Mammouth
Palantir en Belgique
Salvador Rios pour Unsplash
En décembre 2025, Palantir s’installe discrètement à Bruxelles. Pas d’annonce, pas de débat public. Pourtant, cette entreprise américaine spécialisée dans l’analyse de données, notamment à des fins militaires et sécuritaires, est déjà au cœur de l’OTAN, et au cœur de nombreuses controverses.
Ses technologies sont notamment utilisées par la police douanière ICE pour surveiller et traquer en temps réel des personnes en situation irrégulière. Et sur le terrain militaire, ses outils auraient contribué lancer plus de 1000 frappes ciblées en 24 heures, lors des opérations américaines en Iran.
Les technologies que Palantir pourrait déployer en Europe, même si la société controversée n’est pas le seul acteur industriel dans ce domaine, soulève des questions fondamentales sur la transparence, la souveraineté et les droits humains. C’est pourquoi Damien Van Achter, spécialiste des technologies et professeur à l’IHECS, a lancé une pétition pour exiger un contrôle parlementaire du déploiement de l’IA militaire.
The post Palantir en Belgique appeared first on Mammouth Média.
Hausse des prix de l’énergie
Crédit photo : Alexander Fox
Alors que la volatilité des prix de l’énergie provoquée par les bombardements américano-israéliens en Iran frappe de plein fouet les ménages européens, plusieurs gouvernements ont dégainé des mesures massives pour contenir l’explosion des coûts. En Belgique, en revanche, l’exécutif temporise. Entre arbitrages budgétaires et choix politiques, le pays apparaît aujourd’hui en retrait face à une crise pourtant déjà bien visible dans le quotidien des citoyens.
Depuis la fin du mois de février 2026, le choc énergétique se diffuse rapidement à l’ensemble du continent européen. La perturbation du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour entre 20 et 30% du pétrole mondial, soit environ 15 à 21 millions de barils par jour, a immédiatement entraîné une hausse des prix sur les marchés internationaux. Cette augmentation s’est répercutée presque instantanément sur les carburants et, plus largement, sur l’ensemble des coûts énergétiques.
En Belgique, les effets sont déjà visibles. Les prix des carburants, encadrés par un système de plafonds en Belgique, ont atteint leur plus haut niveau historique. Les factures d’électricité et de gaz suivent la même trajectoire, et les secteurs les plus dépendants de l’énergie, comme le transport, l’agriculture ou certaines industries, commencent à ressentir la pression. Cette dynamique rappelle celle de la crise de 2022, avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie, mais dans un contexte économique et budgétaire bien plus contraint.
« On a inventé une taxe sur la taxe«
Pour comprendre cette hausse, il faut regarder la composition du prix à la pompe. Damien Ernst, professeur d’électromécanique à l’ULiège : “Le prix du diesel c’est 3 composantes: les accises (60 cents par litre), la commodité (qui prend en compte le prix du pétrole, du raffinage, la distribution et la marge) et la TVA. C’est très spécifique en Belgique, mais la TVA s’applique même sur les accises, on a inventé une taxe sur la taxe.”
La Belgique choisit l’attentismeFace à cette nouvelle flambée, le gouvernement belge adopte une posture prudente. Au 9 avril 2026, aucune mesure structurelle n’a été adoptée pour amortir la hausse des prix. Les autorités se sont contentées d’ouvrir des discussions avec le secteur énergétique et d’engager des consultations internes, sans déboucher sur un plan concret.
Cette position semble donner la priorité à la maîtrise des finances publiques plutôt qu’à un soutien immédiat aux consommateurs. Le Premier ministre Bart De Wever a d’ailleurs exprimé publiquement ses réserves quant à l’opportunité de lancer de nouvelles aides généralisées, estimant que leur coût serait difficilement soutenable.
“On ne va pas arroser les gens par hélicoptère car, avec nos finances dégradées, nous sommes un sous-marin. Et on n’ouvre pas la fenêtre d’un sous-marin” déclarait-il à la chambre le 2 avril.
Dans les faits, cette absence de décision place la Belgique dans un groupe restreint de pays européens qui, à ce stade, n’ont pas déployé de réponse significative face à la crise.
Une Europe sans cap communContrairement à la crise énergétique de 2022, l’Union européenne n’a, à ce stade, défini aucun cadre clair de réponse face à la flambée des prix. Bruxelles se contente pour l’instant d’ouvrir des discussions et d’évoquer des pistes, sans imposer de ligne commune. Résultat : les États membres agissent en ordre dispersé, chacun selon ses priorités politiques et ses marges budgétaires.
Dans ce vide stratégique, les réponses nationales divergent fortement. Certains pays privilégient des baisses de taxes pour contenir la hausse des prix, d’autres optent pour des aides ciblées ou des interventions directes sur le marché. Mais cette fragmentation va parfois plus loin, au point de poser des questions juridiques au sein même du marché européen.
C’est notamment le cas en Europe centrale. En Hongrie, le gouvernement a instauré des prix plafonds sur les carburants accessibles uniquement aux véhicules immatriculés dans le pays. La Slovaquie, de son côté, a mis en place des mécanismes similaires, en appliquant des prix plus élevés pour les automobilistes étrangers afin de limiter le “tourisme à la pompe”. Ces dispositifs, qui introduisent une discrimination entre citoyens européens, ont été critiqués par la Commission européenne, qui a demandé leur abandon au nom des règles du marché intérieur.
Certains gouvernements ont choisi d’agir rapidement sur la fiscalité afin de limiter l’impact immédiat de la hausse des prix. En Espagne, par exemple, l’exécutif a mis en place un plan massif combinant une réduction de la TVA sur l’énergie et les carburants, une baisse significative des taxes sur l’électricité et des aides directes à certains secteurs professionnels. L’Italie a prolongé ses baisses d’accises sur les carburants, tandis que l’Irlande a adopté une réduction temporaire des taxes à la pompe accompagnée de dispositifs de soutien aux ménages. D’autres pays, comme la Roumanie ou la Suède, ont également opté pour des mesures fiscales afin de contenir la hausse.
L’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, le Portugal et l’Autriche ont également appelé la Commission européenne à mettre en place une taxe sur les surprofits des producteurs d’énergie, afin de financer des mesures de soutien sans alourdir davantage les finances publiques.
Une situation toujours instableSi les tensions sur les marchés énergétiques ont légèrement reculé ces derniers jours, la situation reste loin d’être stabilisée. Le détroit d’Ormuz, brièvement rouvert ce 8 avril, a de nouveau été fermé par l’Iran après les frappes israéliennes au Liban, ravivant les incertitudes sur l’approvisionnement mondial.
Dans ce contexte, le prix du baril, qui avait dépassé les 100 dollars au plus fort de la crise, est repassé sous ce seuil, traduisant un certain apaisement des marchés. Cette évolution commence à se répercuter en Belgique, où une baisse des prix à la pompe est attendue dès ce vendredi.
Pour autant, cette accalmie reste fragile. La volatilité demeure élevée et l’évolution du conflit pourrait à tout moment entraîner de nouvelles perturbations. Dans ce contexte incertain, les choix politiques opérés par les États européens, et notamment l’absence de réponse immédiate en Belgique, pourraient rapidement être remis à l’épreuve.
The post Hausse des prix de l’énergie appeared first on Mammouth Média.
Les fausses notes du projet Beethoven
Photo : Sebastien Le Derout
110 emplacements pour jouer, seulement 50 musiciens dans les stations. À Bruxelles, la STIB promet un métro mélodieux, notamment grâce à l’ « Opération Beethoven ». Le concept : des auditions offrant des accréditations permettant de jouer à des endroits spécifiques. Et pourtant, en dehors des rames bruyantes, le silence s’impose. La STIB s’intéresse-t-elle toujours autant à son orchestre souterrain ?
The post Les fausses notes du projet Beethoven appeared first on Mammouth Média.
Balle pelote : nos places de village visent l’UNESCO
Le 27 mars 2026, la Fédération Wallonie-Bruxelles a déposé la candidature de la balle pelote au patrimoine immatériel de l’UNESCO. Derrière ce dossier, des années de travail, fournies afin d’assurer la pérennité de ce sport belge.
Chasse, ballodrome, grand jeu, petit jeu, la livrée… Ce vocabulaire ne vous dit peut-être rien, et c’est bien dommage ! La balle pelote, c’est un sport qui a traversé les époques et fait suer des générations de Belges. Aujourd’hui, il est en déclin et a perdu de sa popularité, mais pour les acteurs de terrain, interdiction de s’apitoyer sur son sort et de jouer au Caliméro. L’heure est à la pérennisation de notre patrimoine.
Pourquoi patrimoine et pas sport ?
Certes, la balle pelote est un sport avec des règles précises, encadré par une fédération et joué par des athlètes au gant de cuir (appelés pelotaris). Ce sport est un cousin germain du tennis, lié par un ancêtre commun : le jeu de paume. Avec le temps et la pratique, il a évolué en sport collectif de gagne-terrain, opposant deux équipes de cinq joueurs qui se renvoient une petite balle appelée pelote. Fabrice, membre de la Royale Dorinne Pelote, explique : « La balle pelote, c’est un sport complet, technique et dynamique. Ça prend du temps avant de bien maîtriser certains mouvements. »
Un public attentif à Gosselie dans les années 60 – Crédit photo collection Benoît Goffin
Mais le dépôt en tant que patrimoine culturel immatériel change tout. Là où le sport se concentre sur la performance et le score, le patrimoine, lui, s’intéresse à l’âme de la pratique. Selon Benoît Goffin, conservateur du Musée du Jeu de Balle, « Pour être qualifié de patrimoine immatériel, il faut que le jeu de balle soit porté par une communauté, avec une transmission du geste de génération en génération, et pour des gens à qui ce geste a du sens. » Fabrice, par exemple, a passé le relais à ses fils, aujourd’hui en D1.
En choisissant cette voie, on reconnaît donc que la balle pelote est un ensemble de gestes, de savoir-faire artisanaux (comme la fabrication des gants) et de traditions qui vont bien au-delà d’un simple match le dimanche après-midi.
Un truc bien de chez nous
Si vous cherchez l’ADN de la balle pelote, vous le trouverez entre le clocher de l’église et le café du coin. C’est un sport qui ne s’enferme pas dans des stades ; il vit dans la rue, sur ce qu’on appelle le ballodrome, traditionnellement installé sur la place du village. Benoît explique : « À Bruxelles, il y a encore soixante ans, c’était un jeu très populaire. Le nom de la “Place du Jeu de Balle” ne vient pas de nulle part. On peut encore voir le tracé du terrain de balle pelote sur la place du Sablon ! »
Fabrice se rappelle : « Quand j’ai commencé, il y a plus de quarante ans, dans les villages, il y avait un café, une église et un terrain de jeu de balle. »
Des tournois sont aujourd’hui encore organisé sur la Grand Place de Bruxelles – Crédit photo Jacques Saucin
Profondément belge, et plus particulièrement ancrée dans le Hainaut, le Namurois et le Brabant wallon, la balle pelote doit son caractère unique à son aspect communautaire. On encourage les joueurs en wallon, on partage les mêmes codes, on transmet la passion à ses enfants et on défend fièrement les couleurs de son village.
L’UNESCO, un immense coup de projecteur
Malgré son histoire, la balle pelote reste aujourd’hui peu connue en Belgique. Pour la faire durer, elle a été inscrite en 2022 au patrimoine immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Aujourd’hui, l’objectif est d’aller plus loin avec une candidature auprès de l’UNESCO.
Benoît Goffin, qui a participé à la création du dossier, y voit déjà un effet positif : même sans décision finale, la démarche met la balle pelote en lumière, attire l’attention des médias et renforce sa crédibilité.
Selon lui, ce travail permet aussi de faire le point sur ce qui existe déjà pour protéger ce sport et de mieux structurer l’avenir. Le dossier sert en quelque sorte de feuille de route : il crée un lien entre les autorités et le terrain, notamment via un comité chargé de suivre les engagements pris. Et pour celles et ceux qui s’investissent au quotidien, cette reconnaissance est déjà une source de fierté.
Pour Fabrice, cette candidature est aussi une occasion de changer le regard porté sur la discipline : sortir des clichés et rappeler qu’il s’agit avant tout d’un sport ancré dans la vie des villages.
En attendant la réponse de l’UNESCO, prévue d’ici fin 2027, les pelotaris ne restent pas les bras croisés. Ils modernisent la pratique, tentent d’attirer de nouveaux joueurs et de nouveaux publics. Car au fond, tant qu’il y aura des passionnés pour enfiler le gant et des curieux pour s’arrêter au bord du terrain, la balle pelote continuera de vivre.
The post Balle pelote : nos places de village visent l’UNESCO appeared first on Mammouth Média.
Pas facile de combiner études et travail
©Inès Vangansbek, Pauline…
Chloé est étudiante à l’IHECS. Pour subvenir à ses dépenses quotidiennes, elle cherche un job étudiant s’adaptant à son agenda scolaire déjà bien chargé. Jongler entre études et travail est parfois assez compliqué.
The post Pas facile de combiner études et travail appeared first on Mammouth Média.
Combattre la morriña par les livres
© Anna Guay
Parlé par près de 15 % des Bruxellois, l’espagnol arrive en quatrième position au classement des langues les plus actives de la capitale. De la place Jourdan aux institutions européennes, en passant par les Marolles et Ixelles, les hispanophones s’organisent pour faire perdurer leur culture. La littérature, emportée dans les bagages de l’immigration, permet-elle de soigner la morriña (nostalgie de ses racines) des hispaniques devenus Bruxellois ?
Un jeudi soir, 17 heures. La foule sort du travail, s’engouffre dans le tramway pour rentrer à la maison. Derrière les baies vitrées couvertes de bandes dessinées d’un immeuble avenue Louise, c’est l’effervescence. Les rangées de chaises sont installées, le pupitre est dressé, les drapeaux espagnol et bolivien trônent au fond de l’estrade, les participants arrivent au compte-gouttes. Ici, on fait deux bises. On connaît tout le monde et on parle espagnol. Mais surtout on aime la littérature.
Au programme ce jeudi soir à l’Instituto Cervantes, un récital de poésie par Diego Valverde, poète péruvo-espagnol. Avec ses lunettes rectangulaires marron assorties à ses chaussures vernies, il alterne anecdotes et lecture de poèmes. Il captive l’audience par ses gestes, ses intonations pour incarner ses propos et par ses blagues aussi. Sans comprendre un traître mot, on a envie de l’écouter parler des heures. Une douce mélodie à l’oreille. Malgré la barrière de la langue, quelques expressions sont attrapées au vol : un poème sur Carmen, un débat sur escondite (cachette) rejeté par les Boliviens au profit d’un autre terme (qui, celui-là, échappe aux oreilles francophones). L’enfance bruxelloise d’Alvaro Mutis (poète colombien), un poeta es como un médico. Un poète est comme un médecin. La vingtaine de spectateurs acquiesce. Ici, on aime la littérature parce qu’elle nous fait du bien. Un pansement sur les maux du cœur de nombreux hispanophones, habitants d’une ville multilingue où l’espagnol échoue au pied du podium. Parlée par 14,5 % des Bruxellois, l’espagnol ne fait pas le poids face au français, au néerlandais et à l’anglais. Alors, qu’ils soient venus d’Espagne, d’Argentine, qui regorge de romanciers à succès ou encore du Chili, terre des poètes, les hispanophones s’organisent pour vaincre la mélancolie des origines dans lesquelles la littérature est omniprésente.
Dans l’atelier exigu de Katia Garcia, les livres et les collages s’entassent sur le bureau. Un pas de côté et des conserves en inox dégringolent. « Je n’ai pas perdu mon accent et dans mon entourage proche, je parlais tout le temps espagnol. Le français, c’était plutôt une langue professionnelle, des études, mais pas affective. Je ne le sens pas, ça ne sort pas. » Katia est poète à ses heures perdues. Elle a publié plusieurs recueils de poésie au Chili, son pays d’origine, mais ne s’est jamais essayée à l’écriture en français. Ça ne sort pas.
Le français, c’était plutôt une langue professionnelle, des études, mais pas affective.
Katia GarciaÀ son arrivée en 1989, dans la vingtaine, elle continue des études de littérature française en analyse et scénario de télévision et cinéma. Très vite, elle est engagée pour graver des CD-ROM puis créer les tout premiers sites internet. « C’était très basique, mais à l’époque, c’était merveilleux ». Près de vingt ans sur l’ordinateur, cela fatigue. Alors elle a de nouveau bifurqué, comme elle aime le dire. Animatrice en éducation permanente féministe. Pour Vie Féminine, elle organise maintenant des ateliers créatifs et numériques, de lecture et d’écriture aussi. Elle en revient toujours à la littérature, Katia.
Réfugiée politique, elle fuit la dictature chilienne et atterrit à Bruxelles. Dès le début, elle compte rentrer au pays, c’est sans compter sur son second mari, Chilien, rencontré en Belgique en 1994. Lui est prisonnier politique, condamné à 25 ans d’exil par la toute nouvelle démocratie chilienne. Retourner vers ses origines sans lui, impensable pour Katia. Alors, elle fait venir le Chili à Bruxelles : en ligne, elle participe à des cercles littéraires, elle entretient également une relation épistolaire avec son amie et poète chilienne Lila Calderón. Un fil invisible qui la relie au passé comme au futur, bien qu’incertain. « Je viens d’une dictature, je connais tout ce qui est en train de passer, je sens que ce n’est pas bon, parce qu’il y a plein de choses qu’on fait en dictature, qu’ils sont en train de faire maintenant. Dans des moments comme ça, le plus important, c’est de créer et de maintenir les liens. Et déjà, ça suffit. Le fait de se faire connaître de sa communauté, s’il y a quelque chose qui arrive, tu peux aider, te faire aider et tu peux aussi tenir. Et je pense que la littérature, la créativité créent du lien. En ce moment avec ce qu’on vit, c’est déjà beaucoup. »
Son prochain projet ? Katia Garcia veut publier un livre sur sa relation épistolaire avec Lila CalderónÀ Bruxelles, les récits se mêlent mais ne se ressemblent pas. Les débuts de l’immigration hispanique sont favorisés par la signature d’un accord bilatéral entre l’Espagne et la Belgique en 1956. Il organise l’arrivée de main-d’œuvre espagnole pour faire tourner les charbonnages belges et facilite les flux de migration depuis l’Espagne vers la Belgique. Cet accord sera suivi par d’autres célèbres conventions bilatérales avec la Grèce, le Maroc ou encore la Turquie.
Le père de Roberto a profité de ces « Golden Sixties » pour quitter l’Espagne et améliorer sa situation économique à Bruxelles. Il s’installe à Saint-Gilles, entouré de compatriotes (près d’un tiers des habitants des Marolles est alors espagnol). Roberto a six ans, il entend son père démissionner le matin et se faire embaucher ailleurs l’après-midi. Lui grandit entre deux cultures. Tandis que sa sœur, puis ses parents retournent au pays, lui choisit de rester. Sa vie est ici. Depuis 1994, pour ne pas trop s’éloigner de sa culture de cœur, il travaille dans la librairie hispanique de référence à Bruxelles : Punto y Coma. Chaque jour, des dizaines d’hispanophones viennent y trouver refuge à deux pas de la Commission. La nostalgie du pays y est guérie par l’odeur des livres. Sur fond d’opéra, les lieux sont propices à toutes les trouvailles (même la traduction espagnole du livre de Nicolas Sarkozy). En cas de doute, Roberto conseille, donne son avis mais ne veut pas trop se mouiller. « Le protagoniste ce n’est pas moi, ce sont les livres. » Il s’évertue sans cesse à différencier la librairie d’un centre culturel. Malgré un rayon de denrées alimentaires typiquement hispaniques, le magasin est dénué de siège où commencer sa lecture, une tasse de thé à la main. Roberto renvoie alors les hispanophiles vers MetaProsa, place Jourdan, un lieu de rencontre et d’échange culturel qui comble ce vide.
Du guide de voyage aux conseils sur la permaculture en passant par des recueils de poésie et de la littérature française, on peut tout trouver chez Punto y ComaL’ASBL, créée en 2022, propose à la fois des clubs de lecture, d’écriture, des conférences, des cours de salsa, une librairie de seconde main et un salon de thé. Cela en fait du boulot pour Marta Garayoa, l’une des trois fondatrices, accompagnée par une armada de bénévoles. Mais le jeu en vaut la chandelle, car selon elle, lire dans sa langue maternelle permet de se sentir plus proche du pays d’origine. Discuter des lectures, un verre de vin à la main, apparaît alors comme une solution miracle au mal du pays. « Je pense que la littérature est un outil dont on peut profiter deux fois : d’abord en la lisant, comme un acte personnel et privé, puis en partageant cette lecture, en discutant de ce qu’on a lu, ou en recommandant un livre à quelqu’un en fonction de ce qu’on sait de cette personne. Il y a quelque chose de profondément personnel dans le fait d’offrir un livre à quelqu’un car, si cela est fait avec sincérité, on n’offre pas simplement un objet, mais on partage une partie de soi-même. Il y a un plaisir à partager et à discuter, et un bon livre est l’outil parfait pour cela, car il met sur la table des débats auxquels il ne serait peut-être pas facile d’accéder autrement. »
Il y a quelque chose de profondément personnel dans le fait d’offrir un livre à quelqu’un car, si cela est fait avec sincérité, on n’offre pas simplement un objet, mais on partage une partie de soi-même.
Marta GarayoaEt l’enfance alors ? Pas n’importe laquelle, une enfance ballottée entre deux pays. Une enfance pendant laquelle les nationalités forment un dialogue de sourds entre les générations. Les cultures se comparent, s’entrechoquent, et parfois s’annulent. Voilà ce à quoi sont soumis les « enfants de troisième culture ». Marta estime primordial qu’ils renouent avec la langue d’un ou de leurs parent(s), lorsqu’ils parlent majoritairement français à l’école. « D’un côté, il y a la culture des parents ou celle de la « maison », de l’autre celle du pays où ils vivent, et enfin ce sentiment d’apatridie, parfois de non-appartenance. Je pense que la littérature, surtout dès le plus jeune âge, peut aider à ancrer ce sentiment d’appartenance culturelle. »
A l’Instituto Cervantes, on l’a bien compris. 32 000 ouvrages sont accessibles dans la bibliothèque. Tous renvoient à la culture espagnole ou hispano-américaine (auteurs ou contenus), pour fournir les racines nécessaires à l’épanouissement de tous. Cependant, même si l’appellation est identique, toutes les bibliothèques ne sont pas utilisées de la même façon. Ici, certains essaient de se sentir plus proches de chez eux. Mais tous, selon Silvia Montero, la responsable des rayonnages, profitent beaucoup moins de l’espace disponible qu’en Espagne. La catalane, arrivée à Bruxelles six ans auparavant, explique que là-bas, les bibliothèques sont remplies, les gens étudient, lisent, travaillent. Avec ses grands yeux brillants, elle précise en souriant : « cette bibliothèque, c’est une bibliothèque espagnole, mais utilisée à la belge : la personne arrive, prend et part. » Le temps de reprendre son souffle un instant, dans cet endroit réconfortant où tout est compris, avant de ravaler l’espagnol jusqu’à la prochaine visite.
Cette bibliothèque, c’est une bibliothèque espagnole, mais utilisée à la belge : la personne arrive, prend et part.
Silvia MonteroCe soir, Silvia s’affaire. Uno, dos, tres, cuatro… Chaussures de randonnée au pied, elle compte les chaises et les place en arc de cercle. Les participants du club de lecture mensuel vont bientôt arriver. Ángel Hernando, le modérateur, met en ordre ses notes. Autour du thème de l’amitié, ils ont choisi le livre du soir ensemble. Ce sera Los nuevos de Pedro Mairal, un romancier argentin. Ángel peste gentiment : « le problème, c’est que parfois je n’ai pas beaucoup de temps pour lire des choses que j’aimerais lire, qui ne sont pas les livres obligatoires sur lesquelles je travaille. »
Au cours des deux heures, plusieurs passages du livre sont lus à voix haute puis analysés par les participants Ángel Hernando commence chaque cercle de lecture par une courte présentation de l’auteur discutéDehors, des courageux courent. La nuit tombe, les lampadaires s’allument. Un à un, les habitués s’installent, posent l’ouvrage sur leurs genoux (bien entendu acheté à Punto y Coma) et discutent avec leurs voisins. Peu après 19 heures, Ángel ouvre les débats. Vuestras lecturas de la novela. Hésitation générale, murmures. Puis, quelqu’un se lance et très vite, les accents se mélangent. On se coupe la parole, perdona. On rit, beaucoup. Deux heures durant, un match de ping-pong d’opinions et de remarques se joue au rez-de-chaussée de l’Instituto Cervantes. Les arguments ricochent trop vite pour être captés par des oreilles qui regrettent d’avoir pris LV2 allemand. Heureusement, les regards, les hochements de tête suffisent pour comprendre combien la lecture habite les participants. Ils sont venus discuter, mettre leurs points de vue en perspective et surtout partager ensemble cette culture hispanique qui les relie. Vaincre la morriña, ensemble. Ici, on aime la littérature et on la partage.
The post Combattre la morriña par les livres appeared first on Mammouth Média.
Poussez la porte
Luke Jones pour Unsplash
Depuis la pandémie, les étudiants présentent de plus en plus de symptômes de dépression ou d’anxiété. Des solutions de soutien et d’aide psychologique, gratuites ou presque pour les étudiants existent : l’ULB propose une cellule d’aide qui s’appelle Psycampus. À l’UCLouvain, une cellule d’aide psychologique est prévue sur chaque campus et à l’IHECS, il existe la Cellule Première Écoute, ainsi qu’une psychologue présente pour les étudiants. Mais est-ce qu’ils sont au courant que ces aides existent pour eux ?
Retrouvez notre podcast Poussez la porte sur SoundcloudThe post Poussez la porte appeared first on Mammouth Média.
Le Ratz, après la polémique
© D.R.
Le Ratz Food Market est un food market qui vient tout juste d’ouvrir ses portes à Ixelles. Mais à peine lancé, l’établissement s’est déjà retrouvé au cœur d’une polémique.
En cause : sa décoration intérieure et son concept, que certains jugent problématiques. Le lieu propose une immersion dans un univers inspiré de marchés asiatiques et de street-food internationale, avec des néons, lanternes, enseignes, murs délabrés, cables, tuyaux..
Plusieurs critiques estiment toutefois que cette mise en scène repose sur des clichés et transforme la culture asiatique en simple décor exotique. Le Ratz est ainsi accusé d’appropriation culturelle et d’esthétisation de cultures asiatiques à des fins marketing, sans réelle représentation des communautés concernées. Face à ces critiques, les responsables du Ratz ont dû réagir et défendre leur projet, affirmant vouloir créer un lieu multiculturel célébrant la diversité culinaire.
The post Le Ratz, après la polémique appeared first on Mammouth Média.
Objectif lune pour Artemis 2
Dans la nuit de mercredi à jeudi, sur le coup de 00h24, la fusée Artemis II de la NASA va décoller depuis le Cap Canaveral en Floride. À son bord, 4 astronautes s’envoleront pour faire le tour de la lune. Une première depuis plus de 50 ans. Voici les objectifs de cette mission.
Pour la première fois depuis 53 ans, l’agence spatiale américaine, la NASA va envoyer des astronautes autour de la lune. Baptisée Artemis 2, cette mission de 10 jours est le premier pas vers une présence humaine et durable sur l’astre. Emmanuel Jehin, astrophysicien de l’Université de Liège. « C’est une mission très importante. C’est la première fois que des astronautes vont retourner vers la lune. La dernière fois, c’était lors de la dernière mission Apollo (Apollo 17) », commente Emmanuel Jehin, astrophysicien à l’Université de Liège. « Ici, le but de la mission est de faire le tour de la lune avant de revenir sur la terre. Les astronautes ne vont pas poser de pied sur la lune ».
Créé en 2019 sous l’impulsion de Donald Trump, le programme Artemis s’est développé avec le soutien de partenaires privés comme Tesla et Space X. La stratégie de l’agence spatiale américaine s’est matérialisée pour la première fois en 2022 avec Artemis 1. Cette première mission était consistait à lancer la fusée Orion à vide. Artemis 2 est donc la deuxième étape de la fusée. « Cette nouvelle étape permettra à la fusée de quitter l’orbite terrestre pour la première fois avec des astronautes à son bord. L’idée est de tester toute une série de technologies de communication par rapport aux radiations, de tester leurs scaphandres aussi. En gros, c’est une répétition générale pour tester la capsule Orion », détaille Emmanuel Jehin. Cette capsule devrait une nouvelle fois embarquer en orbite l’an prochain pour Artemis 3, en vue de préparer le quatrième et le cinquième volet du programme qui devraient envoyer à nouveau des astronautes sur la lune, avant la fin du mandat de Trump en 2028.
Au-delà de la stratégie spatiale de la NASA, cette mission aura aussi des objectifs scientifiques afin de confirmer l’hypothèse de la formation du système solaire. « La théorie du Late Heavy Bombardment implique que le système solaire s’est formé dans un environnement très chaotique. Il y avait énormément de collisions. Et il y a notamment eu une collision très violente qui a arraché un bout de la terre pour former la lune », expose le planétologue à l’UC Louvain, Jérémy Rekier qui attend à trouver des preuves de cette pluie d’astéroïdes tombés, il y a 3,9 millions d’années. « Ces impacts sont difficilement visibles sur la surface de la terre parce que l’activité des plaques tectoniques renouvelle la matière à la surface. En revanche, la lune est beaucoup moins active. Et donc, cette mission Artémis va possiblement permettre de trouver ces impacts », complète celui qui est aussi assistant de recherche au département ELIC (Earh and Life Institute).
Avec ce programme Artemis, les états-Unis ambitionnent d’installer une base semi-permanente au sud de l’astre lunaire d’ici 2032.
The post Objectif lune pour Artemis 2 appeared first on Mammouth Média.
La réforme de la Pro League déjà modifiée
Alexandre Capart
Ce mardi 31 mars, la Pro League a réuni ses clubs dans une assemblée générale pour rediscuter de la réforme votée l’an dernier. La question du quotas de quatre clubs U23 en Challenger Pro League a été débattue pendant plus de deux heures. Une solution hybride a été trouvée mais elle ne devrait pas arranger les clubs amateurs. Explications en vidéo.
The post La réforme de la Pro League déjà modifiée appeared first on Mammouth Média.
On a trouvé du pétrole à Bruxelles
Photos: Mathias Rodriguez / Amnesty
Bruxelles, mercredi 1er avril. Là où les touristes viennent habituellement admirer l’une des plus célèbres perspectives de la capitale, un spectacle inattendu s’impose. Au sommet du Mont des Arts, une structure simule un puits de pétrole en pleine éruption. Du brut semble jaillir, envahir l’espace, déborder jusque dans les bouches d’égout. Plusieurs barils jonchent le sol. Des silhouettes incarnent les ravages humains de cette matière noire. Le dispositif est un trompe-l’œil. Un poisson d’avril, certes, mais un poisson d’avril politique. À l’origine de cette mise en scène : Amnesty International Belgique francophone. Si ce pétrole est faux, ses conséquences, elles, sont bien réelles.
La directrice d’Amnesty Belgique francophone, Carine Thibaut, ne laisse aucune place à l’ambiguïté. Selon elle, la dépendance aux énergies fossiles ne relève plus uniquement de l’enjeu climatique. Elle constitue une crise globale des droits humains, aux conséquences déjà visibles et appelées à s’aggraver.
« Ce puits est fictif, mais les dégâts des énergies fossiles sont bien réels. Le dérèglement climatique qu’elles provoquent menace directement des droits fondamentaux comme le droit à la vie, à l’alimentation ou au logement. »
L’argument n’est pas nouveau, mais Amnesty insiste sur son urgence. À mesure que la crise climatique s’intensifie, ses effets deviennent plus tangibles, y compris en Europe. Multiplication des événements climatiques extrêmes, pression accrue sur les ressources, dégradation des conditions de vie : les conséquences ne relèvent plus d’un scénario futur, mais d’une réalité déjà en cours.
Dans ce contexte, la dépendance énergétique apparaît aussi comme une vulnérabilité politique et économique.
« La guerre au Moyen-Orient a révélé notre dépendance. Il est temps que la Belgique passe des promesses à un plan concret de sortie des énergies fossiles. »
Une Belgique encore massivement dépendanteL’action vise aussi à pointer une contradiction politique. Officiellement, la Belgique s’est positionnée en faveur d’une sortie des énergies fossiles lors des dernières conférences internationales sur le climat. Mais dans les faits, le pays reste profondément dépendant de ces ressources.
Aujourd’hui, environ 73 % de l’approvisionnement énergétique belge repose encore sur les énergies fossiles. Plus encore, l’État continue de soutenir financièrement ce secteur. Selon les données avancées par Amnesty, ces aides publiques atteindraient 17,8 milliards d’euros par an. Ce soutien public massif entre en contradiction directe avec les engagements climatiques affichés par la Belgique sur la scène internationale.
Cette dépendance se traduit aussi concrètement à la pompe. Ces derniers mois, dans un contexte de tensions au Moyen-Orient, les prix des carburants ont connu de fortes variations, rappelant à quel point l’économie belge reste exposée aux chocs géopolitiques. Depuis ce mardi 31 mars 2026, le prix maximum du diesel est passé à 2,333 euros/l. Le précédent record absolu était de 2,286 euros en mars 2022.
Pour de nombreux ménages, ces hausses pèsent directement sur le budget quotidien, illustrant le lien entre dépendance aux énergies fossiles et vulnérabilité économique.
L’ONG appelle à un basculement concret : mettre fin aux subventions aux énergies fossiles et rediriger ces financements vers les renouvelables et la réduction de la consommation énergétique.
Derrière la mise en scène, une stratégie politiqueCette action marque le lancement d’une nouvelle campagne nationale.
Premier levier : une pétition adressée au ministre fédéral de la Mobilité, du Climat et de la Transition environnementale, Jean-Luc Crucke. L’objectif est d’imposer un calendrier précis de sortie des énergies fossiles.
Amnesty va plus loin. L’organisation appelle également la Belgique à soutenir un traité international de non-prolifération des combustibles fossiles. Un projet encore peu médiatisé, mais stratégique.
Ce traité viserait à interdire de nouveaux projets fossiles, organiser la sortie progressive de la production existante et garantir une transition juste. Autrement dit, encadrer juridiquement la fin des énergies fossiles à l’échelle mondiale.
Une question de souverainetéContacté par nos soins, le cabinet du ministre n’a pas donné suite à nos questions écrites dans l’immédiat. Il renvoie vers un communiqué publié le 20 mars 2026, à l’occasion d’une journée d’étude organisée à l’ULB sur les enjeux géopolitiques de l’énergie.
Dans ce texte, Jean-Luc Crucke annonce sa participation à une conférence internationale prévue fin avril à Santa Marta, en Colombie, consacrée à la sortie progressive et « socialement juste » des énergies fossiles. Une initiative qui, selon lui, s’inscrit dans un contexte international de plus en plus instable.
La conférence de Santa Marta est présentée comme une étape décisive pour transformer les engagements en actions concrètes. Jean-Luc Crucke y plaidera pour la formation d’une « coalition des volontaires ». Une approche qui repose sur l’engagement volontaire des États, sans contrainte juridique à ce stade.
« La transition énergétique ne peut plus être pensée uniquement comme une politique climatique. Elle est devenue une question de souveraineté, de sécurité et de prospérité économique. Dans un monde marqué par les tensions géopolitiques et la volatilité des prix de l’énergie, sortir progressivement de notre dépendance aux énergies fossiles est une nécessité stratégique », a déclaré le Ministre lors de la journée.
Parmi les priorités évoquées figurent le renforcement de la tarification du carbone, la réorientation des financements vers les technologies bas carbone, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement et l’accélération de la décarbonation des secteurs industriels clés.
Pourquoi Amnesty parle de crise des droits humains ?Depuis plusieurs années, Amnesty International développe une lecture juridique du changement climatique. Selon cette approche, les États ont des obligations légales. Ils doivent protéger leurs populations contre les atteintes prévisibles aux droits fondamentaux, y compris celles causées par le climat. Or, les énergies fossiles jouent un rôle central dans ces atteintes.
Amnesty International s’est associée au Better Planet Laboratory de l’Université du Colorado, afin de réaliser une étude cartographique visant à estimer l’ampleur potentielle des dommages causés à l’échelle mondiale par les sites actuels et futurs de production de combustibles fossiles. D’après l’étude, au moins 2 milliards de personnes vivent à moins de 5 km de plus de 18 000 sites d’infrastructures exploitant des combustibles fossiles répartis dans 170 pays à travers le monde.
L’organisation rappelle également qu’en 2019, la pollution engendrée par les énergies fossiles a causé environ 6,7 millions de décès prématurés dans le monde, ce qui en fait la deuxième cause principale de maladies cardiovasculaires et respiratoires, et la troisième cause de mortalité.
Concrètement, cela signifie que des populations entières vivent, travaillent et respirent à proximité directe d’infrastructures polluantes. Dans ce cadre, continuer à soutenir les énergies fossiles pourrait être interprété comme une violation des obligations étatiques en matière de droits humains.
L’illusion du Mont des Arts a été démontée en quelques heures. La dépendance aux énergies fossiles, elle, continue de structurer en profondeur les choix politiques du pays.
The post On a trouvé du pétrole à Bruxelles appeared first on Mammouth Média.
L’Ombre de la Buveuse d’absinthe
Qu’est-ce qui se cache derrière le cadre d’un chef-d’œuvre ? En 1942, sous l’Occupation, la collection d’Armand Dorville est dispersée. Parmi les œuvres spoliées : « La Buveuse d’absinthe » de Félicien Rops. 80 ans plus tard, le tableau refait surface dans les dossiers de restitution.
Dans cet épisode, Mammouth Média remonte le fil historique de cette œuvre, de Paris, Nice jusqu’à Bruxelles. Comment prouve-t-on le vol d’un objet après des décennies de silence ? Suivons donc le chemin de cette œuvre et découvrons le combat acharné pour rendre ce que l’histoire a dérobé aux familles spoliées.
Derrière le regard perdu de la Buveuse, se dessine une autre histoire, plus silencieuse : celle d’une multitude d’œuvres disparues, comme une forêt de tableaux fantômes qui hante encore nos musées. Les archives sont sans appel. Selon le rapport final de la Commission Buysse, au moins 885 chefs-d’œuvre ont été spoliés aux familles juives de Belgique par l’occupant nazi. À la Libération, pourtant, l’heure n’est pas à la réparation pleine et entière. La justice hésite, trébuche. À peine 7 % de ces biens retrouvent alors leurs propriétaires légitimes, laissant derrière eux un vide immense.
Aujourd’hui encore, cette ombre persiste : quelque 2 800 œuvres aux provenances incertaines demeurent dans les collections publiques, en attente d’une identité restituée. Parfois, néanmoins, la lumière affleure. Ainsi du tableau Sainte Famille de Jacob Jordaens, identifié et restitué in extremis après des décennies d’errance administrative.
Pour Michel Draguet, historien de l’art, le moment est venu d’affronter ces « angles morts » de notre histoire. Car exposer la beauté ne suffit plus : il faut désormais exposer la vérité. C’est à ce prix que la culture peut devenir un rempart contre l’oubli — et que, dans le creux de ces silences, commence le devoir de mémoire.
The post L’Ombre de la Buveuse d’absinthe appeared first on Mammouth Média.
Keyrock, nouvelle licorne
Unsplash
Keyrock, une scale-up bruxelloise spécialisée dans l’achat et la revente de cryptos, a annoncé ce mardi une valorisation à plus d’un milliard de dollars, ce qui la propulse au rang de licorne.
On a été rencontrer Gilles Quoistiaux, journaliste financier à L’Écho, pour nous expliquer.
The post Keyrock, nouvelle licorne appeared first on Mammouth Média.
Prendre soin des sans chez-soi à Bruxelles
Crédit photo : Unsplash – Clay Leconey
Selon les estimations les plus récentes, en 2025, près de 1 % de la population bruxelloise est sans abri. Face à cette précarité, les hôpitaux et les associations se trouvent en première ligne. Ils apportent une aide à la fois physique, matérielle et sociale.
Car le besoin de lien est essentiel, bien qu’il soit souvent relégué au second plan. Si les soignants ont pour mission de traiter les corps, la création d’un lien humain s’impose d’elle-même. Pourtant, au fil de nos rencontres, une évidence s’est imposée : ces interventions, aussi nécessaires soient-elles, ne constituent bien souvent qu’un soulagement temporaire — un simple pansement sur une plaie béante.
The post Prendre soin des sans chez-soi à Bruxelles appeared first on Mammouth Média.
Le cordon sanitaire belge sous pression
Face à la montée de l’extrême droite et à l’essor des réseaux sociaux, ce cordon sanitaire politique et médiatique est de plus en plus remis en question.
Depuis les années 90, la Belgique applique un principe unique en Europe : le cordon sanitaire. Il s’agit d’un accord entre partis démocratiques pour exclure l’extrême droite du pouvoir, complété par un dispositif médiatique visant à limiter sa visibilité en ne lui donnant par la parole en direct.
Mis en place après le “dimanche noir” de 1991, ce mécanisme a longtemps été considéré comme efficace, en particulier en Wallonie, où l’extrême droite ne s’est jamais durablement imposée. Mais aujourd’hui, ce modèle montre des signes de fragilisation.
En Flandre, le Vlaams Belang s’est installé dans le paysage politique et, avec un score de 13%, est arrivé en seconde place après la N-VA. Une situation qui rend l’application du cordon plus complexe.
Parallèlement, les réseaux sociaux bouleversent les règles du jeu. Les partis peuvent désormais s’exprimer sans passer par les médias traditionnels, contournant ainsi le cordon médiatique.
Dans les rédactions, des questions se posent et certains estiment que le cordon sanitaire doit évoluer. À l’étranger, notamment en France, l’extrême droite est davantage confrontée que tenue à l’écart.
Entre efficacité historique et limites contemporaines, le cordon sanitaire belge est aujourd’hui à un tournant. Parviendra-t-il encore à tenir l’extrême droite à l’écart, alors qu’une partie du débat politique se déplace hors de son périmètre ?
The post Le cordon sanitaire belge sous pression appeared first on Mammouth Média.
Un kot à Schaerbeek, une denrée rare ?
La prochaine rentrée académique de l’IHECS se fera à Schaerbeek. Après 36 années passées Rue de l’Étuve, dans le centre de Bruxelles, la haute école déménage pour s’installer sur son nouveau site au cœur du Médiapark, à proximité de la RTBF, de BX1 et d’autres acteurs du journalisme, de la communication et de l’enseignement.
Ce déménagement impliquera des changements dans la vie des étudiants, notamment au niveau des déplacements et des logements.
The post Un kot à Schaerbeek, une denrée rare ? appeared first on Mammouth Média.
Une autre ligne de front
Dimanche, fin de journée à Bruxelles. La pluie vide les rues et le soleil disparaît peu à peu. Un groupe d’inconnus se rassemble dans un lieu caché du grand public. Ingénieurs, professeurs, étudiants : ils rient, échangent autour de tables où ils assemblent des drones pour l’Ukraine. Face au manque de moyens technologiques et militaires en Ukraine, un groupe d’Européen fonde à Bruxelles Wings for Europe en 2024. Partie d’un groupe de 10 personnes, l’initiative a grandi pour réunir aujourd’hui une centaine de volontaires. Avec un objectif commun : soutenir l’Ukraine.
La fabrication d’un drone peut prendre jusqu’à huit heures la première fois, et environ deux heures pour un « angel » (bénévole) plus expérimenté. Une fois qu’un nombre suffisant d’appareils est assemblé, ceux-ci sont envoyés aux unités ukrainiennes au front. Des puces d’entraînement sont distribuées aux nouveaux bénévoles pour qu’ils puissent s’exercer.
Derrière ces drones, des bénévoles venus d’horizons différents s’engagent chaque semaine à Bruxelles. Arnaud Stevins, Bruxellois, lui aussi bénévole, illustre cet engagement au quotidien. Au début de la guerre en Ukraine, il a décidé d’accueillir trois Ukrainiens chez lui. Depuis peu, quand il le peut, il passe ses dimanches autour de cette table avec les autres angels. « J’essaie de faire ce que je peux pour aider, j’espère que cela fera une différence », confie-t-il. Grâce à ses bénévoles et aux dons de particuliers, Wings for Europe envoie aujourd’hui plus de mille drones par an aux unités ukrainiennes.
« Les personnes qui nous rejoignent veulent faire quelque chose de concret, pas simplement rester spectateurs », affirme Bartas Trakym, leader de l’organisation. « Si vous ne donnez pas les outils à ceux qui sacrifient leur vie, quelle est votre valeur ? »
À des milliers de kilomètres de Bruxelles, à Pokrovsk, la 25e brigade aéroportée attend ces drones. Pedro Paiva, volontaire brésilien engagé aux côtés de l’armée ukrainienne depuis 2023, résume leur impact : « Ils servent à tout. Leur importance est énorme. En ce moment, ils sont la colonne vertébrale de l’armée. »
À Bruxelles, la guerre semble lointaine, et pourtant elle est omniprésente. Dans la pièce d’à côté, l’odeur du bortsch se répand. Des volontaires ukrainiens préparent ce plat traditionnel pour les autres, le temps d’une pause.
The post Une autre ligne de front appeared first on Mammouth Média.
Quand l’avocat devient la cible
Chargé de défendre Marc Dutroux, l’avocat Bruno Dayez revient sur son expérience marquée par une pression médiatique intense. Son témoignage met en lumière les tensions entre le devoir de défendre et l’opinion publique.
40 ans après son premier emprisonnement, Marc Dutroux continue de hanter la mémoire collective belge. Symbole de l’une des affaires les plus traumatisantes du pays, son nom reste associé à une onde de choc. Mais derrière l’horreur de l’affaire, une autre réalité interroge : celle de ceux qui ont dû défendre l’indéfendable.
Révélée dans les années 1990, l’affaire Dutroux a profondément marqué la Belgique, tant par la gravité des faits que par les dysfonctionnements judiciaires qu’elle a mis en lumière. Arrêté pour enlèvements et viols en 1986, ce n’est qu’en 2004 qu’il est condamné à la réclusion à perpétuité, après des années de procédure et une médiatisation hors norme.
Spécialisé en droit pénal, Bruno Dayez revendique une conception rigoureuse et sans compromis de la justice, où chaque individu, quel que soit son crime, a droit à une défense. En acceptant de représenter Marc Dutroux, il savait qu’il franchissait une ligne invisible aux yeux du public. Entre pression médiatique, jugements moraux et violence symbolique, il a dû faire face à une forme d’isolement rarement évoquée. S’il affirme ne pas regretter sa décision, il reconnaît la violence psychologique d’une telle mission. Car dans ce type d’affaires, la défense des victimes semble plus légitime que celle de l’accusé.
Dans le même panierPourtant, le rôle de l’avocat pénaliste dépasse cette perception. « Toutes les affaires sont, par nature, sensibles », rappelle-t-il. Mais dans ce genre de cas, la défense est souvent perçue comme le « méchant de service ». Dans ce contexte, la médiatisation joue un rôle central dans la perception de l’avocat. Réduits à quelques minutes d’antenne, des dossiers complexes sont simplifiés à l’extrême. Selon lui, ce traitement favorise les raccourcis et déforme la réalité. Face à la demande de sensationnalisme du public, certains médias privilégient des éléments superficiels, comme le fait de savoir si Dutroux a un coiffeur attitré, au lieu de s’attarder sur le fond juridique du dossier. Le registre passionnel, souvent dominant, l’a ainsi contraint à se défendre lui-même davantage que son client. Des propos lui ont été attribués ou déformés, accentuant la stigmatisation envers la défense. Le public se retrouve conforter dans sa confusion et ne distingue plus l’avocat de son client.
Mais cette confusion ne reste pas sans conséquences concrètes. Cet amalgame fréquent entraîne des réactions parfois violentes. S’il s’attendait à ce que cette affaire bouleverse sa vie, l’avocat reconnaît avoir été surpris de l’intensité de la violence sociale. « Les gens identifient l’avocat à son client. Donc en fait, on vous met dans le même panier et on fait une grande confusion exactement comme si vous étiez vous-même assimilé au criminel que vous défendez. » Les représailles ne sont pas seulement verbales, les injures sur les réseaux ne représentent qu’une partie. La façade de son cabinet a été taguée avec l’inscription « Avocat pédophile », compliquant son travail quotidien ainsi que celui de ses collaborateurs. Pendant qu’un internaute brûlait son livre en ligne, d’autres organisaient une manifestation devant son cabinet. Si seuls quelques manifestants se sont déplacés, la présence d’une trentaine de policiers témoigne du climat de tension. Cette hostilité traduit une difficulté persistante à accepter le rôle de la défense dans des affaires des plus sensibles.
Les gens identifient l’avocat à son client
Bruno Dayez Le coût de la défenseL’impact, l’avocat n’est pas le seul à le ressentir, il sert de paratonnerre, et souvent la famille en fait les frais. Bien que ses proches soient capables de faire la part des choses, voir le juriste se mettre en danger génère une réelle angoisse. « Quand des gens vous envoient des messages anonymes dans lesquels ils citent les prénoms de vos enfants, ça vous tracasse. […] on a beau se caparaçonner, on ne peut pas rester complètement insensible à ça. », confie le juriste.
Les menaces, rarement mises à exécution, laissent tout de même des traces et renforcent le sentiment d’insécurité. Cette dimension personnelle est souvent absente du débat public. Pourtant, elle illustre le coût invisible de certaines affaires judiciaires, où l’engagement professionnel déborde sur la sphère privée.
« Être seul contre tous, c’est gratifiant, mais très éprouvant », affirme l’avocat. Le climat est tendu, la tension est constante et il est impossible de ne rien ramener à la maison. La frontière entre vie privée et vie professionnelle se brise, les nerfs sont mis à rude épreuve et le sommeil devient fragile. Non pas à cause de l’affaire elle-même, mais en raison de la pression sociale. Toujours sur le qui-vive face aux informations, aux publications ou aux décisions. Après 44 ans de métier, Bruno Dayez conclut : « C’est un métier qui est complètement chronophage. […] on vit avec. […] et j’ai été bouffé par ce métier. »
Cette réalité interroge, car si l’avocat de la défense est parfois, malgré lui, du « mauvais côté » de la barrière, il ne reste pas moins un pilier essentiel dans l’équilibre judiciaire. Le droit à un procès équitable constitue un fondement dans notre démocratie : sans avocats pour défendre, même les accusés les plus controversés, c’est l’ensemble de notre système judiciaire qui vacille.
The post Quand l’avocat devient la cible appeared first on Mammouth Média.
Quand les inégalités homme-femme s’invitent au tribunal
Mammouth.media
Alors que le travail invisible des femmes est une réalité présente dans de nombreux foyers en Belgique, celui-ci n’est que peu reconnu, et indemnisé uniquement dans le cas d’une incapacité.
La scène se passe au tribunal de première instance de Bruxelles, un matin de mars dernier. L’avocate d’une compagnie d’assurance s’oppose à celle d’un homme cherchant à obtenir des indemnités pour un accident survenu en 2012. Alors que l’audience n’était initialement pas centrée sur les inégalités hommes-femmes, les deux juristes en viennent à discuter pendant dix minutes sur la contribution de monsieur aux tâches ménagères. Étonnant ? Non, car la part que chacun consacre au ménage est l’une des clés pour calculer l’indemnité ménagère payée au titre de l’incapacité. Et logiquement, les femmes sont davantage indemnisées que les hommes.
Selon l’Institut pour l’égalité entre les femmes et les hommes (IEFH), les femmes portent à 68% le poids des tâches ménagères dans leur couple, alors que les hommes n’ont que 32% du travail à effectuer. Une convention juridique, relativement similaire, a été créée pour le tableau indicatif des indemnisations : 65% des tâches sont faites par les femmes alors que les hommes n’en font que 35%.
Un outil né au lendemain de la Grande GuerreSelon Goran Vanderput, assureur chez Union Financière, « ce tableau indicatif est né au lendemain de la Première Guerre Mondiale, pour indemniser les blessures de guerre de façon objective et égalitaire. Le but étant de compenser financièrement les organes perdus sur les champs de bataille, pour que les soldats puissent avoir des indemnités. Au fur et à mesure du temps, s’est ajoutée une dimension plus pratique à ce tableau ; c’est-à-dire que la perte de certains organes peut être indemnisée selon la situation de la victime. » Par exemple, si un pianiste perd son majeur, il pourra recevoir une indemnisation plus grande car ses doigts sont un outil de travail.
Mais il faut bien comprendre que le tableau d’indemnisation qui est utilisé aujourd’hui n’est pas une extension de celui créé au lendemain de la Grande Guerre, bien qu’il s’en soit inspiré. Ce tableau indicatif-ci est né en 1995, dans le but d’indemniser les accidents corporels civils. Il a été régulièrement révisé depuis sa création, pour tenir compte de la réalité socio-économique des victimes.
Ce tableau indicatif met en évidence le fait que les femmes participent plus activement à la gestion des tâches domestiques, car dans le cas d’un préjudice ménager, par défaut une femme recevra une indemnisation à hauteur de 65% de la somme totale allouée aux tâches domestiques, alors qu’un homme recevra 35%.
Ce que les divorces ignorent encoreMais alors, dans le cas d’une séparation ou d’un divorce, est-ce que la femme est indemnisée pour le travail invisible qu’elle a fourni ?
Selon Marie-Gabrielle Coeme, Juge au Tribunal de la famille du Luxembourg, « il ne faut pas confondre pension alimentaire et indemnisation du travail invisible. Une pension alimentaire sert à compenser le coût que représentent les enfants, lorsque les parents ont décidé de se séparer. Et cette pension alimentaire est calculée selon le revenu des parents. Alors qu’une indemnisation sert à compenser les incapacités. Ce sont donc deux raisonnements totalement différents qui sont appliqués. »
Cependant, dans le cas où une femme démontre lors du divorce qu’elle a sacrifié des opportunités professionnelles, pour élever les enfants ou s’occuper du ménage, la pension alimentaire peut servir à couvrir ses besoins, si elle est dans une situation de précarité. Mais cette pension alimentaire sera allouée de façon proportionnelle à la durée du mariage.
C’est une situation assez exceptionnelle qui est décrite ici, car selon Me Mathieu Vanderbist, avocat spécialisé en droit privé et droit familial , « la tendance de la gestion des tâches domestiques tend aujourd’hui à se rééquilibrer. Les hommes sont de plus en plus proactifs dans la gestion de ces tâches. » Mais selon lui, dans le cas d’un divorce, « il ne serait pas impensable pour les avocats et avocates d’utiliser une analogie entre l’indemnisation des préjudices ménagers et une compensation du travail invisible. »
Le travail invisible, trop souvent ignoréLe travail invisible est une notion féministe apparue en 1987, grâce à Arlene Kaplan Daniels, pour évoquer certains aspects de la vie des femmes en dehors de leur journée de travail, tels que la gestion du foyer familial et la charge mentale qui l’accompagne. Cette notion a mis plusieurs années avant d’être reconnue et partagée, mais aujourd’hui, elle est encore représentative de la réalité de nombreux foyers. Cette notion d’invisibilité évoque le manque de rémunération et de reconnaissance que demandent certaines tâches domestiques, comme l’entretien du foyer, la gestion de l’éducation des enfants, et de la vie familiale. Aujourd’hui encore, les aidants proches ou parents au foyer doivent se battre pour être reconnus, ou recevoir des aides financières à hauteur de leur contribution.
Alors que le droit belge reconnaît explicitement la valeur économique du travail domestique dans le cadre des accidents corporels, cette reconnaissance reste indirecte et conditionnelle lors des séparations. Là où certaines jurisprudences étrangères, comme en France ou en Espagne, commencent à compenser financièrement des années de travail non rémunéré, la Belgique n’envisage cette réalité qu’à travers le prisme de la pension alimentaire, et uniquement sous conditions strictes.
Le droit belge chiffre donc précisément ce que vaut le travail ménager d’une femme lorsqu’un accident l’en empêche, mais cette même valeur semble s’évaporer au moment d’un divorce. Une contradiction que ni le législateur, ni la jurisprudence belge ne semblent encore prêts à trancher.
The post Quand les inégalités homme-femme s’invitent au tribunal appeared first on Mammouth Média.
« Le crack me permet d’avoir moins froid la nuit »
Crédit photo : Pierre-Adrien van Wessem
Martin, 35 ans, est usager de drogues et vit à la rue dans le plus grand dénuement. Ayant trouvé temporairement refuge au sein de l’ASBL Transit, il a accepté de répondre à nos questions. Le temps d’un échange, il lève le voile sur son histoire, ses addictions, ses espoirs, ses failles. Une parole rare, recueillie sans filtre, qui révèle ce qu’est survivre quand tout manque, sauf la volonté.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Martin, j’ai 35 ans, célibataire, sans enfants. J’ai grandi à Woluwe-Saint-Lambert, à Bruxelles. Je suis officiellement sans domicile fixe depuis le 31 juillet 2025. Je suis croyant. Et disons que c’est compliqué pour moi, actuellement, de subvenir à mes propres besoins. Car j’ai subitement tout perdu. Je n’ai plus ni toit, ni compte en banque, ni moyen de communiquer. C’est la raison de ma présence dans ce centre. J’ai obtenu l’hébergement hier, quand une place s’est libérée.
En quoi consistent les services rendus par le centre de Transit ?
Ce centre accueille les gens qui, comme moi, sont à la rue et présentent une dépendance aux drogues. J’ai été mis au courant par différents services sociaux des hôpitaux. Avant d’obtenir l’hébergement, j’étais venu quelques fois au centre de jour pour me reposer au chaud, quand c’était possible. Maintenant que c’est fait, je vais pouvoir rester 13 jours, durant lesquels on va m’aider à remettre de l’ordre dans mes papiers et faire les démarches auprès du CPAS, pour avoir un logement social. J’aurai également le droit à des repas. Pour l’instant je suis coupé du monde extérieur, n’ayant pas le droit de sortir les deux premiers jours. Cet isolement a pour but de nous empêcher de consommer et nous permettre de reprendre nos esprits, je crois. Et ça m’aide, même si c’est dur. J’en ai assez de cette drogue et de la rue où j’ai subi des violences.
Que faisiez-vous avant d’être dans cette situation ?
J’ai fait beaucoup de choses. Après avoir obtenu mon CESS, j’ai enchaîné divers petits boulots. Travaillant dans le jardinage, le nettoyage, un hôpital et plusieurs magasins dont Carrefour. J’y ai d’ailleurs évolué quelque temps avant de connaître un accident de parcours, à cause de l’alcool.
Quand avez-vous commencé à consommer de l’alcool et d’autres drogues ?
J’ai commencé à en consommer à l’âge de 14 ans, après le divorce on ne peut plus pénible de mes parents. Il n’y avait aucune communication entre eux, et moi je me suis retrouvé fort livré à moi-même. J’ai sombré dans l’alcool, et je prenais de la cocaïne, fumais du shit, tout ce qui passait. Mais c’est la boisson qui est devenu mon poison et qui a failli me tuer.
Comment avez-vous fini par vous retrouver à la rue ?
Alcoolique depuis mon adolescence, j’ai continué à boire et de plus en plus. J’ai dû perdre pied. Toute ma vie s’est effondrée sous moi progressivement. Je suis d’abord tombé gravement malade, une hépatite alcoolique qui a dégénéré en cirrhose, le tout aggravé d’une pneumonie. Ça s’est passé durant le Covid, pour ne rien arranger. A l’époque, je vivais dans un logement insalubre, avec un fort taux d’humidité, et le chauffage central avait lâché. J’ai été hospitalisé pendant un moment. Puis ç’a été la descente aux enfers. Tout s’est passé trop vite. J’ai perdu mon travail, et comme je ne pouvais plus payer mon loyer ni mes dettes, le propriétaire m’a chassé. Ensuite la banque a bloqué mon compte, c’était le coup de grâce, je me suis retrouvé totalement démuni. Alors j’ai été envoyé comme une balle de ping-pong entre l’administration publique, les services sociaux, la Croix-Rouge. Voilà pourquoi je me retrouve ici.
Avez-vous encore des contacts avec votre famille, des amis ?
Oh non, je suis seul au monde, je ne vais pas te mentir.
Pouvez-vous nous dire ce qu’est votre quotidien dans la rue ?
Disons que je cherche surtout à manger, à boire. Je fais le tour des restaurants sociaux près de Molenbeek. Ils te donnent un peu de tout ce qu’ils ont : des biscuits, des gaufres, des boîtes de conserve, du thon, de la viande et des légumes. Au moins, tu peux faire des stocks de nourriture. Il m’arrive aussi de faire la manche, mais je ne ramasse jamais beaucoup d’argent. Les gens donnent peu, et c’est normal, la vie coûte cher. Pour dormir, j’essaie de rester dans la commune où je dois faire mes démarches administratives, à Schaerbeek. Je dors dans la station de prémétro Diamant car là-bas les bancs sont plats, ce qui est mieux pour mon dos, surtout que je l’ai blessé en faisant une mauvaise chute.
Après, dormir c’est risqué. Il faut toujours faire attention, toujours se méfier, car n’importe qui peut te faire les poches. Donc je ne dors qu’une heure par-ci, une heure par-là… C’est là que la drogue, comme le crack, intervient, elle me permet de rester éveillé et d’avoir moins froid la nuit.
Y a-t-il de la solidarité entre ceux qui sont à la rue ou est-ce chacun pour soi ?
Pour manger c’est chacun pour soi, pour la drogue il arrive qu’on s’entraide. Et puis, dans la rue, c’est à la fois la loi du talion et la loi du plus fort. J’ai subi des violences, notamment de la part de la police, mais je ne suis pas très impressionnable. La douleur physique, je connais ça. J’ai depuis longtemps l’habitude de prendre des coups, que ce soit ceux de mon père ou d’autres personnes.
Où puisez-vous la force de survivre dans un tel environnement ?
Il m’arrive d’avoir envie d’en finir, c’est pour ça que je garde toujours un bout de verre dans la poche… Enfin, cette idée me traverse parfois l’esprit et je la chasse aussi vite. Ce n’est pas que je sois dépressif, c’est un ras-le-bol. Parce que je suis usé mentalement, physiquement, parce que je ne peux pas vraiment me reposer, que je ne mange pas à ma faim, ni quand je le veux. Parce que je n’ai pas un salon, pas une télé, même pas une chambre de bonne, rien. Mais j’ai envie de vivre, j’ai envie de profiter de la vie ! Seulement on ne me laisse pas faire. Je suis constamment renvoyé à droite à gauche, pour rester finalement bloqué dans une impasse. Les gens comme moi sont abandonnés par le système, il n’y a pas assez de moyens mis en œuvre pour nous aider. C’est à cause de ces hommes au pouvoir, leurs politiques écrasent la classe moyenne et les plus pauvres au profit des riches. Mais je ne perds pas espoir en Dieu, et rêve de voyager un jour, revoir la Sicile où sont mes racines.
The post « Le crack me permet d’avoir moins froid la nuit » appeared first on Mammouth Média.