans les phares de la police
Crédits : Inès Vangansbek
Une fois la nuit tombée et les citoyens endormis, la police continue de veiller à la sécurité et à l’ordre en patrouillant dans les rues de la ville étudiante. Ils sillonnent leur zone pour couvrir un maximum d’interventions.
Un piétonnier aux couleurs orangées des lampadaires, des bars qui restent ouverts jusqu’au lever du jour et des étudiants à tous les coins de rue, voilà ce qui pourrait décrire la ville estudiantine de Louvain-la-Neuve. Chaque soir de la semaine, c’est la fête. Il y a toujours bien un cercle, une casa, un bar qui reste ouvert et où l’on peut boire un coup et se trémousser. Les jeunes étudiants, tout comme les néolouvanistes s’y rendent bien volontiers. Mais quand il s’agit de rentrer chez soi, l’atmosphère se crispe. Les rues parfois mal éclairées, se ressemblant à quelques détails près ainsi que leurs recoins sombres ne donnent pas une image très sécurisante de Louvain-la-Neuve. La peur de tomber sur la mauvaise personne au mauvais moment traverse les idées de tout un chacun surtout en cette période hivernale où de moins en moins de personnes ne se promènent dans ses rues.
Cependant, des patrouilles de police circulent régulièrement sur le piétonnier. Leur présence rassure autant qu’elle ne dissuade. Mais une fois rentré chez soi, leur passage rassurant est aussi tôt oublié. Pourtant, pour eux, la nuit ne s’arrête pas à une visite de la cité universitaire, mais continue pour assurer des dizaines d’interventions sur la zone d’Ottignies Louvain-la-Neuve.
Mais alors, que se passe-t-il concrètement lors d’une nuit d’interventions policières ?
Le briefing entre rires et sérieuxLa nuit de garde commence par le roulement des équipes. Les collègues qui ont assuré l’après-midi cèdent leurs places à la brigade de nuit. Les équipes sont habituellement composées de 6 à 7 personnes comprenant 1 à 2 femmes. Peu avant le briefing du soir, l’atmosphère au poste est décontractée. Les policiers se laissent aller à quelques blagues et rires, ils écrivent sur une baie vitrée les duos de policiers qui patrouilleront ensemble le soir même et attendent les explications du commissaire en chef dans la salle de réunion. Celui-ci débute le briefing en rappelant les interventions qui ont eu lieu l’après-midi et qui nécessitent un suivi. Il projette également sur un écran accroché au plafond et visible de tous, les nouvelles missions confiées par le call-center de la province du Brabant Wallon. En effet, même si la zone de police d’Ottignies Louvain-la-Neuve n’opère que sur le territoire du même nom, elle est tout de même informée de ce qu’il se passe au sein la province.
Une nuit rythmée par les interventionsUne fois les missions obligatoires énoncées et les tasses de café bues, les duos de policiers prennent possession de leur véhicule pour la soirée. Ils partent sillonner les routes et piétonniers de la ville estudiantine. Leurs voitures sont équipées d’une tablette sur laquelle les nouvelles interventions apparaissent en temps réel, mais également d’une télécommande qui active, entre autres, les gyrophares et sirènes.
Dans l’habitacle, les collègues discutent de tout et de rien, que ce soit de la famille, de la vie, du boulot, … avec en arrière-fond, la radio presque inaudible. Une bonne ambiance est toujours conseillée au sein des équipes, sinon les nuits pourraient paraître extrêmement longues. Mais très vite, le sérieux revient quand une intervention tombe. Les équipes se coordonnent à distance via des talkies-walkies pour savoir quel duo est le plus proche du lieu d’intervention.
Ces rondes de nuit ne sont pas animées par des interventions plus rocambolesques les unes que les autres mais bien par la diversité des missions auxquelles les policiers sont confrontés : alcool, pauvreté, bagarre, disparition, vol, … .
Le plus souvent, nous sommes confrontés à la misère du monde
Un policier de la zone d’Ottignies Louvain-la-NeuveLes policiers font, par exemple, régulièrement face à des défauts de paiement des tickets de train. Même si dans la plupart des cas, il s’agit de fraudeurs, il arrive parfois que les policiers soient confrontés à des personnes sans domicile fixe qui n’ont pas d’autre choix que d’emprunter les trains pour survivre aux froides nuits d’hiver. Dans ces circonstances, les forces de l’ordre adoptent un comportement bienveillant en donnant des recommandations et conseils à ces personnes sans le sou.
Une conduite scrutéeLors des patrouilles, les inspecteurs sont aussi tenus d’observer la conduite des automobilistes qui les entourent. Cela peut parfois mener à des contrôles d’alcoolémie ou de stupéfiants lorsque les policiers les jugent nécessaires. Dans ces cas-là, le service roulage est appelé en renfort et il effectue des prélèvements salivaires ou encore des éthylotests. Il rédige également les PV et demande les retraits de permis après l’approbation d’un magistrat ou d’un officier de police. Les forces de l’ordre ont également un rôle moralisateur et rappellent, dès que possible, que la conduite sous influence est dangereuse et peut mener à des accidents, blessures et dans les cas les plus graves à la mort.
Les rencontres avec des personnes alcoolisées sont fréquentes à Louvain-la-Neuve puisque c’est une ville étudiante connue pour ses fêtes et ses cercles. Les policiers n’ont qu’un mot d’ordre lors de ce type d’intervention : la patience.
À côté de ça, les policiers doivent obligatoirement passer à plusieurs reprises sur la dalle. C’est le nom donné au piétonnier de Louvain-la-Neuve. Le tour de la ville n’est pas long puisqu’elle se compose de trois grands axes. Cependant, les rondes ne dépassent jamais l’allure du pas ( 5km/h ). Louvain-la-Neuve reste une ville piétonne où les chiens sont souvent sans laisse, les cyclistes peu conscients de leur vitesse et les jeunes parfois bien imprégnés.
Quand le soleil commence à se lever, il y a de moins en moins d’interventions ou d’urgences. Les équipes en profitent alors pour rentrer au poste et rédiger des rapports complets de chacune des missions avec ce qu’elles ont fait sur place ainsi que les identités des personnes rencontrées. Ces petits mémos permettent aux équipes suivantes de savoir ce qu’il s’est passé durant la nuit et sont donnés au moment du prochain briefing.
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Ce qu’il reste après le chaos
Photos : Hortense Beguin
10 ans après le double attentat qui a marqué la Belgique en mars 2016, chaque son, chaque geste peut encore réveiller le passé. Survivantes, Émilie et Sabine racontent ce qu’il reste après le chaos.
À 7h58, au début du printemps de 2016, une puissante détonation vient assombrir les timides rayons de soleil qui traversent les fenêtres du hall de l’aéroport de Zaventem.
Émilie Petit, 19 ans à l’époque, est venue déposer sa famille à l’aéroport. Elle pense à ce moment-là qu’un avion a mal géré son atterrissage, finissant son freinage dans une des façades de l’aéroport. La réalité est tout autre. Un homme vient de commettre un attentat suicide, en pleine heure de pointe, dans le hall des départs de l’aéroport international de Bruxelles.
La famille a à peine le temps de réaliser ce qui se passe qu’une deuxième bombe explose près de l’accueil d’American Airlines, où de nombreux passagers attendent d’enregistrer leurs bagages à destination de New-York. Tout bascule. Une partie du plafond s’effondre sous la déflagration. Le souffle de l’explosion réduit en éclats les grandes baies vitrées, projetant des débris partout. En quelques secondes, le hall se remplit d’un épais nuage de poussière, brouillant les repères et étouffant les sons. Prise de panique, sa mère attrape sa petite sœur par le bras, d’une force qui lui laissera des traces sur le poignet, pour se précipiter hors de l’aéroport.
Émilie reste couchée au sol, seule. Brutalement, le silence s’installe. Un silence lourd, qui contraste violemment avec l’agitation des voix qui anime habituellement ce lieu. Encerclée de grosses valises et de chariots, elle est paralysée par la peur. Dans une de ces valises, à deux mètres d’elle, se trouve la troisième bombe. Considérée comme la plus destructrice, elle n’explosera qu’une fois l’aéroport évacué. Cette défaillance technique épargne à la jeune femme une mort certaine.
Une heure plus tard, la terreur revient frapper.
Sabine Borgignons est assise sur une banquette de la rame du métro. Le signal annonçant la fermeture des portes retentit, le métro quitte la station Maelbeek. Dans la voiture numéro 2, il est 9h11 lorsqu’un homme actionne sa charge explosive. Sabine, assise à seulement quelques mètres de lui, est grièvement blessée. Elle survivra, mais ne gardera aucun souvenir de ce qui s’est passé.
Dix ans plus tard, le pays commémore l’un des chocs les plus marquants de son histoire. Si cette date s’inscrit dans une mémoire collective, elle demeure, pour certaines victimes, une blessure intime toujours vive. Sabine et Émilie font partie de ces survivantes. Aujourd’hui, leurs vies ont pris de nouveaux rythmes. Mais les cicatrices, elles, sont toujours là. Visibles ou non.
Un parcours de résilienceAu neuvième étage d’un immeuble, Émilie, 29 ans aujourd’hui, habite avec ses deux enfants Alessandro et Victoria. Les murs de son appartement, tapissés de papiers peints roses, en font sa véritable tanière. « Je ne sors plus autant qu’avant. J’évite les heures de pointe, les magasins, j’y vais le moins possible. Amazon, c’est devenu mon meilleur ami. Et Zaventem et Bruxelles, je ne m’en approche plus. » énumère-t-elle. Son quotidien de jeune femme est marqué par des angoisses récurrentes. Ce sont encore les bruits qui la tourmentent aujourd’hui, les sirènes hurlantes des ambulances, des pompiers ou de la police la replongent dans une journée qu’elle aimerait oublier.
Sabine est une mère au calme apparent. Son énergie douce dissimule pourtant des lourdes séquelles physiques héritées de cette journée. Sa main gauche a été brûlée, ses tympans percés, ses vertèbres déplacées et de nombreux éclats de métaux sont restés logés dans son corps. La rééducation est longue, et les rendez-vous médicaux hebdomadaires. Encore en octobre 2025, des fragments étaient retirés de son bras et de sa mâchoire. « Ce n’est pas encore terminé », dit-elle en montrant son lobe d’oreille. « On peut voir une ligne bleue ici, cela signifie qu’un bout de métal est toujours sous ma peau. »
L’attentat représente pour elle un vide de 6 mois dans sa vie. « J’ai été l’une des plus blessées dans l’attentat. Je me trouvais à 1 mètre et demi du kamikaze. Je n’ai aucun souvenir, du tout, il y a plus ou moins trois mois avant et trois mois après. De rien. » Plongée dans un coma artificiel, elle se réveille un mois et demi après les faits. Ses cheveux ont été rasés et son corps porte les traces de multiples opérations.
Son travail de reconstruction passe par le visionnage des caméras de surveillance du métro. Petit à petit, elle tente de reconstituer les faits, de reformer des fragments de mémoire nécessaires pour avancer.
Pendant des années, le mot « justice » est resté en suspens pour Sabine et Émilie, comme une ombre suspendue au-dessus de leur guérison. C’est en décembre 2022, six ans et demi après l’attentat, que s’ouvre enfin le procès. Un événement inédit pour la Belgique, l’un des plus vastes de son histoire judiciaire. Sabine s’y rend deux à trois fois par semaines pendant des mois, affrontant les audiences avec une détermination mêlée d’épuisement. Émilie, elle, choisit de ne pas y mettre les pieds. Mais décide tout de même de faire entendre sa voix par le biais de l’association Life4Brussels. Une association crée par et pour les victimes du 22 mars 2016.
Avancer malgré toutToutes deux parlent d’un avant et d’un après-procès, comme si ce rituel judiciaire marquait un possible retour à une vie normale. Il a apporté une forme d’apaisement : aujourd’hui, la colère s’est estompée. « Je ne comprends toujours pas ce besoin de détruire les autres. Mais il n’y a pas de colère, ça prend trop d’énergie », confie Sabine.
Lorsque ces deux survivantes parlent, les mots sont posés et précis. Par moments, les émotions prennent le pas et la gorge se noue laissant flotter un court silence. Sabine soutient le regard, parle lentement, presque méthodiquement. Émilie, elle aussi, choisit ses mots avec soin. Leurs mains trahissent davantage que leurs voix : elles se frottent les paumes nerveusement, entrelacent leurs doigts, comme si les émotions cherchaient une issue de sortie.
« Ce dont je suis le plus fier, c’est mes enfants » : la phrase submerge Émilie d’émotion. « C’est ce qui m’a permis de tenir le coup, sans eux, je ne serais plus là », ajoute-t-elle, essuyant une larme sur sa joue.
À sa fille aînée de six ans, elle a expliqué ce qui lui était arrivé. Elle évoque des « méchants » qui lui ont fait du mal, mais aussi à de nombreuses autres personnes. « Elle est trop courageuse ma maman ! », lance Victoria, assise sur le canapé devant un dessin animé.
Rouge, orange et vert : Sabine étale ses gouaches sur une toile. Elle suivait déjà des cours à l’Académie des Beaux-Arts avant le drame. Joaillière depuis l’âge de 15 ans, elle n’a jamais pu reprendre son métier. « C’était impossible, je mettais 5 fois plus de temps. Et puis j’avais peur du chalumeau », confie-t-elle, avec un sourire teinté d’ironie. Aujourd’hui, l’art est devenu pour elle une manière de revivre et de traduire ce qu’elle a vécu. Dans une pièce fermée à clé de sa maison, est entreposé un grand tableau. « Ça représente une grande explosion, je l’avais fait pendant le procès mais je préfère ne pas la voir trop souvent ». Au centre d’un grand rond rouge-orangé, les mots « souffrance », « terroriste », « séquelles » s’inscrivent parmi une foule d’autres, comme pris dans le souffle de la toile. Partout dans sa maison, sont entreposés des tableaux évoquant les attentats.
Ces deux survivantes espèrent retrouver le chemin du travail. Émilie envisage un poste de secrétaire médicale, dans un bureau fermé entre quatre murs. Besoin de sécurité. Sabine, elle, songe à ouvrir sa propre activité d’art-thérapie. Accompagner les autres.
Se projeter dans l’avenir, c’est devenu une nécessité.
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Les oubliés de la carrière
Photos argentique : Jimmy Loozen
À Beez, dans ce village tranquille de Namur, une carrière censée arrêter son activité en 2026 cherche à prolonger son règne, mordant sur les dernières bandes de forêt à moins de 100 mètres des maisons. Les 181 riverains signataires de la pétition du collectif « Sauvegarde du mont de Beez », mené par Nadia Chantraine, donnent un visage à cette lutte discrète face à un modèle industriel qui semble prêt à sacrifier une forêt et un quartier, pour l’enrichissement de quelques actionnaires.
En bord de Meuse, à Beez, le sol tremble, les murs se fissurent, et la vie du village aussi. La carrière, exploitée aujourd’hui par Heidelberg Materials, extrait chaque année 700.000 tonnes de calcaire. Un site stratégique pour l’entreprise, mais un voisin encombrant pour le village qui engendre : bruit, tirs de mines, poussières, biodiversité menacée et sentiment d’abandon. Prolonger l’exploitation de la carrière jusqu’en 2030 : une décision qui creuse un peu plus la blessure des habitants qui se demandent, jusqu’où, et pour qui ?
L’entrée de la carrière de Beez collée aux premières maisons. Heidelberg Materials, géant mondial des matériaux de construction, extrait ici un calcaire destiné au béton, aux travaux publics et à l’agriculture.Caroline, 77 ans, habite depuis plus de trente ans dans sa maison perchée en haut de la rue du Mont avec son chien, Kira. Sa grande maison en pierre se trouve à une centaine de mètres à peine de la carrière. « À la mort de mon mari, j’ai fait refaire une partie de la maison pour la rénover. Elle était toute neuve. Deux ans plus tard, après les plaintes des riverains sur les nuisances sonores et les vibrations, le directeur de la carrière est venu une fois faire des tests. Bizarrement, le jour où il est venu, c’était moins fort… Pourtant, j’avais plein de fissures qui étaient apparues, en seulement deux ans. Je lui ai dit de partir, son petit numéro ne servait à rien. Il savait très bien que c’était de leur faute, mais qu’est-ce que tu veux, ils sont tellement puissants », confie-t-elle.
Le mur du salon de Caroline.Directement touchée par les conséquences, Caroline s’est battue comme elle pouvait. En 2023, elle signe la pétition du collectif « Sauvegarde du Mont de Beez » et a récemment contribué financièrement aux frais d’avocat. Dans ce type d’affaire, une multinationale face à des habitants qui défendent la qualité de leur quotidien, le rapport de force économique penche nettement d’un côté.
« Quand je promène Kira et que ça tombe le jour où ils ont enfin nettoyé la route à cause de toute la poussière et de tous les produits qu’ils y laissent, je vois bien l’eau sale ruisseler jusqu’à la Meuse. Tout ça finit par polluer le fleuve. » raconte-t-elle, son bichon ne la quittant pas d’une semelle.
À 75 mètres de son domicile, des poteaux en bois d’à peine un mètre de haut, certains griffés d’une peinture orange, dessinaient la future frontière de la carrière. Une ligne simple, brutale : 2,5 hectares de plus pour l’exploitation, 2,5 hectares de moins pour la forêt, les animaux, et le calme. Cette extension a finalement été refusée, grâce à la mobilisation des citoyens.
Quand ça pète, ça pète hein !
Un peu plus bas dans la rue du Mont, Claudine, installée là depuis 2001, compte les détonations.
« Nous, on a très peur. Même Boubouille, mon chien, quand ça explose, il aboie très fort et il est terrifié. Ils vont nous détruire nos maisons ! Même quand je ne suis pas là, je sais si les explosions ont été fortes, parce que je le vois au dépôt de poussière que mon mur laisse quand il s’effrite en tremblant. » De l’autre bout du salon, où le café fume encore, Françoise venue pour le rendez-vous habituel avec son amie coupe net et lui demande : « Sur le long terme, ça ne détruit pas les fondations, des vibrations aussi fortes ? Je n’ai pas vécu la guerre, mais quand ça tremble, j’ai l’impression que si : en tout cas, le bruit y ressemble. »
Claudine et son amie Françoise à gauche.Au-delà du fracas ponctuel, un autre risque s’installe : celui d’un village où plus personne ne veut ni acheter, ni investir. Un paysage où l’on passe, mais où l’on ne s’installe plus.
Comment prouver que c’est la carrière ?
Un peu plus bas encore, dans une petite maison modeste, René, ancien enseignant de langues germaniques, s’est habitué au bruit. Lui ne se lance ni dans des démarches, ni dans des réclamations. Comment prouver que les fissures qui lézardent sa façade sont dues à la carrière et non au temps qui passe ? Il n’a ni l’énergie ni la motivation pour se battre sur le terrain des expertises et des rapports techniques, même si, à chaque explosion, un frisson traverse les murs comme si la maison retenait son souffle.
René pose fatigué, devant sa maison. Transformer la lassitude en mobilisationNadia Chantraine a créé le collectif « Sauvegarde du Mont de Beez » et porte une partie de la résistance sur ses épaules. Quand elle achète son bien en 1995, l’entreprise assure qu’elle cessera ses activités. À l’époque, l’extraction se concentre surtout sur le versant nord, côté champs et autoroute. « Ils n’embêtaient pratiquement personne », résume-t-elle. Depuis, leur territoire s’est rapproché, à moins de 100 mètres de sa maison. Plusieurs domiciles du quartier datent des années 1920, bâties en pierre, sur des terrains hétérogènes. « Si une maison vient à s’effondrer, ce sera au propriétaire de prouver que c’est causé par les effets de la carrière, jamais à l’entreprise de s’expliquer. Autant vous dire que c’est impossible », raconte-t-elle.
La maison de Nadia se trouve à une centaine de mètresde cette clôture, qui marque l’entrée de la carrière et la limite avec les derniers arbres encore debout avant les maisons.
Contactée, l’entreprise Heidelberg Materials confirme vouloir prolonger l’exploitation actuelle de Beez jusqu’en 2030, sans extension (abandonnée en 2023) et valoriser le gisement existant de manière responsable : « Nous avons pris acte du recours récemment introduit au Conseil d’État par un riverain contre le permis délivré pour la poursuite de l’exploitation de la carrière de Beez. Le recours n’étant pas suspensif, les opérations se poursuivent afin de maintenir l’activité et donc l’emploi sur le site. » Interrogée sur les vibrations et les fissures relevées aux abords du site, l’entreprise avance son dispositif de contrôle : « À l’aide de plusieurs sismographes placés à différents endroits autour de la carrière, nous contrôlons les vibrations transmises dans le sol lors de chaque opération de minage. Ce monitoring continu permet d’ajuster les paramètres de tir lorsque cela s’avère nécessaire, afin de limiter au maximum l’impact sur l’environnement local. »
Entre les lignes, c’est tout l’enjeu d’une lutte asymétrique qui se dessine : d’un côté, une multinationale allemande puissante. De l’autre, des habitants qui comptent chaque fissure, chaque arbre abattu, chaque détonation. Les habitants ne se demandent plus seulement si la carrière s’arrêtera en 2026, mais si le droit et les mobilisations suffisent encore à protéger un village quand l’économie a déjà choisi son camp.
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La Wallonie boira-t-elle la tasse ?
Les inondations de juillet 2021 comptent parmi les plus grandes catastrophes naturelles qu’ait connues la Belgique, faisant une trentaine de morts, laissant des milliers de sinistrés et causant d’importants dégâts aux infrastructures. Avec l’accélération du réchauffement climatique, les scientifiques s’accordent à dire que ce type d’événement extrême pourrait se reproduire plus souvent et avec une intensité encore plus forte.
Dans ce contexte, ce podcast s’intéresse à une question centrale : la Wallonie est-elle aujourd’hui réellement prête à affronter de nouvelles inondations de ce type ?
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Gare de Mons : « les fuites d’eau au plafond, c’est moyen »
Photos réalisées par Jade Regau
Inaugurée le 31 janvier 2025 après deux décennies de travaux, la nouvelle gare de Mons accueille depuis lors, environ 57 000 passagers hebdomadaires. Elle est aujourd’hui considérée comme l’une des plus belles au monde. Mais derrière sa façade spectaculaire, voyageurs et commerçants pointent l’insécurité et les dysfonctionnements.
7 heures du matin, la gare de Mons se réveille, encore plongée dans l’obscurité. Dans un rythme effréné, les passagers se frayent un chemin pour se diriger vers leur quai ou pour sortir de la gare. Pendant ce temps, certains prennent le temps de déjeuner tranquillement à l’intérieur d’une sandwicherie, avant de commencer leur journée. Installé depuis le réaménagement de la gare, ce magasin porte déjà les traces d’un incident : l’une de ses vitrines, morcelée en une mosaïque de fissures, menace de céder au moindre choc. « C’est un sans-abri affamé qui a attaqué la vitrine du magasin », glisse un commerçant, tandis qu’une autre pointe plutôt du doigt le geste malheureux d’un simple usager. Une première fissure, au sens propre comme au sens figuré, dans l’image lisse de cette gare primée.
La promesse d’excellenceFraîchement rénovée depuis un an, la gare de Mons collectionne les superlatifs. Vingt ans : c’est le temps qu’il aura fallu entre le lancement du projet en 2001 et son ouverture effective au grand public. Près d’un demi-milliard d’euros : c’est le coût final de la rénovation de la gare, soit plus de dix fois le budget initial. Cette rénovation, lui aura valu le classement parmi les « sept plus belles gares du monde » dans le classement 2025 du Prix Versailles, une distinction internationale d’architecture soutenue par l’UNESCO. Derrière cette reconnaissance, se cache Santiago Calatrava, d’origine espagnole, architecte de la gare de Mons qui a également conçu la gare de Liège-Guillemins. On peut constater quelques ressemblances dans son style minimaliste et sobre, caractérisé par un blanc épuré, des formes arrondies évoquant l’image d’une soucoupe volante et une symétrie presque parfaite.
Dans l’allée centrale, des élèves patientent devant un espace commercial vide dans la gare. Parmi les 14 celulles, 6 ne sont pas remplies. Entre départ et attente, chacun voyage dans sa bulle ; silence, écrans et musique suspendent le temps, tandis que deux histoires se croisent sur un même quai.« Presque » est sans doute le mot adéquat. Il suffit d’aller au parking gratuit situé au sous-sol pour voir les cache-misères qui s’y trouvent. Des barricades cachent les différents endroits où les sans-abris ont trouvé refuge. On y retrouve des matelas éventrés, des déchets dont une bouteille vide de vodka aromatisée aux fruits rouges, des couvertures et sacs qui traînent. Plus loin, se cache derrière d’autres barricades une sorte de mare ressemblant à un cratère, dans laquelle s’est accumulée de la vase verte mélangée à un tas de déchets.
Insécurité ordinaireEn remontant au première étage, dans l’allée centrale, on retrouve 14 espaces commerciaux, dont 6 ne sont pas encore remplis. Plusieurs commerçants s’accordent à dire qu’un manque de sécurité règne dans la gare. « Un jour, on a vu tant d’alcoolos, on s’est demandé s’il n’y avait pas un tournage de Walking Dead [une série TV de zombies, ndlr]. Non, mais franchement, c’est aberrant, ici, c’est le cinéma tous les jours », raille Jennifer d’un rire jaune. Cette vendeuse dans un supermarché révèle que l’une de ses collègues est en arrêt maladie depuis qu’elle s’est fait menacer de mort par un client. « C’est la guerre, c’est une catastrophe », surenchérit-t-elle.
Sur la voie 2, Fleva, 14 ans, s’amuse à lancer son sac avec son ami qui le rattrape et le renvoie à son tour. Puis, plus sérieuse, elle avoue : « Le matin, j’arrive à la gare de Mons très tôt, vers 7h, et j’ai peur quand je suis seule ». Magda, vendeuse dans une pâtisserie, récemment devenue Montoise, fait écho à ces propos : « On a reçu un numéro Sécurail mais quand on l’appelle, il renvoie vers la centrale de Bruxelles. Le temps qu’on les appelle, qu’ils se mettent en lien avec ceux qui travaillent à Mons et qu’ils arrivent, on a le temps d’agoniser sur le sol », rapporte-elle en indiquant le carrelage noir.
Jennifer et Logan collègue et amis de longue date travaillent au supermarché de la gare. Magda, vendeuse dans une pâtisserie, récemment devenue Montoise. La gare en panneUn autre point sur lequel s’accordent les commerçants est le défaut de fonctionnalité de la gare. Pour Magda, le coût pharaonique ne serait pas dérangeant si elle fonctionnait correctement. Tout le contraire des portes automatiques, qui se cassent régulièrement. « La chaudière est toujours en panne. J’ai froid » gémit-elle, emmitouflée dans son écharpe. « Pour une gare qui a coûté si cher, avoir des fuites d’eau qui viennent du plafond c’est moyen quand même », s’exaspère Jennifer depuis son supermarché. Une affiche apposée près des escalateurs menant à la gare témoigne du dysfonctionnement quotidien des lieux : « Si l’escalateur ne fonctionne pas, vous pouvez utiliser les ascenseurs », peut-on y lire. Ça tombe bien, l’appareil est justement en panne, forçant les usagers à gravir péniblement les marches.
Vers 22h, la gare se vide peu à peu. Les magasins sont fermés et les derniers trains s’éloignent. Pourtant, quelques silhouettes restent présentes dans le hall : leurs derniers trains ont été supprimés. Ils interpellent en groupe un agent de la SNCB qui passe par l’allée centrale pour se plaindre qu’aucune navette n’a été prévue pour eux. Surpris et exaspéré, l’agent peine à répondre à leurs suppliques, avant de finalement céder et de faire appel à des taxis pour les raccompagner jusqu’à leur destination. La gare, pour quelques heures, peut se replonger dans un silence absolu.
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