Décès de Freddy LAURENT, directeur de l’IHECS entre 1984 et 1996

14.04.2020
Nous avons la tristesse de vous annoncer le décès de Freddy Laurent, survenu pendant son sommeil, dans la nuit de ce lundi 13 avril. Professeur et directeur de l’IHECS, il a incontestablement marqué la vie et l’histoire de notre institution.

Né à Tellin, dans les Ardennes, en1934, Freddy Laurent effectue, grâce à une bourse, ses humanités gréco-latines chez les franciscains à Marche-en-Famenne. Plus tard, il poursuit des études de candidat en philosophie et en philologie romane. À vingt ans, il choisit d’interrompre ses études profanes, pour vivre dans la réflexion et la prière au sein de la Compagnie de Jésus. Neuf ans encore et il est licencié en philologie romane de l’UCL. De 1963 à 1973, il enseigne au Collège Saint-Pierre à Jette. Il entre à l’IHECS de Ramegnies-Chin en 1963. En tant que chargé de cours, il y enseigne avec passion et brio l’évolution des formes littéraires, l’expression écrite, la narration et la critique littéraire. Le professeur s’immerge dans ses paroles ; les étudiants qui suivent son enseignement en savent long sur lui, car il ne feint pas d’être étranger aux problèmes qu’il traite, aux questions qu’il pose, aux événements qu’il relate. Nul n’ignore ses idées, ses goûts, ses choix, qu’il relativise en même temps qu’il les expose. Il exerce conjointement à l’IHECS des mandats de délégué syndical et d’administrateur, pour revendiquer non des avantages, mais pour que soit reconnue la dignité de la profession d’enseignant et celle, corrélative, de leur statut.

Devenu directeur de l’IHECS en septembre 1984, son style de gouvernement tranche avec celui de ses prédécesseurs : mélange de fermeté et d’affectivité, à l’image de son écriture qui cherche à convaincre tant par sa finesse que par son argumentation. Il consacre beaucoup de temps à communiquer, à collecter de l’information, à persuader ses interlocuteurs du bienfondé de ses décisions. Mais l’homme de lettres est aussi homme d’action : sous son directorat, l’IHECS retrouve stabilité après plusieurs épisodes de turbulence institutionnelle, s’installe définitivement à Bruxelles en septembre 1990 et accède, en juillet 1993, au type long de niveau universitaire. Après 22 ans d’attente, d’espoirs et de faux-espoirs, le dossier du type long est enfin à l’ordre du jour grâce à sa ténacité et celle de quelques proches qu’il réussit à convaincre du tort immense et de l’injustice qui étaient faits à l’IHECS et à ses diplômés. Mais le niveau universitaire à peine conquis, le projet de création des Hautes Écoles situe l’avenir de l’IHECS dans une toute autre perspective, à laquelle il ne peut souscrire. Ce projet le démotive. Comment appliquer ses efforts et passer son temps à mettre en œuvre un type d’école qui aura perdu pour lui ce qui fait le bonheur du métier, à savoir le goût du savoir, la convivialité des rapports, lui qui a toujours travaillé dans l’optique d’une école de taille restreinte ? Pour entrer dans la Haute École, il confiera l’avenir de l’Institut à une jeune équipe prête à assumer ce passage et qu’il soutiendra de ses conseils et de son expérience.

Mais ce qui préoccupe aussi le directeur, c’est une tâche spécifique qu’il juge en souffrance, à savoir la sensibilisation à la vie spirituelle et intérieure qui est l’héritage de l’humanité et qui prend, chez lui, parmi les nombreux chemins possibles, celui de l’Évangile promettant aux croyants la vie éternelle.

Le dimanche 28 avril 1996, Freddy Laurent adressait un dernier message au personnel de l’IHECS, une lettre personnelle d’adieu dans laquelle il réaffirmait son credo pédagogique :

 

« Je vous laisse nos étudiants, que j’ai aimé comme les enfants que je n’ai pas eus. Ils nous ont été confiés pour que nous les rendions libres, lucides et forts - ce qui permet une communication où l’individu ne disparaît pas. Pour ce qui me concerne, j’ai beaucoup travaillé dans ce sens, - avec pas mal d’incompétence, parfois de l’exaspération, et une indéfectible bienveillance ».

Avec lui disparaît, le lundi de Pâques, l’image d’un collègue, d’un professeur, d’un ami, où la créativité se conjuguait avec l’organisation, où la vision du futur l’emportait sur l’appréhension du présent. Mais l’âme de l’IHECS, à laquelle il a tant apporté, demeure.

 

Jean-François RASKIN                                                                                                 Luc DE MEYER
Administrateur général                                                                                                  Directeur