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L’ultra fast-fashion, l’industrie qui déshabille le secteur social

Mammouth - Mon, 23/03/2026 - 14:49
Les « Petits Riens », une institution sous pression

Photos : Jeanne Goosse

L’essor de la fast-fashion s’est transformé en un tsunami de polyester qui déferle sur l’économie sociale. Alors que 145 millions de tonnes de textiles devraient être produits d’ici 2030, les structures comme « Les Petits Riens » peinent à garder la tête hors de l’eau.

Autrefois, courant porteur pour la solidarité, le don est désormais un poids mort : entre des centres de tri asphyxiés par des pièces sans valeur et des travailleurs et travailleuses dont la sécurité d’emploi se délite, c’est tout un modèle de réinsertion qui menace de craquer aux entournures. La quantité de vêtements à la revente ne suffit plus à subvenir à la rentabilité dont l’entreprise dépend.

Indigestion sectorielle

Le centre de tri des Petits Riens, un grand entrepôt situé en plein zoning à Anderlecht, évoque d’emblée l’image d’un énorme estomac mécanique qui tente de digérer les excès de la consommation de la veille. Dans le vacarme de presse et de tapis roulants, on procède à chaque étape à une sélection vitale : on cherche, presque anxieusement, la « crème » du vêtement pour nourrir les boutiques et faire survivre le corps solidaire. Mais la boulimie textile rend malade : la qualité médiocre n’est ni vendable en boutique ni à l’étranger et la fibre est inadéquate pour le recyclage. Une seule option: la poubelle.

Selon le rapport d’activité de l’organisation, 20 % des vêtements sont revendus, 30 % recyclés, 29 % exportés et 21 % jetés. Moins de la moitié des textiles génèrent donc des revenus directs et presque un quart représentent une perte pour l’entreprise : « le problème c’est qu’on devient le dépotoir de Shein et ça nous coûte de l’argent » relève Agathe, responsable de communication interne. L’export devient un choix de moins en moins judicieux, les prix rentrant en compétition avec ceux de la Chine.

Agathe reprend : « le problème aussi, c’est qu’ils [Shein] ne sont toujours pas taxés, ce qui contribue aussi au déséquilibre entre la quantité achetée par les individus et l’usage qu’ils en font. »

Les Petits Riens trient aux alentours de 8000 tonnes de vêtements par an avec une évolution linéaire annuelle de 8 %. A cela s’ajoute l’interdiction européenne de placer ses textiles dans les poubelles blanches depuis le 1er janvier 2025 poussant les consommateurs à les jeter dans les bulles de dons. Il est 11h34, Alex, chauffeur de camion de collecte, vient livrer quatre tonnes de vêtements. Quatre tonnes, c’est beaucoup, beaucoup plus qu’avant « et encore en été, c’est pire ! » s’exclame-t-il perché sur le hayon du véhicule, un grand sac blanc saturé dans les mains.

Une vision plus large : la précarité

Au-delà des actions sociales inhérentes au fonctionnement même de l’organisation — telles que l’emploi de personnes en réinsertion (article 60), de prestataires de peines de travail ou d’étudiants en alternance — les revenus des 27 magasins financent, à travers d’autres initiatives, l’accompagnement de plus de 300 sans-abris et de près de 700 familles précarisées dans leurs démarches matérielles, juridiques et sociales. Ce sont eux aussi qui pâtissent aujourd’hui du manque de revenus des boutiques. Dans le brouhaha, Agathe insiste : « il faut soit que nous obtenions des subsides supplémentaires de la part de Bruxelles-Propreté, [puisque la gestion des déchets nous coûtent trop cher] soit que les gens fassent de meilleurs dons. »

Vinted est aussi un acteur important dans la chute libre de la qualité des dons. L’émergence de la plateforme a engendré un pré-tri des vêtements dont les consommateurs ne veulent plus. Un choix qui ne se posait pas précédemment : celui de pouvoir revendre plutôt que donner. Vinted introduit, par son fonctionnement, une logique de marchandisation individuelle de la seconde main se plaçant ainsi en concurrence directe avec les modèles d’économie sociale pré-existant.

Leonidas est embauchée au centre de tri des Petits Riens en 2002. Elle a trente ans. L’entreprise bat son plein, elle se procure tout son linge de maison grâce aux ventes réservées aux employé.es et les 3kg de textiles gratuits tous les quinze jours. A présent, Leonidas a 54 ans et elle s’inquiète de voir les charrettes réservées à la vente en boutiques rester vides, jour après jour. « Ça fait quelques années qu’on ne reçoit plus de primes, ni de chèques cadeaux, on ne peut plus acheter les vêtements [issus des dons] qu’une fois par an ».

De 2023 à 2024, le chiffre d’affaires des magasins a chuté de 700 000 euros. En 2024, 21 employé.es ont dû être licencié.es pour raisons économiques, un chiffre qui représente 5 % de la masse salariale.

Ana a 59 ans, elle a commencé à travailler deux ans avant Leonidas : « le patron a encore fait un appel aujourd’hui, les quotas de vente en magasins ne sont pas remplis ». Léonidas renchérit : « à notre âge, on ne retrouvera plus rien, il faut qu’on termine ici ».

L’imposture de la responsabilité individuelle

Un paradoxe subsiste toutefois : les prix dérisoires des géants de l’ultra fast-fashion, attirent une population au plus faible pouvoir d’achat dont font parfois partie les travailleurs du centre de tri d’Anderlecht eux-mêmes. En Belgique, près d’un tiers des ménages déclare peiner à subvenir à ses besoins mensuels, et un Belge sur trois affirme avoir vu son pouvoir d’achat diminuer en 2025. Faut-il reprocher à ce public de se laisser séduire par une mode « prête à jeter » aux prix attractifs ?

À l’aube d’une ère économique difficile où les aides sociales sont menacées, la taxation des grandes industries du textile revient avec force à l’ordre du jour. Le modèle de la seconde main associative est devenu trop étroit pour l’ampleur du désastre industriel actuel. Sans une taxe ou un renfort politique, les modèles solidaires comme celui des Petits Riens finiront probablement eux aussi à la poubelle.

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Les Ukrainiens de Belgique face à la fin de la protection temporaire

Mammouth - Mon, 23/03/2026 - 14:26
Comment les Ukrainiens en Belgique réagissent-ils à la fin de la « protection temporaire » accordée par l’UE ?

Image: Pixabay

En mars 2027, la protection temporaire mise en place par l’UE pour aider les réfugiés Ukrainiens en Europe touchera à sa fin. Après quatre ans de guerre entre l’Ukraine et la Russie, un accord de paix est loin d’être envisagé. Quel futur pour les milliers d’Ukrainiens en Belgique sous “statut spécial” ? 

C’est dans un français impeccable, appris dès son arrivée en Belgique, que Dmitry raconte sa trajectoire. “Quand je suis arrivé, je suis allé à l’école à Braine-L’Alleud. Puis, j’ai commencé à apprendre le français à Bruxelles avec des cours intensifs. Et maintenant j’étudie à l’École Léonard de Vinci”, explique-t-il. Âgé de 21 ans et basé à Bruxelles, Dmitry est arrivé en Belgique en mars 2022. Étudiant pour devenir coach sportif, il est bien au courant des nouveaux changements concernant la protection temporaire. “Je savais que ça allait être supprimé et j’ai peur de ça. Je ne sais pas comment je vais faire après, il faudra que je change de statut ou que je demande un visa étudiant, mais ça voudrait dire que je n’aurais plus accès au CPAS”.  

Dmitry, étudiant à l’école de Vinci.

À partir de mars 2022, un afflux massif d’Ukrainiens a été observé sur le territoire européen en raison de la guerre entre l’Ukraine et la Russie. Une “protection temporaire” a été mise en place dans l’ensemble de l’UE. Pour y avoir accès, il faut être un ressortissant ukrainien dont la résidence principale était en Ukraine avant le 24 février 2022. Cette protection inclut différents droits, tels le droit de résidence, d’accès au marché du travail et au logement, d’assistance médicale, d’aide sociale et d’accès à l’éducation. 

Malgré la fin de cette protection, Dmitry n’envisage pas de retour en Ukraine. “Je reste en Belgique, parce qu’en Ukraine je n’ai pas d’avenir. On n’avait pas d’avenir même avant la guerre”. 

Combien d’Ukrainiens habitent en Belgique depuis le début de la guerre ? 

D’après l’Institut Bruxellois de Statistique et d’Analyse (IBSA), en 2025 la Belgique a accueilli environ 71.000 Ukrainiens sur son territoire. La région qui en a accueilli le plus grand nombre était la Flandre, avec plus de 41.000 réfugiés, devant la Région de Bruxelloise-Capitale (plus de 16.000 réfugiés) et la Région wallonne (environ 12.000 réfugiés).

Depuis le début du conflit, la Belgique a délivré des attestations de protection temporaire à 93.343 Ukrainiens. Selon l’Office des étrangers, l’année 2022 a été celle où la Belgique a délivré le plus grand nombre d’attestations depuis le début de la guerre, avec plus de 63.300 attestations délivrées. En 2025, ce chiffre est tombé à 8.756, soit sept fois moins qu’en 2022. Cette baisse s’explique principalement par le fait que la plupart des Ukrainiens ayant fui la guerre sont arrivés en 2022. Par la suite, le nombre de nouvelles arrivées a chuté, entraînant une diminution du nombre de demandes d’attestation en 2025.

En juillet 2025, l’UE a annoncé que la protection temporaire serait arrêtée en mars 2027. À partir de cette date, le statut des Ukrainiens dans l’UE changera considérablement. Deux mois après, le 16 septembre 2025, le Conseil a adopté une recommandation concernant la sortie progressive du régime de protection temporaire. Ce texte vise à garantir un retour et une réintégration durable en Ukraine des personnes déplacées, ainsi qu’une transition progressive vers d’autres statuts de résidence pour les personnes éligibles.

Pavlo Koshka, coordinateur de l’asbl Ukrainian Voices est arrivé en 2022, “Avant d’arriver en Belgique, j’étais directeur d’opéra”, explique-t-il. En tant que coordinateur de l’asbl, il reçoit un grand nombre d’Ukrainiens provenant de toute la Belgique, “Personne ne sait ce qui se passera après mars 2027. Il n’y a pas de recommandations de la Commission européenne et rien de clair du gouvernement belge. Cette incertitude est très stressante parce que nous ne savons pas ce que nous allons devoir faire” dit-il inquiet.

Pavlo Koshka, coordinateur de l’asbl Ukrainian Voices.

D’après Pavlo, cette incertitude pose problème lors de la recherche de travail ou de logement. En tant que représentant de l’asbl, il essaye d’informer les Ukrainiens en détresse. “Nous informons les gens sur d’autres possibilités légales, comme un visa de travail, une protection internationale ou un visa étudiant. Mais ces procédures sont longues et compliquées”. L’asbl donne accès à différentes consultations gratuites pour la recherche d’emplois, d’éducation et de logement, ainsi que différentes activités, “Ici, ils peuvent faire partie d’une communauté. Si vous restez à la maison et que vous pleurez tous les jours, il est impossible d’avancer et de commencer votre intégration”, explique Pavlo.

 

L’asbl donne accès à différentes consultations gratuites, ainsi qu’à des activités culturelles. 

D’après une responsable de la Commission en charge du dossier migratoire, les Ukrainiens ont différentes options “Cette recommandation du conseil ou “stratégie de sortie”, comporte différentes mesures. Le passage à un autre statut, comme un titre de séjour national, la “Blue card” ou une carte spécifique pour les étudiants et chercheurs. Nous encourageons que cette transition se fasse avant mars 2027”, indique-t-elle. Elle ajoute qu’un programme de retour volontaire a été mis en place pour les Ukrainiens. Ce programme s’adresse à tous les migrants, qu’ils soient demandeurs de protection internationale, demandeurs déboutés ou migrants sans permis de séjour. Il est organisé depuis la Belgique jusqu’au pays d’origine et comprend les frais de transport ainsi qu’une assistance pour le bon déroulement du voyage. 

Au cours de l’année 2025 l’association Ukrainian Voices a interrogé plus de 600 Ukrainiens sur leur souhait de rester ou de partir du pays une fois leur attestation de protection temporaire arrivée à échéance. Selon leurs données, des 651 Ukrainiens interviewés, la moitié des répondants (52%) ont décidé de rester définitivement en Belgique. 35% sont susceptibles de rester, 10% sont prêts à retourner en Ukraine et seulement 4% des interviewés sont décidés à quitter définitivement la Belgique. Ce choix a été conditionné par différents facteurs, comme des raisons familiales, des meilleures conditions de vie et d’opportunités de travail, dû à une bonne intégration dans le pays, le fait qu’ils n’ont plus de famille ou de maison sur place et/ou l’aide financière qu’ils reçoivent de la Belgique. 



Contrairement à Dmitry, Daria, 23 ans et basée à Bruxelles depuis deux ans, aimerait un jour retourner à Kharkiv, “Je me vois bien retourner, mais ça ne sera plus comme retourner à la maison. La dernière fois que je suis retournée c’était en 2023 et je me sentais tellement vide là-bas. Je pleurais et je ne pouvais pas m’arrêter, parce que c’était tellement difficile de voir ma ville préférée dans cet état là”, explique-t-elle. Étudiante en management à la VUB, Daria continue son intégration en Belgique. “Je suis venue à Bruxelles parce que ma sœur était ici depuis 2022.  Le premier semestre a été très dur, je n’avais pas d’amis. Aujourd’hui, j’essaye de finir mon Master et j’apprends le néerlandais”, raconte-t-elle. 

Daria dans le bâtiment de l’asbl Ukrainian Voices où elle est bénévole. 

Le mois de février a marqué le quatrième anniversaire du début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Pour autant, l’avenir des Ukrainiens reste toujours aussi incertain. Daria se dit soucieuse de la fin de la protection temporaire. “Le fait que c’est bientôt fini n’est pas surprenant. Mais en même temps, si la guerre ne se termine pas, que feront les gens après ?”

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L’enfer pavé des rues

Mammouth - Mon, 23/03/2026 - 14:24
Reportage au cœur de Transit, centre d’accueil et d’hébergement pour usagers de drogues

Crédit photo : Pierre-Adrien van Wessem

À Bruxelles, le centre de crise de l’ASBL Transit accueille, soigne et héberge les usagers de drogues sans-abri depuis près de 30 ans. L’organisation œuvre également à la réduction des risques socio-sanitaires (VIH/SIDA, Hépatites B et C). Immersion dans un lieu où se joue, chaque jour, la survie des plus précaires. 

Il est 8h50. Dans quelques minutes, la grande porte rouge à double battant du centre laissera entrer ses premiers visiteurs. Je presse le pas aux abords de la rue d’Aerschot, qui s’éveille dans le froid de décembre, illuminée par les néons des maisons closes. Outre les miasmes de la pollution et ce parfum de dépravation, des effluves de cannabis flottent dans l’air. « C’est un quartier où il y a beaucoup de deal », me dira plus tard un assistant social. Après avoir traversé une place déserte, j’arrive enfin au 96, rue Stephenson, à Schaerbeek.  

Le bâtiment surprend ; imposant mais sans austérité, loin des clichés que l’on pourrait se faire d’un centre de crise. Je sonne. Une voix féminine et affable s’enquiert de l’objet de ma visite. La porte s’ouvre. Doriane, la responsable du service, me souhaite la bienvenue. Je découvre alors les lieux : la lumière chaleureuse se reflète sur de grands murs blancs, une table ceinte d’un banc en bois se trouve près de l’entrée, un long couloir conduit vers les bureaux et l’infirmerie.   

Une fois présenté au reste de l’équipe, je fais la connaissance d’Abdul, comptable devenu travailleur social, qui me sert un croissant et un café brûlant. Je le suis ensuite jusqu’au comptoir d’échange dont il a la charge. Une petite file d’usagers se dresse déjà devant la porte. Ils viennent y chercher le matériel stérilisé nécessaire pour consommer à moindres risques. Installé à son bureau, il accueille chacun avec un mélange de rigueur et de bienveillance, leur distribuant selon les besoins : seringues, pipes à crack, pailles, dosettes, filtres, bicarbonate… le tout soigneusement emballé dans un sachet en plastique.  

Deux individus entrent alors en même temps ; ils sont grands, maigres, vêtus de vêtements usés jusqu’à la corde. Le premier, un homme gris au sourire édenté, ne peut contenir sa joie en apprenant que je réalise un reportage, me témoignant par là une immense soif de considération. À l’inverse, le second, lui, ne semble guère enchanté de ma présence qu’il feint même d’ignorer. Son visage émacié est en partie dissimulé sous sa capuche, mais je distingue nettement son nez arqué, ses pommettes hautes dont les os saillent sous la peau mate, une barbe noire qui encadre ses traits anguleux, et ses yeux profondément cernés faisant comme deux puits d’ombre. Il s’adresse à Abdul d’une voix basse et rauque, en le regardant fixement, sans ciller. Sitôt servis, ils le remercient poliment, avant de s’éclipser.  

Au refuge des oubliés 

Plus tard, Abdul me propose d’aller voir ceux qui se reposent à l’étage du dessous. Il m’explique en chemin que les décès liés à la consommation de drogues et à la vie en rue sont très fréquents. C’est d’ailleurs l’une des raisons d’être de Transit : réduire les risques, mettre à l’abri, offrir un cadre où ces hommes et ces femmes peuvent, s’ils le souhaitent, reprendre prise sur leur vie — sans leur ôter leur autonomie. À cette fin, le centre de crise dispose de vingt-deux lits, dont deux d’urgence, ainsi que de trente places dans la salle de jour. Généralement, il affiche complet dès le matin. Aussi les assistants sociaux se chargent-ils de trouver de la place autre part, lorsqu’il n’est plus possible d’admettre quelqu’un, par souci de n’abandonner personne. Du reste, des maraudes autour des stations de métro sont organisées, pour créer du lien, apporter de l’aide et convaincre ces gens de venir au centre. L’équipe s’emploie aussi à reconstituer les fragments d’identités parfois égarées : dossiers administratifs, documents officiels, démarches auprès du CPAS, etc. Un accompagnement individuel, patient, de qualité, afin de réaliser ce qu’ils seraient incapables de faire seuls.  

Abdul ouvre une porte lourde qui donne sur un escalier abrupt. L’air y est plus froid, plus dense aussi, comme chargé de fatigue. Nous descendons jusqu’à la vaste salle où les usagers se reposent le jour. Certains sont allongés à même le sol, sur de minces matelas de mousse ; d’autres dorment dans des canapés usés, enfouis sous des couvertures. Quelques-uns ont les yeux mi-clos fixés sur une télévision accrochée au mur, dont le volume a été réduit au minimum. Abdul me glisse que beaucoup arrivent ici après plusieurs nuits sans dormir, parfois sous l’emprise de crack et d’autres substances. Pour les distraire, la salle recèle également un kicker, une table de ping-pong et un jeu d’échecs. Tout à coup, l’un d’eux se tourne vers nous et chambre affectueusement l’assistant social, lequel lui répond du tac au tac, comme à un vieil ami. Malgré le large sourire qui fend le visage décharné de l’individu, il n’est pas une souffrance dont je n’y puisse voir la ride. À l’écart des hommes, une jeune femme se trouve assise sur une chaise, les mains croisées sur ses genoux. Elle a l’air perdue, presque hagarde, et surveille chacun de nos gestes avec méfiance.   

La psychologue de Transit, Laeticia, m’expliquera que leur sort est bien plus tragique dans la rue, raison pour laquelle elles sont prioritaires. Néanmoins, seule une minorité de femmes en détresse ose franchir le seuil du centre. « Elles sont souvent instrumentalisées sexuellement dehors », me confie-t-elle, d’où il résulte qu’elles craignent de se retrouver au milieu d’hommes potentiellement violents, voire de recroiser leur agresseur. Elles préfèrent donc rester invisibles, au prix d’un isolement et de dangers accrus. Quant au suivi psychologique, ces femmes y sont encore moins disposées que les hommes. « Il est nécessaire pour elles de se blinder, leur survie en dépend. S’ouvrir à moi de leurs traumatismes les obligerait à les revivre, ce qui peut constituer un obstacle insurmontable », ajoute-t-elle.   

Concernant les profils, elle note une forte proportion de personnes non diplômées, aux parcours chaotiques, fragiles d’un point de vue psychiatrique.  « Ils ont pour la plupart subis des traumatismes sévères dans l’enfance, c’est presque une constante », précise-t-elle. En outre, elle souligne que d’autres menaient une vie normale avant de tout perdre, à cause de la conjoncture économique. D’une manière générale, ce sont des hommes et des femmes sans feu ni lieu, sans familles, sans amis pour leur porter secours.   

Situation d’urgence 

Comme ils doivent reprendre des forces, je décide de revenir en fin d’après-midi pour lier connaissance, et me rend à la salle de consultation. Infirmière très empathique, Laeticia m’accueille avec chaleur. Je lui pose quelques questions sur son travail. « Les soins que nous prodiguons sont très intimes : il s’agit de plaies qu’ils ont parfois honte de montrer, d’infections consécutives aux piqûres, etc. », m’informe-t-elle. Alors que nous discutons, un homme en haillons surgit brusquement dans la pièce. Le front dégarni, dans la quarantaine, il semble demander un pansement pour sa tête, quoique aucune blessure ne soit visible. Son langage est inintelligible. Soudain, il s’emporte contre les infirmières, les insulte et menace. L’équipe tente de le calmer. Laeticia se retire dans une pièce fermée, hors de son champ de vision, tandis que les collègues finissent par l’expulser pour non-respect des règles. Quelques instants plus tard, un autre homme fait irruption avec des yeux fous : Joshua, blond, gabarit impressionnant, alcoolique et accro aux médicaments. Lui aussi se montre menaçant, notamment envers Laeticia. L’équipe essaie de le raisonner, mais il demeure incontrôlable. Finalement, la police intervient et l’emmène. Laeticia craque dans les bras de Colin, un collègue, avant de vite se reprendre. « Ce n’est pas tous les jours comme ça », me disent-ils en insistant. Et force est de constater que la majorité des personnes accueillies est calme, respectueuse des règles et du personnel.  

Confessions sur le seuil 

De retour dans la salle de jour, je remarque que l’atmosphère a changé. Les corps jusque-là engourdis commencent à se mettre en mouvement, silencieux comme des ombres vaincues. Ceux qui ne dorment pas au centre cette nuit se préparent à partir, tandis qu’au fond de la cour attenante deux usagers grillent une cigarette, le regard perdu quelque part entre le béton et le ciel déjà sombre. La plupart m’ignorent, d’autres me lancent un coup d’œil vaguement hostile, mais sans agressivité.  Je parviens cependant à entrer en contact avec Radju, 46 ans, et Martin, 35 ans. Ils acceptent de me parler et me laissent prendre quelques photos. Radju, résigné à cette vie de vagabond qu’il mène depuis plus de dix ans, en a presque tiré une philosophie. Il loge provisoirement chez un pasteur et admet fumer du crack, entre autres. Martin, lui, est à la rue depuis l’été et n’aspire qu’à en sortir, pour « revivre ». Alcoolique, il prend aussi de la cocaïne, une drogue qui les aide à moins ressentir le froid, à rester éveillés pour protéger leurs affaires et se défendre si besoin. Tous deux m’avouent souffrir de troubles psychiatriques, comme du sentiment d’être coupés du monde réel. D’une oreille attentive, je les écoute témoigner de leurs existences, à la fois confus et intarissables. Quelques mots de la psychologue résonnent dans mon esprit : « Ils ont une grande capacité de résilience ; la débrouillardise, ça les connaît. Moi, je ne pourrais pas faire ce qu’ils font. »  

Le soir tombe, il est temps de quitter le centre. La porte rouge se referme derrière moi, et je m’enfonce dans l’obscurité croissante, mes pensées volant vers ceux qui passeront la nuit dehors.  

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Coup de théâtre judiciaire

Mammouth - Mon, 23/03/2026 - 13:38
Le Nouveau Code Pénal « mis au sursis » jusqu’au 1er septembre

Initialement prévue pour le 8 avril 2026, l’entrée en vigueur du Nouveau Code pénal (NCP) est officiellement reportée au 1er septembre. Derrière ce changement de calendrier inattendu, le constat est sans appel : le monde judiciaire est en plein chaos et les acteurs de terrain ne sont pas prêts.

Le séisme couvait depuis une réunion de crise, mercredi 18 mars, entre le Premier ministre Bart De Wever, la ministre de la Justice Annelies Verlinden et le vice-Premier ministre MR David Clarinval. La décision est désormais entérinée: l’entrée en vigueur du nouveau Code pénal est reportée de plusieurs mois. Dans les couloirs du Palais, les avis sont radicalement partagés.

Pour une partie des avocats, souvent surchargés, ce report est accueilli avec un certain soulagement : beaucoup nous confient n’avoir tout simplement pas eu le temps de s’approprier la nouvelle architecture des peines et les nouvelles définitions d’infractions. Mais pour d’autres, c’est l’incompréhension totale face à un énième changement de cap à quelques jours de l’échéance. À l’inverse, du côté des magistrats, l’attentisme prédomine : de nombreux juges reportaient déjà leurs affaires depuis un petit temps pour pouvoir étudier le NCP à tête reposée. Ce décalage crée un véritable « KO » technique où personne ne sait plus vraiment sur quel pied danser.

Adieu l’article 65 : l’addition va exploser 

Le report ne fait que différer une onde de choc majeure : la suppression de l’article 65 du code actuel. Ce texte consacre aujourd’hui le principe de l’« unité d’intention ». Concrètement, lorsqu’un prévenu commet plusieurs infractions distinctes mais portées par un seul et même dessein criminel, le juge ne prononce qu’une seule peine : la plus forte prévue par la loi. C’est ce que les praticiens appellent parfois l’absorption des peines.

Dès le 1er septembre, cette logique disparaît au profit d’un système de cumul. Pour illustrer cette bascule, prenons le cas d’un individu commettant trois vols à une semaine d’intervalle. Là où le droit actuel aurait tendance à ne punir que l’ensemble par une peine unique, le nouveau code permettra au juge d’additionner les sanctions pour chaque fait. On pourrait ainsi passer d’une condamnation globale à une succession de peines, par exemple deux ans pour chaque vol, rendant l’addition finale particulièrement lourde pour la délinquance sérielle.

Une justice plus verte et plus humaine

Le NCP redéfinit les valeurs de notre société avec de nouvelles incriminations fortes, comme l’écocide ou l’incitation au suicide. Il durcit aussi les peines pour mieux refléter la gravité de certains faits, notamment la violence contre les personnes investies d’une fonction sociale, la violence intrafamiliale et les crimes sexuels. À l’inverse, le code se déleste de l’obsolète : le tapage nocturne et certaines infractions de mœurs disparaissent, laissant place à des normes plus cohérentes, comme l’harmonisation de la majorité sexuelle.

Cette dimension humaine se traduit aussi par une prise en charge plus adéquate des délinquants souffrant de troubles psychiatriques. L’arsenal s’élargit avec le traitement sous privation de liberté ou le suivi prolongé, visant à traiter les causes de la récidive plutôt que de simplement enfermer sans perspective.

La prison comme ultime recours 

Au-delà de cette sévérité accrue pour les récidivistes, le NCP impose une rupture majeure : faire de la prison l’exception. Pour les délits classés du degré 2 au degré 6, le juge aura désormais l’obligation légale de justifier pourquoi il choisit l’enfermement plutôt qu’une peine alternative. Le bracelet électronique, la peine de travail ou la probation autonome deviennent les options prioritaires. L’objectif affiché est de lutter contre les « courtes peines » de prison, souvent jugées inefficaces pour la réinsertion, tout en désengorgeant un système carcéral à bout de souffle.

Un report pour garantir la « sérénité » technique

Pourquoi ce rétropédalage arbitré au sommet de l’État ? Si le SPF Justice évoque officiellement le besoin d’une « marge de manœuvre » pour assurer une transition fluide, les observateurs pointent les défis technologiques colossaux que représente cette réforme. L’harmonisation des bases de données des parquets et la mise à jour du casier judiciaire central pour intégrer la nouvelle échelle des peines sont des chantiers encore en cours. Ce qui était techniquement « prêt » sur le papier restera donc au placard jusqu’au 1er septembre, le temps de s’assurer que les outils numériques de la Justice ne flanchent pas sous le poids de ce nouveau Code.

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Le palais de justice de Verviers en sursis ? 

Mammouth - Fri, 20/03/2026 - 14:41
Quand les étançons témoignent de l’abandon

Alexandre Capart

Emprisonné par des étançons depuis l’été 2014, le bâtiment principal du palais de justice de Verviers n’accueille plus aucune audience. Ce qui devait être une mesure temporaire, perdure et aucune solution ne semble voir le jour.  Ce qui a obligé la justice verviétoise à s’adapter et à prendre son mal en patience.  

Il est neuf heures pétantes ce mercredi matin, le Tribunal Correctionnel de Verviers s’éveille déjà dans un va-et-vient incessant. Les dossiers s’enchaînent et les visages défilent. Fraude, port illégal de cannabis, vols de voitures, les prévenus se succèdent dans la petite salle de droite rue du Tribunal 4. Dans ce ballet incessant, Luc Brunclair, un irréductible chroniqueur judiciaire est assis dans le fond de la salle. Il assiste scrupuleusement aux échanges entre avocats et le ministère public tout en griffonnant quelques informations sur son carnet. « Il n’y a vraiment rien d’intéressant aujourd’hui », souffle-t-il à l’issue des séances du matin. « Des vols de voitures, des petites affaires de cannabis, … Je ne peux rien faire avec ça », grimace-t-il. Il faut dire que l’homme de 75 ans à la voix rauque, visiblement fatiguée par le temps, en a vu d’autres. « Ça fait 42 ans que je viens tous les jours au palais de justice. J’ai connu la grande et belle époque où Verviers avait un palais de justice digne de ce nom », indique le journaliste indépendant qui a travaillé pour La Meuse, l’Avenir, le PAN, ou encore Radiolène (l’ancienne radio verviétoise de la RTBF) qui rédige encore quelques compte rendus pour la télévision locale verviétoise, Vedia.  

La nostalgie finit par l’emporter, Luc Brunclair se remémore ses souvenirs, le regard ailleurs. Et au fur et à mesure que sa cigarette se consume, il regrette la grandeur du palais de justice, perdue depuis plus de 10 ans. « Tu veux qu’on y fasse un tour ? Je te préviens, il y a beaucoup de choses à raconter ». Le chroniqueur s’aventure dans l’ancienne partie du palais de justice de Verviers. Le chemin est simple. Il suffit d’emprunter une porte barrée par un symbole « interdit au public », en jaune fluo. « C’est quand même très mal indiqué. Je m’y perds aussi à chaque fois ». 

Une toiture « sabotée par les soldats allemands »

Derrière cette porte, se présente un tunnel de cloisons en bois. « Ils l’ont construit pour protéger en cas de chutes de pierres de l’ancien palais de justice. On en est arrivé là … ». Pourtant, la salle des pas perdus de l’ancien tribunal de Verviers rayonne par ses vitraux. Imaginé par l’architecte bruxellois, l’édifice a été construit entre 1830 et 1850. « C’est un lieu splendide avec une belle mezzanine et des superbes vitraux. On voit vraiment l’influence néo-classique de l’époque. Ici, toute la société se réunissait. Ce palais me tient particulièrement à cœur ». Mais c’est pendant la Seconde Guerre mondiale que son état s’est dégradé, notamment au niveau de la toiture. « Ce sont les soldats allemands qui ont saboté la toiture. Ils ont coulé du béton dans la toiture pour faire en sorte qu’elle soit trop lourde et s’effondre », raconte Luc Brunclair. 

« C’est un véritable gâchis pour bâtiment si important dans le patrimoine verviétois »

Yves Wynants, Bâtonnier de l’ordre du Barreau de Verviers

Mais la beauté de cette grande salle est rapidement éclipsée par un mur d’étançons qui barre l’ancienne entrée du bâtiment. Ces structures métalliques sont devenues obligatoires pour soutenir l’aile ouest qui menace de s’effondrer. Une situation jugée déplorable par le Bâtonnier de l’ordre des avocats du Barreau de Verviers, Maître Yves Wynants. « Ces barres sont là depuis l’été 2014 et l’aile Janson (NDLR : l’aile ouest) est totalement fermée au public. Même les greffiers et les magistrats n’y ont plus accès. Il n’y a plus de toit. Les oiseaux viennent. Il y a des fientes de pigeons et du beau mobilier abandonné. C’est terrible », précise-t-il. « Il n’y a plus de toit. La pluie s’infiltre dans le bâtiment. C’est un véritable gâchis pour un bâtiment si important dans le patrimoine verviétois ».

Depuis lors, c’est dans la nouvelle aile, baptisée « Nord », que l’essentiel de l’activité judiciaire verviétoise se concentre. Inauguré en 1995, le bâtiment rouge, bardé de branches métalliques, tranche avec l’élégance de l’ancien palais. Un bâtiment froid qui regroupe le tribunal correctionnel et la chambre du conseil montre déjà ses limites. Luc Brunclair observe le lieu avec un regard critique. « C’est une solution de dépannage », lâche-t-il. « Cette annexe n’est plus à jour. C’est assez préoccupant. Et ça pose question ». Le chroniqueur, habitué au confort de l’ancien palais a eu du mal à s’y habituer, tout comme le Bâtonnier. « Forcément, la justice verviétoise a perdu en qualité et en efficacité. Toute la justice a été concentrée dans un nouveau bâtiment, tout ce qu’on avait dans un nouveau bâtiment, très exigu. On se marche sur les pieds. Ça crée de l’inconfort pour les juges, pour les greffiers, les avocats et même pour le public. La salle des pas perdus n’a rien à voir avec celle du grand palais », glisse Yves Wynants.

Du « Bricolage  » organisationnel

Multiplication des audiences, changements de salles, reports et même transferts de détenus en pleine salle des pas perdus, le palais de justice s’organise dans des conditions compliquées. « Quand la salle d’audience du tribunal correctionnel est occupée, les détenus doivent traverser le palais de justice. Donc il y a des policiers qui doivent installer des barrières Nadar pour écarter les gens du passage. C’est assez atypique. C’est clairement du bricolage », raconte Yves Wynants. 

Comme aucune décision n’est prise pour améliorer les conditions, j’ai changé de spécialisation pour éviter les soucis d’infrastructure 

Un avocat verviétois qui préfère rester anonyme

Une situation difficile qui pousse à bout des avocats. À Verviers, un avocat qui préfère rester anonyme raconte qu’il a préféré se réorienter pour avoir de meilleures conditions de travail. « Les affaires de famille sont traitées dans le vestiaire des magistrats. C’est une pièce trop petite. Et parfois, il y a cinquante personnes dedans. C’est devenu invivable », lâche-t-il après avoir abandonné les affaires de famille à cause de ces problèmes d’infrastructures. « Cet endroit n’est plus du tout légitime pour la justice. Par exemple dans une affaire de divorce, l’homme et la femme doivent emprunter le même couloir très exigu. Et c’est déstabilisant. Il y a un manque de distance qui entrave le bon fonctionnement de la justice. Comme aucune décision n’est prise pour améliorer les conditions, j’ai changé de spécialisation. Je suis dans le correctionnel et dans les affaires de roulage. Ça me permets d’éviter les soucis d’infrastructures »

Si en interne, le même constat est limpide, l’extérieur du bâtiment laisse, lui aussi, entrevoir les faiblesses de la structure. Les étançons et les structures métalliques oranges de la façade ouest font partie du paysage verviétois depuis plus de 10 ans. « C’est au point mort pour le moment ! C’est incompréhensible », poursuit Luc Brunclair qui ne se fait pas d’illusion. « Il y a des promesses qui sont faites, mais je pense que je ne verrai jamais le bâtiment à 100% opérationnel ». 

La balle est dans le camp de la Régie des Bâtiments

Gestionnaire de l’immobilier de l’état, c’est la Régie des Bâtiments qui est responsable du dossier. En 2021, l’instance fédérale a obtenu un permis pour déconstruire le toit de l’aile Janson en prévoyant d’y installer un parapluie afin de protéger l’édifice. Mais ce parapluie n’a jamais été installé. En juin dernier, la ville de Verviers a tiré la sonnette d’alarme. « Nous avons saisi Conseil d’Etat parce que le toit-parapluie était la condition sine qua non pour maintenir le palais dans un bon état. Le palais de justice est essentiel pour l’activité économique dans la ville et pour garantir des services proches pour les justiciables de l’arrondissement », relate Maxime Degey, le bourgmestre de la cité lainière, qui a eu gain de cause de la part du Conseil d’Etat. Dos au mur, la Régie des Bâtiments a alors introduit un nouveau permis, sans le parapluie-toit, qui a été refusé par la région wallonne. « Depuis, la régie nous a assuré qu’ils allaient trouver une solution pour stabiliser le bâtiment. Mais on ne veut pas que l’inaction ne retarde trop les choses et que le palais deviennent entièrement insalubre ». À l’heure actuelle, aucune échéance n’a été officiellement annoncée par la régie des bâtiments. Mais celle-ci s’est déjà activée sur le dossier de la construction de la nouvelle prison, qui devrait commencer en 2030. En attendant, le palais de justice, reste lui, soutenu par ses étançons.

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L’écologie en lumière dans les salles obscures

Mammouth - Thu, 19/03/2026 - 16:14
Alors que les inquiétudes liées au climat font la une des médias, comment ces questions sont-elles traitées au cinéma ?

Image tirée de « Avatar : la voie de l’eau » réalisé par James Cameron (2022)

Au fil des années, une certaine « éco-anxiété » s’est installée dans nos sociétés. Incendies de forêts, réchauffement climatique ou encore fonte des glaces, nombreuses sont les catastrophes climatiques qui peuvent susciter une prise de conscience quant aux enjeux environnementaux. La thématique écologique devient centrale dans les médias. Le cinéma de fiction ne fait pas figure à part ; il met lui aussi en avant, et ce depuis de nombreuses années, les enjeux écologiques sur les grands écrans. Mais avec quels freins et quelles difficultés ? Pierre Bussaer et Louis Dixon ont fait le tour de la question dans un long format, à découvrir ci-dessous.


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Soigner sous le feu

Mammouth - Thu, 19/03/2026 - 15:36
Les hôpitaux ukrainiens pris pour cibles

Алесь Усцінаў

En Ukraine, les infrastructures de santé croulent sous les missiles russes. Une situation qui se produit encore trop souvent dans les conflits armés malgré leur interdiction par le droit international.

Le 24 juin 2025, un missile s’abat sur un hôpital pédiatrique à Dnipro, dans l’oblast de Dnipropetrovsk, une ville située à plus de 140 km de la ligne de front. Le bâtiment est gravement endommagé, les vitres explosent, des salles d’opération sont détruites. Hommes, femmes et enfants sont évacués dans l’urgence, certains encore perfusés, d’autres transportés sur des brancards improvisés. Dans la cour, parents, médecins et secouristes fouillent les gravats à mains nues. Il s’agit du dernier bombardement d’un hôpital recensé par The Humanitarian Data Exchange, qui établit des rapports semestriels sur les attaques visant des établissements de santé.

Depuis le début de la guerre le 24 février 2022, les structures de santé ukrainiennes sont devenues des cibles régulières, qu’il s’agisse d’hôpitaux, de cliniques ou d’ambulances. Selon un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), au moins 2881 attaques visant les services de santé ukrainiens ont été recensées. En 2025, l’OMS a constaté une augmentation de 20 % du nombre d’attaques contre le système de santé par rapport à 2024. Pour les travailleurs humanitaires présents sur le terrain, ces attaques ont profondément transformé leur manière de travailler et de survivre. Yuliia Trofimova, que nous avons interviewé lors d’un entretient en ligne, travaille en Ukraine pour Médecins Sans Frontières (MSF). Elle décrit une situation extrêmement compliquée : « Les hôpitaux proches de la ligne de front manquent de tout : personnel, électricité, eau, chauffage, etc. C’est presque impossible de travailler dans ces conditions ».

Si le manque de besoins de première nécessité pose beaucoup de problèmes, c’est plutôt le risque de bombardement qui rend la situation encore plus difficile. Selon Scott Hamilton, qui s’est rendu plusieurs fois en Ukraine pour MSF, le vrai problème c’est que personne n’est en sécurité nulle part, un missile peut vous tomber sur la tête à n’importe quel moment. Le fait que des bombardements aient eu lieu à Lviv en est le parfait exemple, puisque cette ville se situe à l’opposé total de la frontière russe.

Face au risque de bombardement, les hôpitaux ukrainiens prennent des mesures de sécurité : « Nous travaillons avec des casques et des gilets pare-balles », explique Yuliia, « ça nous protège de certains débris si nous ne sommes pas trop proches d’une explosion, mais ça ne change rien au fait que nous ne pouvons pas savoir quand le prochain hôpital sera pris pour cible ».                                               

Les hôpitaux installent aussi des abris souterrains, comme à Kherson, une ville située en pleine zone de combat. « Mes collègues à Kherson ne peuvent même pas sortir de l’hôpital. Ils travaillent le jour et passent les nuits dans les souterrains de l’hôpital pour être à l’abri en cas d’attaque nocturne ».

La stratégie du « double tap »

Qu’il s’agisse de Yuliia ou de Scott, les secouristes de MSF ont tous les deux subi une attaque russe différente à Pokrovsk. Si ces attaques sont distinctes l’une de l’autre, elles ont comme point commun d’avoir été lancées en deux parties : « 10 ou 15 minutes après la première frappe, il y en a eu une deuxième », explique Yuliia Trofimova. Une stratégie couramment utilisée par l’armée russe qui vise à accroître le nombre de victimes.                                                                                                                            

Selon Aude Merlin, professeure de science politique à l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et spécialiste de la Russie et du Caucase, cette stratégie ne date pas d’hier : « En 1999 déjà lors du conflit en Tchétchénie, les Russes avaient bombardé la maternité de Grozny en double tap ». « C’est devenu un véritable modus operandi russe post-soviétique qui vise à envoyer une deuxième frappe avec un temps de décalage pour toucher les secours aussi », explique Aude Merlin, « cette stratégie extrêmement violente vise à intimider et à terroriser la population civile afin de démoraliser et décourager les gens qui se battent pour leur identité nationale ».

Attaquer des civils et notamment des hôpitaux fait donc partie des stratégies russes. Ajouter à cela que Poutine n’hésite pas à utiliser le « double tap », c’est « la preuve d’une absence totale d’égard à la vie humaine », selon la spécialiste du monde russe.

« Je ne peux pas croire que ces attaques soient des erreurs »

Face à la multiplication des attaques contre des hôpitaux, le droit international humanitaire établit pourtant des règles très claires. Comme l’explique Pierre Klein, professeur de droit international à l’ULB, il existe un principe fondamental que toutes les armées sont censées respecter : « Le droit des conflits armés impose aux états qui sont impliqués dans un conflit armé de toujours faire une distinction entre les objectifs militaires et tout ce qui relève des infrastructures civiles de façon générale ».

Ce principe, appelé principe de distinction, impose aux belligérants de différencier en permanence les objectifs militaires des infrastructures civiles. Les armées ne peuvent légalement viser que des cibles militaires, comme des bases, des équipements ou des positions stratégiques. Un principe qui, selon Aude Merlin, n’est pas respecté par la Russie : « A l’heure actuelle, la technologie permet très facilement de distinguer une maternité d’une base militaire, je ne peux pas croire qu’en 2026 ces attaques ciblées soient des erreurs ».

Quant à Pierre Klein, il rappelle que bombarder délibérément des civils est un crime de guerre : « Une fois la guerre terminée, si les soldats qui ont commis ces actes, ou les commandants qui les ont ordonnés sont arrêtés, ils pourront être traduits devant la justice ukrainienne pour crimes de guerre ». Mais de telles procédures sont longues et complexes. « Il faut prouver que l’hôpital bombardé n’était pas utilisé comme base ou comme refuge par des soldats ukrainiens. Sinon, la frappe devient légitime puisqu’elle vise un objectif militaire ».

En dépit de leur durée, ces procédures constituent un élément essentiel du droit international, en permettant d’établir des responsabilités individuelles et reconnaître les violations commises. Et d’ouvrir ainsi la voie à la Justice et aux réparations.

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Farmer case: totalement recevable

Mammouth - Thu, 19/03/2026 - 15:11
L’action en justice jugée recevable, la décision sur le fond suspendue

Photos: Adrien Goffin

Pour la première fois en Belgique, un tribunal reconnaît qu’un citoyen peut poursuivre une multinationale fossile pour sa responsabilité dans le dérèglement climatique. Ce 18 mars, le tribunal de l’entreprise de Tournai a jugé recevable l’action intentée par l’agriculteur Hugues Falys contre TotalEnergies, premier raffineur et distributeur de produits en Belgique. Mais sur le fond, la justice belge a choisi de suspendre sa décision, dans l’attente d’un autre procès en cours en France. 

Il est 12h35 lorsque les premiers soutiens arrivent devant le tribunal de l’entreprise de Tournai. Sous un soleil tapant pour un mois de mars, presque ironique au vu du fond du procès, l’ambiance est légère. On se salue, on s’embrasse, on rit. Rien, à première vue, ne laisse présager qu’un procès inédit en Belgique se joue ici. Comme si, déjà, quelque chose avait été gagné.

Sous un micro-perche, Hugues Falys et Pierre-Arnaud Perrouty, directeur de la ligue des droits humains, échangent à voix basse, quelques minutes avant le verdict

À 13h, les prises de parole commencent. On parle de justice climatique, de monde agricole, de responsabilité. Hugues Falys est là, entouré de ses avocates et des ONG qui le soutiennent. Depuis deux ans, cet agriculteur du Hainaut est devenu, presque malgré lui, le visage d’une bataille judiciaire inédite en Belgique. 

Agriculteur à Bois-de-Lessines depuis les années 1990, il explique avoir vu son exploitation fragilisée par la multiplication des événements climatiques extrêmes : sécheresses, pluies intenses, chaleur, imprévisibilité. Tous ces évènements, liés au changement climatique, lui auraient causé des pertes économiques, du stress, et une inquiétude constante.

Alignées derrière les messages de soutien, les quatre avocates accompagnent Hugues Falys lors de sa prise de parole, juste avant l’annonce du verdict

Puis vers 13h30, la foule s’amasse à l’entrée du tribunal, bloquée par la police. Avoir accès au bâtiment se transforme en parcours du combattant. Contrôles d’identité, fouilles, détecteurs de métaux, chiens policiers. Le contraste est saisissant avec la taille modeste des lieux. Les citoyens sont invités à entrer par petits groupes, pour laisser le temps aux agents à l’intérieur de procéder à tous les contrôles. 

Les personnes souhaitant assister à l’audience doivent s’inscrire à l’avance, présenter leur carte d’identité et se voir attribuer une place Plusieurs chiens policiers étaient présents dans l’enceinte du tribunal

La salle est petite, trop petite. Les places sont limitées à une trentaine. Beaucoup resteront dehors. C’est donc à coup de bras et d’épaule que les principaux intéressés devront se faufiler dans la salle, suivis de la presse et des collaborateurs du dossier. 

Un moment presque cinématographique se joue alors devant l’entrée du tribunal. Alors qu’une trentaine de personnes attendent encore derrière les barrières, retenues par le dispositif policier, les avocats et communicants de TotalEnergies arrivent. Costume sombre, démarche rapide. Ils se frayent un chemin au milieu de la foule. Les conversations s’arrêtent, les regards se figent. Personne ne dit rien mais tout le monde regarde. Le contraste est saisissant. D’un côté, une poignée d’agriculteurs, de militants, de citoyens venus soutenir Hugues Falys. De l’autre, les représentants d’un des plus grands groupes pétroliers au monde, avançant sans s’arrêter, presque hors de la scène.

Sortie des avocats et communicants du groupe TotalEnergies

Une fois à l’intérieur, nouvelle consigne pour la presse. Elle a jusqu’à 14 heures pour faire ses prises de vue, après quoi le matériel de captation devra être sorti de la salle pendant l’audience. Mais personne ne se chargera de le surveiller. Une injonction absurde, presque surréaliste.

À 14 heures précises, la salle est saturée de journalistes et de photographes, chacun tentant de capter les derniers instants avant le verdict — une poignée de main, un échange à voix basse, un regard tendu. L’agitation est à son comble lorsque les juges font leur entrée. Très vite, le ton change. Ils demandent l’évacuation de la presse. La police intervient alors pour faire sortir reporters et photographes, mettant fin à l’effervescence qui régnait quelques secondes plus tôt. Le calme retombe brusquement.

Deux agents resteront dans la salle pendant toute la lecture du jugement, veillant à ce qu’aucun enregistrement ne soit réalisé.

Le tribunal valide… mais suspend

Le silence s’installe. La lecture du jugement commence. Elle est longue, technique, par moments presque opaque pour les non-juristes. Les mots s’enchaînent, précis, froids, méthodiques. Dans la salle, personne ne bouge. Les regards oscillent entre le juge, les avocats, et Hugues Falys. Et au fil des phrases, quelque chose se dessine. Le tribunal valide les arguments du Farmer Case, un à un. Mais vers 14h30, le tribunal rend sa décision.

« Le tribunal décide de surseoir à statuer dans l’attente de la décision du tribunal judiciaire de Paris. La procédure parisienne devrait aboutir dans un délai raisonnable, le 25 juin 2026. Le tribunal exercera au moment opportun, en toute indépendance. »

En effet, la multinationale est déjà poursuivie à Paris, accusée par Sherpa, Notre Affaire à Tous, France Nature Environnement et la ville de Paris d’avoir manqué à son devoir de vigilance sur les risques environnementaux. Depuis 2017 en France, les grandes entreprises doivent prévenir les atteintes aux droits humains et à l’environnement liées à leurs activités. Les ONG accusent TotalEnergies de ne pas respecter cette obligation, notamment dans sa stratégie climatique.

Pas de décision sur le fond, donc ce 18 mars. Le cœur du procès — la responsabilité climatique de TotalEnergies — est mis en pause. Mais dans le même mouvement, le tribunal tranche ailleurs. Il se déclare compétent, juge l’action recevable et reconnaît que la société-mère peut être mise en cause pour la stratégie du groupe.

Trois points que TotalEnergies contestait fermement. Trois points qui changent déjà la suite du procès.

Une première historique en Belgique

Derrière cette journée, il y a une procédure sans précédent. En mars 2024, Hugues Falys, soutenu par Greenpeace, FIAN Belgique et la Ligue des droits humains, a assigné TotalEnergies en justice pour sa responsabilité dans le dérèglement climatique.

Dans son action, il accuse TotalEnergies de contribuer à cette situation par sa production d’énergies fossiles, sa stratégie climatique jugée insuffisante, et ses pratiques de greenwashing. Avec les ONG, il demande à la justice non seulement une réparation du préjudice, évalué à 130.000 euros, mais aussi des mesures contraignantes : arrêt des nouveaux projets fossiles, réduction des émissions, et plan de transition aligné avec l’Accord de Paris. Une demande ambitieuse et juridiquement explosive.

Derrière cette affaire, il y a aussi un chiffre, souvent répété par les ONG et les avocates du dossier. TotalEnergies fait partie de ces trente multinationales fossiles qui sont à elles seules responsables d’un tiers des émissions historiques de gaz à effet de serre. Des entreprises qui, depuis des décennies, exploitent, produisent et commercialisent pétrole et gaz, tout en ayant connaissance de leur impact sur le climat.

« Les lignes sont en train de bouger »

À la sortie, Hugues Falys ne se précipite pas vers les micros. Avec son équipe, il s’isole quelques minutes, à l’écart. On discute, on analyse, on ajuste les discours.

Hugues Falys semble pensif à la sortie de la salle d’audience L’équipe du Farmer Case s’entretient dans un coin du tribunal avant leur prise de parole

Dix minutes plus tard, l’agriculteur revient vers les dizaines de soutiens encore présents, puis il prend la parole.

« Le tribunal reconnaît aujourd’hui que l’agriculture est directement touchée par la crise climatique. Il reconnaît que les agriculteurs en sont des victimes, et que la justice a un rôle à jouer pour contraindre les responsables à rendre des comptes. C’est un premier pas. Mais c’est un pas important. Les lignes sont en train de bouger. »

Dans l’assistance, les réactions sont mesurées. On est loin de l’euphorie, mais personne ne parle de défaite.

Hugues Falys tient en main un discours préparé en amont, adapté aux différents scénarios possibles du jugement

À ses côtés, son avocate Marie Doutrepont insiste sur la portée juridique de la décision.

« C’est un signal d’espoir important. Aujourd’hui, le tribunal reconnaît que les victimes de la crise climatique peuvent assigner une multinationale dans leur propre pays, même si ce n’est pas celui où elle a son siège. C’est une avancée majeure. Et très clairement, c’est une jurisprudence qui fera date. »

Après une première vague d’applaudissement, elle poursuit :

« Le tribunal a rejeté plusieurs arguments centraux de TotalEnergies. Il reconnaît notre intérêt à agir, il reconnaît sa compétence, et surtout il reconnaît que la société-mère peut être tenue responsable de la stratégie du groupe. Ce sont des éléments fondamentaux pour la suite du procès. »

Prise de parole de Marie Doutrepont, avocate de Hugues Falys et des ONG

Toujours acclamée, elle tempère enfin :

« Évidemment, nous aurions préféré une décision sur le fond aujourd’hui. Mais le tribunal montre qu’il traite cette affaire avec sérieux. Et la procédure continue. »

Pendant ce temps, du côté de TotalEnergies, aucune réaction.

À la sortie de l’audience, une porte-parole indique qu’un communiqué sera envoyé dans la journée. Quelques heures plus tard, changement de version : il n’y aura finalement pas de communication. Silence radio.

Un procès loin d’être terminé

Sur le fond, rien n’est encore tranché. Le cœur du dossier — la responsabilité climatique de TotalEnergies — reste entier. Le tribunal attend désormais la décision du 25 juin 2026 à Paris. Une audience est déjà fixée au 9 septembre pour décider de la suite du procès à Tournai. Mais une étape a été franchie.

Pour la première fois, la justice belge reconnaît qu’un citoyen peut attaquer une multinationale fossile dans son propre pays pour des dommages liés au climat. Pas encore une condamnation, mais plus qu’un symbole : une brèche juridique. Une de celles qui, à terme, pourraient redéfinir la responsabilité des multinationales face à la crise climatique.

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Jonathan Salomon : portrait d’un pâtissier

Mammouth - Wed, 18/03/2026 - 16:48

Révélation 2026 de la pâtisserie chez Tartines et Boterham, Jonathan Salomon incarne la rigueur, la précision et l’amour du travail bien fait. Entre gestes maîtrisés et quête de perfection, il nous ouvre les portes de sa passion et de son univers gourmand.

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Le café de spécialité, un café de solutions

Mammouth - Wed, 18/03/2026 - 16:46

Le café : certains d’entre nous en boivent tous les jours au réveil, au travail ou en fin de repas. Mais beaucoup ignorent que ces grains sont exposés à des dynamiques de marché, différentes échelles de qualité et manières d’être préparés. Regardons ça de plus près.

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La vinaigrerie Sainte-Odile: portrait d’une artisane passionnée à Anderlecht

Mammouth - Wed, 18/03/2026 - 16:45

Quand on pense au vinaigre, on s’imagine un liquide avec une odeur qui pique le nez, un goût vif, prononcé voire aigre. Heureusement, une poignée de personnes dans le monde perpétue la tradition d’un vinaigre de qualité, loin des adjectifs précédemment cités. C’est le cas de Daphné, une bruxelloise passionnée qui a décidé d’en faire son métier.

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Rien ne vaut la maison

Mammouth - Tue, 17/03/2026 - 14:01
À Anvers, des marins du monde entier font escale le temps d’un soir

Photos par Paul Dorthu

Le port d’Anvers est le deuxième plus grand port européen. Chaque année, des milliers de marins, hommes et femmes, y posent pied pour quelques heures. À l’Internationaal Zeemanshuis Antwerpen (IZA), ils s’arrêtent pour souffler le temps d’une soirée. Une pause entre deux voyages loin du large, où l’on oublie durant quelques heures la vie sur les vagues.

L’Antwerp Harbour Hotel est situé au bout d’une longue rue grise, au coin d’un gigantesque carrefour où trams et voitures s’entremêlent. Au loin, les grues du port se dressent, surplombent les centaines d’allées bardées de containers bien alignés. C’est ici que se trouvent les bureaux de l’IZA, une organisation financée par la ville d’Anvers qui vise à s’occuper des marins. En journée, tout est calme, seuls quelques bénévoles s’affairent. Mais lorsque la nuit tombe, le lieu se réveille.

Muhammad est marin. Il a vingt-neuf ans, le regard confiant, les gestes vifs. Il travaille pour une entreprise navale italienne, “la meilleure du monde”. Pour 1500 euros par mois, soit une dizaine de fois le salaire moyen de son Pakistan natal, il vit sur l’eau. Île Maurice, Cape Town, Séoul. Sur son téléphone dernier cri, les photos de voyage défilent. Pour lui, la vie de marin est une chance. Il tient ça de son père. Muhammad ne compte pas rester pour toujours sur les flots. Il a une famille qui l’attend à la maison. Son père a déjà acheté de grandes langues de terre, où il rêve de s’implanter, et de construire une ferme. Il s’entend bien avec l’équipage, et ne trouve pas le travail trop éprouvant. À bord, il est bien nourri, il dispose d’une salle de gym, et de barbecues sur le pont lorsque la météo le permet. Sa femme et ses enfants lui manquent. C’est ça le plus dur. Pas les tempêtes, ni la solitude. Pour Muhammad, la mer est une opportunité. Une histoire qui n’est pas la norme.

Le vide à l’horizon

Dans la famille de José Oliveira, l’eau salée coule dans les veines depuis des générations. Fils d’un marin portugais qui a fui la dictature de Salazar lorsque des agents de celui-ci s’en sont pris à sa famille, il connait les réalités de la vie en mer : les longs mois passés loin des siens, l’absence, l’attente. Il décide donc de dédier sa carrière aux gens comme son père, ceux qui portent du bout des bras l’économie globalisée. Il travaille pour l’Internationaal Zeemanshuis Antwerpen (IZA) où il s’efforce d’apporter un soutien à ces travailleurs trop souvent mis sur le côté.

Parmi les 1,9 million de marins dans le monde, un tiers sont philippins. La raison est simple : « Ils maîtrisent l’anglais, et ils sont cheap », explique José. Pour les patrons de l’industrie, c’est ce dernier élément qui les retient. « Dans la majorité des cas, les conditions de vie des marins se rapprochent de l’esclavage moderne ». Les passeports sont confisqués par le capitaine afin d’éviter les fugues et de faciliter les contrôles des services d’immigration.

À bord, les mois sont longs. Le grand démon des équipages, c’est la solitude. Pour un bateau cargo moderne, certains pouvant aller jusqu’à 400 mètres de long, 8 à 24 membres d’équipage suffisent. Mark est aumônier au port et travaille auprès de José depuis des années. L’Église s’est implantée dans les ports bien avant l’état, préoccupée par le peu d’attention qu’ils suscitaient et avides de nouvelles âmes à évangéliser. Les bras derrière le dos, debout dans un couloir de l’IZA, il confirme la rudesse de la vie en mer. Ses paroles sont mues d’un investissement réel, ses yeux ne semblent plus surpris par rien. L’année passée, il a pris en charge deux cas de suicide. À chaque fois, il doit bénir la cabine du défunt. Dans le cas contraire, les autres marins n’y entreraient plus.

Le spectre du suicide s’est intensifié depuis quelque temps, et est même devenu une cause majeure de mortalité du secteur, dépassant le nombre de morts accidentelles. La cause ? José tapote l’écran de son portable, l’air désapprobateur. Lorsque son père partait en mer, il ne savait rien de ce qui se passait sur la terre. Aujourd’hui, les marins assistent à la vie de leurs proches sans pouvoir y participer, ce qui ne fait qu’accentuer cette solitude. Beaucoup vivent des décès de loin, des divorces et surtout des pressions financières. Souvent, le salaire d’un marin permet de faire vivre une quinzaine de personnes. Certains craquent. La charge est trop grande. Au-delà d’être seul, le problème réside dans le huis clos du bateau : les marins ne peuvent pas parler de leurs états d’âme avec leurs proches qui sont à des milliers de kilomètres. Seul le reste de l’équipage subsiste. C’est pour cela que José les écoute. Pour eux, c’est une bouffée d’air frais au milieu de longs mois d’entre-soi.

D’autres problèmes perdurent depuis trop longtemps : notamment celle de l’accès aux soins. Mark raconte la fois où un homme fit une crise cardiaque en pleine mer. Incapables de le sauver, le reste de l’équipage dut le mettre dans la chambre froide, jusqu’à leur arrivée au port d’Anvers. Ces histoires ne sont pas rares ; José se souvient d’un homme qui était arrivé au port livide, souffrant de chaleurs excessives, le front trempé de sueur. Sa boîte de médicaments était vide. « Hypertension artérielle. Si le bateau était arrivé un jour plus tard, l’homme serait mort », souffle-t-il.

« Hypertension artérielle. Si le bateau était arrivé un jour plus tard, l’homme serait mort »

Dans les couloirs, au bar, ou dans les canapés, un dénominateur commun : il n’y a aucune femme. Au niveau mondial, elles ne représentent que 2% des effectifs. Une sous-représentation qui change, doucement. Les défis sont nombreux : manque d’infrastructure adaptée, une culture patriarcale bien ancrée et parfois, des situations dangereuses. Sanjay* est ingénieur sur un navire italien. Il confirme. “Ces hommes passent des semaines sans voir de femmes. Tu peux donc imaginer…” lance-t-il à demi-mots.

La mer malgré tout

L’IZA parcourt le port en camionnette pour y vendre de la nourriture, des souvenirs et des vêtements à prix réduits. C’est le capitaine de chaque bateau qui décide si l’IZA peut distribuer ces objets. « Si celui-ci est un homme sage, il accepte », confirme José. Mais cela représente aussi un risque. Lorsque ces hommes et ces femmes touchent la terre et sociabilisent avec des gens de l’extérieur, ils se sentent revigorés, libres. Car au-delà du confort matériel, l’organisation apporte un soutien psychologique. Il faut faire vite. Les hommes ne quittent le navire que rarement, et lorsqu’ils se rendent à l’IZA, ce n’est pas pour longtemps. En journée, ils travaillent sur le bateau. Et la nuit, ils y dorment. Les seuls moments où ils peuvent s’échapper sont entre 19h et 23h environ. Une fenêtre de quatre heures loin des vagues, pour s’assurer que le monde existe encore. À peine le temps de prendre l’air, faire quelques emplettes, et boire un verre au bar. Les chambres de l’Antwerp Harbour Hotel, pensées pour un monde d’avant où les marins restaient plusieurs jours à quai, se sont vidées. Il a fallu se résoudre à ouvrir l’hôtel au public pour rester à flot.

L’organisation compte 22 bénévoles. L’une d’entre elles est ici, touchée par les histoires de son époux qui a travaillé auprès des marins pour une mission religieuse : une fois, lors d’un voyage, l’équipage avait découvert un passager clandestin qui s’était caché à bord. Le risque est grand. Si à l’arrivée, les services d’inspection du port le découvrent, l’entreprise sera contrainte de verser une lourde amende, et la responsabilité retombera sur les épaules du capitaine. Ce dernier avait voulu le jeter vivant par-dessus bord, mais le missionnaire l’en avait dissuadé. Si ce genre d’histoire arrive souvent ? « Ma zeker (mais bien sûr) », chuchote la dame, surprise par la question.



Tony travaille sur des bateaux depuis 15 ans. Il montre la voie à son collègue et ami, Dhruva, qui a à peine 24 ans.
Dhruva a grandi à Diu, “Beautiful Diu”. C’est dans ces eaux claires qu’il a appris à pêcher.

« Il n’y a pas que des moches histoires, il y en a aussi des belles. Beaucoup. » Arjun* et Sanjay sirotent une bière, accoudés à une table haute d’une station-service du quartier. Ils en profitent : sur le bateau, la consommation d’alcool est très contrôlée, voire prescrite. “On est payé pour voyager autour du monde”, rigolent-ils. Ils évoquent les vagues d’une dizaine de mètres dans la Manche, les nuits éternelles dans le Pacifique Nord couvert de glace, la peur que leur invoque le triangle des Bermudes. Sanjay vient du nord de Mumbai, mais adore la côte australienne. Cependant, s’il devait voter pour le plus beau pays du monde, il n’hésiterait pas une seule seconde. Il sourit. « L’Inde, bien sûr. »

Rien ne vaut la maison.  

*Noms d’emprunt

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La réalité nuancée des Chrétiens d’Orient en Israël et Cisjordanie

Mammouth - Thu, 12/03/2026 - 12:22
Fact-checking des propos de Meyer Habib

@AFP

Un extrait de l’ancien député français Meyer Habib affirmant que les chrétiens seraient persécutés par les musulmans en Israël et en Cisjordanie circule sur les réseaux sociaux et alimente certains débats sur la situation des minorités religieuses dans la région.

Mais que disent réellement les chiffres et les recherches académiques sur le déclin relatif de la population chrétienne ? S’agit-il d’une persécution religieuse, comme l’affirme l’ancien député, ou d’un phénomène plus complexe ?

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Mons: coupure de gaz et friture sur la ligne

Mammouth - Thu, 12/03/2026 - 11:35
Le gouvernement wallon devait-il contacter le bourgmestre Nicolas Martin ?

Wikimedia commons

En février 2026, la ville de Mons a été confrontée à une importante coupure de gaz qui a privé des milliers de foyers de chauffage. Alors que le gestionnaire de réseau Ores est intervenu pour rétablir la situation, une polémique a éclaté entre le bourgmestre de Mons, Nicolas Martin, et le gouvernement wallon.
Le bourgmestre a dénoncé un manque de soutien des autorités régionales, tandis que le ministre-président Adrien Dolimont a assuré que toutes les procédures avaient été respectées. Qui dit vrai ? Pour le comprendre, nous avons vérifié ce que prévoit réellement la procédure officielle de gestion de crise en Wallonie.

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Enfants d’Ukraine, nés trop tard pour être protégés

Mammouth - Thu, 12/03/2026 - 11:15
Des enfants ukrainiens n’ont pas de statut légal en Belgique

Crédits photo : Anna Guay (CC BY-ND)

En Belgique, les familles ukrainiennes sont confrontées à un mur administratif. Les enfants nés après le 24 février 2022 n’avaient déjà pas accès à la protection temporaire, contrairement au reste de leur famille. Mais depuis juillet 2025, les conditions concernant le regroupement familial se sont durcies. Des enfants se retrouvent ainsi sans statut légal. 

Maryna est assise dans un canapé marron situé au septième étage d’un immeuble de la rue de la Loi. Le soleil de fin d’après-midi illumine les murs blancs des bureaux de l’Ukrainian Voice Refugee Committee. Armoires vides, tables éparpillées, poufs verts criards posés aléatoirement sur la moquette et câbles apparents : l’organisation ne semble pas avoir pris pleine possession de ses locaux. La pièce où se trouvent Maryna et sa fille fait aussi office de salle de classe, comme en témoignent les mots écrits en français sur le tableau blanc. Dans le bureau adjacent, une équipe de cinq travailleuses s’affairent sur leurs ordinateurs portables.   

La jeune maman pose un regard tendre sur Arina, 3 ans, son bras enroulé autour d’elle. Sa fille a les yeux scotchés sur le téléphone. Maryna réfléchit un moment. Puis, elle se lance, hésitante: “Je suis effrayée, car Arina n’a pas de statut légal. Je ne sais pas quoi faire, nous ne pouvons ni bouger, ni revenir en arrière. Je suis inquiète pour le futur”. Comme 93 000 autres Ukrainiens, la jeune maman a trouvé refuge en Belgique pour fuir la guerre. “La Belgique était une évidence car, chez moi, j’ai eu quelques cours de néerlandais et de roumain, une langue qui se rapproche un peu du français”. 

Maryna est arrivée seule avec sa fille à Bruxelles

Sur sa vie d’avant et son départ, Maryna reste évasive. Elle se contente d’évoquer sa ville natale, Tchernivtsi, dans l’ouest de l’Ukraine. “Même si nous n’étions pas directement sur la ligne de front, cela restait dangereux. Il n’y avait ni électricité, ni travail.” Partir a été un arrachement, mais rester aurait été pire. 

Grandir en Belgique sans existence légale

Elles sont arrivées par avion, en juin. Fin août, Maryna s’est rendue à l’Office des Étrangers, rue Belliard. Là-bas, elle a demandé la protection temporaire, pour elle et sa fille. Une demande accordée… uniquement pour Maryna. “Elle s’est alors dirigée vers notre association pour demander une aide administrative”, souligne Alyna Melnychuk, cheffe du département ‘mobile’ dans l’association venant en aide aux expatriés pour tout type de démarches. Elle se tient droite, au côté de la jeune maman, sur une chaise en plastique, et se charge de traduire ses propos. 

Alyna et l’association Ukrainian Voice Refugee Committee apportent une aide aux familles ukrainiennes

Les enfants ukrainiens nés après le 24 février 2022 – premier jour de l’invasion russe – ne peuvent pas prétendre à la protection temporaire. Créée par l’Union européenne, elle permet aux personnes fuyant la guerre de bénéficier d’une protection immédiate. Une fois dans le pays d’accueil, elles peuvent accéder rapidement au logement, aux soins et au travail sans passer par la procédure classique d’asile. Christine Flamand, juriste et chargée de cours en droit des réfugiés à l’Université Catholique de Louvain, complète : “Les enfants nés après le début du conflit, ou nés hors d’Ukraine, ne sont pas considérés comme ayant fui cette situation et sont exclus des critères pour en bénéficier.” 

Née après le début de la guerre, Arina n’y a donc pas droit. “Sans statut légal, elle ne peut pas bénéficier d’une assurance, c’est dangereux pour sa santé”, regrette Maryna. La petite fille ne possède pas non plus de visa, sésame obligatoire pour séjourner en Belgique. Elle dispose donc de 90 jours sur le territoire de l’Union européenne avant d’être rapatriée en Ukraine. Aujourd’hui, le délai est dépassé : Arina est désormais en situation irrégulière. Pourtant, un retour dans le pays natal rebute la famille. “J’aimerais rester en Belgique, pour m’y installer et trouver un travail”, espère Maryna. “Je me sens en sécurité dans ce pays, c’est un bon endroit pour voir mon enfant grandir. Arina a même été acceptée dans une école !

Le regroupement familial, une porte qui se referme

Pour poursuivre son rêve d’intégration, Maryna s’est alors tournée vers le regroupement familial. Jusqu’à récemment, les conditions étaient spécialement allégées pour les réfugiés ukrainiens. Mais un changement de loi intervenu en juillet 2025 a durci les conditions d’accès. “Je lui ai dit qu’elle s’y était prise tard, qu’elle aurait dû s’y rendre plus tôt”, se désole la coordinatrice Alyna. 

Désormais, les familles doivent remplir des conditions plus strictes, notamment sur les revenus. Alyna s’explique : “Pour pouvoir prétendre à la réunification familiale, le revenu du parent doit atteindre une somme aux alentours de 2 300 euros. Or, Maryna touche un CPAS à hauteur de 1 700 euros, ce qui n’est pas suffisant.” La maman acquiesce. “Je devrais utiliser mon temps libre pour travailler, mais je passe la plupart de mon temps à remplir des papiers administratifs”.

Comme preuve matérielle de ces complications, Maryna sort de son sac des papiers de la commune de Jette. Le 11 février, elle a reçu un nouveau refus pour une demande de regroupement familial. Motif invoqué : vide juridique. 

Un appel à l’aide d’onze mères ukrainiennes

Son cas s’inscrit dans une réalité plus large. Mi-janvier, un collectif de onze mères ukrainiennes expatriées en Belgique a écrit une lettre ouverte, publiée par Promote Ukraine. Destinée à la ministre de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, et au commissaire européen chargé des Affaires intérieures et de la Migration, Magnus Brunner, cette lettre interpelle les responsables politiques face à cette réalité préoccupante.

Ces mères sont aussi confrontées aux difficultés imposées par le vide juridique. “Elles n’ont pas les vaccins et ne peuvent pas obtenir les assurances nécessaires pour leurs enfants. Les visites chez le médecin leur coûtent en plus très cher”, relate Anastasiia Sheremok, interne au service juridique de Promote Ukraine. 

Pour Promote Ukraine comme pour Ukrainian Voice, l’aide aux familles réfugiées est un combat quotidien. “Nous recevons chaque jour des familles ayant reçu un refus de protection temporaire. Une famille originaire de Kiev s’est pointée ce matin dans nos bureaux. Seuls la mère, le père et l’aînée vont recevoir la protection temporaire. Les deux petites, Sarah et Olena, sont nées trop tard pour en bénéficier”, narre Alyna, d’Ukrainian Voice. 

Cette absence de protection se révèle être une catastrophe pour la famille. “Olena a de graves problèmes de santé, qui nécessitent une prise en charge hebdomadaire. L’absence de statut légal pose un grave problème pour la santé de l’enfant”, s’inquiète la coordinatrice. “La famille est complètement désemparée face à la situation”. 

Une dernière option pourrait être envisagée : un visa humanitaire. Un processus long qui ne porte pas toujours ses fruits. Mais Alyna l’avoue, Ukrainian Voice ne maîtrise pas ce cas spécifique.  “Nous basons notre expérience sur les dossiers envoyés par les familles. Nous n’en avons reçu aucune pour ce type de visa.” Le cas de Maryna, par exemple, n’entrerait pas en compte d’après elle. “Elle vient de l’Ouest de l’Ukraine, une région moins exposée. Je ne suis pas certaine qu’elle puisse dès lors postuler pour un visa humanitaire.” 

En 2027, cela fera 5 ans que l’invasion russe en Ukraine aura débuté. Les ressortissants ukrainiens sur le territoire belge depuis 2022 pourront alors bénéficier d’un droit de séjour illimité selon le droit des étrangers. “Il faudra réfléchir à ce qui va se passer au bout des 5 ans, la Commission va devoir prendre des décisions, mais elles sont pour l’instant inconnues”, instille Christine Flamand. 

Pour la petite famille, il ne reste qu’à attendre et espérer

A la fin de la discussion, Maryna relâche ses épaules et esquisse un léger sourire. Elle prend sa fille dans ses bras et s’approche de la fenêtre. Ensemble, elles contemplent le paysage d’immeubles de verre et d’acier du Quartier Européen. Depuis quelques mois, Bruxelles est leur nouveau chez soi. Une nouvelle maison, qui tarde cependant à leur donner les clés. 

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Quand la STIB réoriente les personnes en errance

Mammouth - Wed, 11/03/2026 - 13:21

La STIB a suivi 300 personnes en errance sur son réseau en un an. Le service Includo réoriente ces personnes vers des structures adéquates à leurs besoins. Mais pourquoi une service de transport public prend-t-il une telle initiative ?

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Nuits Saturées

Mammouth - Mon, 09/03/2026 - 16:23
Techno, clubs et fragilités de la nuit bruxelloise

Le podcast de Fairlight traite du monde de la nuit à Bruxelles, en explorant l’univers des soirées techno. Ces dernières années, la scène techno s’est démocratisée, commercialisée, et « re-popularisée ».

Pourtant, paradoxalement, le monde de la nuit souffre d’un manque de moyens et de soutien public. Rien qu’en 2025, quatre clubs ont fermé leurs portes. En parallèle, si la “re-popularisation” de la techno à certes offert de la visibilité aux DJ, le public s’est transformé et gentrifié. Il ne partage pas toujours les mêmes codes fondateurs du mouvement.

Pour répondre à ces nouvelles problématiques, des alternatives se mettent en place. Des lieux s’émancipent des modèles économiques traditionnels, tandis que des collectifs inventent d’autres manières de faire la fête : plus inclusives, plus sûres, et plus fidèles à l’essence de la culture techno.

Pour plonger véritablement au cœur d’une nuit techno, le podcast adopte une forme semi-fictionnelle. Il suit, de A à Z, deux amies se rendant à une soirée organisée par un petit collectif au B21, club indépendant bruxellois. À travers leur parcours, c’est toute une nuit, ses codes et ses enjeux, qui se racontent.

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Faute de mots

Mammouth - Mon, 09/03/2026 - 14:54
Un sur cinq. Tel est le nombre estimé d’adultes en difficulté face à la lecture et l’écriture en Belgique francophone. Quel est leur quotidien ? D’où viennent-ils ? Quelle est leur histoire ?

Au-delà des lettres

Sur le téléphone, les panneaux routiers, dans les rayons du supermarché… En Belgique, l’écriture est partout. Et avec elle, une idée largement partagée : tout le monde sait lire et écrire. L’analphabétisme et l’illettrisme sont souvent perçus comme des problématiques d’un autre temps… Et pourtant. Selon les estimations les plus récentes, un adulte sur cinq en Belgique francophone éprouve des difficultés face à la lecture et l’écriture. Qui sont ces gens ? Où sont-ils ? Comment vivent-ils ? Nous avons décidé de lever le voile sur cette réalité si peu connue. Un quotidien que partagent Natacha, Romain et Yves. « Faute de mots », c’est une partie de leur histoire. Un documentaire pour lequel ils ont accepté d’ouvrir les portes de leur vie sans alphabet.

Objectif et choix de réalisation, par l’équipe de « Faute de mots »

Notre volonté première est de donner la parole aux principaux concernés, celles et ceux qu’on entend le moins : les personnes analphabètes et illettrées. Notre but était de réaliser leur portrait croisé, s’immergeant dans leurs défis quotidiens.

La réalisation des portraits croisés explique également notre choix de ne pas intégrer de voix off à notre documentaire. Le défi pour y arriver consistait à ce que les images et les propos de nos différents intervenants se suffisent à eux-mêmes. Le public n’a pas besoin d’être pris par la main, chacun interprète ce qu’il voit avec sa sensibilité.

Nous avons aussi réalisé des interviews « posées » avec nos trois intervenants, afin de leur laisser la place pour s’exprimer dans un cadre neutre et réfléchi. Cela leur a permis de prendre du recul par rapport à d’autres séquences filmées en amont ou à des situations de leur vie en général.

Nous cherchions dès le départ à diversifier au maximum les profils de nos différents personnages, pour montrer différentes réalités et différents enjeux. C’est ainsi que nous avons poursuivi le projet avec Natacha, Romain et Yves : trois niveaux d’alphabétisation différents, trois tranches d’âge différentes, trois enjeux bien distincts et trois parcours singuliers, mais qui se rejoignent en un point : les difficultés face à la lecture et l’écriture.

Nous avons ouvert un compte sur les principaux réseaux sociaux, à savoir Instagram et Facebook. Là-dessus, nous postions régulièrement les avancées de notre travail. Nous avons également décliné tous nos contenus par messages vocaux dans un canal WhatsApp, pour les rendre accessibles à des personnes en difficulté face à la lecture et l’écriture. Vous retrouverez nos publications via le QR code ci-contre.

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Angèle, coupable de fraude fiscale ?

Mammouth - Mon, 09/03/2026 - 14:41

Angèle est accusée par le fisc français de fraude fiscale après qu’elle a affirmé passer la moitié de l’année à Paris.
Mais ce critère est-il en fait suffisant pour être incriminé·e pour fraude fiscale et donc devoir payer ses impôts dans un autre État que son pays d’origine ?
Réponse dans le décryptage de Clémence Dechaux, Tom Pierret et Clarisse Rasquinet

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Dans les phares de la police

Mammouth - Mon, 09/03/2026 - 12:34
Une nuit aux côtés de la police d’Ottignies Louvain-la-Neuve

Crédits : Inès Vangansbek

Une fois la nuit tombée et les citoyens endormis, la police continue de veiller à la sécurité et à l’ordre en patrouillant dans les rues de la ville étudiante. Ils sillonnent leur zone pour couvrir un maximum d’interventions.

Un piétonnier aux couleurs orangées des lampadaires, des bars qui restent ouverts jusqu’au lever du jour et des étudiants à tous les coins de rue,  voilà ce qui pourrait décrire la ville estudiantine de Louvain-la-Neuve. Chaque soir de la semaine, c’est la fête. Il y a toujours bien un cercle, une casa, un bar qui reste ouvert et où l’on peut boire un coup et se trémousser. Les jeunes étudiants, tout comme les néolouvanistes s’y rendent bien volontiers. Mais quand il s’agit de rentrer chez soi, l’atmosphère se crispe. Les rues parfois mal éclairées, se ressemblant à quelques détails près ainsi que leurs recoins sombres ne donnent pas une image très sécurisante de Louvain-la-Neuve. La peur de tomber sur la mauvaise personne au mauvais moment traverse les idées de tout un chacun surtout en cette période hivernale où de moins en moins de personnes ne se promènent dans ses rues.

Cependant, des patrouilles de police circulent régulièrement sur le piétonnier. Leur présence rassure autant qu’elle ne dissuade. Mais une fois rentré chez soi, leur passage rassurant est aussi tôt oublié. Pourtant, pour eux, la nuit ne s’arrête pas à une visite de la cité universitaire, mais continue pour assurer des dizaines d’interventions sur la zone d’Ottignies Louvain-la-Neuve.    

Mais alors, que se passe-t-il concrètement lors d’une nuit d’interventions policières ?

Le briefing entre rires et sérieux

La nuit de garde commence par le roulement des équipes. Les collègues qui ont assuré l’après-midi cèdent leurs places à la brigade de nuit. Les équipes sont habituellement composées de 6 à 7 personnes comprenant 1 à 2 femmes. Peu avant le briefing du soir, l’atmosphère au poste est décontractée. Les policiers se laissent aller à quelques blagues et rires, ils écrivent sur une baie vitrée les duos de policiers qui patrouilleront ensemble le soir même et attendent les explications du commissaire en chef dans la salle de réunion. Celui-ci débute le briefing en rappelant les interventions qui ont eu lieu l’après-midi et qui nécessitent un suivi. Il projette également sur un écran accroché au plafond et visible de tous, les nouvelles missions confiées par le call-center de la province du Brabant Wallon. En effet, même si la zone de police d’Ottignies Louvain-la-Neuve n’opère que sur le territoire du même nom, elle est tout de même informée de ce qu’il se passe au sein la province.

Une nuit rythmée par les interventions

Une fois les missions obligatoires énoncées et les tasses de café bues, les duos de policiers prennent possession de leur véhicule pour la soirée. Ils partent sillonner les routes et piétonniers de la ville estudiantine. Leurs voitures sont équipées d’une tablette sur laquelle les nouvelles interventions apparaissent en temps réel, mais également d’une télécommande qui active, entre autres, les gyrophares et sirènes.

Dans l’habitacle, les collègues discutent de tout et de rien, que ce soit de la famille, de la vie, du boulot, … avec en arrière-fond, la radio presque inaudible. Une bonne ambiance est toujours conseillée au sein des équipes, sinon les nuits pourraient paraître extrêmement longues. Mais très vite, le sérieux revient quand une intervention tombe. Les équipes se coordonnent à distance via des talkies-walkies pour savoir quel duo est le plus proche du lieu d’intervention.

Ces rondes de nuit ne sont pas animées par des interventions plus rocambolesques les unes que les autres mais bien par la diversité des missions auxquelles les policiers sont confrontés : alcool, pauvreté, bagarre, disparition, vol, … . 

Le plus souvent, nous sommes confrontés à la misère du monde

Un policier de la zone d’Ottignies Louvain-la-Neuve

Les policiers font, par exemple, régulièrement face à des défauts de paiement des tickets de train. Même si dans la plupart des cas, il s’agit de fraudeurs, il arrive parfois que les policiers soient confrontés à des personnes sans domicile fixe qui n’ont pas d’autre choix que d’emprunter les trains pour survivre aux froides nuits d’hiver. Dans ces circonstances, les forces de l’ordre adoptent un comportement bienveillant en donnant des recommandations et conseils à ces personnes sans le sou.

Une conduite scrutée

Lors des patrouilles, les inspecteurs sont aussi tenus d’observer la conduite des automobilistes qui les entourent. Cela peut parfois mener à des contrôles d’alcoolémie ou de stupéfiants lorsque les policiers les jugent nécessaires. Dans ces cas-là, le service roulage est appelé en renfort et il effectue des prélèvements salivaires ou encore des éthylotests. Il rédige également les PV et demande les retraits de permis après l’approbation d’un magistrat ou d’un officier de police. Les forces de l’ordre ont également un rôle moralisateur et rappellent, dès que possible, que la conduite sous influence est dangereuse et peut mener à des accidents, blessures et dans les cas les plus graves à la mort.

Les rencontres avec des personnes alcoolisées sont fréquentes à Louvain-la-Neuve puisque c’est une ville étudiante connue pour ses fêtes et ses cercles. Les policiers n’ont qu’un mot d’ordre lors de ce type d’intervention : la patience.

À côté de ça, les policiers doivent obligatoirement passer à plusieurs reprises sur la dalle. C’est le nom donné au piétonnier de Louvain-la-Neuve. Le tour de la ville n’est pas long puisqu’elle se compose de trois grands axes. Cependant, les rondes ne dépassent jamais l’allure du pas ( 5km/h ). Louvain-la-Neuve reste une ville piétonne où les chiens sont souvent sans laisse, les cyclistes peu conscients de leur vitesse et les jeunes parfois bien imprégnés.

Quand le soleil commence à se lever, il y a de moins en moins d’interventions ou d’urgences. Les équipes en profitent alors pour rentrer au poste et rédiger des rapports complets de chacune des missions avec ce qu’elles ont fait sur place ainsi que les identités des personnes rencontrées. Ces petits mémos permettent aux équipes suivantes de savoir ce qu’il s’est passé durant la nuit et sont donnés au moment du prochain briefing.

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